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CHAPITRE PREMIER

Préliminaires .

S'il. L'échappement à ancre pour montre dérive de celui à ancre et à repos pour pendule dit échappement de Graham , du nom de son inventeur. Pour appliquer à la montre ce dernier échappement, qui ne permet que de petits arcs de vibrations, il a fallu non-seulement en changer la forme, mais rendre le balancier, sauf pendant l’action de la levée, indépendant de la force motrice.

Piobin, artiste français réputé, paraît être le premier qui ait pratiqué cette modification dans l’échappement qui porte son nom, et dont l’une des deux vibrations est muette. On attribue à Thomas Mudge , habile horloger anglais, la disposition moderne qui permet l’égalité des deux levées et l’impulsion répétée à chaque vibration du balancier; mais il ne paraît l’avoir publiée que vers 1799.

Un échappement où cette disposition est appliquée a été construit par Robin; nous ne pouvons en préciser l’époque avec certitude, mais nous la croyons antérieure à la date rapportée ci-dessus.

Enfin l’on trouve, dans le dépôt des machines de la Société des arts de Genève, un modèle d’échappement exécuté, en 1786, parPouzait, horloger de cette ville. Dans ce modèle, l’ancre, pendant l’arc supplémentaire, est indépendant de l’action du balancier.

L’échappement à ancre moderne, avec ses levées et ses trous garnis en rubis, peut être considéré, quand son exécution est conforme aux principes de la mécanique, comme le meilleur de ceux à l’usage civil. I! marche longtemps sans destruction aux surfaces frottantes, et n’exige presque que de simples nettoyages et le renouvellement des huiles aux époques convenables. Sa régularité est égale à celle obtenue des bons échappements Duplex, sauf dans les pendules portatives, dites pièces de voyage, où il a réussi moins bien ; et il a sur le Duplex, entre autres avantages, d’être plus solide, de permettre des vibrations de plus de 360°, et de ne pas exiger dans l’exécution une aussi rigoureuse exactitude, quoiqu’il n’en puisse supporter une médiocre.

Malgré les excellents résultats obtenus maintes fois par l’emploi de cet échappement, qu’on ne peut rendre responsable de l’ignorance de la plupart des ouvriers qui le construisent ou le réparent, et quoique

ECHAPPEMENT A ANCRE

ses qualités aient été connues presque dès son origine, il a été assez peu apprécié par bon nombre d’artistes qui ne l’avaient pas suffisamment expérimenté, ou qui le jugeaient d’après des échappements défectueux.

Antide Janvier et Louis Berthoud semblent en avoir fait peu de cas, ce qui se conçoit jusqu’à un certain point, puisque, de ces deux horlogers, l’un ne s’occupait que d’horlogerie planétaire et l’autre de chronométrie, où l’échappement à ancre ne réussit que très-médiocrement, et sauf des exceptions infiniment rares. Mais il est plus difficile d’expliquer quelques opinions modernes et une définition imprimée des échappements qui place celui à ancre au-dessous de celui à roue de rencontre.

Nous devons cependant ajouter, pour être juste, que le réglage de l’échappement à ancre égale celui de l’échappement Duplex, mais qu’il est un peu moins soutenu. L’échappement à ancre subit assez promptement l’influence des huiles, presque nulle sur le second; aussi est-il assez commun de rencontrer des montres à Duplex ayant marché trois années, sous toutes les latitudes, sans variations bien sensibles, tandis qu’il est rare qu’une montre à ancre soutienne sa régularité plus de dix-huit mois de suite. Des nettoyages plus fréquents ne sont pas une raison suffisante pour discréditer un aussi excellent .mécanisme, et nous avons dit ailleurs, en parlant du Duplex, quels étaient les motifs qui nous faisaient lui préférer l’échappement à ancre. On peut d’ailleurs le combiner de façon qu’il soit moins sensible à l’épaisissement des huiles que la généralité de ceux en usage.

Son nom lui est venu de la ressemblance qu’avait à l’origine sa pièce principale avec une ancre de vaisseau. Le mot devrait, en conséquence, appartenir au genre féminin; mais l’habitude l’ayant mis au masculin dans le langage des ateliers et du commerce, nous avons cru devoir nous conformer à cette habitude.

Dénomination des organes.

(îTS. Cet échappement est composé :

1“ De l’axe du balancier. Sur cet axe est ajustée à frottement dur une rondelle en acier (A, fig. 1, 2, planche septième ) qu’on nomme indifféremment le disque ou le plateau. Ce disque porte en relief, par-dessous et perpendiculairement à son plan, une petite cheville en rubis (o, fig. 1 et 2), qu’on désigne sous le nom de doigt de levée, de bouton de dégagement, ou encore d'ellipse, bien que sa forme soit triangulaire.

L’axe nu (complète par les pointillés h t) et le même axe garni de son plateau sont représentés en /' g, figure 1.

jeu de i/éghappement.

2° D’un ancre mobile sur un axe, et portant deux bras ou leviers , garnis chacun le plus ordinairement d’une palette en rubis (E, G, fi g. 1 et 2). Ces deux palettes, par analogie à leurs fonctions, sont appelées les levées de l’ancre, et se distinguent en levée rentrante , E, et levée sortante, G.

Les parties ma, ne , de ces levées sont dites les repos de l’ancre ; et les parties ab , cd, les plans inclinés , ou simplement les inclinés.

Quelques auteurs désignent quelquefois sous le nom de becs de l’ancre les extrémités de ses bras ou leviers, et sous celui de fuyants les plans inclinés de levée.

La fourchette, qui, dans le modèle sous nos yeux, n’est que le prolongement de l’ancre vers F, porte également deux bras, connus sous la désignation de fourchons ou de cornes, I, J, et entre ces deux cornes, audessus de l’entaille qui les sépare, un petit épaulement ou prisme angulaire (F, fg. 1 et 2), qu’on désigne assez souvent sous le nom de plot de fourchette, mais que, pour éviter toute confusion, il nous paraîtrait plus rationnel d’appeler le coin de renversement, par analogie à sa forme et à sa fonction.

Aujourd’hui, il n’est presque plus connu dans les fabriques que sous la dénomination de dard (682).

La partie k est le contre-poids de la fourchette, et sert à établir l’équilibre.

3° D’une roue d’échappement plate, dont les dents se font tantôt pointues, tantôt dans la forme dite en tête, comme celle de la figure 2. Dans ce dernier cas, leur extrémité est terminée par un petit plan incliné.

«Jeu de l’échappement.

679. Lorsque le ressort de la montre n’est pas remonté, que le balancier est en repos et le spiral au point zéro de sa tension, l’ancre, qui n’a en lui-même aucune tendance à entrer en mouvement, reste immobile dans la position représentée par la fig. 2 (planche septième), position dans laquelle il est retenu par la présence du boulon dans l’entaille de la fourchette.

Supposons que la dent de la roue qui agira ia première occupe alors la position indiquée au pointillé en LF, figure 2.

Le ressort de la montre étant armé, la roue entre aussitôt en mouvement et tourne vers la droite. La dent IF occupe la position II, s’avance sur le plan incliné ab, et, le poussant en arrière, lui échappe quand il a suffisamment reculé (N, fig. 3). Une demi-levée est alors

ÉCHAPPEMENT A ANCRE

accomplie, et la roue tombe au repos sur le bras G, où la dent M va s’appuyer (fig. 3).

Le mouvement produit à l’ancre par le passage de la dent sur l’incliné est communiqué au balancier par l’intermédiaire de la fourchette. Le flanc r de son entaille, en s’appuyant contre le bouton o, le chasse devant elle et l’oblige à sortir de l’entaille. Ce bouton est alors emporté par le mouvement de rotation du balancier, qui fuit sous l’impulsion qu’il vient de recevoir.

Tandis que le balancier achève sa vibration, sans avoir aucun point de contact avec le reste de l’échappement, l’ancre, qui s’appuie sur le plot K (fig. 2), est maintenu dans cette position par la pression delà dent M sur le bras G (fig. 3).

Le balancier, ramené par le spiral, revenant sur lui-même, le bouton rentre dans l’entaille et entraîne la fourchette avec lui par l’effet de la puissance acquise du balancier.

Le repos de la roue cesse parce que la dent M (fig. 3) , arrivée au bord de l’incliné xz, le pousse vivement en s’avançant sur lui. Par l’effet de cette pression, qui accélère le mouvement de l’ancre, la fourchette prend immédiatement sur le bouton, qui l’entraîne un excès de vitesse, et, le poussant vivement à son tour, restitue au balancier la force nécessaire à l’entretien de la vibration qu’il accomplit, ainsi que la précédente, dans une complète indépendance du reste de l’échappement. Puis, ramené par le spiral, il revient opérer un nouveau dégagement, et ainsi de suite pour toutes les vibrations successives.

La roue est chargée des deux fonctions : opérer le repos, c’est-à-dire produire l’arrêt momentané du rouage, et communiquera l’ancreda force motrice.

La fourchette a également à remplir un double rôle, actif et passif : passif, quand le bouton l’entraîne jusqu’au dégagement du repos, et actif, quand, en poussant à son tour le bouton, elle transmet au balancier la force communiquée par la roue.

, Fonctions du plateau et du dard.

<J80. L’examen de la figure 3 ( planche huitième ) fait voir que les cornes de la fourchette sont inutiles au jeu de l’échappement, puisque le bouton doit passer devant elles sans les toucher, et qu’il n’a de contact qu’avec les flancs de l’entaille qui les sépare. Ces appendices 11e sont qu’une mesure de sûreté contre des défauts possibles d’exécution.

Les parties extérieures de leurs bases servent à prévenir le renverse-

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