DE L’ARC SUPPLÉMENTAIRE
De l’arc supplémentaire.
158. Aucun horloger n’ignore qu’avec la plupart des échappements actuellement en usage la marche d’une montre est d’autant mieux soutenue, en thèse générale, que les arcs supplémentaires ont plus d’étendue, relativement à l’arc de levée (95).
Fig. ]3.
Avec une levée de 40°, et dans les conditions ordinaires, on obtient d’un échappement à palette près de 180° de vibration totale. Si l’on augmente la levée beaucoup au delà de 40°, soit, par exemple, 50°, l’oscillation totale ne progresse pas dans la proportion de 40 à 50, et l’on n’obtient pas des vibrations de 225° (près de 3/4 de tour), qui sont celles indiquées par la proportion ; seulement les vibrations s’accomplissent alors d’un mouvement rapide et saccadé. Cette décroissance relative des arcs supplémentaires, quand on dépasse 180° pour l’arc total, qui n’a, que nous sachions, été signalée par personne, s’explique par les causes suivantes : 1° la résistance du recul considérablement augmentée ; 2° le raccourcissement du levier, qui est cause que le balancier est mû avec moins de force par la roue ; 3° le rebattement du bord de la palette contre la face des dents, qui paralyse l’arc supplémentaire. Ce rebattement se produit près des limites d’une oscillation totale de 17CT, et il acquiert d’autant plus d’énergie qu’on s’éloigne en plus de ce nombre. La puissance de ce rebattement est telle que, dans une montre soumise
ÉCHAPPEMENT A K. DE R.— PRINCIPES
à des secousses, elle rend les grandes vibrations plus rapides que les petites. Ce dernier fait est bien connu de tous les praticiens.
Le résumé de cet article est que toute levée excédant celle absolument nécessaire pour procurer au balancier une vibration d’une amplitude suffisante ne peut qu’introduire dans le mécanisme des causes de destruction prompte et de perturbation. La longue expérience des artistes leur ayant prouvé que 40° de levée suffisaient amplement dans les montres, il convient de se borner à ce chiffre, puisqu’il offre, en outre, l’avantage de procurer le plus grand arc additionnel relatif; mais comme on sait que la levée et rouverture sont dépendantes l’une de l’autre, il s’ensuit que l’ouverture convenable sera celle qui procurera précisément cette levée de 40°, c’est à-dire une ouverture de 100°.
On recul.
159. Le recul est égal à la moitié de la totalité de l’arc additionnel. Pour un échappement ordinaire d’horloge ayant environ 20° d’oscillation totale, le recul se présentera par 6 ; tandis que dans une montre ayant 180° de vibration totale, le recul sera représenté par 70°. Mais ces deux nombres n’indiquent que le rapport d’étendue des deux reculs et non leur intensité relative ; car, dans ce dernier cas, la disproportion deviendrait encore beaucoup plus considérable. On se l’expliquera facilement si l’on se souvient de ce fait, signalé plus haut (155), que la poussée du balancier, produisant le recul, prend de plus en plus une direction se rapprochant de la parallèle à l’axe de la roue à mesure que l’on ouvre davantage les palettes. Il résulte évidemment de cela que les règles qui régissent l’échappement à pendule doivent être beaucoup modifiées dans leur application à la montre.
Les rebattements qu’on évite , du moins en partie, en ouvrant de plus en plus les palettes, offrent de moindres inconvénients que le recul.
Ce recul est le plus grand défaut de l’échappement à roue de rencontre appliqué aux montres, ainsi que l’ont remarqué presque tous les artistes, et que Duchemin lui-même a fini par s’en apercevoir. (Voir Y Art de conduire les pendules, etc., de M. Robert, page 268.)
En outre de la gêne qu’il apporte à l’accomplissement de l’arc supplémentaire, l’action de son double frottement parvient toujours, à de très-rares exceptions près, à creuser les palettes, et réussit même quelquefois à les trouer, si la montre soutient une marche assez longue