CAUSES DE LEUR IMPERFECTION
1° Si le pignon est trop gros, il y a perte de force par usure et accotement, ce qui, à la longue, produit l’arrêt de la machine.
Si le pignon est trop petit, la plus grande partie de la menée est opérée par glissements et chute : deux causes de destruction et de perte de force.
2° Quand la pénétration est trop considérable, le revers de la dent frotte l’aile ou est prêt d’y frotter, au moment de la rentrée de cette dent dans un vide, et la menée se fait par glissement et même par chute.
Quand la pénétration n’est pas assez profonde, la menée commence d’autant plus loin de la ligne des centres que l’engrenage est plus faible. Il y a frottement rentrant considérable avec tendance à l’arc-boutement, et la menée n’est qu’un glissement saccadé et rapide.
3° Avec l’ogive des dents trop allongée, on se trouve dans la nécessité de faire l’engrenage faible, et avec des ogives trop courtes de le faire fort. On vient d’en voir les inconvénients. En outre, l’ogive trop courte(trop rebondie des flancs) ne conduit pas l’aile assez loin, si l’engrenage est à son vrai point, et il y a frottement rentrant, et si l’engrenage est fort le frottement rentrant est moindre, mais la menée a des précipitations et de la chute.
Les mesures en usage pour déterminer la grosseur des pignons (1108) ayant été calculées pour ceux dont l’excédant est en demicercle, il s’ensuit que si ces mesures sont appliquées aux pignons dont l’aile est dite en grain d’orge , il en résulte un pignon trop petit (de diamètre primitif), et la menée, principalement vers la fin, n’est qu’un long glissement ou une chute.
k° Avec des ailes trop épaisses la menée commence d’autant plus loin de la ligne des centres que ces ailes sont plus fortes.
Si avec des ailes trop pleines la menée commence au point convenable, c’est l’indice d’un pignon trop petit; la fin de la menée n’est qu’un glissement avec chute.
5° Avec des dents trop pleines, le jeu ou l’ébat manque dans l’engrenage. 11 faut alors, pour éviter les accotements, que cet engrenage soit faible.
Si les dents sont trop grêles l’ogive ne peut avoir ni la hauteur ni la forme qui lui conviendraient ; la menée n’est plus qu’une succession de frottements rentrants, de glissements saccadés et chutes. Il est en général plus facile d’obtenir un engrenage passable d’une denture de roue un peu trop pleine que trop vidée.
TRAITÉ DES ENGRENAGES
6° Les inégalités soit dans les dents, soit dans les ailes, et provenant soit d’une déformation à la trempe, soit du manque de justesse des outils-à-fendre, à arrondir , etc., soit encore parce que le pignon ou la roue ne tournent pas ronds sur les pivots, ces inégalités , disons-nous, donnent naissance à la plupart des défauts qui viennent d’être signalés. A certains endroits l’engrenage est faible, à d'autres fort; des dents produisent un grand frottement rentrant et d’autres de la chute , etc. On reconnaît la présence des défauts qu’on peut attribuer à une exécution vicieuse à ce signe général que la menée commence plus près du centre sur certaines dents que sur d’autres.
1133. Quel que soit le cas qui se présente parmi ceux que nous venons d’énumérer, il y a toujours une transmission inégale de la force, et par conséquent une perte de puissance motrice , puisque son effet utile est moindre qu’il ne pourrait être. Le moteur éprouvant une plus grande résistance doit, pour la surmonter, posséder une plus grande énergie et propre seulement à occasionner une plus prompte détérioration des surfaces frottantes.
Un rouage où se rencontrent plusieurs des défectuosités signalées ne peut donner au balancier que des impulsions irrégulières et dont l'influence fâcheuse sur le réglage est bien connue. Un tel rouage, lorsqu’on le laisse défiler, court bruyamment et avec gêne.
Examen pratique «l’un engrenage.
Résumé des signes caractéristiques des défauts.
1154. Cinq choses principales sont à considérer dans l’inspection d’un engrenage, savoir : la rentrée , l 'entrée en prise , Y ébat, la menée et surtout la fin de cette menée.
1° La rentrée doit s’opérer sans gêne et avec un jour de sûreté suffisant entre le revers de la dent qui pénètre dans un vide du pignon et l’aile la plus voisine.
2° L’entrée en prise, ou le point précis du commencement de la menée, doit se trouver sur la ligne des centres ou distant de cette ligne (dans les bas nombres) de la quantité indiquée au chapitre IV pour chaque espèce de pignon.
Si la menée commence plus loin de cette ligne, c’est l’indice de la présence d’un ou de plusieurs des défauts suivants : pignon trop gros, ailes trop épaisses, ogives trop courtes ou trop en forme de demi-cercle, engrenage faible, etc.
EXAMEN PRATIQUE d’üN ENGRENAGE.
Si elle commence plus près de la ligne que la quantité voulue, c’est l’indice qu’il existe un ou plusieurs défauts , tels que : pignon petit, ogive trop allongée, engrenage fort, etc.
3° Quelle que soit la position occupée par la dent, elle doit toujours pouvoir jouer avec un peu d’ébat entre les ailes.
4° Dans la marche , autrement dite la menée , les surfaces frottantes doivent se développer régulièrement l’une sur l’autre. En regardant à contre-jour et au moyen d’une forte loupe , on aperçoit avec assez de facilité si l’une d’elles glisse trop vite par moment, ce qui provient d’une ogive mal conformée , ou d’un pignon qui n’a pas la grosseur convenable , ou bien encore d’un engrenage trop fort ou trop faible. Car , il est utile de le remarquer , les causes opposées produisent assez fréquemment des résultats semblables. Ainsi un engrenage beaucoup trop fort, puis beaucoup trop faible, s’arrête par arc-boutement dans l’un et l’autre cas.
5° 11 est essentiel surtout d’observer avec la plus scrupuleuse attention la [in de la menée. S’il y a glissement et chute et que la dent conduise par sa pointe , on peut être certain de l’existence d’un ou de plusieurs des défauts suivants : pignon dont la grosseur n’est pas la bonne, engrenage fort, ogive trop courte ou mal faite, etc.
1155. Les repasseurs, les fabricants , qui seront bien pénétrés des principes qui viennent d’être longuement développés, ainsi que des remarques pratiques qui y sont jointes , pourront se créer un mode d’examen rapide et cependant exact, et qui au bout de peu de temps , par un effet de l’habitude , leur procurera dans le travail une facilité et une sûreté qu’ils n’obtiendront jamais avec les prétendues méthodes pratiques qui , n’étant appuyées d’aucun principe juste, obligent ceux qui les emploient à toujours procéder avec les hésitations de l’aveugle.
Vérification au tact,
1156. Quant aux ouvriers qui réparent les montres et qui ne reçoivent de leurs ouvrages qu’un salaire insuffisant, ils peuvent, afin d’obtenir une plus grande célérité dans le travail , s’habituer de bonne heure à tâter leurs engrenages.
TRAITÉ DES ENGRENAGES
Une pointe de fusain, tenue par l’une des mains, étant appuyée assez fortement au pivot du pignon et par le dessus du trou de ce pivot, l’autre main fait tourner doucement la roue au moyen d’une seconde pointe de fusain. Plusieurs tours de roue successifs et dans le sens où elle doit marcher apprendront si la menée se fait avec douceur et sans grattements , accotements , etc. On tâte avec soin la quantité du jeu dans chaque position que la dent occupe successivement.
Cette opération terminée, on fait une autre vérification sur le compas-aux-engrenages ; les deux vérifications se contrôleront ainsi l’une par l’autre. On devra pendant assez longtemps pratiquer la double opération, c’est-à-dire jusqu’à ce que l’on ait acquis une assez grande sensibilité de tact et une parfaite expérience du jeu nécessaire à la marche sûre des organes ; auquel cas on pourra , tout en se passant du compas, apprécier un engrenage avec certitude en le tâtant seulement.
Si nous recommandons de pratiquer longtemps la vérification sur le compas, concurremment avec l’autre, c’est que, à moins d’une certaine expérience, on est facilement trompé par des engrenages faibles, mais doux au toucher , et qui, quoiqu’ils ne fassent pas arrêter une montre, nuisent beaucoup à la régularité du réglage.
11 57. Pour les engrenages des rouages des pendules, le fusain est presque toujours inutile, car les doigts peuvent aller s’appuyer délicatement aux axes et de façon à produire ou à supprimer, à volonté, l’ébat des pivots dans leurs trous tout en faisant rouler l’engrenage.
On peut, d’ailleurs, dans ces pièces pratiquer les ouvertures dites lanternes , qui permettent de suivre à la loupe la marche de l’engrenage. Elles offrent un excellent moyen de vérification, mais qui ne doit être employé que lorsque les lanternes peuvent être établies sans nuire à la solidité de la partie où elles sont pratiquées, ni à la bonne disposition de l’ensemble, et sans rendre plus difficiles les réparations possibles avec le temps.
Aux pivots des derniers mobiles des montres, pivots qui ne demandent qu’une très-faible quantité d’huile, il serait bien de ne donner à la creusure en entonnoir que la dimension utile, et de laisser tout à fait plate la face extérieure du rubis. On peut alors suivre au travers l’action des dents de la roue sur les ailes du pignon, soit en regardant l’engrenage, à l’aide de la loupe, quand la platine est posée à plat sur l’établi, soit quand cette platine est tenue verticalement en l’air et regardée à contre-jour.