TRAVAUX DE P. LE ROY
en une minute, et il n’en achèvera que cent-quinze dans le même temps, sur un arc de 120°, etc. »
Ce résultat était conforme aux observations de Sully de Gourdain, etc., à celles de Harisson, qui avait constaté que les grandes oscillations de son balancier s’accomplissaient en plus de temps que les petites (il y remédiait par l’effet de son clou à cycloïde).
1379. Donnant suite à ses premières études expérimentales et s’appuyant sur ce principe de mécanique : « que les excursions d’un mobile sont isochrones , quand les forces qui le poussent sont en raison du terme où elles le font tendre, » P. Le Roy fit (avant 17GG) l’expérience que voici •
« Pour savoir à quoi m’en tenir sur ce point capital (si la force des ressorts spiraux augmente selon la proportion des espaces parcourus dans leurs différentes contractions ou leurs différents développements), je pris le grand ressort d’une montre ordinaire ; j’attachai son extrémité intérieure à un arbre soutenu par des pivots très-fins, lequel portait une grande poulie ; j’affermis ensuite le bout extérieur de ce ressort contre un point fixe de façon qu’il se trouvât dans son état naturel. Cela fait j’attachai un fil à la poulie, je l’en entourai, puis je fixai à l’autre extrémité de ce fil un petit crochet, où je mis successivement différents poids. Ces poids tendant le ressort, en l’ouvrant et le refermant plus que s’il avait fait fibrer un balancier, j’observai les rapports dans lesquels le crochet baissait, et je les trouvai toujours en raison des poids dont je le chargeais, etc. »
On voit par cet extrait que P. Le Roy avait conçu la balance élastique à mesurer la force des spiraux et leur progression d’isochronisme, et qu’avec son aide il avait trouvé un ressort isochrone. Ce qui est remarquable c’est que le grand artiste ait deviné, devant ce premier résultat, que le spiral isochrone ne se comporterait pas, sous la dépendance de l’échappement, de la même façon qu’avec le balancier seul, et soit arrivé, par l’observation et le raisonnement, à se convaincre que le spiral isochrone sur la balance à mesurer les forces, pouvait ne plus l’être au même degré dans la montre. Cette observation rendait complet le résultat de ses recherches, et il put alors formuler dans les termes rapportés plus haut (1369) son immortelle découverte.
1380. Il ajoutait au paragraphe en question : « Je me suis assuré
1 Eorloger anglais établi en France où il se fit une grande réputation. Mort en 1728 Emulateur et ami de J. Le Roy, Sully a contribué pour une large part aux progrès de l’horlogerie dans sa patrie d’adoption.
DU SPIRAL
que les plus petits arcs de vibration, et les plus grands, une fois rendus isochrones par cette méthode, tous les arcs intermédiaires le sont aussi. »
Il est nécessaire de remarquer, au sujet de cette dernière citation, que c’est à tort que de cette constatation d’un fait exact, mais qui tenait aux conditions particulières dans lesquelles avait dû être construit le chronomètre de P. Le Roy, des horlogers, peu au courant de la chronométrie, ont tiré cette conséquence générale, que l’isochronisme des grands et des petits arcs impliquait l’isochronisme des arcs intermédiaires, ce qui est inexact le plus ordinairement dans les chronomètres modernes.
Ce court exposé démontre que la découverte du spiral isochrone des montres marines, comme aussi celle de l’échappement libre et du balancier compensateur, n’est pas le fait d’un heureux hasard., d’une rencontre fortuite; que c’est le résultat d’une pensée profonde suivie avec persévérance et sagacité par un homme de génie
i Né en 1717, mort sans descendants en 1785, P. Le Roy, fils de Julien, est incontestablement le plus illustre des horlogers qui ont honoré ou enrichi la France par leurs travaux, etl’œuvre d’aucun des horlogers étrangers, même les plus célèbres, n’a surpassé la sienne. Œuvre admirable, en effet, non-seulement par la valeur des découvertes de son auteur, mais parce que durant vingt ans, sans s’égarer, et jusqu’à ce qu’il fût assuré qu’elle était complète, il l’a poursuivie avec la logique du génie, le désintéressement et la modestie d’un esprit supérieur.
Nous avons consacré à ce sujet plusieurs pages de notre petit volume Le Temps, pages que nous ne pouvons reproduire ici, mais auxquelles nous faisons un emprunt.
Envieux d’attribuer à leur nation un honneur qui ne lui appartient pas, des Anglais ont essayé au profit de l’un des leurs, de dépouiller P. Le Roy. M. Thomas Reid rapporte ce passage d’un ouvrage de Mudge (1763) : «Le pendule ou balancier à ressorts, d’après des principes physiques, fait que le balancier exécute les petites et les grandesvibrations dans des temps égaux. » Cela, ajoute-t-il, avait été dit, par Hooke (il aurait pu ajouter et par d’autres), cent ans auparavant.
Il faut infiniment de bonne volonté, mais fort peu de bonne foi, pour découvrir dans ce passage le moindre indice de la découverte de notre compatriote.
Hooke n’a fait que rapporter ce que tout le monde, à peu près, disait à l’époque, savoir : qu’un balancier annulaire librement monté avec un spiral, fait, en vertu de certaines lois de la physique, et lorsqu’il est écarté de sa position de repos, des oscillations sensiblement isochrones (par à peu près). Qu’on parcoure les livres du temps, les Mémoires de l’Académie des sciences, etc., on trouvera cela tout au long, avec l’exposition des principes physiques à l’appui. A moins de la plus insigne mauvaise foi, il n’est pas possible de se tromper sur le sens de cette espèce d’aphorisme, et de confondre l’observation banale de Hooke, avec la théorie précise de P. Le Roy. — Les choses mieux examinées, il se trouva que les faits donnaient un démenti aux prétendus principes, et le spiral paru si peu propre à remédier complètement aux inégalités d’étendue des vibrations que Hooke, Graham, Sully , Harisson, etc. , et les artistes français, jusqu’au temps de P. Le Roy , cherchaient à obtenir l’isochronisme des oscillations par des remontoirs d’égalité, des dispositions particulières aux échappements, des pièces accessoires agissant sur le spiral, etc. Mais c’est assez nous appesantir sur une prétention qui ne repose sur rien de sérieux. (Consulter notre ouvrage Le Temps, page 277.)