DERNIER MOT SUR L’INCLINÉ DROIT
le sommet de son piston, comme sur un support, que vient s’arrêter le levier A, quand le petit bras s est relevé ; et le degré d’enfoncement du piston accuse alors la puissance du choc.
Dans les différentes expériences que nous avons faites, et quoique l’ajustement de la tige fût assez ferme, nous avons constaté qu’elle descendait d’au moins deux ou trois millimètres sous l’action de l’incliné courbe, au-dessous du point où elle s’arrêtait quand le plan droit fonctionnait.
Un dernier mot sur l’incliné droit.
300. Berthoud avait choisi l’incliné droit pour sa montre marine n° 8, qui fut son plus beau succès. Comme le remarque un auteur moderne, et d’après le caractère connu de Berthoud, il n’eût pas adopté un système préconisé par ses adversaires, s’il n’eût été bien convaincu qu’il offrait des avantages.
Jodin et Jurgensen déclarent que l’incliné droit est celui qui procure les plus grandes vibrations.
Enfin, parmi les modernes, M. Henri Robert, après expérience faite, s’est rangé à cette opinion.
Nous pourrions ajouter à cette liste le nom de quelques artistes de province (entre autres celui de M. Foucher de Bourges) qui, dans des expériences sur le sujet, ont reconnu que les plans rectilignes procuraient toujours des oscillations un peu plus étendues.
Nous sommes donc pleinement en droit de considérer la question théorique et pratique, comme vidée, et de répondre aux contradicteurs: Expérimentez dans les conditions convenables, et voyez !
301. A considérer la précieuse propriété de l’incliné droit, et du moment que l’expérience confirme le simple raisonnement , sa cause eût été gagnée, si la théorie qui nous a rendu, pour ainsi dire, palpables les avantages de cette forme, ne nous eût signalé aussi clairement son défaut.
Elle nous a prouvé que la pression sur les lèvres est plus forte avec l’incliné droit qu’avec l’incliné courbe ; la conséquence à en tirer, c’est que ces lèvres, qui , généralement parlant , sont les seules parties du cylindre où l’usure se produise, résisteront moins longtemps sous la pression de l’incliné droit : résultat qu’en effet la longue expérience des vieux rhabilleurs reconnaît pour incontestable. Mais hâtons-nous d’ajouter que si l’on rencontre plus fréquemment dans les montres médiocres des cylindres piqués par les inclinés droits, il est de toute justice de
reconnaître que dans les hautes qualités où l’échappement est fait avec soin, on trouve bon nombre de cylindres parfaitement intacts, quoique ayant fonctionné contre des plans droits pendant une vingtaine d’années, et même plus.
Il était bon de signaler ce fait, qui prouve, ce que tous les horlogers savent, qu’on peut faire d’excellents échappements à cylindre avec des roues à inclinés droits, mais conclure de cette observation que le plan droit occasionne moins de frottements, et que les fabricants doivent rejeter la légère courbe qu’ils emploient aujourd’hui, c’est faire sortir d’une observation incomplète une double erreur. Nos lecteurs en ont sans doute déjà fait justice, mais afin d’en finir tout à fait avec ce préjugé, ajoutons encore quelques observations.
3©t£. En outre d’une pression plus forte, l’incliné droit présente une moindre saillie en avant de la colonne, ce qui fait que dans beaucoup d’échappements elle attire et garde l’huile des marteaux. Pour éviter ce vice de construction, qui est une cause d’usure plus prompte, on est obligé de faire cette colonne très-mince, ou de charger la circonférence de la roue, en laissant les dents larges, deux extrêmes qui ont leurs inconvénients.
303. Nous avons eu à réparer plusieurs anciennes montres à plan droit, et nous en citerons entre autres deux qui avaient marché constamment durant une période : l’une de quarante-trois ans, l’autre de quarante-huit ans, sans que les passages répétés de la roue eussent laissé autre chose qu’une très-légère trace sur le cylindre.
Devions-nous déduire de ces faits la supériorité absolue du plan droit ? Nous nous en serions bien gardé ; mais nous avons cherché à découvrir les causes de cette conservation des surfaces frottantes de beaucoup d’anciens cylindres; ce qui n’a été ni long ni difficile à trouver.
Les anciens échappements à cylindre à roue d’acier ont été exécutés par les ouvriers d’élite du temps. Ils apportaient un soin extrême dans le choix du métal et dans l’opération de la trempe, où il est si facile de détériorer complètement l’acier. Leurs cylindres étaient faits en acier martelé, les cylindres modernes sont tous en acier tiré; différence extrêmement importante, car la texture de ces deux aciers n’est pas la même, et le premier exige un moindre degré de chauffe pour la trempe et se polit mieux et plus uniformément.
Nous croirions faire injure à la sagacité des horlogers capables, si nous tirions nous-même les conclusions qu’amènent ces différents rapprochements; conclusions qui font voir que les fabricants modernes