DES DIFFÉRENCES INDIVIDUELLES
Les différences que les hommes présentent entre eux sont de deux sortes. Les unes dépendent de 1 action prolongée des influences extérieures ; les autres paraissent inhérentes à leur constitution et sont les traits spécifiques des individualités humaines : ce sont les différences que nous devons examiner ici, parce qu’elles gouvernent pour ainsi dire la matière de l’hygiène.
Plus on s’élève sur l’échelle des êtres organisés, plus la vie s’individualise; la complication des instruments par lesquels elle se manifeste multiplie, sous le meme type d’organisation générale, la variété des types individuels. L’homme confirme au plus haut degré cette loi de corrélation ; le nombre, la délicatesse des rouages dont se compose sa machine, les rapports sympathiques qui les mussent, comportent une série illimitée de nuances, soit dans la structure intime des organes, soit dans la manière dont ils fonctionnent et corresponc eut entre eux Diversité dans l’unité : la nature se plaît à résoudre incessam- ... , . , luoieme, et c est 1 espèce humaine qui témoigne surtout de
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l’âge, le sexe, l’habitude, l’hérédité; ce que l’on appelle généralement la constitution est l’effet complexe de ses causes, la résultante des impulsions diverses que subit l’homme avant et après sa naissance. La constitution résume les éléments que le tempérament, l’hérédité, le sexe, etc., ont déposée dans 1 organisme; aussi n’en parlerons-nous qu’après avoir analysé ces éléments.
Est-il besoin de démontrer combien il importe de tenir compte des diflérences individuelles dans l’appréciation des ellcts produits sur l organisme par les agents extérieurs; combien il est nécessaire de les approfondir poui dispenser avec sagesse les moyens hygiéniques par lesquels le médecin cherche tous les jours à modifier l’homme sain aussi bien que 1 homme malade ! L ait, le vêtement, la nourriture, l’excitation morale, ne doivent-ils pas être présents diversement suivant les tempéraments! Les personnes sur qui pèsent les peipétuelles menaces de l’hérédité morbide ne sollicitent-elles point des ménagements et des soins dont s’affranchit impunément la vigoureuse progéniture d’une famille intacte ? La flexibilité de l’organisation humaine ne permet-elle pas d’y introduire des aptitudes nouvelles, d’émousser ou d aiguiser celles qui lui sont normalement départies ? Toutes ces conditions veulent êtie connues, et nous devons les indiquer : elles sont les prémisses des applications de ) hygiène; elles sont à cette science ce que les indications sont a la clinique, elles rendent la pratique de l’une aussi flottante que celle de lautie. llien donc de plus juste que le rapprochement que nous avons fait entre ces deux branches de l’art médical. De même que les symptômes d’une maladie se nuancent suivant les sujets qu’elle frappe , ainsi les éléments intiinsèques de l’hygiène, ou, si l’on peut s’exprimer ainsi, les symptômes de la santé déroulent dans la série des sujets une variété sans bornes. S il est vrai de dire que jamais deux cas d’une même affection ne se ressemblent exacte ment, il n’est pas moins certain que sur un millier de personnes réputées bien portantes, deux ne s’offrent point dans une parfaite identité de conditions. Ce qui fait le mérite et le succès du médecin, c’est de savoir manier avec souplesse les moyens thérapeutiques, de les adapter avec oppoitunité aux cas multiples qu’il observe ; une médication uniforme, distribuée sur une série de malades avec une énergie presque égale, dénonce la fausseté de la théoiie qui la suggère. Et de même, en hygiène, varier l’emploi des modificateurs, nonseulement quant à leur nature, mais encore dans leurs proportions, doser avec prudence la stimulation fonctionnelle, contenir et maintenir avec tact et mesure, telle est la difficulté, tel est l’honneur du ministère modérateur qui nous est attribué sur l’organisme : or cet art des dispensations hygiéniques est au prix d’une appréciation suffisante des différences individuelles : « La nature ne présente, et l’art ne traite que l’individu (1). »
(1) Reveillé-Parise, Principe généra/ et inductiotis pratiques relativement à la convalescence {Étude de l'homme dans l'état de santé et de maladie. Paris, 1845, t. I, p. 193).
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