MO
Ouvriers laboureurs du Nord
Ouvriers agriculteurs de la Corrèze
Ouvriers de Lombardie
Ouvriers irlandais
Ouvriers anglais employés aux travaux du chemin de fer de Rouen
h° Alimentation excessive. — L’alimentation est excessive toutes
les fois
qu’elle est poussée au delà du sentiment naissant de la satiété. « L’estomac, a dit Reveillé-Parise (1), est le protecteur de la santé. » Un ancien a appelé ce viscère le père de famille. Quand l’organisme sollicite des matériaux de reconstruction, l’estomac le déclare par la sensation impérieuse de la faim; quand l’organisme est saturé, il le manifeste encore par une autre sensation qui exprime et l’état général du corps et l’état des forces digestives : c’est à cette limite qu’il faut s’arrêter. Si on la dépasse, il survient des phénomènes dont la marche et la gravité sont en rapport avec l’énormité du repas et la susceptibilité des individus. Le premier de ces phénomènes est le malaise de l’estomac, caractérisé par un sentiment de surcharge et de pesanteur; ses mouvements déterminent des nausées; la satiété est portée jusqu’au dégoût; le diaphragme est refoulé en haut : il en résulte une gêne dans la respiration, dans la phonation, gêne toujours accompagnée d’une tension douloureuse du ventre. Dans le labeur d’une digestion qui, à cause de la masse des aliments, est incomplète et fébrile, il se dégage des gaz qui remontent dans l’œsophage.
« Parfois, dit Magendie (2), ils distendent assez ce conduit pour comprimer le cœur par sa face postérieure; ils produisent alors, en nuisant à la circulation, une anxiété très-fatigante. » La concentration énergique qui s’opère vers 1 estomac brise les forces musculaires et cérébrales ; l’inertie et l’accablement remplacent le bien-être et l’alacrité que l’on éprouve après un repas modéré; les sens s engourdissent, l’intelligence s’obscurcit, le sommeil arrive enfin comme chez les animaux repus. L’habitude d’une nourriture surabondante finit par dégénérer en un besoin réel, et décide la prépondérance des viscères digestifs sur les autres organes de l’économie ; elle réalise alors une variété de polyphagie, et détermine à la longue, dans le tube digestif, des modifications anatomiques analogues à celles qui sont congénitales chez une certaine classe de polyphages. Celles qu’on observe le plus souvent sont l’ampliation de
t,l) Reveillé-Parise, Physiologie et hygiène des hommes livrés aux travaux de l'es~ prit. Paris, 1843, t. Il, p. 240.
(2) Physiologie et hygiène, 3e édition, t. II, p. 102.
758 DES MODIFICATEURS. — INGESTA. [hygiène
l’estomac et le développement considérable des valvules commentes. Un garde municipal accoutumé aux excès de nourriture et de boissons nous a présenté, à l’autopsie, une hypertrophie très -prononcée de la tunique musculeuse de l’estomac et des intestins. Les effets d’une alimentation habituellement excessive ne sont pas les mêmes chez tous les sujets ; elle ne crée pas le tempérament sanguin, comme on l’a dit (1) ; mais chez ceux qui en sont doués, elle produit la pléthore veineuse, les hémorrhoïdes, la disposition aux hémorrhagies actives, aux congestions cérébrales. La sécrétion urinaire, principal émonctoire de l’azote des aliments, laisse échapper plus de matériaux solides; mais comme elle devient insuffisante pour l’élimination de tout l’azote importé dans le corps par une nourriture démesurée, elle le laisse se déposer sous forme d’acide urique, et suscite l’imminence des affections goutteuses et calculeuses. L’infiltration graisseuse, plus lente à se manifester chez les individus sanguins et nerveux qui mangent trop, envahit rapidement les personnes lymphatiques; il semble qu’en elles tout l’excédant des substances ingérées devienne graisse : l’embonpoint commence d’abord à se prononcer dans la région du ventre ; bientôt il s’étend aux autres parties du corps, notamment au visage, qui perd avec les saillies musculaires toute expression de physionomie. Souvent les membres restent assez grêles et contrastent par leurs dimensions avec l’obésité du visage et du tronc. Le poids du corps est augmenté, tandis que la puissance motrice diminue par l’atrophie des fibres musculaires. Tous les organes de la vie de relation s’énervent de l’excès de stimulation qu’une nourriture surabondante appelle incessamment sur les appareils de la vie plastique ; les facultés de l’esprit s’émoussent par degrés, et si quelques intelligences ont le privilège de rayonner avec éclat à travers les murs d’une épaisse prison, en général « le gros ventre fait le gros entendement » (Reveillé- Parise). Comment croire, dit Vaughan, que les vapeurs qui s’élèvent d’une grosse et vaste panse ne forment point un brouillard de stupidité entre le corps et la lumière de l’esprit? La maigreur coexiste parfois avec l’habitude de beaucoup manger, et ce qui n’est point assimilé s échappe du corps pai différentes voies; cet état est le plus souvent pathologique (boulimie). Enfin, quand la masse alimentaire est tout à fait disproportionnée avec les forces digestives, l’estomac n’en digère qu’une partie en rapport avec les besoins actuels de l’économie; le reste, après un séjour plus ou moins long et pénible dans le ventricule, est à la fin évacué par vomissement ou par diarrhée. Les enfants, grâce à la facilité qu’ils ont de vomir, se débarrassent sans aucune souffrance du superflu de leur nourriture ; les adultes ont à subir la crise douloureuse de l’indigestion annoncée par des nausées, des hoquets, des éructations de gaz aigres ou fétides, par une céphalalgie sus-orbitaire; signalée par des efforts de vomissement et des vomissements avec anxiété de la respiration et pâleur générale ; suivie de fatigue et de brisement dans les membres. Quelquefois le
(1) Motard, Hygiène générale^ Paris, 1841, t. I, p. 354.
privée] DES ALIMENTS. — QUALITÉ.
pylore, portier moins sagace qu’on n’a dit, donne issue au bol alimentaire indigéré; des coliques annoncent son passage dans les intestins et sont suivies de selles répétées. On a exagéré l’influence de l’indigestion sur la production de beaucoup de maladies, parce que le même individu n’a garde de la provoquer fréquemment; les mangeurs eux- mêmes en redoutent les angoisses et en évitent les récidives ; elle est l’effet des lésions déjà développées, soit dans l’estomac, soit dans d’autres organes, aussi souvent peut-être qu’elle les fait naître: quand elle a donné lieu, par ses répétitions, à de sourdes phlogoses et même à des désorganisations du canal digestif, elle a été accompagnée d’abus des alcooliques.