ALIMENTS. — ACE
privée]
repas, lorsqu’il y aura lieu d’éloigner et de régler les repas, sans que ces fixations aient rien d’absolu; la tendance est ici à l’excès d’alimentation, comme au sein insuffisant de beaucoup de pauvres mères, et surtout au sein avare des nourrices mercenaires, il y a danger d’inanitiation.
5° lïérjïme de V enfant. — Tant que dure l'allaitement, on rapproche les repas, et d’autant plus que l’enfant est plus faible. En moyenne, le minimum des intervalles peut être fixé à une heure et demie, le maximum à trois heures, l’enfant buvant chaque fois jusqu’à satiété, à moins d’une contreindication particulière. Il est utile de préluder, dès ces premiers temps, à une distribution régulière de la nourriture. L’allaitement devra se ralentir avec les progrès de l’âge, qui se mesure par semaines et par mois; on en viendra à ne lui donner le sein que de trois en trois heures, s’il y trouve à chaque prise une ration suffisante de lait.
Il est assez difficile d’évaluer la ration de lait nécessaire à l’enfant. Si l’on se règle d’après la consommation de lait coupé par ceux qui sont nourris au biberon, on trouve qu’elle est au minimum d’une livre à une livre et demie. Natalis Guillot a eu le premier l’idée de peser les nouveau-nés, et, suivant ses calculs, ils arrivent en quelques semaines à prendre au moins 1000 grammes, après deux mois 1500 à 2000 grammes en vingt-quatre heures; mais il s’est borné à les peser une seule fois après une première telée prise comme le poids moyen des tetées ultérieures. Bouchaud, dans ses expériences à la Maison d’accouchements, a répété les pesées après chaque tetée, et ne s’est dispensé de cette précaution que dans un petit nombre de cas, où, pour compléter les vingt-quatre heures, il a ajouté un nombre représentant la moyenne des tetées précédentes; avec ces données, il a établi comme il suit la moyenne de la quantité de lait prise journellement par l’enfant depuis la naissance jusqu’à l’âge de neuf mois :
Premier jour 30
Deuxième jour 150
Troisième jour 450
Quatrième jour 550
Après le premier mois 050
Après le troisième mois 750
Après le quatrième mois 850
De six à neuf mois 950
Chez des enfants dont le développement était régulier, et qui tetaient huit à dix fois par jour, Bouchaud a trouvé que le poids moyen de la tetée a été successivement de 3, 15, ù0, 55 grammes pendant les quatre premiers jours,
de 60 a 80 pendant les premiers mois, et de 100 à 130 grammes après cinq mois.
Il impôt te de se rappeler que le nouveau-né diminue de poids pendant les premiers jours, dans le rapport de ses parties excrémentitielles (méconium) au peu de colostrum qu’il prend ; mais il augmente ensuite avec rapidité, s’il liouve sa tation de lait au sein de sa mère ou de sa nourrice; en moyenne, de 130 à 160 grammes dans le premier mois, 'de 90 à 120 dans le second. Rien
déplus fréquent, et trop souvent de moins aperçu que l’insuffisance de cette m. Lévy. Hygiène, édit. . r,n
DUS MODIFICATEURS. — 1NGESTA.
[hygiène
ration; alors le dépérissement est prompt; les cris périodiques de l’enfant, qui harcèle un sein ingrat de ses succions réitérées, dénoncent sa faim non salis- ■ faite; il ne tarde pas à s’y épuiser, et il tombe dans l’affaissement, dans la torpeur qui précède la mort par inanition. Grand est le nombre des victimes de l'allaitement naturel insuffisant, sans compter les enfants qui, venus prématurément, ou par faiblesse congénitale, sont paresseux à teler, manquent d’activité organique, d’aptitude à saisir les mamelons, à exercer la succion.
Jusqu’à six mois au moins, le lait de la femme sera l’unique aliment. ; tout au plus y joindra-t-on le lait des animaux, pur et coupé, comme il a été dit plus haut. La timbale d’argent est le moyen le plus simple pour faire boire les enfants. On a inventé beaucoup de biberons, dont le meilleur est dû à Charrière. Une alimentation prématurée est la source d’un grand nombre d’incommodités et de maladies. Disproportionnée avec les facultés digestives de l’enfant, elle occasionne des diarrhées, des indigestions, des empâtements abdominaux, des gourmes, des éruptions diverses; c’est aussi là l’une des causes ordinaires du rachitisme, l’organisme ne pouvant élaborer convenable-
ment les matériaux qu’il reçoit, ni pourvoir parleur moyen à sa nutrition dans le mode physiologique de cet âge. La nécessité de ménager la mère peut seule autoriser, avant le sixième mois, l’emploi auxiliaire du lait des animaux et des bouillies, et l’on n’y doit recourir que pour éviter l’allaitement artificiel ou c.lui d’une nourrice éloignée. On débutera par une soucoupe (six cuilleiéis) de bouillie claire faite avec la crème de riz, s’il y a tendance à la diarrhée; avec la fécule de pomme de terre dans le cas contraire; l’arrow-root est légei, la farine de froment très-nutritive. On alterne ces fécules pour satisfaire au principe de la variété dans le régime; on épaissit progressivement les bouillies, on en augmente les doses tout en consultant tous les jours l’état général des enfants et celui de leur tube digestif; de ces fécules, on passe à la semoule claire et bien cuite, au vermicelle, au bouillon gras, enfin aux potages légeis, faits avec les mêmes farines. Cependant on a exercé leur appareil de mastication par des croûtes de pain sec qu’ils ramollissent et sucent; cet exercice favorise l’évolution des dents par la compression des gencives, et les dispose a
manger des substances solides. L’époque du sevrage est alors venue.
6° Du sevrage. -- Son opportunité correspond entre douze à dix-huit mois, plus vers ce dernier terme pour les enfants iaibles ou suspects d hcicdité morbide. Mieux vaut l’avancer quand c’est la mère qui allaite et que 1 on a à craindre l’insuffisance de son lait ; il faut épargner à l’enfant la coïncidence des douleurs de la première dentition et de la privation du sein, iiop long temps continué, l’allaitement prolonge l’état de première enfance, ralentit le développement, s’oppose au progrès des forces. Un sevrage prématuré livre l’enfant au péril d’une alimentation disproportionnée avec ses facultés digestives, et le frustre, en cas de maladie ou d’incommodité, des ressources diététiques et médicinales qu’il trouve dans le sein de sa nourrice. Il n est d aune préparation au sevrage que de le familiariser préalablement avec un aune
ALIMENTS. — AGE
privée]
genre de nourriture : or il est d’autant plus difficile d’habituer les enfants à manger que l’on en retarde davantage les premiers essais. Une certaine gradation doit être observée dans cette transition de régime; on sèvre d’abord de nuit, puis on diminue l’allaitement diurne pour terminer en quelques jours ; il n’y a aucun avantage à accorder à l’enfant une ou deux fois en vingt-quatre heures un lait qui se détériore par défaut de succions répétées. On préfère, pour le sevrage, le printemps et l’été ; mais les enfants sains et bien constitués peuvent être sevrés en toute saison; pour les dégoûter du sein, on peut enduire le mamelon de quelque substance d’une saveur désagréable. Après le sevrage, il convient d’acheminer graduellement l’enfant, pour l’ordre et la composition des repas, au régime ordinaire des ménages, dont on exclura constamment la charcuterie, les viandes fumées, les épices, le gibier faisandé, les pâtisseries, les vins forts, etc. Au lever, une soupe, soit au lait, soit au bouillon, avec du pain ou quelque fécule; vers onze heures, un second déjeuner un peu plus substantiel et composé le plus souvent d’une soupe encore et d’un œuf à la coque ou d’un peu de viande; vers trois heures, un petit repas fait à la promenade, à l’air libre, avec du pain, des confitures, un peu de chocolat, etc. ; le soir, il dînera ou soupera avec de la soupe, de la viande, un légume de saison et quelque friandise pour dessert. Des aliments simples, doux, d’une préparation naturelle, mais assaisonnés d’un peu de sel; des viandes bien cuites, sans être desséchées, en proportion médiocre et uniforme ; des heures bien réglées. La grande excitabilité des organes digestifs chez les enfants est cause que beaucoup de médecins préfèrent pour eux le régime végétal et les privent entièrement de vin. Cette conduite n’est pas applicable à tous les enfants; dans nos grandes villes et dans nos climats, on sent le besoin de leur donner une nourriture substantielle, et partout on doit repousser l’erreur de cette austérité populaire qui recommande d’endurcir de bonne heure les enfants pour les disposer aux privations de la vie. Il est reconnu que, dans nos climats, la plupart des affections morbides (scrofule, tubercule, etc.) atteignent les individus frêles et chétifs, et la plus sûre prophylaxie consiste dans l’augmentation de la puissance de réaction organique par la grâce d’un bon régime. L’eau rougie légèrement sucrée convient aux enfants; en y trempant un peu de pain, on en fait une espèce de soupe proposée par Donné et qui leur réussit bien; comme lui, nous admettons quelque peu le vin dans le régime de cet âge : a Je soutiens qu’il faut donner de préférence aux enfants du vin aussi coupé d’eau qu’il est possible (1). »
Quant aux précautions nécessaires à la nourriture ou à Ja mère pendant et après le sevrage, elles-se réduisent à diminuer et même à supprimer les aliments durant un ou deux jours, à favoriser la transpiration cutanée par le séjour au lit et par des boissons chaudes, à dériver s’il y a lieu l’afflux sanguin
(1) Hippocrate, Œuvres, trad.
p. 12 et suiv.
par Littré : Des airs, des eaux et des lieux , t, U }
788 DES MODIFICATEURS. — ING EST A. [hyciène
qui s’opère vers les glandes mammaires, par l’administration répétée de quelques laxatifs (sels neutres). Loin de réveiller artificiellement leur appétit qui diminue ordinairement après la cessation de la sécrétion laiteuse, il importe de restreindre quelque temps encore la mesure de leur alimentation et de les assujettir à un exercice musculaire suffisant, afin de prévenir la pléthore générale qui peut succéder a la suppression d’une fonction aussi importante que la lactation.
Vieillesse. — Les vieillards recherchent les aliments d’une consistance médiocre, à cause de l’imperfection de leur mastication et du défaut d’insalivation convenable qui en résulte; ces deux causes s’ajoutent 'a l'affaiblissement graduel de leur estomac et de leurs intestins pour leur rendre les digestions le plus souvent pénibles et lentes; aussi ont-ils besoin de substances éminemment digestives. Leur appétit diminue avec le besoin de réparation ; beaucoup d’entre eux se contentent d’un seul repas par jour; encore ne consomment-ils qu’une portion des aliments qui constituaient autrefois leur ration. Cette tempérance est la condition de leur bien-être; convenable à tout âge, elle est pour eux une nécessité qu’ils ne peuvent enfreindre sans péril ; on peut dire qu’ils ne sauraient trop réduire la quantité de leur nourriture, s’ils désirent conserver les attributs d’une vieillesse paisible et valide. Tous les exemples de grande longévité sont fournis par des vieillards qui ont apporté dans leur régime une stricte et invariable mesure. Tous ne savent pas rompre en temps opportun avec les habitudes de bonne chère et les plaisirs de table : la vivace intégrité du sens du goût, qui est l’un des rares privilèges de cet âge, les entraîne au delà des limites que leur impose la médiocrité de leurs besoins : leur palais parle plus haut que leur estomac. Enclins à la gourmandise, ils s’exposent à tous les inconvénients de la surcharge gastrique; les éructations, les flatuosités, les diarrhées, les fatiguent, et chaque indigestion les penche un peu plus vers leur ruine. Le régime de cette période de la vie n’admet rien qui soit de nature à précipiter les actes organiques, à exalter passagèrement les forces : il doit tendre à conserver, non à développer; il se composera de viandes peu riches en fibrine, légères, bien tendres, de pain bien fermenté et bien cuit, de végétaux nourrissants, de soupe, de panade (Lorry); point d’aliments farineux, visqueux, acides, salés, gras et pesants. Le principal repas sera pris vers le milieu du jour; celui du soir sera avancé et très-leget . les assaisonnements énergiques seront exclus de l’un et de l’autre. Néanmoins, et surtout dans la vieillesse extrême, il est nécessaire de réveiller l’énergie des organes digestifs par quelques stimulants savoureux : il convient alors d’augmenter le nombre des repas en diminuant la quantité des aliments qui seront à la fois mous et fortifiants.
privée]