‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 159 sur 181 · ALIMENTS. — SEXE · texte numérisé non relu

ALIMENTS. — SEXE

IL — Sexe.

Nous avons indiqué (p. 10Ô) les différences que présente la femme sous le rapport de la digestion et du besoin d’alimentation ; elle a moins de puissance digestive, exige moins de nourriture et une nourriture moins excitante. Faible, sédentaire, moins portée à l’intempérance, soustraite généralement aux travaux qui épuisent l’homme, elle recherche par instinct les aliments doux, sucrés, légers, nutritifs sous un petit volume ; mais tout en lui interdisant l’usage des aliments échauffants, faut-il avec Tourtelle lui assigner le régime des enfants, la réduire à l’usage des viandes blanches et des végétaux (1)? Une semblable diète aura-t-elle la propriété d’amortir sa susceptibilité nerveuse, ou plutôt, dans un grand nombre de cas, n’aura-t-elle point pour effet de 1 accroître ? L’hygiène des femmes est semée d’erreurs qui contribuent journellement à détériorer leur santé. En général, les aliments très-digestibles des deux règnes organiques leur conviennent : fécules, viandes rôties, etc. , et la considération de leurs tempéraments, de leurs dispositions héréditaires, de leurs maladies antérieures, doit l’emporter, dans l’ordonnance de leur régime, sur les indications qui découlent théoriquement du sexe; leur nourriture doit varier surtout suivant les grandes époques de leur vie féminine : menstruation, grossesse, parturition, allaitement, fige de retour (voy. sect. I, chap. iv). Vers l’établissement de la nubilité, le régime ne doit être ni excitant ni débilitant, afin de ne pas supprimer l’effort hémorrhagique normal ni de l’accroître outre mesure; il n’y a pas lieu de mentionner ici le genre de nourriture qui convient dans le cas de dysménorrhée, de règles hémorrhagiques, etc. L’état chlorotique, qui entrave chez tant de jeunes filles l’établissement de la menstruation, exige un régime corroborant. Une nourriture douce, humectante, peu substantielle, convient aux femmes qui touchent à l’àge critique; elle prévient les congestions sanguines qui menacent encore l’encéphale, les poumons, etc. Les femmes en apparence les plus exposées à ces accidents réussissent, à force de sobriété, à traverser sans maladie cette période trop redoutée. La grossesse n’oblige guère à modifier le régime alimentaire des femmes; la plupart ne changent ni de goût ni d’habitudes; la pléthore qui survient après le quatrième mois doit les porter à choisir leurs aliments, suivant qu’elle a un caractère sthénique, ou que, ce qui est beaucoup plus fréquent, elle consiste réellement dans un état hydroémique avec diminution de globules; plus lard, la compression de l’estomac ne leur permet d’ingérer à la fois, sans malaise, qu’un petit volume d’aliments, sauf à augmenter le nombre des repas. Les femmes nerveuses et chétives éprouvent, sous l’influence de la grossesse, une notable amélioration de l’appétit et consomment beaucoup plus au grand profit de leur nutrition. En général, la mesure du régime est fixée, pour les

(1) Tourtelle, Traité d’hygiène, édition Bricheleau, p. 305.

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femmes enceintes comme pour tout le monde, par celle de l’appétit, sans égard à l’axiome banal qui leur prescrit de manger pour deux; la suppression ' des menstrues compense en partie les frais de la nourriture du fœtus. Quand la faim est vorace, on la trompe par des repas plus fréquents, par des aliments à saveur douce et fade; un dégoût sans cause morbide cédera à des boissons un peu stimulantes, à une nourriture plus sapide. Toutefois beaucoup de femmes se décolorent et maigrissent pendant les premiers mois de la gestation ; le nombre de leurs globules diminue dans le sang, à mesure qu’elles fournissent de leur propre substance à l’évolution organique de l’embryon; des troubles dynamiques en rapport avec l’anémie se manifestent. Trop souvent, ignorance ou routine, ou les soumet alors à des saignées qui augmentent l’épuisement et favorisent le développement des accidents nerveux, tandis qu’il est nécessaire de renforcer l’alimentation, et d’y ajouter le vin, la bière, le houblon, les ferrugineux, les amers, etc., afin de les aider à subvenir à l’accroissement du produit nouveau qui vit en elles et à leurs dépens. Quant aux appétences insolites, on s’en exagère l’importance, et c’est peut-être ce qui les rend plus fréquentes ; mieux vaut leur résister que de les satisfaire aux dépens de la santé : le charbon, le plâtre, le vinaigre, etc. , ont été l’objet de ces désirs étranges; il faut refuser de pareilles substances ou ne les donner qu’à dose minime et avec des correctifs convenables. Pendant la grossesse, la femme doit s’abstenir de liqueurs spiritueuses, qui, nuisibles à sa propre santé, sont un véritable poison pour l’enfant qu’elle porte dans son sein. En couches et avant que la révolution laiteuse soit opérée, la femme 11e doit recevoir que d’un à trois bouillons par jour si elle ne nourrit point, quelques potages dans le cas contraire. C’est ici que se montre à un haut degré la puissance de l’habitude. O11 voit des paysannes qui, deuxjours après l’enfantement, reprennent, avec leurs travaux, le régime grossier et nourrissant auquel elles sont accoutumées; sans doute cette conduite fait des victimes, mais beaucoup 11e s’en ressentent point. Une fois la sécrétion laiteuse établie, on revient par degrés au genre de vie ordinaire en passant de la soupe, des panades, des bouillons avec fécules, aux œufs à la coque, aux viandes blanches, aux poissons frics, aux côtelettes, etc. , de telle sorte qu’au bout de dix à douze jours l’accouchée n’ait plus besoin de direction spéciale dans son régime : même gradation pour les boissons. Nourrit-elle, tout aliment auquel son estomac est habitué lui convient : « Tout se réduit, pour les nourrices comme pour tout le monde, à bien digérer ce qu’on mange et à ne pas manger avec excès (1). » Les mets qui font la base de la vie ordinaire, qui sont consacrés par un long et général usage, sont ceux qui conviennent le mieux aux nourrices, avec la précaution de varier leur régime et de leur refuser les viandes fumées, salées, la charcuterie, des quantités trop fortes de substances végétales crues et le vin en excès. Aucun

(1) A. Donné, Conseils aux familles sur l' allaitement et sur la manière d'élever les enfants nouveau-nés. Paris, 184 G, p. 157.

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