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[hygiène
la base du premier repas du jour ; pour les mangeurs cl même pour beaucoup de gens sobres l’auxiliaire obligé de la digestion ; pour les populations méridionales presque un spécifique contre l’action débilitante des chaleurs; poulies classes intellectuelles, une liqueur à laquelle le génie se plaît à rapporter une partie de ses inspirations (1). l’oison, disent les uns; ambroisie, si l’on en croit les autres : exagération des deux côtés. Le danger ou l’avantage est ici, comme pour toute autre substance bromatologique, dans le rapport de son action avec une organisation donnée. L’infusion de café bien préparée est une boisson extrêmement agréable, d’une saveur exquise. Avant de l’ingérer, on en hume avec délices la suave vapeur; dès qu’elle arrive dans l’estomac, elle y fait naître une douce chaleur et une sensation de bien-être qui se répandent dans toute l’économie; elle accélère la respiration, augmente la fréquence
et la force du pouls : 8 grammes d’infusion de café injectés dans la veine jugulaire d’un chien ont fait monter rapidement et successivement l’hémodynamomètre de Poiseuille, de 30-A5 millimètres, à A5-5Ü, 50-65, 10-15, 60-90 et même à 70-105 (Magendie) ; en même temps la transpiration devient plus abondante, les sécrétions plus faciles. L’injection d’une égale quantité d eaude-vie n’a déterminé aucune oscillation appréciable dans la colonne mercurielle de rhémodynamomètre. Les centres nerveux participent à leur tour à cette expansion vitale ; les facultés intellectuelles s’érigent; les penchants et les affections se prononcent; les expressions, gestes et paroles, se succèdent avec plus d’alacrité; les mouvements deviennent plus vifs, plus aisés; chez quelques personnes, le sens génital s’éveille. Ces phénomènes témoignent de la puissance excitante du café, puissance qui semble agir primitivement, et sur les extrémités nerveuses de l’estomac, et sur le système vasculaire. Les effets du café sont, du reste, modifiés par la température du liquide, par l’étal de vacuité ou de plénitude gastrique, par l’âge et le tempérament, par 1 habitude, par la nature du climat et des localités; et c’est pour n’avoir pas tenu un compte suffisant de ces circonstances que l’on a tant déclamé pour ou contre le café. Pris froid, il s’en faut qu’il développe le même degré de stimulation; le calorique met donc en jeu ses vertus. L’immense majorité des amateurs le prennent après les repas; il n’agit alors sur l’estomac que dune maniète presque indirecte à travers la masse des aliments qui l’emplissent, et son influence sur l’économie est diminuée de tout le secours qu il fournit à la digestion. C’est surtout à la fin des grands repas qu’il est désiré et bien supporté; il rehausse l’énergie de l’estomac aux prises avec une quantité considérable d’aliments divers; il en rend la chymification plus prompte et plus facile; il
abat les fumées stupéfiantes du vin, prévient l’ivresse et ses suites. Au contraire, pris à jeun, il ne détermine qu’une excitation sans fond, suivie de tiraillement à l’épigastre; d’une sensation de vide, d’un malaise qui rappelle
(1) Cabanis, Rapport du physique et du moral de l’homme, 8e édition, avec notes ue L. Peisse. Paris, 1844, p. 387.
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celui de la faim; c’est alors aussi qu’il émeut le plus fortement le système nerveux; et pour peu que l’on continue d’en user à cette guise, il détermine les accidents qui se rapportent à la domination morbide de ce système. Les constitutions caractérisées par la prépondérance des élaborations blanches et la langueur des actions vitales, puisent dans le café une stimulation favorable à leur digestion, et qui tourne au profit de leur ensemble. L’Age, en ralentissant l’activité des organes et en relâchant leurs liens sympathiques, semble aussi faire du café l’excitant fonctionnel par excellence des vieillards, en même temps que, par la menue proportion de ses éléments nutritifs, il répond à leur menu besoin d’alimentation. Aussi le savourent-ils avec délices; il réveille leur sensibilité émoussée, et restaure, pour ainsi dire, en eux la conscience de la vie.
En général, tous ceux dont la circulation s’ébranle difficilement peuvent faire usage du café sans inconvénient. Napoléon, dont le pouls marquait k 0 patminute, l’aimait à l’excès. Dans les pays froids et humides, il aide l’organisme à réagir contre les influences déprimantes de l’atmosphère ; dans les localités marécageuses, il provoque et entretient le mouvement éliminateur vers le tégument externe; dans les climats chauds, il semble agir à la fois comme amer sur les organes digestifs, et comme excitant général sur l’économie, qu il fait sortir du collapsus où la jettent les chaleurs excessives. A bord des vaisseaux, dans les camps, au feu des bivouacs, il facilite la digestion d’un tepas composé de salaisons et de légumes secs ; il provoque les causeries et les épanchements qui font oublier les privations du moment, entretient dans les espi iis une douce exaltation qui rend les nuits de garde moins longues, la pluie moins pénétrante, la brise moins glaciale, la marche du temps moins uniforme et moins triste. Ces conditions morales de notre espèce, ces besoins que la civilisation crée et développe, ces éléments de la spontanéité psychique qui entrent pour une si large part dans l’équilibre de la santé, les hygiénistes les oublient trop; ils sont l’origine et la raison de nos habitudes : celle du café fait partie en quelque sorte de notre civilisation. Médecins, résignez-vous à l’absoudre. Et qu’importe à l’artiste, au littérateur, au philosophe, que son pouls s accélère de quelques pulsations une ou deux fois par jour, si, comme Barthez, il peut dire du café : « Il me débétise. » L’habitude, d’ailleurs, atténue singulièrement les mauvais effets du café, si elle n’en fait une boisson entièrement innocente. Fontenelle, Voltaire, Frédéric II, Delille, et tant d’autres qui, en ont fait excès, ont pu croire qu’il ne nuisait pas à la longévité. Avant d en défendre l’usage, examinez soigneusement les conditions de santé de ceux qui y sont accoutumés ; pesez les inconvénients de l’usage et ceux de l’abstinence. J’ai vu des personnes qui avaient entrepris de s’en sevrer, s’affaisser chaque jour sous le poids de leurs digestions, tomber dans une sorte de mélancolie, perdre leur activité intellectuelle. Je me suis pressé de leur rendre a iqueur vivifiante, dont l’arome seul, aspiré à longs traits, leur était une
ineffable jouissance. Qui ne possède dans ses relations telles gens qui se réveil M. lévy. Hygiène, 5e édit. 1 . m *
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lent tous les matins dans un état semi-torpide, et ne s’en dégagent qu’après les premières gorgées de café au lait? Certes, il y a quelque analogie entre ces phénomènes et ceux que produit l’abus des alcooliques. Mais aussi différent des boissons fortement alcoolisées que des vapeurs narcotiques qui produisent l’ivresse et l’engourdissement des sens, il semble emprunter à ces deux ordres de modificateurs leurs effets sensibles les plus agréables, sans reproduire leurs inconvénients, et, pour ainsi dire, leur brutalité; loin d’appesantir les facultés intellectuelles, il les ranime, il les dilate. L’abus même aboutit diversement : celui des boissons aromatiques peut exalter le système nerveux, mais il ne le dégrade point; affaiblir le tissu musculaire, mais il ne rend pas ses contractions irrégulières et incertaines. Le café n’a jamais occasionné une gastrite véritable. Vous dites qu’il maigrit, qu’il ôte l’appétit, qu’il congestionne le cerveau (1); mais ces fâcheux effets, vous les avez observés sans doute chez des personnes qui se condamnent à la docte réclusion du cabinet. Or, la vie cellulaire subit aies produire sans le concours du café. Non que l’abus de cette liqueur soit exempt de périls; non que l’on puisse en permettre l’usage à tous les types d’organisation et avec tous les genres de vie : telle n’est point notre pensée. Les personnes dont la sensibilité est très-mobile et 1 esprit trèsirritable ; les individus à prédominance bilieuse, ceux qui sont enclins à 1 hypochondrie, aux affections bémorrhoïdaires et goutteuses ; ceux qui sont atteints d’irritation gastrique ou de quelque inflammation chronique sujette a i eci udescence, doivent s’en abstenir. Les doses excessives du café font naître, chez ceux-là même qui n’offrent aucune de ces dispositions, un état permanent d’exaltation et d’irritabilité qui, avec l’intervention de causes occasionnelles, peut amener l’explosion de certaines maladies et en aggraver la marche. Un médecin anglais, Colet (2), signale, parmi les inconvénients du café pris en excès et longtemps, la gastralgie, à laquelle se joint plus tard une espèce de frisson ou de frémissement dans le côté gauche de la poitrine, un poids incommode au devant du thorax, avec dyspnée et soupirs, et, de plus, une excitation générale qui ressemble à celle de l’ébriété commençante. Si 1 on ne renonce pas alors au café, il survient un malaise plus profond, dont les principaux caractères sont le froid glacial des pieds et des mains, une sensation importune de froid à l’occiput. Quelquefois les accidents s aggravent . foui nullement de tout le cuir chevelu, céphalalgie intense, trouble de la vue, vacillation dans la marche, vertiges, pouls faible et irrégulier, suffocation avec insensibilité et convulsions ; la douleur de l’estomac s’accompagne de spasmes violents, le cœur est agité par des palpitations ou se ralentit jusqu à la syncope ; l’altération du moral se dénote par des saillies d’une humeur morose et chagrine. Ces symptômes, que l’abus du thé provoque également, ne cessent, d’après Colet, que par la privation du liquide aromatique, et se renouvellent dès que l’on revient à en faire usage. Nous n avons rien obsené de pai eil.
(1) Reveillé-Parise, op. cit., t. II, p- 25A.
(2) Colet, Archives de médecine , 2e série, 1833, t. III, p. 333.
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Le café exerce-t-il une action spécifique sur le dynamisme cérébral? Il y a exagération certainement à le qualifier de boisson intellectuelle, mais il n’y en a pas moins peut-être à lui refuser toute influence sur le rhylhme physiologique de l'encéphale. S’il ne le modifie qu’à titre d’excitant général, pourquoi l’ammoniaque, l’éther, les infusions préparées avec des plantes aromatiques, n’exerccnt-elles pas une action analogue sur les manifestations de l’intellect? Les esprits les plus lourds puisent dans le café une certaine facilité pour les œuvres de l’intelligence ; il ne fait pas éclore la pensée dans la cervelle de l’idiot, mais il ranime les facultés engourdies de l’homme sain, il épanouit l’imagination du poêle, il ravive la mémoire du professeur, il fait couler les idées de la plume et les paroles des lèvres. Pour nous, qui ne prétendons pas expliquer l’influence de tous les agents hygiéniques par la dichotomie de l’irritation et de la non-irritation, nous reconnaissons que celle du café a un rapport particulier avec les fonctions de l’encéphale ; elle porte directement sur le système nerveux, et, dans ce système, particulièrement sur l’extrémité céphalique. C’est par là que nous comprenons la propriété qu’il possède d’empêcher le sommeil au moins pendant six à huit heures après son ingestion, propriété que ne partagent point les alcooliques ni les autres boissons aromatiques; elle s’affaiblit par l’habitude sans jamais s’épuiser entièrement. Non-seulement le café pris pendant le cours de la nuit écarte le sommeil et 1 accablement qui le précède, mais encore il procure à l’esprit une lucidité et un état de quiétude qui démontrent pour nous jusqu’à l’évidence la merveilleuse spécificité de son action. Nous rattachons à celte même cause les veilléités aphrodisiaques qu’il suscite à quelques personnes sans la complicité des oiganes génitaux. Le café, utile contre l’asthme, les fièvres intermittentes, les diarrhées atoniques, etc., neutralise les effets stupéfiants de l’opium, sans doute en dissipant la congestion de l’encéphale par l’accélération qu’il imprime au cours du sang : c’est de cette manière qu’il remédie souvent aux céphalalgies symptomatiques d’une légère hypérémie du cerveau. Aussi ne comprend-on pas le reproche injuste qu’on lui a fait de favoriser les congestions sanguines vers la tête, de disposer à l’apoplexie, etc. ; il les éloigne plutôt, soit eu dissipant les stases sanguines qui s’opèrent dans le cerveau, soit
en facilitant les digestions dont l’embarras est une cause si fréquente d’accidents vers la tête.
Le café au lait et à la crème est d’un usage presque universel : présomption innocuité. Agréable au goût et à l’odorat, il passe bien, accélère la digestion entretient la liberté du ventre, et remplace, pour beaucoup de personnes’ emploi d’un laxatif. Le peuple en use avec prédilection ; aussi se vend-il au coin des rues et dans les places publiques. Combien de femmes sacrifient toute autre nourriture à leur ration quotidienne de café au lait ? On l’accuse de causer des tremblements, des mouvements fébriles, des dyspnées, des palnitations, des leucorrhées, de diminuer l’énergie des tissus, etc., banales énonciations dont pas une n’est fondée sur une observation exacte et régulière II
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convient seulement de fixer la proportion du lait et du café suivant le degré
d’irritabilité nerveuse de ceux qui en font usage.
La valeur alimentaire du café ressort des données suivantes : Un litre d’eau et 100 grammes de café fournissent une infusion qui contient par litre 20 grammes de matières solides en moyenne; cette infusion contient, à volume égal, trois fois plus d’éléments solides, et plus du double de matière organique azotée que celle du thé, préparé avec 20 grammes de thé par litre d’eau bouillante. Les populations méridionales, qui ont un goût presque instinctif pour le café, y trouvent donc 'a la fois un moyen de réaction contre les chaleurs, un aliment approprié au climat. C’est sans doute pour l’avoir vu en usage parmi les indigènes que Desgenettes l’a recommandé à nos soldats en Égypte, bien longtemps, comme on le voit, avant que les médecins militaires de notre époque l’aient préconisé en Algérie. Nous avons vu le Corse, le Moréote, le Turc, l’Arménien, le Bulgare des côtes de la mer Noire en user avec une égale prédilection; la soupe au café est le repas préféré des matelots p0ur le matin, elle égaye le réveil de nos soldats en Afrique; elle a été souvent pour eux le correctif des salaisons, le seul aiguillon de leur appétit sur le plateau de Sébastopol. Un litre formé de parties égales de café et de lait contient :
Matières grasses, Subst. solides. Subst. azotées salines et sucrées.
gr. S1’- Sr-
1/2 litre d’infusion de café. . . . 9,5 2,80 4,97
1/2 litre de lait 70 45 25
Sucre en moyenne 75 8 /5
154,5 ou 47,80 plus 104,97
Payen fait remarquer que ce liquide alimentaire représente six fois plus d’éléments solides et trois fois plus de substances azotées que le bouillon; ses propriétés nutritives sont donc réelles, et il faut ajouter qu il communique son arôme, sa saveur, sa puissance stimulante à une quantité de liquide égale à vingt fois son poids (eau et lait) et à un égal volume de pain dont il corrige le peu de sapidité. Les mineurs de Charleroy ne reçoivent, dans leur alimentation journalière, que lû8r,S2 d’azote, tandis que les détenus des maisons centrales en reçoivent 168r,56, et les trappistes 15 grammes; mais les mineurs belges font usage du café (3ü8r,59 par jour). De Gasparin en a conclu que le café a la propriété de ralentir le travail de désassimilation, de retardei les mutations organiques, de manière à diminuer les besoins de la réparation, a nécessiter moins fréquemment l’ingestion des aliments, à réduire la proportion d’azote (urée et acide urique) qui s’échappe par les urines (1) : le café empêcherait le corps de se dénourrir. C’est parce mécanisme qu’il permettrait aux ouvriers de Charleroy de se maintenir en sauté et en vigueur, avec
(1) Expériences de Bœcker (Crefeld, 1849).
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un régime très-éloigné des 20 à 26 grammes d’azote indispensables par jour à l’entretien de l’homme adulte; chez eux, le café n’agit pas comme substance nourrissante, puisqu’il n’entre que pour 1/35° dans le chiffre des proportions nutritives de leurs aliments. Magendie a opposé a 1 interprétation ingénieuse de Gasparin le témoignage d’un médecin de Valenciennes, Charpentier, qui n’a pas trouvé les ouvriers belges dans un état de santé florissante. La question reste à l’étude.