‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 20 sur 181 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

DES SEXES

L’espèce humaine présente au plus haut degré les caractères de la sexualité individuelle, c’est-à-dire : 1° la séparation parfaite des sexes; 2° la perfection des appareils de génération ; 3° le rapport général de l’organisme avec le sexe. Examinons les différences que la sexualité détermine chez 1 homme et : chez la femme dans les fonctions, dans les organes, dans l’ensemble ou la forme générale de l’individu, et commençons par les organes, par les fonctions mêmes qui impriment à l’un et à l’autre le cachet d une destination distincte dans l’office synthétique de la propagation de l’espèce.

§ a. — Fonctions «le la génération.

On ne saurait méconnaître une différence profonde entre l’homme et la femme, par rapport à l’espèce. Le rôle du premier se borne à la fécondation; cet acte consommé, il recommence à vivre pour lui-même, et jouit d’une

(1) Reveillé-Parise, Traité de la vieillesse, hygiénique , médical et philosophique. Paris, 1853, p. 278. — Flourens, /oc. cil., p. 77.

FONCTIONS DE LA GENÊHATION

privée]

plus grande indépendance dans la sphère de son autonomie personnelle. La femme, au contraire, vit pour l’espèce plutôt que pour elle-même : la série des fonctions qui lui sont imposées pour les lins de la propagation humaine témoigne de cette direction primordiale de son organisation. L’œuvre dont elle est chargée ne se termine point à la copulation, à la fécondation; il faut ensuite qu’elle fasse les frais d’une incubation prolongée, de la parturition et de l’allaitement, et pour qu’elle - s’applique en temps opportun à sa mission, la nature l’avertit de son aptitude à la remplir par l’établissement d’une fonction spéciale, la menstruation. Ses premières manifestations morales sont conformes au but de la nature, elles l’entraînent vers le sexe dont elle doit recevoir la fécondation; les plaisirs, les chagrins, les devoirs qui se rattachent à ce même but, sont l’occupation de sa vie. Enfin, et comme pour la solliciter plus vivement à la reproduction de l’espèce, la nature a placé du côté de la maternité les chances les plus fortes de santé et de longévité : le célibat est plus funeste aux femmes qu aux hommes; les couvents de femmes recèlent plus de maladies et d’existences languissantes que les couvents d’hommes; la fécondation et la grossesse fortifient beaucoup de femmes; et qui n’a remarqué la santé florissante de femmes, mères de nombreux enfants, tandis que la stérilité dessèche et flétrit !

L ue destination si énergiquement exprimée par les instincts et par les fonctions doit avoir réglé la structure et les relations des parties : les moyens doivent s’accorder avec le but, et c’est ce qui ressortira d’une exploration rapide de l’organisation féminine.

Le bassin entier de la femme, appelé par Burdach le laboratoire de la génération, est plus développé, plus ouvert en avant et en haut que chez l’homme; le détroit supérieur du petit bassin forme d’avant en arrière un plan oblique p us rapproché de la perpendiculaire chez la femme que chez l’homme : la igné circulaire que représente ce détroit est plus prononcée à cause de l’écartement plus grand des os costaux : le diamètre antéro-postérieur est de P°U,Ces’ 1 ob,'que de 4 pouces et demi, le transverse de 5 pouces. L’excavaion du petit bassin doit à l’éloignement des ischions l’augmentation de son iameue Uansversal : il est de h pouces, ce qui élève son rapport à celui de homme : : ,23 : 100. Grâce à la courbure du sacrum, I Wo-poslérieur e pouces et demi; rapporta celui de l’homme :: 108 : 100; l’oblique a

c^tf lcd "r sou;;pubiens « ■- Æ

îrbr: t r et i,itt eu ^ ^ ,es zz z

hnn i ge S0,U P us développés ; les nerfs du plexus pelvien les

génitaux slT deS Pl7S “f eDtériqUe SUpériem' el Prieur aux organes marqué nu’il ?t7'P ? US Volummeux chez l’homme, et Haller a reest inutile d’insister sn ,7™ ** dcscenclan,e ct des artères iliaques. Il même objet- d’autres c",u',,urs dc ces dispositions organiques vers un m. LÉ7ir5eZ ’ qUC 1,0US 0nieU°nS’ C0Iltnbuent à faciliter les

DES SEXES

[HYGIENE

actes qui se résument clans la reproduction de l’espèce. Nous ne décrirons pas ici l’appareil génital de la femme ; nous rappellerons seulement avec quelle promptitude ses parties externes et internes complètent leur évolution vers l’époque de la puberté. Le mont de Vénus se prononce, les lèvres et les nymphes s’épanouissent, le vagin s’étend, le clitoris acquiert plus de volume et d’excitabilité, l’utérus plus d’épaisseur et d’étendue ; par une connexion de développement, la mamelle s’élève et s’arrondit, le mamelon se forme et rougit. La turgescence des parties génitales externes et inLeines s exalte pai degiés et fruit par se résoudre en un flux sanguin, précédé par les phénomènes suivants : l’utérus se gonfle, rougit a sa lace interne, se distend pat le bas et descend de manière à se laisser sentir à une moindre hauteur dans le bassin ; son orifice s’arrondit et se ramollit à son pourtour, en même temps que la lèvre postérieure de cette ouverture s’allonge. A ces phénomènes s ajoutent des tiraillements, des lassitudes, effet de la congestion des vaisseaux pelviens, de la chaleur aux parties génitales, parfois une cuisson douloureuse pendant l’écoulement des urines, et la tension de l’abdomen. L’habitus extérieur tialiit l’orage des organes génitaux : les yeux sont cerclés et moins vifs, la lace se colore par bouffées, les traits sont légèrement altérés ; de la céphalalgie, un peu d’accélération circulatoire par moments, une sensibilité agacee, la diminution de l’appétit, souvent une transpiration d’une odeur caractéristique, parfois la I perversion des goûts ou du caractère, annoncent que l’économie entière s’est ébranlée Peu à peu cet orgasme tombe, mais la susceptibilité nerveuse persiste et augmente même par l’effet de la déperdition sanguine ; la faiblesse succède à l’excitation. Elle disparaît à son tour après la cessation graduelle de l’écoulement, et tout rentre dans l’ordre jusqu’à la réapparition des mêmes effets produits parla même cause, car désormais ce flux sanguin se renouvelle avec une périodicité presque fixe du vingt-septième au vingt-huitième jour, et, fonction distinctive de la femme, signe précieux de sa fécondité, il exercera sur elle dans l’état de santé ou de maladie, une influence aussi délicate que pro font e.

Toutefois l’hygiéniste n’oubliera point que celte hémorrhagie n’est que l’un des phénomènes constitutifs de la phase menstruelle, qui dépend elle-meme de l’ovulation spontanée. Chaque menstruation correspond à la maturation et à la chute d’un œuf; une vésicule de de Graaf, qui a pris sur toutes les autres une prépondérance décisive, se déchire pour expulser son œuf a un momen indéterminé de la période menstruelle. Pouchet admet que 1 émission de l’ovule a lieu soit immédiatement après le flux cataménial, soit pendant tes • quatre premiers jours qui lui succèdent, L’œuf met ordinairement de deux à six jours pour franchir la trompe, et séjourne encore deux a six jours da . t\ \ r.w nenriant. celte migration, que l’ovule peut être lecoiu e a

f utérus (1). C’est pendant celte migration, que l’ovule peut être fécondé suite d’un rapprochement; au delà des douze à quatorze premiers jours qui

MJ Pouchet, Théorie positive de F ovulation spontanée et de la fécondation des ma,» mi fèves et de l’espèce humaine. Paris, 1847, in-8 et atlas colorie.

privée]

FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION

suivent les règles, la fécondation ne serait plus possible d’après Pouchet l’œuf ayant été entraîné au dehors par la decidua ou membrane caduque, sécrétée entre la surface de la muqueuse utérine et son épithélium; cette’ sorte de pseudo-membrane se formerait normalement dans la matrice après chaque menstruation, et s’en détacherait aussi normalement dans l’intervalle des règles, si la conception n’avait pas eu lieu, sous la forme d’un flocon albumineux, élastique, d une teinte opaline. Longet n’a jamais observé ce flocon, et le rattacherait, d après la texture même qu’on lui assigne, aux produits de sécrétion muqueuse, analogues à ceux qui proviennent parfois des glandes du col utérin Quant à la loi de la ponte périodique, s’applique-t-elle d’une manière tout à lait absolue à la femme ? Pour les animaux mêmes, on est amené à distinguer avec Coste, des époques naturelles pour la maturation et la chute des œufs et des époques pour ainsi dire artificielles qui sont subordonnées aux conditions c abn, de température, d’alimentation, de cohabitation, etc. Le pigeon sauvage pond une ou deux fois par an ; apprivoisé, il niche sept à huit fois dans nos colom lers. Dans l’espèce humaine, les excitations génésiques, le coït auquel elle est toujours apte, etc., ne pourraient-ils accélérer le retour des modifications ovanques, et surtout la chute des œufs ? Quoi qu’il en soit la malura

"0" S(“ée,des œufs passage des vésicules de de Gr ai

ompues dans les trempes de Fallope, leur déhiscence chez les femme. ZZ omme chez celles qui ne le sont pas, sans coït et indépendamment de l’in

Montgomery, Racihorsiri (2), Bisintimes entre la menstruation et les ,’ri ^ ’,etc‘ ’ 011 t démontré des rapports l’hygiène de cette phase importante de h. vTc des f aCCOraplissent dans ,es ovaires, ractère de précision et une dIus mile v • f<~mmesa re?u elle-même un cala direction de cette fonction 7e in r r dét*'lh;Glle doit suivr^ dans elle trois périodes : 1° Invasion signalé d Physio|og,e et y distinguer avec

m"CUS «^vaginal et sa coloration bru, Le ^^1^ ^ JT* présence de globules samm in« „„ • ’ ÜJ e microscope y décèle la

;,Ueux- Cette période dure un qne ,<a?lobule> m«“

leiut son maximum d’intensité elles , al • hémorrhagie utérine at-

» «.«ibo'k, ZuiTrrv *»«**• « /«<», p. 2.

ro\ , > il ruiu ae la menstruation, etc. Paris lanu oü

(3) Longet, Traité de physiologie, t. II, 718 ’ ’ P> 28<

DES SEXES

[ HYGIENE

que par son mélange avec le mucus vaginal (Brierre de Boismont, Raciborski). D’après l’observation des mammifères, c’est durant cette période que les vésicules de de Graaf se développent et subissent l’hémorrhagie interne qui doit expulser l’œuf formé dans leur cavité, mais elles ne s’ouvrent pas encore.

3» Cessation : le flux cataménial diminue et disparaît les globules sanguins redeviennent rares au milieu des globules muqueux et des fragments d épithélium entiers ou déchirés ; c’est à la fin de cette période que s ouvren les follicules de de Graaf pour l’émission des ovules. La période intermenstruelle se divise aussi en trois phases, offrant des phénomènes spéciaux : 1» Desquamation d’une quantité considérable de plaques épithéliales qui proviennent en partie des parois du vagin. Cette période, qui dure environ dix jours, donne Üeu pendant les quatre ou cinq premiers jours à une irritation assez vive des organes génitaux ; le mucus qui s’échappe par l’orifice de la vulve, d abord liquide, s’épaissit du sixième au septième jour, et présente, avec une plus nde quantité de globules muqueux, des amas de plaques épitheliales enche Sét a u de ces mêmes produits isolés et nageau. dans leilrnde comme dans les quatre premiers jours. Vers cette époque, et quelquefois seulement t niêrae jour après la cessation des régies, un sentiment de pesanteur et meme des douleurs vives se manifestent dans les points du bassin qui coiiesponde aux trompes dues non à l’expulsion des ovules, mais aux contractions des trompes de Fallope, à l'effet d’acheminer l'œuf vers l'utérus. Du dixième au douzième jour, le mucus utéro-vaginal, plus dense encore, ressemble a du c °m par suite delà macération et du gonflement des débets d'epdbelmm. * dixième au quinzième jour, le mucus reparaît ffurde et

” u’hnmecter la vulre et de couler sur les parties voisines, et, d ap es “JI. onTob tomber au dehors un flocon albumineux plus ou moins

^'if^

rr-ÆSSSr;

utérine (1) 3° A partir du dix-huitième jour, c est a d P "on, jusqu’aux règles suivantes, le mucus utéro.aguial reprend p us

de consistance, et se montre au microscope, comme a 1 a .

wx époques menstruelles complète, avec les modif, cations fl

flans l’ovaire l’opportunité de la reproduction ; aussi la faculi T™ "Z '^mltruâüon son, étroitement liées : il semble que l'une s en ■

génératrice et la mensli ua ^ ,Wms ^ prk excttauoox

tretienne pat f auuc, ci qu

(1) Velpeau, Ouologic humaine. Paris, 1833, p. 8.

FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION

privée]

périodiques dont il devient le siège. S’il a été réservé à notre époque de vérifier par l’expérience directe la coïncidence de la rupture des vésicules ovariennes avec les époques cataméniales, l'observation empirique a révélé aux médecins, depuis plus de vingt siècles, la fréquence plus grande des conceptions pendant ou immédiatement après la menstruation. Hippocrate recommandait déjà aux femmes désireuses d’enfants, de cohabiter au début ou vers la fin de leurs règles, pendant la durée de celles-ci plutôt qu’après leur cessation. Galien indique que la conceplion s’opère surtout immédiatement après la menstruation. Boerhaave affirme que les femmes ne deviennent jamais enceintes qu’à la fin de leurs règles. Ce fait est si connu, dit Haller, que les femmes qui ne veulent pas avoir d’enfants, craignent de cohabiter pendant la menstruation. D’après Boivin et Dugès, cités par Longet, Béclard, dans ses leçons orales, aurait touché de plus près encore à la vérité physiologique, en considérant la menstruation comme le résultat d’une excitation générale des organes de la génération, analogue à celle du rut, et dont les ovaires seraient le foyer. Les femmes fécondes, quoique non menstruées, forment une exception. Une menstruation 'active, sans dépasser la limite physiologique, est le gage d’une fécondité plus grande; quand elle disparaît sans retour, c’est fait de la puissance génératrice de la femme. Elle est suppléée parla gestation et par la lactation; dans ces deux derniers étals, le sang, ou, comme dit l’école allemande, la force et la substance plastiques se dirigent vers le fœtus et vers 1 enfant. Telle est la surabondance de plasticité départie aux femmes pour la reproduction de 1 espèce, que lorsqu’elle n’est point dépensée à cette fin, elle doit s’épandre au dehors sous forme d’évacuation périodique : de là l’idée que la menstruation est la compensation de la grossesse qui n’a point lieu (Burdach), une dérivation de la force plastique qui tend à se manifester ; elle témoigne que chez lafemme la génération est la direction prédominante de la vie, en même temps qu’elle assure sa liberté en empêchant le désir vénérien de dégénérer chez elle en appétence brutale. L’action cérébrale, influencée par cette fonction, influe sur elle à son tour ; il suffit d’une émotion forte pour la supprimer : les affections tristes et lentes finissent par produire le même résultat. La menstruation oscille en quelque sorte au gré du cerveau. Le fait le plus démonstratif de cette dépendance est le suivant. Esquirol a connu une dame âgée de cinquante ans dont les règles avaient cessé de paraître depuis un an; une passion amoureuse vint troubler son repos, et l’écoulement menstruel reparut et dura plusieurs années encore par l’incitation de cette cause morale.

La menstruation détermine des effets généraux qui nous font voir ses connextons ml, mes avec tout l’organisme ; il n’est point de fonction qu’elle n'in-

w" Lde.pres °" l01"’ 01 sa suppression peut donner lieu aux étals mor-

'>•< es les plus vanés (voy. ch. vm, De l’imminence mor/nde).

ffitnininTT’ho 11011 ' ° ' ,caraclère exclusif et spécifique de l’organisation temmine. L homme est sujet h des déperditions que l’on comparait naguère

102 DES SEXES. [hygiène

encore au llux cataménial, mais qui ont à peine quelque analogie exté- ' rieure et superficielle avec cette fonction, considérée seulement comme une spoliation périodique, et dans ses relations avec la vie individuelle. Ainsi, les recherches statiques de Sanctorius ont fait voir que l’homme en santé, soumis à un régime simple et régulier, augmente chaque mois d’une à deux livres ; alors son humeur s’altère, il devient morose ; il éprouve une tendance à la paresse et de la lenteur dans les mouvements. Cet état dure jusqu’à ce qu’une crise, qui s’opère par la transpiration cutanée ou par les urines, et qui porte sur la nature ou sur la quantité de ces excrétions, le réduise à son premier poids et lui restitue les forces dont il jouissait auparavant. Pendant la puberté et dans l’âge viril, la continence produit chez l’homme des pollutions qui sont une sorte de menstruation masculine ; elles cessent par l’exercice de la faculté génératrice, comme les règles parla grossesse. Enfin les hémorrhoïdes, quoique provoquées surtout par le genre de vie sédentaire, se montrent plus fréquemment chez l’homme que chez la femme ; elles sont la crise pléthorique de l’âge mûr ; chez quelques femmes, elles succèdent aux règles. On les a observées particulièrement chez les sujets efféminés, et, suivant Mojon, chez les eunuques. Toutefois, comme nous le verrons plus lard {Habitudes morbides ), les hémorrhoïdes, tant par leur siège que par la nature de la lésion dont elles sont l’expression symptomatique, constituent toujours une incommodité, souvent une maladie fâcheuse, quoique d’autres organes bénéficient de la perte sanguine qu’elles déterminent avec une périodicité rarement aussi régulière que la. menstz’uation.

Gall insiste aussi sur un dérangement mensuel et critique de la santé de l’homme ; les sujets jeunes et robustes ont besoin de s’observer avec une attention particulière pour le constater en eux ; mais les hommes faiblement constitués ou fatigués par les souffrances, ou doués d’une irritabilité plus grande, ou qui sont arrivés à l’époque de leur déclin, s aperçoivent de 1 altération que subit tous les mois leur santé : leur teint devient terne, leur haleine plus forte, leur digestion plus laborieuse ; quelquefois les urines se troublent; le malaise est général, inexprimable, et le moral y participe, car les idées se forment et s’enchaînent plus difficilement ; une tendance à la mélancolie, parfois une irascibilité insolite se joint à l’inertie des facultés intellectuelles. Ces modifications persistent quelques jours et disparaissent sans qu on ait rien tenté pour les combattre.

L’incubation qui succède à la conception est une autre fonction qui appartient à la femme, et lui fait, pendant une période de neuf mois, des conditions spéciales de santé. L’économie entière se ressent de cet état, soit par les sympathies prépondérantes de l’utérus ainsi surexcité, soit par les effets mécaniques de la pression de ce viscère, devenu très-volumineux, sur les organes circonvoisins. L’appareil digestif manifeste des troubles variés, tantôt le défaut absolu de faim, tantôt des appétits bizarres, des nausées, des vomissements, de la salivation. Ces \ phénomènes insolites et d’autres se réalisent par l’intermé-

FONCTIONS DE LA GÉNÉRATION

piuvée]

diairedu cerveau ; on les observe surtout chez les femmes disposées aux maladies nerveuses, délicates, irritables, vivant dans l’oisiveté passionnée des salons; ils sont beaucoup plus rares chez les femmes de forte complexion, accoutumées au travail, établies à la campagne. D’autres accidents d’origine cérébrale, ou dus à une diminution des globules rouges dans le sang (Cazeaux) et peut-être à l’augnientation progressive des globules blancs (Virchow), traversent la période de gestation, tels que des céphalalgies, des vertiges, des tintements d’oreille, des malaises, des syncopes, parfois de légers accès de convulsion. On connaît les désirs singuliers, les aberrations du goût qu’éprouvent certaines femmes ; il en est dont la grossesse est marquée par une série non interrompue d’accidents, sans compter les crampes, l’œdème des pieds, les fréquentes sollicitations expultrices de la vessie ou du rectum, et d’autres incommodités produites par la pression de l’utérus sur les nerfs qui se rendent aux organes pelviens; enOn l’obstacle qu’oppose le développement de la matrice au libre abaissement du diaphragme, à l’ampliation de l’estomac, etc., entraîne quelques troubles mécaniques dans les actes de la respiration et de la digestion. La grossesse donne lieu chez beaucoup de femmes à une exubérance de fluides plastiques qui leur vaut une rapide augmentation d’embonpoint ; d’autres, au contraire, semblent s’appauvrir de la direction que prend le sang vers le fœtus et maigrissent, surtout vers le terme de la gestation (1).

Nous ne faisons que mentionner la parturilion, fonction du genre des excrétions, et qui n’est pas plus une maladie que la dentition : elle appartient à la santé de la femme, quoiqu’elle la compromette passagèrement. A part les accidents consécutifs aux circonstances de l’accouchement (hémorrhagies, phlegmasies, etc.), notons le rôle immense du cerveau dans cette opération naturelle; il commande les efforts, les contractions musculaires si énergiques, si i épétées, pour 1 expulsion du fœtus ; les douleurs déterminées par le travail dont la durée est souvent si longue, sont une autre cause d’épuisement ou d’irritation cérébrale : de là les syncopes, les convulsions qui surviennent quelquefois pendant l’accouchement, sans compter celles qui se lient à une altération du sang (éclampsie albuminurique) ; de là aussi la prostration musculaire et l’accablement moral qui succède à la délivrance ; alors l’encéphale, qui asubi en peu de temps l'alternative d’une excitation violente et du collapsus, est sous le coup d’une grave imminence morbide, et pour ainsi dire prêt a faire explosion. Ici, comme pour la gestation, signaler l’origine des déviations physiologiques et la filiation des accidents, c’est indiquer au lecteur l’hygdme qu’exigent ces deux étals.

. ^ A,1<lral et ,,avarrct ont recherché l’influence qu’exerce la grossesse sur l’exhalation lp, aCH R Car )0nique à travers les voies respiratoires. Hors de cet état et bien menstruées, - mmes consomment en une heure 6s-,4 de carbone; quatre femmes parvenues à diffétes époques de la gestation ont fourni, par respiration d’une heure, une moyenne de

n ■ mines < e carbone, c’est-à-dire qu’elles ont respiré comme les femmes arrivées à 1 époque de leur retour.

DES SEXES

[hygiène

L’allaitement complète l’office complexe de la reproduction. Dès les pre- 1 miers temps de la conception, le gonflement des mamelles prépare celte fonction ; le sein de la mère devient au nouveau-né ce que sa matrice était au fœtus; elle l’alimentait directement par son sang, maintenant elle lui verse son sang élaboré sous forme de lait. La lactation place l’organisme dans des conditions spéciales de santé, comme elle est susceptible de se modifier elle-même sous l’influence des causes externes ou organiques. Dérivation de la substance plastique vers les seins, elle a pour effet de diminuer les autres sécrétions ; et si le besoin d’alimentation n’est pas augmenté et satisfait, l’amaigrissement, suite de la déperdition laiteuse, peut aller jusqu’à ce tabes connu sous le nom de phthisie des nourrices.

Tels sont les actes dévolus à la femme et qui constituent les conditions différentielles de sa sexualité quant aux organes mêmes de la reproduction.

§ ■{. — Ponctions plastiques.

1° Digestion. — Les mâchoires, plus arquées chez l’homme, sont un peu comprimées et paraboliques dans la femme; la branche montante du maxillaire inférieur est chez elle plus étroite, plus oblique, moins élevée, et présente moins de surface d’insertion aux muscles masticateurs. La femme conserve ses dents de lait plus fréquemment que l’homme ; sa seconde dentition est plus tardive ; ses dents sont plus petites, et souvent les dernières molaires lui font défaut ; sa bouche est plus petite, la cavité en est moins étendue en hauteur et en largeur; l’estomac a chez elle moins de capacité, moins d’épaisseur, l’intestin moins de force musculaire, le foie moins de volume, la sécrétion biliaire moins d’activité; mais son canal intestinal est pourvu d’un plus grand nombre de vaisseaux lymphatiques, le mésentère qui les soutient est plus large. Enfin, une différence digne d’attention, c’est que, chez la femme, l’estomac est plus allongé et l’intestin plus long que chez l’homme qui se rapproche davantage des animaux carnivores par cette différence, ainsi que par la force relative de scs dents canines ; aussi se porte-t-il de préférence vers la nourriture animale, tandis que la femme, docile à ses instincts, puise volontiers ses aliments dans le règne végétal, et ce qui la sollicite le plus parmi les substances d’origine animale, c’est le lait, sorte de nourriture intermédiaire entre celles que fournissent les deux règnes. Les femmes endurent mieux la faim, parce que leur capacité digestive est moindre et leur absorption plus active : on est étonné de la modique ration qui suffit à leurs besoins : il est d’observation ijue dans les hôpitaux et les prisons, leur consommation alimentaire est inférieure d’un cinquième à celle des hommes. On les voit, soit par la force de la volonté, soit par l’effet d’une perturbation du système nerveux, supporter une abstinence de plusieurs semaines, ou si elles la simulent, la quantité de nourriture qu’elles ingèrent est si minime, qu’elle ne suffirait point à sustenter la vie d’un homme pendant Je même laps de temps. J’ai vu une jeune lille

Page 1