CHAPITRE VI
DE L’HABITUDE
§ j. — Sïe l’habitude dans l’état de santé.
La périodicité est la loi du système nerveux : elle en régit les manifestations physiologiques, elle détermine l’allure de ses maladies. C’est en vertu de cette loi que l’encéphale tend à répéter les modifications qu’il a subies, à redemander aux objets extérieurs les impressions qu’ils lui ont transmises par les sens, à rappeler les sensations éprouvées, à ramener les mouvements dans la direction qui leur a été communiquée. Et comme il est dans l’essence de l’excitabilité nerveuse de s’accroître par l’exercice, plus le même acte ou la même sensation se renouvelle, plus l’économie en sollicite les retours et rapproche les intervalles qui les séparent : de là l’habitude. L impulsion initiale que le système nerveux reçoit des influences du dehors ou de la spontanéité morale peut se comparer au mouvement que l’on imprime au pendule. Celui-ci décrit une série d’oscillations dont le nombre, la vitesse et 1 amplitude sont en raison directe du mouvement qu’il a reçu, en raison inverse des frottements qu’il subit et de la densité du milieu dans lequel il se meut. Les éléments d’organisation individuelle, le degré de souplesse physiologique, la limitation réciproque des fonctions et d’autres conditions sont au système nerveux ce que la densiLé du milieu et la quantité des frottements sont au pendule ; mais avec cette différence que la volonté réitère au système nerveux ou lui continue l’impulsion primitive dans la mesure nécessaire pour vaincre tout obstacle : et c’est ainsi que s’introduisent dans l’organisme les habitudes les plus opposées à son étal normal, c’est ainsi que la nature semble s’absorber dans l’habitude. A ce point qu’un philosophe (Fontenelle), en entendant parler de celle-ci comme d’une seconde nature, a pu demander, avec une apparence de raison, où donc était la première.
Les impressions du monde extérieur et les sensations internes sont les deux sources de l’habitude; les influences qui effleurent l’organisme ou qui ne lui impriment qu’une secousse passagère ne changent en rien l’ordre naturel des