‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 26 sur 181 · DE L'HABITUDE DANS L’ÉTAT DE SANTÉ · texte numérisé non relu

DE L'HABITUDE DANS L’ÉTAT DE SANTÉ

privée]

besoins, la régularité des fonctions; mais si la modification que produit en nous l’agent externe ou l’irradiation viscérale se répète ou se prolonge, elle rompt l’équilibre physiologique, elle crée une aptitude nouvelle, elle sollicite une série particulière d’actes organiques; une habitude s’est établie, et désormais elle entre comme élément nécessaire dans l’harmonie des fonctions, elle change la proportion d’activité générale de l’économie. Que le phénomène se passe dans la sphère d’innervation cérébrale ou qu’il porte exclusivement sur l’un des actes de la vie plastique, il ne peut s’accomplir que par l’intermède de la substance nerveuse : considérée dans son principe, l’habitude n’est donc que la sensibilité modifiée; considérée comme phénomène, elle consiste dans une disposition nouvelle, acquise à l’organisme par la continuité des mêmes impressions, par la répétition fréquente des mêmes actes.

La faculté d’acquérir des dispositions nouvelles ou de façonner celles qui existent est la base de la perfectibilité humaine, le mobile de l’éducation, la condition première de l’efficacité d’une direction hygiénique. Avec l’habitude on a presque toujours confondu l’abus, c’est-à-dire l’usage anormal des choses (i abusus ), et l’excès, c’est-à-dire l’usage disproportionné des choses : de là les déclamations des philosophes et de quelques hygiénistes contre les effets de l’accoutumance; de là le conseil de se défendre de toute habitude (Rostan), comme si la faculté d’en contracter ne correspondait pas directement aux fins conservatrices de la nature. Tout être doit à sou organisation une somme détei minée de besoins, dinstincs, de propensions, d’aptitudes qui s’éveillent progressivement et concourent d’une part à l’entretien de sa vie individuelle, d autre part à la propagation de l’espèce. Mais ces puissances de sa nature, il ne peut les exercer, les déployer à son gré; il rencontre dans le milieu qu’il habile, dans les circonstances éventuelles de la vie, dans les vicissitudes prévues de l’âge, etc., une foule d’obstacles et d’influences qui l’obligent à se modifier : aussi la nature a-t-elle accordé au plus grand nombre des actes organiques une certaine latitude, aux lois conservatrices de l’économie une certaine élasticité, à la libre vivante comme à l’intelligence une souplesse proportionnelle à la versatilité du monde extérieur eL à l’exigence des situations. Entre l’organisation animale et le milieu dans lequel elle est destinée à vivre,

« lien est l’habitude; elle est comme la formule individuelle des besoins et des dispositions propres à la généralité des êtres d’un même rang; c’est par elle que toute existence se met en équilibre avec l’univers : dans sa portée reeue, elle exprime le rapport de la vie individuelle avec la vie générale Plus

rSJSat7 ? 1CÜ,nl)li(|ue> Plus eile a besoin de flexibilité pour s’adapter aux i ions du dehors. C’est par la puissance de l’habitude que l’homme disci- 1 ne ses organes à l'action de tous les climats, des régions les plus diilé- •s, c est par i habitude qu’il se plie aux nécessités des situations les plus

iiauirp* C0UlUT’ U dR M0,UaiSae’ force à tout coup les règles de la nam ? demaudé ce (lue serait l’homme asservi aux règles de la

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société? Or, la coutume est le fondement de l’association humaine, elles lois, les mœurs, les usages, les convenances, toutes les garanties de la vie commune, sont des concessions obtenues par l’habitude ou par la force qui suppose encore l’habitude, sur les instincts, les penchants, les dispositions natives de chacun au profit de tous.

Dans la manière dont les habitudes se développent, il importe de considérer le rôle de l’encéphale. Toute impression nouvelle provoque l’attention ; mais quand elle se répète ou se prolonge avec uniformité et dans une mesure d intensité médiocre, le cerveau cesse d’en être stimulé, et l’habitude qui en est résultée s’exerce désormais presque sans conscience comme les fonctions de la vie plastique. C’est ainsi que nous finissons par nous accoutumer aux bruits qui nous importunaient le plus, et notre attention n est plus excitée que pai la cessation de ces mêmes bruits. Mais le résultat de l’habitude est dillérenl, quand l’attention se fixe sur les impressions et les rend plus profondes, plus durables; le centre encéphalique y réagit avec une énergie soutenue; les sensations qu’il éprouve, les actes qu’il détermine, se perfectionnent par leur répétition même, et il s’établit ainsi dans l’économie un nouveau mode de sensibilité et d’activité, un nouvel ordre de besoins : c’est l’habitude aidée par l’attention qui perfectionne les actes sensitifs, locomoteurs et intellectuels.

Il est des circonstances qui favorisent le développement des habitudes : le tempérament nerveux s’y prête singulièrement, mais s en dépouille avec autant de facilité qu’il les adopte; la vivacité des impressions, l'inconstance des déterminations qu’elles entraînent, l’ardeur de l’imagination, ne permettent guère aux sujets nerveux de modifier d’une manière durable leur allure physiologique ou morale; ils trouvent dans la souplesse de leur organisation des ressources contre les nécessités : ils passent de la souffrance au plaisir, du sommeil aux veilles prolongées, de l’abondance aux privations; ils sont prompts à l’excès, à l’abus, mais ils sont peu capables d’accoutumance et de stabilité. Les tempéraments influent non-seulement sur le degré d aptitude à contracter des dispositions nouvelles, mais sur la nature de ces dispositions elles-mêmes : ainsi la faiblesse de leur système musculaire et la mobilité de leur innervation éloignent les personnes nerveuses des habitudes qui exigent de la force et de la persévérance. Les lymphatiques, par un instinct de leur organisation précaire, se complaisent aux actes uniformes et réguliers; 1 esprit de méthode les caractérise jusque dans les moindres détails, et 1 inertie de leurs organes de locomotion les incline aux habitudes calmes et passives. Les gros mangeurs, les buveurs intrépides appartiennent, pour la plupart, au tempérament sanguin avec idiosyncrasie musculaire; prodigues de leur force, ils éprouvent le besoin d’une ample réparation, et se montrent réfractaires aux habitudes de mesure et de frugalité. — L’enfance et l’adolescence sont les deux époques de la vie les plus favorables à l’établissement des habitudes :

Adeo in teneris assuescerc multum est. (Virgile.)

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Alors la sensibilité est neuve; la mollesse des (issus chez l’enfant, surtout celle de la substance nerveuse, semble proportionnée h la multiplicité des acquisitions qu’il doit faire. C’est une cire flexible que façonne le doigt de l’artiste, et ici l’artiste, c’est la mère, c’est le père : ils sont les instituteurs du berceau. Nous ne parlons pas seulement des sollicitations premières qui s’adressent à l’âme, à l’intelligence, mais les parents ont à régler le premier exercice de chaque organe, à dispenser à chaque fonction sa mesure; ils ne sauraient trop se pénétrer de l’importance des premières habitudes qu’ils inculquent à leurs enfants, soit qu’il s’agisse de l’allaitement, du sommeil, du vêtement, de la température, ou des premières et délicates répressions d’une volonté au maillot. Nous ne pouvons mieux faire que de renvoyer sur ce sujet nos lecteurs à l’ouvrage du docteur Donné (1). Échappé des langes, l’enfant s'ouvre par tous les pores à la vie extérieure; il veut tout voir, tout palper, tout sentir; il est avide d’impressions qui lui procurent la conscience de son moi; l’instinct d’imitation, qui a son maximum de puissance à cet âge, érige l’enfant à tout spectacle, à tout geste, et sa gracieuse gaucherie s’efforce de reproduite ce qu il a vu. La force des exemples se fait sentir encore vivement à l’adolescent; il se colore facilement de l’esprit de son entourage; ses habitudes sont modelées sur celles de ses amis. Combien donc il importe à l’avenir physique et moral de cette existence que ses premiers actes reçoivent une salubre direction, que le corps et l’esprit contractent des dispositions conformes aux lois de l’hygiène et de la raison ! — La virilité consolide les habitudes acquises et laisse peu de prise aux habitudes nouvelles ; la vieillesse les repousse comme elle repousse toute innovation; son regard, attaché sur le passé, ne se reporte qu’à regret sur les tableaux du jour : laudator temporis acti. Comment fléchir à d’autres usages, à d’autres idées, cet organisme tout pétrifie, tout pénétré de sels terreux comme par une anticipation tumulaire? C est encore de l’instinct de conservation que celte résistance aux nouveautés •

I intégrité de l’organisme sénile est au prix des routines acquises. Pour lui, de nouvelles habitudes seraient de violentes oscillations imprimées à sa manière ( être, et, pour lui, le temps est passé de l’innocuité de ces ébranlements; la saute du vieillard, c’est la fixité dans les acquisitions qu’il a faites, heureux si elles ne lui échappent trop vite!

°n ne saurait refuser aux femmes une sensibilité plus vive, plus rapide ne exi >i lté plus grande de tous les organes; aussi savent-elles changer plus

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Paris, 1304,

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