‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 27 sur 181 · DE L’HABITUDE. [HYGIÈNE · texte numérisé non relu

DE L’HABITUDE. [HYGIÈNE

sérénité des jouissances du luxe aux épreuves de la misère, l.a femme. Qui sait imposer silence à ses besoins pour assurer le bien-être de ce qu elle aime?

La femme. Qui sait vaincre le sommeil pour briller au bal ou pour nourrir, du travail de scs mains, une mère, un enfant? La femme. Elles sont faibles, mal pourvues de muscles, et quand la nécessité ou le despotisme marital a parlé, elles vont remuer le sol, ou suivre, ployant sous le fardeau, le clieul (iui porte leur maître par monts et par vaux, comme nous l’avons vu en Corse.

Il n’est effort supérieur à leur puissance, il n’est accoutumance trop laborieuse pour elles. Le génie des femmes, c’est la patience; elles s’habituent à souffrir, à dissimuler; leurs passions s’abritent sous le masque d’un calme obligé, leur finesse revêt des airs de candeur, et comme l’existence que leur lait la société est un mensonge de tous les jours, elles suppléent, par l’étendue de eut s aptitudes, à l’inégalité de leur position. - C’est dans les climats tempères que l’organisation humaine se montre le plus accessible aux habitudes nouvelles; c’est aussi là qu’elle est susceptible d’acquérir sa perfection : 1 empire des lois physiques se révèle jusque dans la polarisation des lumières morales et intellectuelles. Dans les régions septentrionales, la rigidité que produit e froid semble se communiquer au système nerveux; sous l’inüuence des chaleurs excessives et permanentes, l’homme apparaît mobile, iantasque, enerve, dominé par les institutions. Tandis qu’en France la facilité avec laquel e se modifient les esprits engendre la fièvre d’innovation, l’immobilité semble a loi morale de ces immenses populations jetées sous le soleil des Indes et de a

^Comment l’habitude agit-elle sur les différentes fonctions de l’économie? Bichat eu a nié l’influence sur les fonctions de la vie végétative; mais cette opinion est réfutée par le fait. Les retours périodiques de la faim, son intensité sa durée, les appétences gastriques, le travail de la digestion proprement dit,’ tous ces phénomènes, et jusqu’à l’excrétion qui les termine, sont soumis à l’empire de l habitude. On s’exerce à surmonter la faim, a supporter 1 abs înence : les physiologistes ont enregistré des exemples célèbres de privation de nourriture; la soif même peut être combattue. L’habitude crée, sous e rapport de l’alimentation, un nombre infini de différences individuelles (1); elle fait à chacun son régime; elle explique les bizarreries des goûts, les répugnances, les excentricités gastronomiques. Le sauvage de l’Oceame qui mange du poisson cru avec ses écailles, l’Italien qui use de l’asa fœtida comme assaisonnement, l’Esquimau qui boit le sang des veaux marins, le Tartare qui bo. le lait des juments, le chasseur qui trouve le gibier d’autant meilleur qu .1 est voisin de la putréfaction, ont disposé leurs viscères à ces genres de nouiuture, dont la seule idée révolte l’estomac délicat du citadin efféminé ; mais ces

m « Voyez quels sont les sujets auxquels il faut des aliments une fois ou deux , e„ plus ou moins grande quant, té, et par petites portions Accordez ici quelque chose

H’habUude, à 1. s..»,., au „a,s, à ràsu. . mm.. A*o~m ••)

PRIVÉE] de L’HABITUDE DANS L’ÉTAT DE SANTÉ. 131

effets (le l’habitude, il faut le dire, n’appartiennent pas exclusivement au système nerveux de la vie plastique; la section ou la ligature du pneumogastrique les rendrait impossibles (1). Quel qu’en soit le siège, le praticien est obligé d’en tenir compte; sevrer brusquement des alcooliques un homme qui en fait depuis longtemps et avec une certaine impunité un usage immodéré, serait d’une hygiène absurde, et c’est une remarque souvent vérifiée, que les grands mangeurs sont promptement débilités par la réduction considérable de leur nourriture. L absorption est une des fonctions qui paraissent entièrement soustraites à la volonté, mais elle ne l’est point à l’influence de l’habitude. Beaucoup de médecins, et nous en connaissons, ont parfaitement supporté, pendant leur scolarité anatomique, le séjour de l’amphithéâtre; livrés à la pratique, si une autopsie les rappelle dans l’atmosphère des cadavres, ils en absorbent les miasmes, éprouvent divers symptômes, tels que diarrhée, éructations par l’anus, dont l’odeur est exactement celle de l’amphithéâtre ou du coips qui a été ouvert. Ces accidents, dont le plus ordinaire est la diarrhée, se déclarent vite, et il suffit souvent, pour en être atteint, d’avoir respiré un' quart d heure l’air chargé d’émanations putrides. Mais si, au lieu de faire de rares apparitions à l’amphithéâtre, on y revient plusieurs jours de suite, et

que l ou s’y anête Plusieuis he,11’es par jour, on cesse d’en être incommodé; évidemment, l'absorption des miasmes s’est alors ralentie, en même temps que e tégument interne y devient moins impressionnable, à moins que l’on n’atnbue cette impunité à un effet de saturation. Quant à la respiration, ipsa nécessitas nav? aens per consuetudinem diminuitur, a dit Haller; on finit par familiariser ses poumons avec un air vicié. Sanctorius rapporte qu’un prirr™ Pa?é Vlügt ans dans ^^sphère mfecte d’un cachot ne put erauoîi d "i PU- C U deliors’ et que la santé ne lui revint que par sa réinté-

srinm , ,Ue,ne Ca * LeS °rga,ies de la Solation s’émoussent aux stimulations repeLees. L’ingestion du café est suivie, chez beaucoup de per-

™ P PUaUüüS|et ^'accélération du pouls; mais ces phénomènes dimiet cessent par efiet d’un usage fréquent. Les sécrétions sont aussi Ï i liabUude = telle est d« du sperme, etc. Les succions

1 * ^ û°™ün acüve,lL la dotation : la continence réduit la fabriu speime, 1 exeicice des organes de la reproduction entretient, peut

J. llülJr e^“h!li%TVemrntS leUe ^ r°nt établie les travaux “e

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l-JLT . M fi HZ T 0 C:C0UrS Sï“ergique du diaPb“*- et des muscles de omen. » (Muller, Manuel de physiologie, t. Il, p. ü38.)

DE L’HABITUDE

[hygiène

même accroître leur puissance. Nous examinerons plus bas les résultats (pie produit l’abus ou l’excès des fonctions génératrices.

Les actes fonctionnels qui font commercer l’homme avec le monde ambiant sont les plus susceptibles de varier par l’empire de l’habitude, et nous devons indiquer ici brièvement les changements qu’elle introduit dans 1 exercice des sens et dans l’action du cerveau considérée en elle-même ou dans les di c-

rents actes dont il est le régulateur. ' ,

V Sensations. — Ce que nous allons dire des effets de l habitude su. les

organes des sens concerne en réalité le cerveau, siège et centre unique de toute sensation dont les appareils extérieurs, œil, oreille, peau, etc., sont les conducteurs. C’est le cerveau qui perçoit et juge l’impression reçue par les extrémités nerveuses; mais comme il rapporte les sensations aux organes qui ont été stimulés d’abord, comme il existe une liaison étroite entre les conditions de l’organe conducteur et la perfection ou la nature des sensations, il est toujours rationnel d’étudier celles-ci d’après leur siège apparent Les organes de redora, peuvent s'accoutumer à l'impression d'odeurs plus ou moins fortes, plus ou moins agréables. Il en est de même des organes de gustation . le marin provençal mange avec plaisir le piment qui produit une sensation brûlure sur la muqueuse buccale et pharyngienne d’une personne accoutun h un régime doux. Les canonniers, les forgerons, endurent le bruit des exp sions ou des percussions métalliques, qui feraient perdre rouie; au deheat : distante de nos salons. Le tact, le toucher, sont gouvernes par 1 habitude développés comme sur une échelle musicale de nuances; diriges par un ingénieux enseignement, ils deviennent pour une classe nombreuse dinfortu les succédanés de l’oreille et des yeux, le mobile de la culture humaine.

Mais il s’agit moins de constater la puissance de l’habitude sur les appareils sensitifs que d’apprécier la nature de ses résultats ; or, tantôt 1 habitude aiguise l’activité des sens, tantôt elle l’affaiblit et l’annule. Pour que 1 organe sens se perfectionne, l’impression qu’il reçoit doit être d’une intensité moyenne, et, en se répétant elle ne doit point excéder les limites physiologiques e oi c eîè de durée’ assignées * l'exercice d. chaque secs L'habit» £ ~ contraire et va jusqu’à anéantir la sensation, quand les excitations dnigees sur l’organe qui en est rinstramen. pèchent par excès de forble^e, d énergie „„ de durée : il y a alors excès ou abus. Ces effets inve.-ses de I habitude expliquent les oppositions d'activité sensoriale : ainsi l'amaurose reconna solvent pour cause l'action d'une lumière trop vive : la myopie est une inf S dès vffles où la vue s'exerce de trop près sur les objets. Tandis que I vigie postée dans les hunes signale l'apparition lointaine <1 un navnc et ^qu I officier de quart la vérifie presque aussitôt par le télescopé, le p ssa c .

novice explorateur de l’horizon maritime, braque en vain I instrument .

• , riiVnmé- ses yeux n’y découvrent encore que mer et solitude. Peaux rouges de l’Amérique se couchent à plat ventre sur le sol et 0101 attentive, perçoivent des bruits de pas à des distances considérables,

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