‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 29 sur 181 · DE L'HABITUDE DANS L’ÉTAT DE SANTÉ · texte numérisé non relu

DE L'HABITUDE DANS L’ÉTAT DE SANTÉ

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augmentation de force est toujours en rapport avec un accroissement de nutrition qui s’opère dans le système musculaire. L’inaction réduit le volume musculaire, et quand elle devient habituelle, non-seulement la nutrition des organes du mouvement est diminuée, mais encore le tissu des muscles perd de sa consistance, de sa fermeté, de sa faculté contractile. Les résultats contraires s’observent tantôt d’une manière générale, comme chez l’ouvrier et chez l’homme de cabinet, tantôt sur le même individu, devenu puissant par quelques muscles plus particulièrement exercés, faible dans le reste de son appareil de locomotion. Ces inégalités de force dans les différents muscles, dans les différentes parties du corps, sont généralement provoquées par l’exercice des professions mécaniques; la même cause rend les attitudes plus ou moins faciles et supportables. Il suffit, pour comprendre ces faits, de rappeler ce que l’activité plus soutenue, plus variée de certaines parties du corps permet de flexions et d’audace musculaire aux danseurs de ballet et de corde, aux portefaix, etc. Le boulanger doit à l’habitude de soulever et de projeter de grandes masses l’énergie de ses membres thoraciques; le tailleur s’accoutume au croisement permanent de ses jambes, position si pénible pour qui n’v a point rompu ses membres inférieurs. L’habitude des efforts considérables, des contractions énergiques, rend moins apte aux mouvements déliés, et diminue la grâce des allures; la démarche de certaines professions est caractéristique. Toutefois l’habitude de déployer une certaine force n’exclut ni la dextérité ni la justesse des mouvements, quand ils s’appliquent à leur objet ordinaire : tel joueur de billard excelle sur ses rivaux, quoiqu’il se serve d’une queue pesante; il perd au contraire sa supériorité quand il y substitue une queue plus légère.

3° Expressions. — Le geste ou la coordination des contractions musculaires du visage avec celles des membres et du tronc dans le but d’exprimer un état déterminé de l’âme, acquiert une grande perfection par le bénéfice de l’habitude; la mimique est fondée sur cette aptitude dont les orateurs, les tragédiens, les diplomates, etc., nous offrent des exemples si divers.

La voix se fortifie par l’habitude et acquiert plus d’étendue : les crieurs publics, les militaires instructeurs, tous ceux qui parlent en public nous en fournissent la preuve. Le timbre de la voix se modifie moins aisément; quoique { ''pendant de la forme des voies aériennes, des membranes et de leurs résonnances, il est en rapport, d’une part avec la constitution générale, d’autre part avec le milieu dans lequel se développent et s’exercent les organes de la phonation. La parole ou la voix articulée, grâce à l’habitude d’une déclamation méthodique, devient plus nette, plus distincte, plus mordante, plus cat encée ; son volume et sa portée augmentent également : l’expérience de Démoslhène a été souvent répétée avec succès, et plus d’un bègue a réussi h changer I action vicieuse des organes phonateurs par la persévérance d’une iciplme spéciale. L’orthophonie, ou l’art de redresser les défectuosités de la

DE L’HABITUDE

parole, ne consiste guère, dans la plupart des cas, que dans la transmutation des habitudes fonctionnelles.

Zi° Sommeil et veille. — L’heure et la durée du sommeil, ainsi que les conditions qui le favorisent, se laissent régler par l’habitude; elle éloigne ou rapproche les retours du besoin de dormir, elle le sonne pour ainsi dire à heure fixe : il suffit, en effet, de se livrer au sommeil plusieurs fois de suite à la même heure pour que l’on continue d’en sentir les atteintes à point nommé.

Il est remarquable que la volonté prolonge son empire à travers le sommeil et détermine l’heure du réveil avec une sorte de précision. Quoiqu’une certaine mesure de repos soit indispensable au système nerveux, il se prête par degrés à l’exigence de l’habitude, qui rend parfois si inégaux les intervalles de repos et d’activité : l’un se plonge dans un sommeil de dix à douze heures, et si quelque circonstance l’a abrégé d’une heure, il se lève avec un sentiment de lassitude; l’autre répare en quatre heures les déperditions nerveuses et prolonge impunément ses veilles. Les usages d’un certain monde font du joui la nuit et de la nuit le jour; des professions pénibles nécessitent aussi cette inversion; mais l’homme du monde, comme le plébéien condamné au nocturne labeur, expie tôt ou tard, par le dérangement de la santé, cette infraction aux règles de la nature. Enfin l’habitude fait à chacun son lit : aux efféminés leui moelleuse couche d’édredon, à l’homme de travail le plan moins élastique du crin, au soldat la planche inclinée qu’on appelle lit de camp, au matelot le hamac flottant, au lazzarône les larges dalles de la place ou le seuil d’un portique; et dans ces conditions si différentes, le bienfait est égal pour tous . peut-être même le grabat du pauvre a-t-il connu moins d angoisses et d insomnies que la couche des grands et des riches.

' § *, — i»cs habitudes morbides.

Il est des maladies devenues habituelles et qui n’excluent pas un (Hat de santé suffisant (1); il en est d’autres qui ont acquis droit de domicile dans l’économie et qu’il serait dangereux de guérir (2). Nous les appelons . habitudes morbides , parce qu’elles constituent des dispositions acquises h l’organisme qui s’y accommode par une sorte de tolérance; invétérées par une longue suite d’années, supplémentaires d’une fonction qui s’est éteinte, ou qui est devenue insuffisante, elles peuvent devenir une condition nécessaire de l’équilibre fonctionnel, et doivent alors être respectées. Examinez attentivement les hommes qui sont parvenus à leur période de décroissance : il s’en trouve peu que les

(1) « Ceux dont la maladie s’accorde avec leur constitution, leur âge, leur habitude et ,, avec la saison de l’année, sont moins en danger que ceux dont la maladie n’a aucune

de ces convenances. » (Hippocr., Aphor. 34, secl. II.)

(2) « Les habitudes anciennes, bien que mauvaises, troublent moins que les choses

inaccoutumées. » (Idem. Ibid. 50.)

DES HABITUDES MORBIDES

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maladies aient entièrement épargnés et qui ne gardent dans un recoin de leur économie quelque vestige de lésion antérieure. Chez les malades qui ont passé l’àge de cinquante ans, me disait un jour Rayer, il faut chercher, non une seule maladie, mais deux ou trois maladies. Les foyers morbides, quand ils ont duré ou quand ils ont eu une vive intensité, laissent ça et là une cendre mal éteinte d’où peut jaillir l’étincelle d’un nouvel incendie. Si la maladie n’a point passé sur les organes, le temps, l’inexorable temps détériore par degrés leur structure et leur jeu; les tempéraments se dégradent, les prédominances organiques sont interverties, des actes physiologiques s’affaiblissent ou s’éteignent; dans cette tourmente de l’àge, un état morbide survient parfois comme par un effort désespéré cle la nature conservatrice, et ce qui eût été danger à une autre époque de la vie devient ressource pour le moment présent.

Mais nous ne restreignons pas à ces deux groupes de maladies la dénomination d’habitudes morbides ; les abus, les excès, deviennent aussi des habitudes, c’est-à-dire des dispositions acquises à l’organisme par la répétition de l’acte ou par la continuité de la sensation qui donne lieu à l’excès, à l’abus :

I exercice régulier des organes génitaux est utile ; leur exercice immodéré, qui constitue l’excès, leur exercice dépravé, qui constitue l’abus ou la masturbation, sont funestes et doivent être rangés parmi les habitudes morbides.

II faut donc entendre encore par ce mot certaines dispositions acquises au détriment d un organe ou de l’organisme entier, et qui, par leur persistance, deviennent des causes infaillibles de maladie. On pourrait appeler habitudes morbides les maladies compatibles avec la santé ou dangereuses à guérir, et

r habitudes morbifiques, les dispositions acquises qui, comme la nostalgie ou l’excès vénérien, aboutissent inévitablement à la maladie.

1. Fonctions de la génération. — 1° De l'abus des organes génitaux. — Relativement aux organes de la reproduction, l’abus consiste dans leur action irrégulière, anormale, anticipée, etc., qui ne peut avoir pour résultat la propagation de 1 espèce (Lallemand). La masturbation, désignée encore par I expression historiquement inexacte d 'onanisme et par l’expression incomplète de chiromanie , a été l’objet d’une foule d’observations (Sydenham, Zimmermann, Boerhaave, Van Swieten, etc.) et de traités spéciaux dont le plus célébré esL dû à Tissot et le plus récent à Deslandes. Le premier, empreint d’exagération, a néanmoins exercé sur beaucoup de jeunes lecteurs une salutaire intimidation.

Depuis que les testicules ont acquis tout leur développement jusqu’au mo- 1 ment de leur atrophie commençante par le progrès de l’âge, la sécrétion du sperme se continue avec des alternatives d’augmentation et de diminution, suivant excitation ou le repos des glandes ; il en résulte pour l’homme l’api ut e periiianonte à l’acte vénérien, aptitude qui n’est que périodique chez la • . S ammaux’ s'tliation des parties génitales chez l’homme à l’exlé-

des in» 0mme S0,1S *a md*n> Imir déhiscence chez la femme, la conformation m nés supérieurs qui leur donne toute facilité d’attouchement, la

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