COU
138 DE L’HABITUDE. [hygiène
nexion do la fonction génitale avec plusieurs actes de l’économie et un grand nombre d’états morbides, font voir que l’organisation humaine porte malheureusement en elle-même le principe de ses égarements. Mais une autre cause de sollicitation organique, c’est la précocité de l’instinct génital, des idées et des sentiments dont il est le mobile. En général, l’impulsion d’un sexe vers l’autre coïncide avec l’aptitude physique ; mais il arrive aussi que l’instinct génital devance la puberté: il est aisé d’en surprendre les indices dans l’allure des enfants des deux sexes, dans leur commerce réciproque. Les impressions qui frappent la plus tendre enfance deviennent souvent le point de départ d’une aberration clandestine ; les observations abondent qui prouvent nonseulement le danger des excitations les plus fortuites, les plus insignifiantes en apparence, les moins susceptibles d’être prévues, mais encore la prématurité de l’instinct vénérien, sévissant sur des organes imparfaits. On se rappelle celle petite fille dont Parent-Duchfltelet nous a laissé l’histoire (1) : âgée de quatre ans, élevée par une aïeule sévère et pleine de religion, elle avait contracté en secret les habitudes les plus déréglées, et elle étonna ceux qui 1 interrogèrent par la cynique naïveté de sa corruption. — Des causes extérieures, la plus fréquente est l’imprudence des parents, qui se croient dispensés de surveiller leurs enfants jusqu’après l’évolution manifeste des organes génitaux : erreur fatale, car le berceau du nourrisson a ses périls et ses mystères de dépravation! Lallemand raconte qu’une nourrice avait recours, pour calmer les cris de l’enfant qu’elle allaitait, à des attouchements, suivis de mouvements spasmodiques, puis d’un repos apparent; les convulsions survinrent et furent attribuées par les parents aux vers, à la dentition, etc., jusqu’à ce que Lallemand s’avisât de la cause réelle, bientôt confirmée par les aveux de la nourrice : fotee fut de la renvoyer, car sa vue seule rappelait à l’enfant les sensations dont il avait déjà contracté l’habitude. Deux faits analogues sont rapportés par Deslandes (2), et Ilallé en citait aussi dans son cours d’hygiène. Que d’enfants pervertis dès l’âge de cinq et six ans par leurs bonnes, employés comme instruments d une volupté hypocrite par des êtres abjects. Les collèges, les pensionnats, les maisons d’éducation sont, on ne saurait le dissimuler, des foyers de contagion morale qui s’étendent aux nouveaux venus de tout âge, et si le vice endémique de ces établissements épargne un enfant, il ne tarde pas à succomber aux sollicitations spontanées des orgaiies génitaux qui s’éveillent et qui lui créent un sens nouveau. Nul précepte de pure morale, nulle instruction religieuse, nulle puissance ne peut empêcher chez le pubère la sécrétion de sperme et l’émoi mystérieux qu’elle détermine dans l’économie : dans cet état d’orgasme, la provocation de l’exemple n’est même pas nécessaire pour entraîner à des pratiques dégradantes le jeune élève, soustrait à la surveillance de ses parents et se dérobant sans peine à celle de ses maîtres.
(1) Parent-Duchalelct, Annales d'hygiène et de médecine légale , 1832, l. VII, p. 173. — Voyez aussi t. XXXVII, p- 436.
(2) Ueslaudcs, De l’onanisme et des autres abus vénériens. Paris, 1835, in-8.
DES HABITUDES MORBIDES
privée]
La fonction do la génération ne dépend pas seulement des instruments
qu’exige le commerce sexuel ; l’encéphale doit irradier sur ces parties ou recevoir les Sensations qui en proviennent, et par là régler la série des actes dont elles sont chargées. Il est difficile, môme en présence de faits nombreux qui plaident en faveur du cervelet, de lui accorder ce privilège fonctionnel. C’est, il faut l’avouer, une des localisations phrénologiques les moins aventurées : on cite des observations où une irritation plus ou moins ancienne du cervelet a provoqué la masturbation, une convoitise érotique seulement intellectuelle et disproportionnée avec le développement des organes génitaux. Lallemand a retracé l’histoire curieuse d’un masturbateur qui se procurait des érections par Ja percussion de l’occiput. Gensoul, cité par Serres (1), a guéri un homme atteint de pollutions opiniâtres par l’application de sangsues et de la glace pilée à la nuque. Toutefois, à côté des observations favorables à l’opinion qui fait du cervelet l’organe central de l’instinct de la propagation, il faut placer le faiL bien authentique de la coïncidence de l’onanisme avec l’absence complète du cervelet (2) ; la statistique relatée par Burdach, où les phénomènes des organes génitaux se montrent di\-sept fois sous la dépendance des lésions du cervelet, et trois cent trente-deux fois sous celle des lésions du cerveau ; les observations négatives d’Andral (3); celles de Lélut constatant que dès l’âge de quatre à cinq ans le cervelet a acquis la proportion prétendue pubère de son volume relativement à celui du cerveau (ü), etc. Plusieurs dispositions congénitales deviennent des causes occasionnelles du même abus : l’accumulation de la matière sébacée entre le prépuce et le gland, l’âcreté putride de cette sécrétion, le phimosis naturel, la longueur ou l’exubérance du prépuce, une dartre pré-
putiale alternant avec une dartre anale, ont donné lieu à des pollutions nocturnes, et, par suite, à la masturbation; la présence d’ascarides dans le rectum peut aussi provoquera cet abus.
Nous renvoyons aux traités spéciaux qui ont été publiés sur ce triste sujet i pour édifier le lecteur sur la singularité et la multiplicité des moyens par lesquels les victimes de la masturbation se procurent les sensations qu’elles appètent. Une position, un froissement, une attitude prise par hasard a souvent I révélé à 1 enfant, à l’adolescent un nouvel ordre d’impressions, et lui devient i un moyen de les obtenir a volonté. Qui n’a lu l’histoire de ces pâtres qui, pour ■ ranimer l’hébétude croissante de leur sensibilité, et tirer encore des jouissances d’organes émoussés, en sont venus à l’emploi des ressources les plus monstrueuses? Signalons seulement l’erreur des auteurs qui ont parlé de masi tuibation sans émission.séminale, grâce à la compression exercée sur les points I es ^"s lcculès de 1 urèthre ; la compression faite au devant des canaux éjacu- > ateurs a été même recommandée par beaucoup de médecins contre les pollu-
(1) Serres, Anatomie du cerveau, t. II, p. 608.
(2) J. Cruveilhier, Anatomie pathologique , 1834, livraisons XV et XVIIt.
(3) Amiral, Clinique médicale, t. V, p. 735.
(4) Annules médiço-psychol., 1843, t. Il, p. 173.
140 \ DE L’HABITUDE. [hygiène
tions : or elle est inutile, quel qu’en soit le siège : « Quand il s est trouvé assez d’espace au-devant des canaux éjaculateurs pour loger le sperme, il s est écoulé en totalité dès que le canal est devenu libre ; quand la compression a été exei cée immédiatement au-devant de l’orifice des canaux éjaculateurs, le speime s est trouvé refoulé du côté de la vessie ; il y a pénétré, du moins en très-grande partie : de sorte qu’il a été facile de croire que la perte séminale était empêchée ou beaucoup diminuée, ce qui a fait naître une sécurité funeste (1). »
Les effets de ce vice sont relatifs à l’âge, au tempérament, aux divers oiganes de l’économie. Les enfants maigrissent, s’étiolent ; ils deviennent hargneux, irritables ; leur sommeil est court, agité, interrompu ; iis finissent par le marasme et la mort. Chez eux, les accidents nerveux font explosion plus facilement que chez les adultes : telles sont les contractions spasmodiques, les convulsions partielles ou générales, l’éclampsie, l’épilepsie, et une espèce de paralysie accompagnée de contraction des membres, bien étudiée par Guersant (2). Tous les effets de la masturbation avant la puberté se rapportent au système nerveux; celte influence n’agit pas moins chez les adultes, puisqu ils éprouvent les mêmes sensations, mais il s’y ajoute une déperdition de sperme dont il faut tenir grand compte; et c’est à tort que beaucoup de médecins font dépendre exclusivement de l’ébranlement nerveux les conséquences de la masturbation chez les adultes; toute perte exagérée de semence, même en 1 absence de toute sensation, cause un affaiblissement funeste, et les pollutions diurnes, comme nous le verrons plus bas, quoique exemptes d’érections, peuvent conduire à la mort par leur fréquence et leur invétération. Aussi, toutes les fois qu’on peut maîtriser l’enfant et la femme, le mal s arrête et le î établissement est prompt, tandis que l’homme adulte, guéri de ses funestes habitudes, ramené à la vie la plus régulière, continue de dépérir s’il continue de perdre involontairement la liqueur séminale dont il a trop fréquemment sollicité la sécrétion et l’éjaculation. C’est cette perte involontaire et souvent méconnue qui s’oppose au rétablissement de certains masturbateuis coirigés, que si ces derniers demeurent affligés de pollutions diurnes, tandis que d auties se rétablissent complètement, cela tient à ce que ceux-ci ont renoncé à leur mauvaise habitude par l’énergie soutenue de leur volonté, et ceux-là par impuissance : les uns ont perdu leur virilité par l’abus, les autres l’ont sauvegardée par leur force de résolution.
Les tempéraments font varier les caractères et l’intensité des effets que produit l’abus vénérien ; cependant il ne faut pas confondre avec leur influence la part qui revient à la puissance très-inégale des organes génitaux. — Tous les organes ne se ressentent pas également des suites de la masturbation ; les idiosyncrasies individuelles décident en quelque sorte de la localisation des effets morbides : tantôt c’est la vue qui est menacée, tantôt les poumons; chez 1 un
(1) Lallemand, op. cil ., t. I, p. A5 h.
(2) Guersant, Gazette médicale, février 1832.
pRIVÉK] DES HABITUDES MORBIDES. 1A1
altération des fonctions digestives, chez l’autre palpitations habituelles. Les effets les plus constants sont l’amaigrissement, la débilité musculaire, la décoloration générale, une impressionnabilité croissante à toutes les influences extérieures et internes, la dépression des facultés encéphaliques, particulièrement de la mémoire, la direction vicieuse des idées et la permanence des préoccupations qui se rattachent à la satisfaction d’un besoin rendu tyrannique. Le trouble intellectuel peut aller jusqu’à la folie ; la démence, la mélancolie, le penchant au suicide sont rangés par Esquirol parmi les suites de la masturbation, qui, selon le même observateur, détermine ces désordres plus souvent chez l’homme que chez la femme (1). Ce dernier fait nous frappe et milite, ce nous semble, en faveur de l’opinion de Lallemand, qui attribue le plus grand nombre de ces effets, non à la masturbation souvent arrêtée depuis plusieurs années, non aux secousses imprimées à l’axe cérébro-spinal, mais aux déperditions séminales involontaires que ce vice a laissées à sa suite.
Les masturbateurs se dénoncent par les traits de leur extériorité : leur visage est pâle et tiré ; leurs yeux sont entourés de cercles violacés et comme enfoncés dans les orbites, leurs pupilles habituellement dilatées; une expression de honte, de tristesse et de défiance caractérise leur faciès. A peine émancipés de l’enfance, ils présentent les signes d’une puberté hâtive ; plus tard, quand ils persévèrent dans leurs pratiques, leurs organes génitaux sont flasques et flétris. Chez les jeunes filles, on observe parfois une ampleur considérable des lèvres, le volume du clitoris, un écoulement leucorrhéique, suite de leurs manœuvres furibondes. Les masturbateurs s’isolent ; dans la société des jeunes gens de leur âge, ils ont des échappées de cynisme, mais dans le monde leur attitude est morne et d’une timidité qui fait croire à l’innocence de leurs mœurs. Couchés, ils disparaissent sous les couvertures, feignent de dormir à l’approche d’un observateur; mais l’animation de leur face, la sueur qui baigne leur peau, le mouvement accéléré de leur respiration trahissent le flagrant délit dont les traces ont souillé leur couche. L’aveu du vice complète parfois cette investigation; mais l’interrogatoire est délicat : il faut craindre de susciter à une âme candide l’idée d’un abus qu’elle ignore. Les adultes sont plus francs et beaucoup de militaires, pressés par nous, ont déclaré leur aberration, en ajoutant qu’ils en étaient guéris depuis longtemps, ce qui n’était pas vrai.
Par l’effet des masturbations de plus en plus réitérées, la liqueur séminale perd peu à peu sa consistance, sa couleur, son odeur et même ses spermatozoïdes (2); elle ressemble de plus en plus au mucus des vésicules et au fluide prostatique ; quelquefois la liqueur éjaculée est sanguinolente ou mêlée de sang pur. Nous avons déjà signalé les accidents pathologiques qui surviennent chez les enfants : les adultes ont à redouter, par suite des abus prolongés de l’appa-
(1) Annales d'hygiène et de médecine légale , 1830, t. IV, p. 357.
(2) Sur les dégradations et déformations des spermatozoïdes chez les labescents et les onanistes, voyez thèse de lvaula (Paris, 1840, n° 112).
DE L’HABITUDE
[hygiène
reil génital, l’infécondité, l’impuissance, les lésions du cœur présagées longtemps à l’avance par les palpitations et les dyspnées passagères, la phthisie pulmonaire, d’où le préjugé médical de la salacité des phthisiques; comme si une affection que favorisent toutes les causes débilitantes était de nature à surexciter la fonction reproductrice et ne résultait pas plutôt elle-même, d une manière plus ou moins directe, de la débilitation profonde que subit 1 organisme, et par la déperdition séminale habituelle, et par la secousse nerveuse de chaque émission volontaire du sperme; des paralysies, des congestions cérébrales, un tremblement choréiforme, la carie vertébrale (Boyer), etc., peuvent aussi se développer sous l’influence prolongée de la masturbation. Elle pioduit encore, comme effets immédiats, des écoulements, des prostaliles, des cy stites plus ou moins aiguës, l’hématurie, des orchites qui passent pour spontanées. Nous avons quelquefois à traiter dans notre hôpital des orchites survenues chez de jeunes militaires tout à fait purs de syphilis, et qui affirment ne pomoii assigner aucune cause à leur maladie ; interrogés avec un intérêt confidentiel, hors la présence des élèves et des infirmiers, plusieurs nous ont avoué leui penchant à la masturbation. Nous avons soigné (janvier lbù3) un soldat, âgé de vingt et un ans, affecté de prostatite : il n’avait jamais eu d uiéllnite ni aucune affection syphilitique, et lui-même rapportait ce qu il appelait sa gène d’uriner aux manœuvres solitaires dont il avait 1 habitude. Il Jaut reconnaître toutefois que le tableau tracé par Tissot et quelques autres des conséquences de la masturbation, est empreint d’exagération; mais si elle ne réalise les maladies précitées que dans un petit nombre de cas où elle a été poussée à toute outrance, elle influe sur la marche des affections qui frappent les masturbateurs; elle les aggrave, elle en prolonge la durée, elle leur imprime parfois une allure bizarre et y mêle des phénomènes nerveux. Les sujets usés pai ce vice, dès qu’ils éprouvent une fièvre grave, sont voisins de 1 ataxie, de l’adynamie; les solutions franches font défaut chez eux et ils supportent mal un traitement énergique.
Avant l’âge où l’on peut s’adresser utilement à la volonté, 1 hygiène se borne ici à la surveillance la plus assidue, et sur l’enfant et sur son entourage, aux moyens de répression mécanique par les liens et les appareils ; à 1 âge où la conscience existe, il faut s’emparer de la volonté des sujets, et, par une
impulsion héroïque, les amener à rompre la série de leurs ialales jouissances on ne continuera pas moins de les surveiller avec une égale sollicitude de jour et de nuit. On écartera de leur sphère toute séduction matérielle et moi ale,
tout ce qui peut exciter les sens ou l’imagination (livres, tableaux, conversations ambiguës, aliments échauffants, etc.). Si une perte séminale involontaire ou tout autre accident se prolonge après la cessation de 1 abus, il y a urgence d’y remédier. Après l’action morale, les meilleurs moyens de prévenir le retour à l’abus, c’est la variété des occupations et l’exercice musculaire porté jusqu’à la fatigue. Eue gymnastique bien dirigée peut à elle seule remplacer tous les autres agents préservatifs ; malheureusement, dans nos eta-
DES HABITUDES MORBIDES
privée]
blissements d’instruction publique, une sorte d’entraînement des esprits fait oublier les intérêts et les nécessités de l’organisation physique. Quand les forces doivent cire relevées, mieux vaut recourir au régime lacté ou du moins îi un régime doux, quoique substantiel, qu’à l’usage des amers, des ferrugineux, et surtout du vin, qu’llippocrate défend aux individus tombés dans la consomption dorsale par excès vénérien : dupn^wv âirfyeijOu. Enfin il est des cas où le besoin génital, parlant haut et justifié par l’organisation, exige satisfaction, et pour prévenir des égarements, il faut lui payer le naturel tribut de l’union sexuelle.
2° Des excès vénériens. — Avec Lallemand, nous entendons ici par excès l’usage poussé au delà des besoins réels, au delà de ce qu’exige la propagation de l’espèce ; et quoique les ellets de l’excès génital ressemblent beaucoup à ceux de l’abus, il nous a paru utile d’en traiter séparément.
Où commence l’excès? où finit l’usage? Nulle fixation n’est possible à cel égard; de tous les organes, ceux de la reproduction présentent le plus d’inégalité fonctionnelle, non-seulement d’un individu à un autre, mais dans le même individu pris aux différentes époques de la vie : le besoin, ce cri de l’organisme, semble indiquer la mesure de leur activité, mais non le besoin factice, provoqué par une passion, par une dartre préputiale, par une irritation du cervelet, de la moelle épinière ou des nerfs génitaux, par la présence d’ascarides dans le rectum, etc. G est ici qu’il importe de faire la part de l’instinct génital plus ou moins développé, et de l’activité propre des organes de la reproduction ; la fréquence et la durée des érections ne sauraient toujours indiquer la limite du besoin, toutes les causes ci-dessus énumérées et d’autres pouvant y donner lieu. Les phénomènes observés dans les différentes fonctions de 1 économie ne permettent pas davantage d’évaluer la mesure du besoin génital; car 1 atonie génitale, résultat d’une continence trop prolongée, et la pléthore spermatique font naître beaucoup de symptômes analogues, tels que malaise, torpeur, somnolence, ou bien agitation, altération du caractère, dégoût de la vie, disposition au pleur, etc. Les effets immédiats du besoin satisfait fout seuls reconnaître s’il était légitime ou non; et présagent avec certitude les conséquences ultérieures qu’on doit attendre de nouveaux rapports sexuels. L’accomplissement régulier de toute fonction nécessaire à économie y laisse à sa suite un retentissement agréable. S’il en est ainsi de la satisfaction du besoin génital, si après l’acte consommé la tête est plus libre, esprit plus gai, le corps plus souple, plus vigoureux, la nature a été obéie ans sa juste exigence ; mais le coït entraîne-t-il un sentiment de tristesse et de satiété, l’affaissement dqg forces physiques et intellectuelles, une importune pesanteur des idées et des mouvements, il y a eu excès, et lut-il suivi d’érec- ■°ns nouvelles, le besoin n’y serait pour rien. Les cas intermédiaires entre ces exirtmes, dit Lallemand, constituent le train ordinaire de la vie, le coït nr^la°1S SUIV1 d’aucun phénomène remarquable en bien ni eu mal; et ce P cien en conclut que dans l’immense majorité des cas il est loin d’avoir
IM DE L’HABITUDE. [hygiène
sur l’économie l’influence nuisible qu’on lui attribue par une banale exagération. On objecte les accidents nerveux, épileptiformes, qui ont éclaté pendant ou après le contact sexuel; sans doute les excès vénériens y disposent, mais souvent l’habitude des convulsions existait antérieurement au mariage, etc. Quant aux ruptures d’anévrysmes, aux apoplexies survenues dans la même circonstance, ces catastrophes ne se produisent- elles pas aussi par toute émotion qui accélère les contractions du cœur, par tout effort qui commande la suspension plus ou moins complète de la respiration ?
L’espèce d’orgasme génital qui signale l’avénement à la puberté entraîne l’adolescent à des excès ; la plénitude de la virilité y sollicite de même : aussi les jeunes mariés pèchent-ils souvent par là. La prédominance du système lymphatique (1) y dispose moins, mais les rend aussi plus dangeteux. L’excitabilité génitale attribuée au tempérament nerveux n’est souvent que l’exaltation du sens encéphalique qui correspond à la fonction; cette prépondérance de l’instinct génital sur les organes de la fonction est une cause d’excès d’autant plus funeste que la disproportion est plus grande entre le mobile cérébral et l’instrument fonctionnel : elle s’annonce souvent dès 1 âge de cinq à dix ans et sévit sur l’existence entière. Ceux que pousse celte fatale 1 convoitise ont les idées incessamment tournées vers les objets qui peuvent la satisfaire; la fatigue, l’épuisement qu’ils éprouvent ne les arrêtent pas ; leur volonté vacillante ne sait pas s’attacher aux bonnes résolutions qui leur sont i suggérées; leur vie est une alternative de paroxymes vénériens et de collapsus i dont le terme est l’impuissance ou l’aliénation mentale. Le développement des organes sexuels, si variable suivant les individus, et souvent sans proportion avec l’ensemble de la constitution, ne devient une cause d’excès que lorsqu il s’y joint une grande ardeur d’appétit vénérien, circonstance purement encéphalique. Nous n’oserions répéter avec Lallemand que la condition qui dispose le moins aux excès vénériens est celle dans laquelle les parties sexuelles prédominent sur l’organe encéphalique ; mais les exigences exclusivement physiques sont plus faciles à comprimer, à modérer; une fois satisfaites, elles font trêve à la pensée et ne lui suscitent point le tracas des préoccupations peipet u elles du plaisir ni la tourmente des machinations romanesques. Quant aux sexes, il est certain que la femme est plus exempte des eflets de 1 exces vénérien. Faut-il en conclure avec Deslandes que le coït lui cause moins c e fatigue ? Disons plutôt qu’elle sait mieux en désintéresser ses organes, a a. faveur d’une facile et trompeuse passivité; elle n’est pas d’ailleurs exposée i l’évacuation de sperme, cause principale de l'affaiblissement des hommes. . L’excès porte, non-seulement, sur le nombre des actes vénériens, mais sur e * mode suivant lequel ils s’accomplissent : accompagnés d’un grand émoi, ils ■
(1) « Chez les hommes (Scythes) le penchant au plaisir de l’amour est moins vif, à » cause de l’humidité de la constitution, à cause du relâchement et de la froideur u - ,, ventre. » (Hippocrate, trad. de Littré, Des airs , des eaux et des lieux. Pans, ihJ ,
t. Il, p. 75.)
DES HABITUDES MORBIDES
privée]
débilitent davantage, soit par la dépense nerveuse, soit parce que la vivacité des jouissances est en rapport avec le degré d’élaboration du sperme.
L’excès génital engendre les mêmes effets que l’abus; ils se résument dans l’affaiblissement général du physique et du moral. On sait aujourd’hui sous quelles formes variées se manifestent les résultats pathologiques de l’excès vénérien; les dérangements progressifs de la santé échappent longtemps à l’attention de ceux qui les éprouvent, et peuvent en imposer au médecin pour des maladies très-différentes : que de prétendues gastrites chroniques, que d’hypochondries, que d’affections commençantes du cœur, ne reconnaissent d’autre cause que les jouissances immodérées de l’amour et les pertes séminales involontaires qui en sont la suite! L’affaiblissement général et progressif de tout le corps, des symptômes de congestion cérébrale, des paralysiesattribuées à une lésion céphalo-spinale, proviennent souvent de la même cause. Les altérations les plus graves de l’intelligence ont été observées chez des sujets livrés aux excès érotiques et faussement rattachées à une lésion de l’encéphale : beaucoup de phthisies qui se développent avec une certaine acuité chez des jeunes gens exempts de toute influence héréditaire rentrent dans les cas de cette consomption dorsale vom^), si admirablement décrite
par Hippocrate, et qui, suivant ce grand observateur, affecte principalement les nouveaux mariés et les libertins A
ytXofcyvouç). Combien de maladies poursuivies à coups de remèdes internes d antiphlogistiques, de régime, etc., énigmes ardues et mobiles de la pratique des cites et dont la solution se trouve dans le mode d’exercice d’une fonction secrete dans des habitudes qu’il est si délicat d’interroger! Le parallèle de Orient polygame et sensuel, et de l’Occident monogame et tourné au spirituatac. presse en grand les effet, duré™* que produit l'usage des orgaues
rhis'toîre*’ «? T™ tlue.exP^r'ence «««tuée sur les masses sous l'oeil de . ' e mecl«in y puise des enseignements aussi graves que le philo-
^eetlepo1 * *, tique : . »■„„ côté, polygamie, harems et sérails : d'où exl
indo leuîc8’ We i î” ’ S°d0,"ie rt'oltante' P°Malio.. ™e, inactive,
ta De I' , P’r CÜ"Sé',l'e"t * h misère' » «* '« despo-
, De 1 raté, monogamie, austérité chrétienne, répartition olus ^ du bonheur drnneeüqiie, augmentation croissante des lumières de h hbei é e légalité, du bien-être; multiplication rapide, populata 'serrée
par nécessité (l),e’,eDlrePIenante’ “dilclcuse' ^«hissante par impulsion et
pins n !‘ f' '’!? hal>itudœ de l’appareil génital qu'il est le
quj s'effectue sans coït ™ i',volo.tlaire du sperme, évacuation
distingue les pollutio , „ 7 att'>,,cheme»'- “us manoeuvre maslurbatrice. On
sérail celle des pollutions ^ Pt,C“ lloclllmesi «de division plus pratique poilu., „„s unies et des pollution, nuisibles : les diurnes sont
(1) Lallemand, op. cil., 1. 1, p. 04(j.
M> lévy. Hygiène, 5° édit.