I. — Il
DE L’HABITUDE. [hygiène
menstruation tend à s’établir, à l’époque où elle commence à dispaiaîtie, les congestions qui s’opèrent alors sur l’utérus déterminant la plénitude \asculaire du rectum et de la vessie; elle est aussi 1 incommodité inévitable ce; la grossesse, par suite de la compression que le développement considéiable de l’utérus exerce sur le rectum. Chez les femmes en couches, elle est due à une circonstance opposée : le rectum se laisse distendre par les fèces accumulées, les parties contenues dans l’abdomen et dans 1 excavation pelvienne ne i e xistant plus à cette dilatation, et les muscles de la paroi abdominale ayant pei.iu de leur ressort par suite de leur ampliation. L’atrophie de la tunique musculeuse des intestins explique la constipation des vieillards ; la prépondérance de la sensibilité sur la contractilité, prépondérance qui est en quelque sorte la loi physiologique de l’autre sexe, fait comprendre pourquoi les femmes y sont particulièrement exposées, et d’autant plus qu’elles sont plus nerveuses. La même observation s’applique aux hommes d’un tempérament nerveux ; et comme ceux-ci appartiennent en général aux professions intellectuelles, et par conséquent sédentaires, cette condition de vie achève de les assimiler sous ce rapport aux femmes; en outre, celles-ci mangent peu : aussi n’est-il pas rare de voir des femmes délicates, et vivant dans un étal habituel de repos supporter sans inconvénient une constipation de six à huit jours, llei.au m ( ) cite une dame qui subit une constipation naturelle d’une semaine et quelquefois de dix à quinze jours ; une de mes parentes a offert le même pheiiomene. Un régime succulent y dispose les hommes de l’âge mûr. Elle peut devenu chez eux, comme chez les jeunes gens, une cause occasionnelle de spermatorrhée les vésicules séminales étant placées, pendant la défécation, entre la vessie refoulée au fond du bassin et le rectum distendu par les lèces; a cette action mécanique s’ajoute l’influence que les contractions du rectum et de la vessie exercent sur celles des vésicules séminales, en vertu des connexions qui existent entre ces parties animées par le même réseau nerveux.
2 UkclAiob. - Palpitations. - te compactions fortes, requenle , désordonnées qui agitent parfois le cœur, sont loin d'accuser nue lésion constante de cet organe ou des gros vaisseau, Les -ses fngiu.es peu donner lieu, comme les veilles, les émotions morales: d aunes Ion elles o i résultat passager de causes qui ont agi plus
vénériens, l'abus des alcooliques: elles ne sont pas rares dans la puro le a de la croissance, dans les premiers temps de la menstruation, a tors su™ i 1
cette fonction tarde à se consolider: l'augmentation des globules (plui e o) cm leur diminution dans le sang (anémie) s'accompagnent aussi de ccptaion , en général pins familier ans adultes et aux femmes. Les P>IP““"^’
^ ,.nt ivan de violence, débutent brusquement, cessent et reuen rTi^^r^uSTcJpriciense. Hans les intervalles de leurs accès, on constate la régularité fonctionnelle des organes de la circulation, et meme pe -
Renauldin, Dictionnaire des sciences médicales , t. VI, P- 5
DES I1ABITUDES MORBIDES.
privée]
d;mt les palpitations, l’exploration la plus sévère ne dénote que la fréquence des battements, parfois un trouble rhytlimique passager et des bruits plus clairs, plus timbrés. On les observe le plus ordinairement chez les sujets nerveux, sans qu’ils exercent sur leur santé aucune inlluence lâcheuse; les femmes hystériques, celles qui sont affectées de leucorrhée, de dysménorrhée ou d'aménorrhée, les hypochondriaques, les nostalgiques, eu éprouvent souvent, ainsi que les jeunes gens adonnés aux. travaux de l’esprit avec un zèle trop soutenu : de la ce qu’on appelle la maladie de cœur des étudiants. Le caractère qui distingue essentiellement ces palpitations inconstantes des palpitations par cause organique, c’est qu’elles cèdent aux moyens qui exaspèrent et aggravent ces dernières : l’exercice, les distractions, un régime fortifiant, excepté le cas de pléthore. Quand même elles résistent à l’emploi des modificateurs hygiéniques, elles ne compromettent ni par leur durée ni par leur intensité l’état de santé général; cependant certains individus qui s’alarment aisément et qui attribuent laussemenl leurs palpitations à une lésion cardiaque, liniiaient par se ressentir des inquiétudes qu’ils puisent dans une erreur aussi tenace qu’exagérée, si le traitemeni moral n’y portait remède. flous avons soigné un officier supérieur d’une pleurodynie fixée sur la région précordiale et qu’il avait prise pour le signe certain d’une lésion du cœur; quoique toute inquiétude de ce coté nous lût Ôtée par le résultat de l’auscultation et de la percussion, le malade résistait à notre conviction, se tourmentait, s’absorbait dans sa chimérique appréhension; et comme il commençait à maigrir sous inlluence a une incessante préoccupation, une consultation eut lieu, et c’est a peine si le praticien célèbre qui fut appelé réussit à réveiller eu lui la conscience de la santé. Que si les palpitations se répètent ou se prolongent, il ne laut plus s arrêter avec une entière sécurité à l’idée d’une hyperdynamie carlaque, et se rappeler, d’une part, que tout organe longtemps modifié dans son action finit par l être dans sa nutrition, et, d’autre part, que les maladies u cœui notamment les hypertrophies simples et compliquées, donnent fieu
wqÛT ,°“S a,i"U de “ "‘a"ifeS“ par des siS“es moins équi-
u,^Sf;~,IUC,*le lidè,e " 1,",lci|lc hippocratique de la „„lQre un icc, ou ne saurait mer que les hémorrhagies ne soient une des vni« o solution les plus usitées et les plus heureuses, non-seulement pour les affec-
‘ saigues, mais encore pourles troubles passagersqui ébranlent l’organisme sans
l« dépense:' d,„„ J . 2*1!^ diWOTü„uuée avec
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hiles dont L , œntenliou intellectuelle opiniâtre chez les je
mal’ de la iavure
a masse sanguine qui distend les vaisseaux, et l’on dirait,
DE L’HABITUDE. [uygikne
d’après la vascularité si prononcée de la pituitaire et la richesse de ses houppes presque érectiles, qu’elle a voulu faciliter les conditions productrices d un phénomène dont dépendent si souvent la solution des maladies et la régularité de la santé. L'épistaxis semble avoir surtout pour but la déplétion de 1 encéphale, point de mire de tant d’agents morbifiques, et pour lequel existent, dans l’économie et hors de l’économie, tant de causes incessantes d’hypérémie : les travaux de l’esprit, les préoccupations morales, les passions, 1 insomnie prolongée, les exercices de voix considérables et fréquents, les cris (1), les digestions copieuses ou difficiles, les efforts de défécation laborieuse et toute contraction musculaire violente, le séjour prolongé dans un milieu échauffe par une grande réunion d’hommes, l’insolation, l’action d un froid intense etc. , sont autant de circonstances habituelles de la vie qui prédisposent a 1 hypércmie cérébrale; l’épistaxis, la plus fréquente des hémorrhagies, en est le correctif naturel On n’en saurait douter en se rappelant que les principales arteres < e la membrane pituitaire sont de simples rameaux des troncs artériels qui appartiennent aux organes intra-crâniens, et que les veines olfactives, en particulier, s’épanchent dans le sinus longitudinal à l’aide de la veine émissaire du trou borgne ; d’où il suit, comme le fait observer Blandin, d une part, que hjpe rémie des organes encéphaliques entraîne celle de la pituitaire, et, d au te part que le dégorgement spontané ou artificiel de la pituitaire dans un cas de maladie encéphalique, est suivi nécessairement d'un dégorgement assezprom des sinus méningien», un courant sanguin pouvant s établir de ceuv-ci la pituitaire à la faveur de la veine fronlo-ethmoïdale heureusement dépourvue de valvules. L'enfance, qui jouit d'une sorte d'immunité des hemorrhag.es est sujette à l’épistaxis; on l'observe particuliérement vers I époque de la pubeitc et dans les premières années qui la suivent. Hippocrate a émis a cet egard une phnon souvent reproduite, à savoir, que l'épistaxis habituelle, et remplacée plus tard par l'hémoptysie, expose ultérieurement a la P»cnmon,e a la pieu résie h la phthisie; que dans un âge plus avancé, ceux qui 1 ont épiou contractent des hémorrhoïdes, des affections rhumatismales, arthritiques, etc Les éléments d'une vérification rigoureuse de cette assertion manqua • science; mais tout praticien a remarqué la disposition aux épistaxis chez B sujets entachésd’une présomption d'hérédité tuberculeuse Poun,otre»m^ nous possédons par devers nous des faits de ce genre; reste a établit liés par un rapport de coïncidence ou de causalité.
Fn llièso générale, l’épistaxis doit être respectée, a moins qu elle n au nu ch’/ les sujets lymphatiques, débilités, incapables de supporter sans delrm» te évacuation sanguine ; mais quelles que soient les conditions udmd-dta il faut tenir compte du sentiment de bien-être ou do faiblesse qu elle h»—' suite et la contenir dans la mesure que nulle déperdition ne peul ex sans inconvénient ou sans danger pour l’organisme.
(1) Gencmu, Traité philosophique de médecine pratique..
DES HABITUDES MORBIDES
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Hémorrhoïdes. — Les auteurs, depuis Hippocrate (1) jusqu’à nos jours, ont célébré le bénéfice des hémorrhoïdes, soit pour le maintien de la santé, soit pour l’issue favorable d’uu certain nombre de maladies. L’espèce de régularité avec laquelle se répètent, chez beaucoup de personnes, les congestions hémorrhoïdales et l’écoulement sanguin qui en est la suite, les troubles variés qui les précèdent, le bien-être qui se déclare après leur apparition, le soulagement ou la guérison d’une foule de maladies qui a souvent coïncidé avec le flux hémorrhoïdal, les conséquences fâcheuses que sa suppression a paru entraîner, voilà ce qui explique et justifie en apparence le préjugé protecteur d’une incommodité dont les modernes et surtout l’école de Stahl ont encore exagéré l’importance. Les anciens avaient surtout égard à l’écoulement sanguin par lequel l’économie se débarrassait à leurs yeux de l’atrabile, élément imaginaire et capital de leur pathogénie; cette évacuation leur paraissait analogue à celle des menstrues et favorable à l’intégrité delà santé. Leur opinion, non sur la nature du fluide éliminé, mais sur les effets du flux hémorrhoïdal, subsiste encore presque universellement; les hémorrhoïdes sont envisagées dans le plus grand nombre des cas comme une fonction accessoire qu’il importe de respecter, de favoriser; on admet la nécessité de les provoquer parfois; les supprimer serait toujours un péril.
Il existe à ce sujet une grande confusion de faits et de raisonnements; il faut s’entendre d’abord sur les conditions matérielles de l'affection hémorrhoïdaire. Celle-ci est constituée par des varices rectales; la description que l’on a faite des phénomènes de la congestion hémorrhoïdaire et de l’écoujement qui la termine se rapporte exclusivement aux hémorrhoïdes dues à un état pléthorique; l’hémorrhagie anale résout la pléthore comme fait ailleurs l’épistaxis; avec elle disparaît la congestion du rectum, si ses veines n’ont subi en > même temps une dilatation ou n’étaient dilatées antérieurement. D’autres fois la pléthore ne va point jusqu’à produire une rectorrhagie ; mais la congestion qu’elle détermine dans les veines hémorrhoïdaires suffit pour les distendre; la cause dissipée, l’effet persiste, et désormais il y a varices rectales ou hémorrhoïdes; celles-ci ne se développent souvent que par suite de congestions rectales réitérées, la pléthore locale se renouvelant. Ce sont Les varices rectales, liées à la plénitude sanguine générale, qui s’accompagnent presque constamment d’un fiux sanguin intermittent, quelquefois périodique : flux qui présente tous les caractères des hémorrhagies actives par pléthore, et, comme elles, produit dans certaines circonstances une spoliation utile, une détente générale; c’est ce genre d hémorrhoïdes qui a donné lieu à l’opinion des anciens, et dont les effets ont été faussement attribués à toutes les varices rectales, quelle qu’en soit la cause productrice. Nous admettons l’influence bénigne des hémorrhoïdes par pléthore; des fluxions rectales produites par d’autres causes ont pu exercer également une action préservatrice ou curative; mais ni la congestion
(t) Hippocrate, Aphorismes, trad. de Littré, sect. vi, aph. Il, 12, 21.
DE L'HABITUDE
[hygi ène
intermittente des veines rectales, ni leur dilatation permanente, ni l’hémor- 1 ' rhagie qui l’accompagne, ne peuvent être considérées toujours comme le résultat d’une crise avantageuse pour l’état de sanlé ou de maladie. 1° Beaucoup de pléthoriques n’ont point d’hémorrhoïdes ou en ont sans flux sanguin;
2° dans beaucoup de cas, ces deux phénomènes n’ont point préservé de la maladie ou n’ont exercé aucune influence sur elle; 3° les congestions hémorrhoïdales, avec ou sans écoulement, ont disparu sans qu’il en soit résulté aucun accident fâcheux; 4° quand le retour a la santé ou une simple amélioration a coïncidé avec la congestion ou L’hémorrhagie du rectum, il n’a pas été possible de joindre ces deux faits par un rapport de causalité, le premier s’étant reproduit chez d’autres dans les mêmes circonstances sans l’intervention du second.
Quant au flux sanguin qu’éprouvent les sujets affectés de varices rectales, il faut en discerner l’origine pour en évaluer les effets. 1° Il peut être entièrement étranger aux varices rectales et aux causes qui les ont déterminées; 1 ulcération, le cancer du rectum, une foule d’affections graves, locales et générales s’accompagnent en effet de ce symptôme ; 2° il peut succéder à une violente congestion du rectum, produite par une cause locale; 3° une lésion survenue dans les parois des veines dilatées peut y donner lieu ; 4° il est la solution critique d’un embarras de la circulation veineuse abdominale.
Que si l’on remonte aux causes prédisposantes et aux causes déterminantes des hémorrhoïdes, on ne saurait en déduire un bénéfice constant de nature ; nous renvoyons aux ouvrages de pathologie pour ces détails; mais si 1 on réfléchit que la dilatation des veines hémorrhoïdaires peut reconnaître pour causes toutes les altérations qui produisent leur ramollissement, leur amincissement, l’hypertrophie de leurs parois, leur inflammation chronique (Jobert), etc., on aura quelque défiance de l’opinion absolue des anciens touchant le rôle préservatif des hémorrhoïdes. On finira même par les classer parmi les incommodités les plus fâcheuses, en considérant les effets qu ches développent habituellement et d’une manière directe, abstraction faite des états morbides dont elles sont elles-mêmes le résultat. Pour peu que les tumeurs hémorrhoïdaires soient multiples, considérables, persistantes, elles eutiaîncnt des accidents variés qui se manifestent surtout aux époques de congestion îectale : sensation de gêne et de plénitude abdominale, resserrement spasmodique des sphincters, fissures anales, épreintes, ténesme, parfois des tranchées; la station assise, la marche, les efforts de défécation, exaspèrent les douleuis.
La constipation, fléau des hémorrhoïdaires, est due à l’obstacle mécanique des tumeurs ou à la volonté du malade qui retarde l’instant de la garderobe, par crainte des angoisses qui en sont inséparables; la constipation opiniâtre amène d’autres symptômes, céphalalgie gravative el presque continuelle, anorexie, dérangement des digestions, tension et météorisme de l’abdomen. Il n’est' pas rare devoir les tumeurs hémorrhoïdaires s’enflammer par la contraction des sphincters, par la rétention des fèces dans 1 intestin, et ensuite
DES HABITUDES MORBIDES
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par le violent labeur de leur expulsion ; cette inflammation est presque toujours lento, chronique; elle a pour conséquences la formation d’abcès, de fistules anales, différentes altérations des parois, des tumeurs, des hémorrhagies copieuses et réitérées qui épuisent le malade et qui créent un état anémique, autre principe d’hémorrhagies ultérieures. L’inflammation produit encore l’épaississement des parois veineuses, l’induration du tissu cellulaire qui les recouvre, l’oblitération des veines dilatées, ce qui transforme les varices rectales en tumeurs réni tentes, indolores, d’un volume invariable (tubercules hémorrhoïdaux), disposées à s’ulcérer et à suppurer (leucorrhée anale), etc. Il est superflu de dérouler dans leur série extrême les phénomènes consécutifs aux hémorrhoïdes pour montrer la nocuité de celte lésion. Sans doute, elle ne les détermine que d’une manière exceptionnelle, et elle peut exister longtemps sans occasionner d’autres symptômes qu’une gène passagère de la défécation ; mais le plus souvent elle est le point de départ de dérangements variés et dont les malades ne se préoccupent point, imbus qu’ils sont du préjugé favorable à l’existence des hémorrhoïdes.
Au demeurant, les varices rectales, car c’est ainsi qu’il convient d’appeler cette infirmité, avec Haller qui l’a bien appréciée (1), ne sont point une fonction accessoire, une habitude inviolable de l’organisme; préparées par des congestions qui traduisent elles-mêmes la gêne de la circulation abdominale, elles consistent dans l’ampliation des veines du rectum, souvent accompagnée ou compliquée d hémorrhagie. Les expressions inexactes de fluxion, mouvement fluxionnaire, flux bémorrhoïdal, ont contribué à l’erreur qui leur attribue une salutaiie efficacité pour la préservation ou la solution des maladies; souvent giaves par leur étiologie, elles ne tardent pointa devenir par leurs suites inévitables une incommodité, une cause de perturbations et de souffrances. Si donc il convient de ne pas les supprimer légèrement, nous ne donnons pas le conseil de ies provoquer, comme on le fait si fréquemment par routine et courte logique.
3. Respiration. — Les organes de la respiration présentent plus d’une esion qui ne s oppose point à la longévité ni à l’exercice régulier des autres fonctions. Nous ne ferons que mentionner les productions de différente nature q«e on rencontre enkystées ou seulement adhérentes au tissu pulmonaire o i(z es sujets qui n ont offert pendant la vie aucun -signe d’affection de poitme (concrétions crétacées, mélaniques, cartilagineuses, ossiformes), les adlié- ‘■nees plcuro-costales si fréquentes et si inoffensives, etc. Mais l’attention de ygieniste doit s’attacher à deux habitudes morbides des organes de l’héma-
naturæ omis Y V ^ XX'V’ SeCt‘ 1V’ § X11 : “ 1(1 Pr>nnim volo, non esse ejusmodi cj us communl f hSU enStrUœ ,,UrGatiünes> "eque generi tnunano prœscriptum, ex magnus hem VT SCqU1’ ^ Sam hüminis esse functionem. — Ipse demum Stalilius,
fluarum JX» faSPUS 6,4 "°n eSSe in «*nsu.ludi„en, recipiendas
arum dubrus suceessus s,t. Quœ jam invaluerint, eus quidem retinendas esse sua, Ici. :
DK L'HABITUDE.
[hygiène
tose, en faveur desquelles exisle, dans l’esprit des gens du monde, une pré- ' vention d’innocuité : l’asthme et ce qu’ils appellent le rhume (catarrhe bronchique).
Asthme. — On désigne aujourd’hui par ce mot une affection caractérisée par la fréquence et la gêne de la respiration, et par la conv ulsion des muscles respirateurs, affection presque toujours exempte de fièvre, intermittente, apparaissant sous forme d’accès qui reviennent à des époques irrégulières, souvent fort éloignées, dans les intervalles desquelles la santé semble parfaite. Regardez autour de vous dans le monde : rien de plus commun que l’asthme; sur trois familles, une au moins a son asthmatique. Interrogez les cliniques, les amphithéâtres; consultez l’expérience des observateurs célèbres : rien de plus rare que l’asthme essentiel, à tel point que beaucoup d’entre eux en ont nié l’existence. Il est certain que la plupart des prétendus cas d’asthme ne sont autre chose que des dyspnées symptomatiques d’affections diverses du cœur, des gros vaisseaux, des poumons, des plèvres, etc. Les altérations valvulaires, suite d’endocardite, l’hydropéricarde, l’emphysème pulmonaire, des affections de la moelle, etc., donnent lieu à des attaques de dyspnée confondues autrefois avec l’asthme avant les perfectionnements qu’a reçus la séméiotique : or les erreurs populaires à l’endroit des maladies et des remèdes ne sont que l’écho prolongé des erreurs scientifiques d’une époque antérieure. C’en est une que celle qui fait de l’asthme un brevet de longévité. Floyer dit, à la vérité, avoir connu des asthmatiques dont le mal datait de cinquante ans (1) ; et Sauvages appelle l’asthme une maladie de longue durée, plutôt qu’une maladie chronique (2). Mais ces assertions ne sont peut-être pas appuyées par un seul fait suivi attentivement pendant la vie, confirmé par l’ouverture cadavérique, et duquel il ressortirait que l’asthme pût exister en l’absence de toute lésion organique agissant par voie directe ou indirecte sur la respiration : « Je ne craindrais pas d’avouer, dit Ferrus, que vingt-cinq années d’exercice presque entièrement passées dans les hôpitaux n’ont pu me fournir une seule observation de ce genre. Comme mon expérience pourrait paraître insuffisante, j’ajouterai que Corvisart, Leroux, Lerminier, Béclard, Rostan, etc. , n’en ont jamais rencontré (3). » Et avec une loyauté digne de son talent, Ferrus informe les lecteurs que les deux cas d’asthme essentiel qu’il avait rapportés dans la première édition du recueil où il écrit n’en étaient point : le premier des deux sujets dont il a donné l’histoire est sujet depuis son enfance à des fluxions opiniâtres sur la pituitaire; le second a succombé à la tuberculisation pulmonaire (â). Toutefois la science possède des faits qui, bien que dépourvus de la
(1) Ployer, Traité de l'asthme. Paris, 1761, p. 22.
(2) Sauvages, Nosologie méthodique, t. I,p. DA.
(3) Ferrus, Dictionnaire de médecine, 2e édit., t. IV, p. 274. Voyez aussi l’article Asthme de Germain Sée, Nouveau Dict. de méd. et de chir. prat.
(4) Broussais ( Cours de pathologie, t. V, p. 102) dit avoir éprouvé plusieurs accès
ORS HABITUDES MORBIDES
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sanction nécroscopique, rendent probable l’existence de l’asthme essentiel. Un de nos parents, aujourd’hui presque octogénaire, est sujet depuis l’àge de vingtcinq ans à des accès d’asthme, surtout nocturnes, qui depuis ces dix dernières années vont jusqu’à l’orthopnée : comme l’un des malades de Ferrus, il a de fréquentes atteintes de coryza, àvec écoulement considérable de mucus nasal. Un observateur dont nous connaissons personnellement la véracité, le directeur A. Lefèvre (de Brest) (1) a décrit les accidents qu’il éprouve lui-même de manière à entraîner la conviction. L’asthme idiopathique, c’est-à-dire dû à une simple perversion de l’action nerveuse, ne suggère pas sans doute un pronostic fâcheux; mais à quel titre en ferait-on un gage de longévité, un bénéfice de nature. Chaque accès est un péril pour l’économie ; plus les accès se rapprochent, plus la situation s’aggrave, parce que des lésions ne tarderont pas à se développer. Pour les asthmatiques de cette rare catégorie, les drogues ne sont rien; l’hygiène seule réussit à les soulager et même à les guérir. Un certain degré de chaleur, de pesanteur et d’humidité de l’air leur est nécessaire (Lefèvre) ; chacun d’eux a pour ainsi dire sa sphère extérieure de respiration qu’il ne peut franchir sans s’exposer à des attaques de dyspnée : pour 1 un c est la v ilte, pour 1 autre la campagne ; l’air agité par les vents les incommode et les climats chauds leur conviennent. Lefèvre leur défend, de par son expérience, la navigation. En général, ils ont besoin de lumière, de calorique et d une certaine quantité de vapeur aqueuse dans l’atmosphère où ils doivent vivre. Une nourriture simple, uniforme, de facile digestion, l’abstinence des alcooliques, l’usage des boissons théiformes et du café, dont beaucoup d’asthmatiques ne voudraient pas se passer, la fumée du tabac, des vêtements chauds des frictions au soleil ou devant le feu (Gelse), les bains d’étuves humides (Lefèvre), un exercice modéré, l’équitation, l’éloignement de tout ce qui peut surexciter le cerveau intellectuellement et moralement, surexcitation qui réagit d’une si notable façon sur la respiration : tel est le régime hygiénique qui profitera aux rares sujets atteints d’asthme idiopathique, bien mieux que les chimériques panacées qu’ils recherchent.
Rhumes. — Les bronchites plus ou moins subaiguës, plus ou moins chroniques, que l’on désigne dans le monde par le mot rhumes, doivent être combattues. Il est vrai que la bronchite chronique, dès le début ou par transition, coexiste très-fréquemment avec un état de santé rassurant, et persévère des années entières sans porter atteinte à la constitution : mais comme on *> en peut espérer la résolution franche et complète que par une exception dont ne faut point leurrer le malade, lût ou tard des accidents graves survien-
nt, et ce que Ion a considéré comme une incommodité tolérable devient une cause de mort.
Stanir" T éC“'é a“enli°" S°U‘em'e ,6S l"0"! d'U“ Pro^esac,,r q«i
-rri- Pr0""S- - Vm'V“ * m ™ir « “» P»™ q»el,u«
(1) Lefèvre, De l’asthme. Paris, 1847.
170 DE L’HABITUDE. [hygiène
Quels que soient les rapports de causalité entre les inflammations des voies 1 aériennes et la production des tubercules, la prudence exige que tout rhume soit surveillé, et, s’il se peut, arrêté; s’il devient habituel, on doit craindre qu’il ne se lie à une tuberculisation préexistante. Les adversaires de Broussais ont trop insisté sur les différences qui existent entre la formation et les éléments de la tuberculose, et ceux des produits phlegmasiques ; nier absolument leur influence réciproque, c’est s’abuser aux dépens des malades et s’exposer à fausser leur hygiène. L’école micrographique allemande fait retour à la pathogénie inflammatoire du tubercule. Suivant Reinhardt, il résulte de la transformation de produits inflammatoires. Virchow (1), tout en démêlant avec plus de précision les éléments propres a « cette néoplasie », et les pioduits inflammatoires qui ont été confondus avec elle, la fait dériver, par une métamorphose analogue, d’anciens éléments organiques, cellules ou noyaux, selon la grosseur des tubercules. Au reste, le simple catarrhe bronchique peut entraîner des suites fâcheuses, telles que dyspnée par accès ou continue, dilatation vésiculaire, etc. Il existe même une phthisie catarrhale comme il y a une phthisie tuberculeuse. Andral (2) mentionne un cas de bronchite chionique simulant une phthisie pulmonaire et terminée par la mort. Rare dans la jeunesse, la phthisie catarrhale est commune chez les vieitlanls . à la Salpêtrière, Beau a rencontré 15 cas de phthisie catarrhale confirmée poui 9 cas de phthisie tuberculeuse, et sa fréquence est en raison de 1 âge (3).
U. Sécrétions. — Peau. — Les sueurs excessives sont le fléau des obèses, des lymphatiques, des faibles, des valétudinaires, des convalescents, des tabescents par onanisme ou spermatorrhée, etc. La marche, lexeicice, les provoquent chez les gens cle cabinet. Souvent elles sont l’expression d un état dyspnéique, d’un obstacle à l’hématose ou à la circulation centrale; les porteurs d’emphysème et d’hypertrophies cardiaques y sont très-sujets. En l’absence de toute lésion interne, elles peuvent être coercées sans inconvénient. Les moyens diffèrent : à l’un il faut refuser les stimulants et les toniques, à l’autre il faut les prescrire. La sobriété convient aux obèses pour réduire leur transpiration; le valétudinaire évitera les exercices prolongés; l’homme de vie sédentaire devra s’y adonner, au risque d’accroître passagèrement les sueurs. Les bains froids, les lotions et les affusions froides, pratiquées d’après le mode hydrothérapique, les bains de mer, en fortifiant la constitution, tendent à restreindre la déperdition sudorale de la peau. L’abus ou ia surcharge des vêtements mauvais conducteurs du calorique contribue à l'entretenir. C’est par le changement graduel des habitudes que l’on réussira a modifier sans danger l’activité cutanée; de graves maladies menaceraient l’organisme
(1) Virchow, Pathologie cellulaire , 3* édition. Paris, 1868, p. 419 et suiv.
(2) Andral, Clinique méd., 1829, t. I, p. l/<>.
(3) Beau, Journ.de mal, octobre 1843, p. 330. - Traité clinique et experimental d' auscultation. Paris, 1856.
DES HABITUDES MORBIDES
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brusquement affranchi de ces pertes cutanées. Quant aux transpirations partielles, limitées aux pieds, aux aisselles, etc., nous ne conseillerons point de les combattre ni de les diminuer; fétides, il y aurait plus de péril encore à les supprimer : Alondiôre a rapporté des faits qui le prouvent. L’usage des chaussettes de fil et de chaussures légères, des lotions fréquentes avec de l’eau chlorurée, voilà pour la propreté et l’aisance du membre affecté. En cas de suppression des sueurs partielles, on s’empresserait de les rappeler en entourant le pied de flanelle recouverte d’un taffetas gommé.
Au point de vue de l’hygiène, on pourrait classer ainsi les éruptions cutanées : 1° Éruptions qui surviennent avant la puberté et qui sont le plus souvent enlevées par cette révolution d’âge, quand elles ont persisté jusque-là. 2° Éruptions qui se déclarent vers l’âge critique pour suppléer une fonction qui s’éteint. 3° Éruptions qui se manifestent à toutes les époques de la vie, mais non permanentes, et qui reparaissent parfois avec une périodicité remarquable : nous avons traité au Val-de-Grâce un jeune soldat atteint tous les mois d’un érysipèle sans gravité, et dont le seul inconvénient était de l’obliger à interrompre périodiquement son service. k° Enfin, les affections i constitutionnelles de la peau, souvent héréditaires, toujours dangereuses à guérir, qui, loin de compromettre la santé, sont pour ceux qui les portent une condition de l’harmonie physiologique. L’ichthvose générale est dans ce j cas, et nous en avons observé plusieurs exemples, soit dans les hôpitaux de I armée, soit dans les visites des conseils de recrutement auxquels nous avons participé. Quand on est appelé à prononcer si une maladie aiguë ou chro-
nique de la peau doit être respectée ou combattue, il importe de rechercher les liaisons qu’elle peut avoir avec les différentes phases de l’évolution organique, avec une fonction augmentée, diminuée ou supprimée, avec un état | morbide antérieur dont elle serait l’heureuse terminaison, avec un état mori bide coexistant qu’elle soulage ou modère dans une juste limite.
Les érythèmes qui accompagnent le travail de la dentition, et qui ne sont parfois qu’une extension de la turgescence buccale (feux de dents), disparais- [ sent avec cause qui les a produits; il en est de même de l’intertrigo, résultat du frottement des parties amples et molles de l’enfant nouveau-né; i’ec- I' zéma est aussi l’un des accompagnements fréquents de la dentition, et ne se dissipe guère que vers la puberté. Mais chez les enfants on voit la plupart des inflammations chroniques de la peau, excepté le favus, le lupus et la gale,
| ^nr spontanément après un laps de temps plus ou moins considérable, et | souvent, ajoute Ilayci (1), elles sont salutaires. Sous le nom de gourmes, on î a {1('s|gné un grand nombre de formes éruptives dont les unes relèvent de la lathese dartreuse (lichen, psoriasis, eczéma ru bruni, pityriasis, favus), et les j autics de la diathèse pyogénique (impétigo, ecthyma, eczéma impéligij eux’ clC-)- Sc développent-elles chez un enfant bien portant, il faut les com-
(1) Rayer, Traité des maladies de la
peau. Paris, 1835, t. I, p. 40.
172 DE I. 'HABITUDE. [uyciène
battre, les arrêter au début, besogne non aisée; si elles se sont installées chez lui sans altérer sa santé, on s’appliquera à les guérir, mais lentement et avec de grandes précautions. Chez les enfants dont la santé ne s’est affermie que depuis l’apparition des gourmes, respectez-Ies, sauf à en essayer prudemment la guérison après un laps de temps nécessaire à la consolidation organique de ces enfants. La violence de l’inflammation, l’excès des suppurations qu’elles déterminent quelquefois, doivent toujours être modérés par 1 art, comme il importe toujours de disputer à leur extension les parties importantes, telles que les yeux, les fosses nasales, le conduit auditif. Les éruptions dartreuses sont provoquées, suivant quelques auteurs, par l’abus du coït. Lorry assure que la continence et la chasteté produisent le même effet. Les | dartres préputiale et anale (prurigo, psoriasis ani), ont été signalées récemment dans l’étiologie de la spermatorrhée : la première propageant l’excitation de l’orifice du canal excréteur à l’organe de la sécrétion; la seconde déterminant, par le resserrement des sphincters et la contraction spasmodique du rectum, l’accumulation des fèces et l’irritation consécutive de 1 intestin, laquelle amène la disposition des vésicules séminales à se contracter (1). Qui ne connaît le rapport qui s’établit entre la menstruation et certaines inflammations chroniques de la peau, tour à tour augmentées ou diminuées pai la cessation ou le retour des règles! On a vu l’eczéma impétigineux, le prurigo, etc., cesser complètement à l’apparition des premières règles, se reproduire plus tard, par suite de leur suppression accidentelle ou naturelle. La grossesse et la lactation exercent une influence analogue. On a donné anciennement le nom de dartres laiteuses aux phlegmasies cutanées qui surviennent chez les femmes condamnées, par la mort de leur enfant ou par tout autre motif, à la brusque cessation de l’allaitement. La vieillesse a ses phlegmasies cutanées (prurigo senilis, pemphigus pruriginosus, etc.), qu il est difficile de guérir, même quand on peut l’entreprendre sans danger; on ne tenterait pas impunément la curation de celles qui, nées durant 1 âge adulte, ne cèdent point à l’âge de retour et persistent dans la vieillesse en perdant d’ailleurs ■ tout caractère d’acuité, comme font la plupart des maladies de cet âae. Ce sont alors des infirmités habituelles avec lesquelles il faut vivie , 1 0ioamsme n’a plus assez de mobilité pour se façonner à de nouvelles conditions d equi- • libre; celles-ci d’ailleurs exigent, pour se produire, une activité fonctionne e qui n’existe plus. Aussi Rayer a-t-il pu dire avec raison : « Chez les vieillards, les inflammations chroniques de la peau, indépendantes des causes externes, doivent être souvent respectées, quelquefois modérées, rarement guéries (-). » On peut lire dans les auteurs une multitude d’observations de maladies aiguës et chroniques, jugées par l’apparition d’une phlegmasie cutanée; ! n’est point de praticien qui n’ait été témoin de ces substitutions morbides, u
(1) Kaula, thèse citée, p. 128.
(2) Rayer, op. cit t. L P- èO.
privée] DES HABITUDES MORBIDES.
infirmier du Val-de-Grâcc, placé dans notre service, affecté d’une coujonctivitc chronique avec perte des cils, a éprouvé sous nos yeux I influence différente de deux phlegmasies cutanées. Par suite d’une variole confluente, l’ophthalmie s’était exaspérée au point de faire craindre pour la conservation de la vue; les moyens les plus variés et les mieux dirigés n’avaient pu en atténuer la gravité. Survint chez notre homme convalescent de variole un éryiq sipèle qui envahit rapidement face, cou et poitrine, et la conjonctive oculopalpébrale se calma comme par enchantement. Aujourd’hui ce malade n’a plus qu’une légère suppuration des bords des paupières inférieures qui restent dégarnis de cils (18à3). Andral cite le cas d’une pneumonie désespérée que dissipa l’éruption d’une variole. Pierre Frank a vu une inflammation du cerveau guérie par un érysipèle. Nous renvoyons aux traités ex professo : pour les exemples nombreux d’affections diverses jugées par une détermination cutanée, et qui justifient le précepte donné par les maîtres, de respecter toutes phlegmasies de la peau survenant dans le cours ou au déclin d’une maladie : phénomènes critiques de la maladie, elles deviennent souvent des conditions de la santé, et ne peuvent être supprimées sans rappeler l’affection interne. D’autres phlegmasies cutanées coexistent avec des états morbides chroniques et en atténuent les souffrances. Alph. Cazenave (1) a donné des soins à un malade atteint d’asthme avec emphysème, qui depuis sept ans n'avait point passé une seule nuit dans son lit, et à qui un eczéma aux jambes, avec suintement assez abondant, procura un soulagement inespéré. Rayer rapporte des faits analogues; et récemment nous avons vu une dyspnée qui datait de trois mois, déjà soulagée par un vésicatoire, se dissiper complètement à la suite d’une éruption lichénoïde qui envahit le bras.
La guérison ou l’amendement d’un grand nombre de maladies par le bénéfice de phlegmasies cutanées a fait considérer celles-ci à bon droit comme des dérivatifs salutaires, mais ne justifie pas toutes les craintes qu’inspire leur répercussion. Quand il s’agit de rétrocession, il faut avant tout établir le rapport de causalité entre deux coïncidences ; une gastro-entérite, des convul- ; sions, une phthisie, se manifestent en même temps ou peu après qu’une éruption a disparu. S’il y a simultanéité, ce qu’on prend pour l’effet peut être la cause; une inflammation aiguë de la muqueuse digestive entraîne la suppression d’une phlegmasie cutanée plus fréquemment que la rétrocession de celleci ne donne lieu à la gastro-entérite ; si un intervalle se passe entre les deux faits, dira-t-on : Post hoc , erçjo propter hoc? Nous n’avons garde de nier 1 importance des habitudes morbides qui résultent des inflammations ani cieimes de la peau ; mais malgré le classique amas de faits qui prouvent le danger de leur suppression, nous pensons que ce danger a été exagéré, et que beaucoup d observations consignées dans les auteurs manquent de valeur et de sévérité. On ne croit plus à la répercussion de la gale ni à tous les acci-
(1) Alph. Cazenave, Dictionnaire de médecine, 2° édit., I. XXIII, p. 358.
174 DE L’HABITUDE. [hygiène
dents qu’on a fait découler si longtemps de sa guérison intempestive. Admettons le principe, résistons à l’exagération : toute affection cutanée qui, par sa durée indéfinie, a accoutumé l’cconomie à sa présence et s’est ajoutée aux conditions de l’équilibre fonctionnel, veut être respectée. Quant à celles-là même qui ne se sont pas prolongées à ce point, une grande circonspection doit présider à leur curation.
Les suppurations externes, provoquées artificiellement par les exutoires, tels que vésicatoire, cautère, séton, etc., deviennent également des habitudes | morbides ; soit qu’on les aiL établis dans un but thérapeutique ou simplement de préservation, les supprimer n’est pas toujours sans danger : c’est une raison de plus pour les prescrire sobrement ; l'incommodité qui en résulte, les soins qu’ils exigent, le prurit, les rougeurs érythémateuses, les furoncles, les ■ phlegmons, les engorgements ganglionnaires qui en sont quelquefois les effets . locaux, l’excitation générale qu’ils occasionnent aux sujets nerveux, irritables, sont déjà des motifs suffisants pour ne les infliger que sous le coup d’indications non équivoques. Il n’est que trop dans les habitudes de beaucoup de médecins de les prodiguer outre mesure. Quand on songe à les supprimer, il faut tenir compte de leur état qui dénote assez bien leur degré d’utilité; les t exutoires qui sont indolents et qui ne suppurent que difficilement n’exercent plus d’action utile; nul risque à les supprimer. Les exutoires qui rendent service sont le siège d’une certaine irritation sécrétoire et se lont sentir au . malade. Plus ils sont anciens, plus il faut apporter de précaution a leur suppression : cette règle s’applique à tous les genres d’exutoires, quoique en général on craigne moins de faire taire un vésicatoire qu’un cautère. Ou diminuera Ji lentement et par degré l’étendue ou la profondeur de l’ulcération artificielle ; la prudence veut que l’on supplée à l’excrétion qui va cesser en activant celie des surfaces d’excrétion naturelle, non au moyen cl’un ou deux laxatifs une fois administrés, mais surtout par les frictions sur la peau et par l’usage de plusieurs bains. Sous le rapport de la prophylaxie, les exutoires sont uue ressource douteuse; ils peuvent contrarier le développement d’uue iésioii encore commençante et circonscrite, obvier aux atteintes légères, mais ils : n’ont jamais protégé efficacement contre les causes générales des épidémies et i des endémies.
Glandes salivaires. — L’appareil salivaire et folliculaire de la bouche verse souvent avec abondance les fluides qu’il sécrète, et qui, affluant daus cette cavité hors le temps de la mastication, nécessitent une fréquente expuiliou (ptyalisme). Il n’y a ni rougeur, ni chaleur, ni tuméfaction des glandes salivaires ni d’aucune partie de la bouche ; seulement la salive et le fluide muqueux qui s’y mêle sont sécrétés copieusement, sans qu’ils éprouvent la moindre altération dans leur nature et dans leur aspect; tout au plus leur densité est-elle diminuée. On observe le ptyalisme chez les hypochoudriaques, chez les femmes hystériques, et en général chez les sujets atteints d'aiïeclions nerveuses; il existe, comme phénomène transitoire, dans beaucoup de grossesses,
DES HABITUDES MOBBIDES.
• chez les enfants aux époques d’odontogénic, chez ceux qui ont des vers „ intestinaux, etc. Les fumeurs, les personnes qui mâchent du tabac ou qui font
un usage habituel des épices, des boissons fortes, les parleurs, éprouvent le | besoin de cracher fréquemment, et n’en sonl pas autrement incommodés, à | moins que la sécrétion ne soit suractivée au point de donner lieu à une déper- : dition sensible. Dans ce dernier cas, les digestions se troublent, la faiblesse i et l’amaigrissement surviennent, la vie même finit par être menacée, comme on l’a vu chez des individus atteints d’une perte de substance des lèvres ou i- des joues. Haller cite son propre maître comme, ayant éprouvé les mauvais ■> effets de la spuiatiou habituelle et excessive : c’est que la salive ne sert pas L seulement à favoriser la mastication et la déglutition. Mais, quelles que soient les divergences des recherches expérimentales de Mialhe, Lassaigne, Magendie, i Bouchardat, Sandras et Cl. Bernard, etc. (1), comment refuser un rôle imi portant à ce liquide quand il est démontré, d’une part, que la conversion de 1 la fécule en dextrine et en glycose est le phénomène fondamental de la digesi Lion des amylacés, et, d’autre part que la salive buccale a la propriété d’opét rer celle transmutation sans en être le seul agent ?
Reins et vessie. — L’urine présente des caractères différents suivant l’épo- | que de la journée où on l’examine (urines de la boisson, de la digestion, du jl sang ou du matin) ; elle est en outre modifiée par l’influence des âges, des : saisons et des troubles pathologiques qui surviennent dans l’économie. 11 ne u saurait être question ici des altérations de ce fluide excrémentitiel, parce qu’aucune d’elles ne peut constituer un état morbide habituel et compatible j avec la sauté. La quantité de l’urine dépasse un peu celle des boissons ingé- I rées et dillère beaucoup, non-seulement suivant la saison et le régime, mais i encore suivant le degré d’activité des autres surfaces ou appareils d’éliminan tion ; la sécrétion des reins est liée par ses vicissitudes à l’action physiologique ;• de la peau, rare eu été, copieuse en hiver. Les individus qui, par l’effet d’une ki idiosyncrasie, transpirent peu ou point, versent plus d’urine, etc. Nous n’in- L sistons point sur ces faits de physiologie banale. La pondération des actes f fonctionnels se fait, non par une juste proportion d’activité de chaque organe en particulier et de tous ensemble, mais par la résultante des inégalités : qui
• dit pondération ne dit pas harmonie. Quant à l’excrétion des urines, autres I différences individuelles : il y a des vessies paresseuses, comme on dit, el des i vessies d une contractilité énergique; la constipation, l’âge, interviennent ici
autant que l’habitude. Celle-ci nous permet de retarder le moment de l’excré-
, (1) Mialhe, Mémoire su >• la digest. et l’assiruil. des mat. amyloïdes et sucrées. Paris,
1 18/‘<j- ~ Chimie appliquée à la physiol. et à la thérap. Paris, 1855, p. 39 et suiv. — El. Bernard, De lu salwe ( Leçons de physiologie expérimentale. Paris, 1856, t. Il, p. A4 i et su'v-)- Leçons sur les liquides de l'organisme. Paris, 1859, t. II, p. 239. — Las- ( saigne, Journal de chim. rnéd ., 1845, p. 472. - Magendie, Note sur la présence nor-
I ma e du sucre dam le san9 ( Comptes rendus de l'Académie des sciences, 1846). — Bou- V chardat et Sandras, Gaz. rnéd., 1845, p. 61.
176 DE L’ HABITUDE. [hygiène
lion urinaire, de comprimer d’abord avec souffrance, ensuite sans peine, le ■ besoin que réveille la distension du réservoir ou l’impression d’un liquide i concentré sur sa membrane muqueuse : fâcheuse exercitation de la volonté aux dépens d’un viscère dont on ne peut contrarier la fonction sans se préparer des infirmités précoces.
III. Fonctions de relation. — 1° Sens. — Les organes des sens sont susceptibles de contracter des dispositions morbides qui deviennent habituelles, sans exercer aucune action sur la santé : la myopie, la presbylie, la dysécée ou surdité incomplète, l’abolition de l’odorat, en sont des exemples. Nous supposons que ces infirmités ne dépendent d’aucuue lésion grave et capable de réagir sur l’état général de l’économie ; l’hygiéniste n’aurait plus la même sécurité si l’affaiblissement de la vue avait succédé à des congestions répétées vers la tête, ou coïncidait avec la polyurie et l’amaigrissement général, si celui de l’ouïe se montrait en même temps que la perte de la mémoire, etc. Quand la perte de la vision ou de l’ouïe est complète, la santé générale des individus en est diversement affectée, suivant que l’infirmité est acquise ou congénitale. L’homme qui devient accidentellement aveugle ou sourd subit une perturbation profonde dans sa manière de vivre, dans ses relations, dans le mouvement de ses idées, dans tous les actes de la vie physique et morale : privé de la vue, c’est-à-dire de la faculté de régler ses gestes et de communiquer spontanément avec le monde extérieur, il est refoulé dans une sphère étroite de mouvements; ses muscles ne sont plus sollicités que par un exercice précaire; ses besoins ne s’aiguisent plus par l’impression visuelle des objets qui leur correspondent; en un mot, il est sevré de toutes les stimulations que les organes reçoivent par l’intermède de la lumière et de l’appareil sensorial dont elle est le stimulant. La surdité, véritable anticipation du si'ence de la mort, brise ou relâche autant de liens, détruit autant de jouissances ; même isolement au milieu de la société, même concentration de l’activité morale et intellectuelle. Il y a dans ces deux étals : 1° les effets directs de l’abolitiou d’un sens; 2° les effets secondaires et généraux, le cerveau étant frustré d un ordre de sensations et ne disséminant plus dans la totalité de l’organisme l’excitation spéciale dont le sens aboli lui fournissait le principe. Les aveuglesnés, les sourds-muets, au contraire, forment une variété de l’espece humaine, ayant ses conditions particulières de santé comme elle a ses conditions d’éducabilité, son mode de vie, de relation. Le sourd-muet qui constate les éclats du tonnerre par le frémissement que perçoit sa main appliquée sur les vitres d’une fenêtre; le sourd-muet qui se réveille le matin par la vibration qu il sent dans les mollets pendant le roulement du tambour (1), s’est toujours réglé par ces perceptions. L’aveugle de naissance, qui devine la direction et l’cin-
(I) Nous tenons ces détails du vénérable M. Désiré Ordinaire, ancien directeur de l’Institut royal des sourds et muets, auteur d’un excellent livre sur l’éducalion de celte classe d’infortunés.
privée] DES HAMTUDES MORBIDES.
branchement des rues par les courants atmosphériques qu’elles conduisent, n’a jamais connu d’autre moyen de s’orienter. Pour eux, il n’y a point privation, mais ignorance d’une autre manière d’être; ils ne connaissent pas la torture intime des regrets impuissants et des souvenirs désespérés.
2 0 Encéphale. — Ce serait ici le lieu d’examiner jusqu’à quel point certaines affections de l’encéphale comportent l’intégrité et la stabilité des principales fonctions de l’économie ; mais nous nous exposerions à dépasser les bornes ' de 1 hygiène et celles de ce livre. Les fous ont leur santé, si par ce mot on entend 1 ensemble plus ou moins régulier des actes de la vie végétative et ceux de la vie de relation, moins la juste coordination de ces derniers; les fous, excepté un certain nombre de monomanes ou de furieux, mangent, boivent, digèrent; ils ont des forces et de l’embonpoint; leurs sécrétions et excrétions ollient quelques irrégularités; ils dorment peu; ils bravent, tête nue, avec une apparente impunité, l’excès du froid et les ardeurs du soleil ; on a remarqué encore qu’ils réagissent autrement que les individus sains d’esprit, à l’action des médicaments dont ils supportent des doses considérables.
L hvpochondrie, dans ses degrés moyens, ne conduit ni à l’hôpital, ni dans es maisons de santé ; elle vit dans le monde, hante les salons, s’assied à nos cotes Protée fatal, elle revêt toutes les formes de la pathologie : à son début simple perversion delà faculté de perception et de jugement; plus tard, déveoppant par une sorte d’incubation incessante des états morbides locaux et varies, aboutissant au marasme, à la folie, au suicide, curable seulement par voie <le modifications hygiéniques, il convient d'autant plus d'en dire un mot que e se présente plus fréquemment à l'observation des praticiens. Ceux
Certains rn^1?6 ,our à tour -«“"coliques, malades imaginaires, etc.
Wte c Zi '”S !f 'tem desPasmcs' de vapeurs, de palpitations, de gas-
oinque, etc. Nous reconnaissons que des maladies très-différentes p uvent engendrer le simulacre symptomatique de l'hypochondrie, et nous plaçons en première ligne, parmi les maladies qui ont celte forme de réaction "Orale, les phlegmasies chroniques du tube digestif, du foie lia , s“ e
«"la"; L!'? T Sémi”aleS l'albuminurie
• -, . clnonique et longtemps stationnaire à un degré léger •
mais i existe une hypochondrie essentielle. Névrose de l’encénlnle ’
sensatio,;: ,es plus pénibles et les pins étranges, elle ^ m!
!T «,* S0“ïra““s — ■"**■ par leur sié e e sable Lt^S. ,1 m6rc * spl“" britannique, le grain de de Richelieu Familière’» J ™ hé"l°rrboîdes de Charles-Quint et niques, elle le ü h?? T“X’ '°Ur *• 'erreurs pa-
scepticlsme e dtlr » f ' 0,'aC" «“^ecit, ou les jette dans le
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178 DE L’HABITUDE. [hygiène
exaspère leur irritabilité, etc. Georget a tracé, avec vérité, tous les traits de • leur individualité, nous renvoyons à sa description. Mais remarquons que la multiplicité des souffrances qu’ns accusent en l’absence d’altérations locales la versatilité de leurs sensations et de leurs volontés, les céphalalgies, les signes d’alllux sanguin qu’ils offrent fréquemment vers la tête, suggèrent à priori l’idée d’une affection cérébrale. Cette présomption est confirmée par la nature des causes qui favorisent le développement de l’hypochondrie ; elles tendent presque toutes à surexciter l’encéphale; aussi l’hypochondrie est-elle la maladie des gens de lettres, des savants (1), des artistes, des hommes politiques ; elle se développe surtout à l’âge des passions, dans les rangs les plus aisés de la sociélé, où circulent pius d’émotions et d’idées ; elle fait les génies incompris, les touristes ennuyés, et toutes ces âmes blasées qui s’agitent, prisonnières à l’étroit, dans la sphère de leurs destinées, dans l’horizon de la vie commune ; elle est à notre sexe ce que 1 hystérie est aux femmes (2). Beaucoup d’hypochondriaques conservent pendant de longues années l’intégrité des fonctions nutritives et la vigueur de leur constitution ; leur intelligence, souvent embarrassée, prompte à se fatiguer, suffit cependant à la direction de leurs intérêts matériels ou de leurs travaux ; mais à la longue des altérations trèsréelles surviennent dans les organes, particulièrement dans le cerveau et dans les o ganes digestifs, fi convient donc de ne pas trop compter sur leurs apparences de santé ; au lieu de tourner leurs souffrances en ridicule et de les harceler d’inutiles exhortations, il faut songer à supprimer les causes qui ont provoqué ce mode spécial d’innervation encéphalique. N’attendez pas que la maladie, d’abord mentale, je le veux bien, ail allumé dans les viscères des foyers de réaction qui doubleront son intensité. Le traitement doit être hygiénique et moral dans la période où il n’existe encore aucune complication. L’éloignement des causes eu est la première base, elles sont inhérentes souvent à la profession, aux occupations journalières, à l’entourage, etc. Malheureusement toutes ne peuvent être écartées; les chagrins, les sollicitudes de l’âme ne se déplacent point mécaniquement. Il est utile d’acquérir sur ces malades assez d’ascendant, assez d’autorité pour les diriger dans leurs actes, dans leur régime, pour les amener à modifier leurs habitudes, etc., le tout sans violence ni froissement. La patience, la charité, la condoléance la plus affectueuse, doiveul présider aux rapports qu’on établit avec eux ; et, pour mieux sonder
(1) « Quin imo non pauci ex iis viris qui vilain degentes sedentariam, chartis soient inipallescere, eodem morbo tentantur. » (Sydenham, Dissertatio epislolaris de observa tionibus nuperis. Genevœ, 1749, p. 25(5.)
(2) « Et quamlibet omriis rétro antiquitas symplomata ilia, adfectibus hystericis adnascenlia, utero seinper vilio verteret, si lumen adfectiones hypoc/wndriacas vulgo dictas, quas splenis aut viscerum nescio quorum obstructioni imputamus, cum mulierum hyslericaruin symplomatis conferamus, vix ovum ovo similius quam sunt utrobique phæno- : mena, deprehendemus. » (Sydenham, opéré citalo, Uissei tulio episto/aris, etc. Gencvæ, i 1749, p. 256.)
DES HABITUDES MORBIDES
l’énergie de leurs souffrances, pour mieux en asseoir le traitement, ayez soin d’abonder en leurs dires, de croire à la réalité de leurs sensations. Vêlement, nourriture, exercice ou repos, isolement ou fréquentation du monde, voyage et bains, tout cela sera prescrit diversement suivant les nuances de l’état moral et les conditions physiques de chaque individualité. Les drogues n’y peuvent rien, et c’est parce que l’hygiène a seule mission de guérir ou de soulager l’hypochondrie que nous avons dû en faire cette courte mention.
La nostalgie (de vôaroç, retour, et «Xyoç, souffrance).
C’est ce dégoût d’un sol que voudraient fuir nos pas ;
C’est ce vague besoin des lieux où l’on n’est pas,
Ce souvenir qui tue ; oui, cette fièvre lente Qui fait rêver le ciel de la patrie absente;
C’est ce mal du pays dont rien ne peut guérir,
Dont tous les jours on meurt sans jamais en mourir.
(Casimir Delavigne, Marino Faliero, acte I, scène n.)
Le poète se trompe, on meurt de la nostalgie, bien qu’elle soit moins une maladie qu’une habitude cérébrale ; mais par sa persistance et par son exaltation, elle finit par amener des désordres fonctionnels et des localisations morbides. Dans ses nuances moyennes, elle n’altère pas sensiblement la santé ; mais si elle ne cède pas au bout d’un certain temps, si elle absorbe de plus en plus les facultés cérébrales, les troubles se déclarent et s’aggravent promptement jusqu’à la mort. L’effet qu’elle produit le plus rapidement, c’est l’émaciation générale, véritable consomption nerveuse, sans symptômes morbides bien saillants, et qui prouve à quel point le cerveau et le système nerveux agissent sur la nutrition et sur l’assimilation (1). Quel est le médecin militaire ([u. n’a observé les ravages de la nostalgie, soit qu’elle existât seule, soit qu’elle se fût développée dans le cours d’une maladie aiguë ou chronique? Peu de nos jeunes soldats échappent aux atteintes de cette souffrance inexprimableelle s’empare surtout avec facilité des Bretons, des Vendéens, des Corses, et en général de ceux qui ont vécu dans l’isolement ou dans les montagnes. En 831 le 21e régiment d’infanterie légère, alors en (dorée, reçut un grand nombre de recrues corses dont plusieurs ont succombé à la nostalgie à l’hô- P, de Navarin> quoique la Grèce leur offrît le climat, les sites pittoresques o pusque ie langage de leur île natale. Je n’oublierai jamais un jeune militaire qu une incurable nostalgie avait frappé au cœur : promesses de congé ni sympathiques assurances ne purent tempérer sa tristesse, soutenir son courage; e le mer qu’il avait mise entre lui et la France lui semblait infranchissable ui e retour : pontum aspectabant / lentes . Il tomba dans le marasme et s’éo'gnil, serrant dans ses mains décharnées la dernière lettre qu’il avait reçue
(1) Lobstein, Anatomie pathologique, 1. 1, p. 78-79.
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de sa famille. Ce ne sont pas seulement les jeunes hommes à leur début que 1 2 3 sollicite l’amour du sol natal, le souvenir du clocher'; l’adversité le réveille dans ceux que l’âge et l’expérience de la vie semblaient avoir aguerris. J. D. Larrey raconte (1) qu’au milieu des horreurs de la peste, le regret de la France saisit les glorieux soldats de Saint-Jean-d’Acre, et accéléra les ravages du fléau. J’ai été témoin des mêmes effets sur le littoral de la Bulgarie en 1854, en présence d’une des épidémies les plus foudroyantes qui aient décimé les armées. Dans les dernières et néfastes campagnes de l’empire, Bégin (2) a vu des militaires dont le' moral avait été soutenu d’abord par la prospérité de nos armes, tomber, sous le coup de nos désastres, dans une nostalgie profonde. Les navigateurs ont remarqué de même parmi leurs équipages l’influence que les vicissitudes des voyages de long cours exercent sur la production de la nostalgie (3). C’est dans les grands rassemblements de troupes, et parmi les soldats d’un même département, qu’on la voit sévir sous forme épidémique, comme h l’armée du Rhin, en l’an II ; à celle des Alpes, pendant les premiers mois de l’an VIII; à la grande armée, à Mayence, en 1813, etc. Toutefois elle est plus rare chez les hommes éprouvés par les événements que chez les jeunes gens ignorants des dures conditions de la vie et ayant encore la religion des souvenirs et des affections dans toute sa naïve ferveur. Si les femmes y paraissent moins sujettes, c’est que leur existence n’entraîne pas une aussi grande variété de sensations que celle de l’homme; quelles que soient leurs migrations, leur manière de vivre en est moins changée, et comme les anciens, fugitifs du sol natal, elles emportent avec elles leurs dieux lares, c’est-à-dire les ressources de leur nature, les magiques ressorts de leur intimité, tout ce monde intérieur qu’elles se bâtissent et dans lequel elles existent plus réellement que j dans le monde extérieur. La culture de l’esprit, sans exempter absolument des j attaques de nostalgie, augmente la force de résistance cérébrale, dilate la i i sphère d’activité intellectuelle et permet ainsi plus de consolation, plus d’espé- j rance, plus d’efficace dérivation. La société familière du nouveau venu peut t beaucoup pour lui épargner ou lui alléger le regret de la patrie. On a remarqué < que la nostalgie sévit plus particulièrement dans les régiments où le comman- i dement revêt des formes acerbes, où la discipline se fait inexorable et prétend i passer son niveau jusque sur les affections du cœur; l’état militaire se montre alors aux jeunes soldats comme une servitude sans compensation, et ils coin- i parent avec amertume la liberté du foyer domestique, les soins de la famille avec cette sévérité brutale qui repousse la confiance et l’attachement.
La nostalgie naissante se révèle par une attitude réservée et taciturne qui j contraste avec les expansions franches et hardies du jeune âge; les travaux que | le malade n’accomplissait pas sans quelque plaisir n'excitent plus en lui que |
(1) J. D. Larrey, Mémoires et campagnes , expédition d'Égypte et de Syrie, t. 1
(2) Bégin, Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, t. XII, p. 78.
(3) Fonssagrives, Traité d'hygiène navale. Paris, 1856.
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tiédeur et dégoût ; sa pensée s’attache avec une fixité de plus en plus opiniâtre aux tableaux que son imagination lui retrace de son pays natal, de l’intérieur de sa famille; ils le suivent dans le sommeil ; sa lèvre épelle dans les rêves les syllabes des noms chéris ; au désir de revoir ceux qui les portent s’ajoute la crainte de n’en pas obtenir la faculté, de ne pas vivre jusqu’à l’époque marquée pour le retour. Sous l’influence de ces préoccupations accablantes, insurmontables, la nutrition s’altère, l’appétit diminue, la maigreur fait des progrès; la pâleur du visage contraste avec le feu concentré des yeux qui s’enfoncent dans les orbites; une sorte de fausse honte, une sollicitude navrante et mystérieuse y respire; les mouvements sont lents, embarrassés; l’impulsion cérébrale qui les coordonne fait défaut. Parfois le nostalgique gît inerte dans son lit, et n’est tiré qu’à peine de sa concentration douloureuse par les interrogations du médecin ; mais si vous venez à lui parler avec éloge de son pays et de ses compatriotes, si vous lui faites entrevoir, sans trop dévoiler sa nostalgie à l’assistance, une prochaine espérance de renvoi en ses foyers, vous verrez sa face pâlir et rougir alternativement, un éclair de joie mal comprimée passer dans ses yeux; l’émoi de l'encéphale se communique, comme par une secousse électrique, à toutes les parties du corps, et votre doigt, posé sur son pouls pendant cet entretien, l’a senti s’animer et bondir soudainement. Voilà l’aveu ou plutôt l’explosion spontanée de la nostalgie vraie. L’habitus extérieur tout entier l’a confessée à vos regards ; le malade lui-même ne vous l’aurait pas si explicitement déclarée, et, tout au contraire du simulateur qui devance vos interrogations par l’élégie de ses regrets lacrymatoires, le vrai nostalgique se défend, quoique à voix basse, de la faiblesse que vous lui attribuez, et n’aspire, à l’en croire, qu’à reprendre son service ou ses occupations. Le plus sûr moyen de le guérir, c’est de lui rendre ses affections, ses habitudes, l’air natal, le toit domestique ; le seul espoir de les retrouver bientôt le soulage efficacement et le soutient dans les épreuves qu’il lui reste à subir; aussi ne manquet-on pas de l’offrir aux jeunes militaires qui, malades dans les hôpitaux, se souviennent de leur Argos (1) avec une anxieuse intensité de vœux et de regrets. Une promesse de congé a sauvé plus d’un de ces malheureux ; la certitude de l’obtenir apaise comme par enchantement les effets de la complication morale, et quand la convalescence est confirmée, quand avec les forces reviennent la gaieté et l’activité, il leur arrive parfois de renoncer spontanément à la faveur promise; le cerveau, stimulé par un sang plus riche et plus abondant, sollicité par des impressions nouvelles, se détache de la série d’idées nostalgiques. D autres fois celles-ci s’exaltent avec une violence et une rapidité que Bégin exprime par le mot de nostalgie suraiguë : l’excitation encéphalique va croissant, le délire éclate et peut aller jusqu’à l’aliénation; les consolations, hs assurances les plus positives de retour au foyer, demeurent sans influence; d n y a qu une ressource, c’est le renvoi immédiat du malade dans sa famille ;
Dulces morieus reminiscilur Argos. (Virgile.)
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sinon la mort survient dans quelques semaines et moins. J. I). Larrey a 1 I observé ce genre de nostalgie; nous en avons eu dans notre service au Val-de- Gràce un exemple terrible : le malade nous répétait tous les matins, avec les transports du plus profond désespoir : « Reuvoyez-moi dans mon pays, ou je mourrai. » Et l’ensemble des symptômes ne nous prouvait que trop qu’il réaliserait son lugubre augure. Quand la nostalgie ne s’est pas encore développée avec force et qu’il y a lieu de la combattre ou de la prévenir, c’esl aux modificateurs de l’encéphale qu’il faut recourir ; c’est au moral qu’il faut s’adresser, non au corps, par voie de persuasion et d’affectueux égards, non par intimidation ni par raillerie. Dans les réunions d’hommes, comme les collèges, les écoles de l’État, les régiments, une sage combinaison d’exercices physiques, de récréations et de travaux peut obvier au mal ou remédier ’d ses premières manifestations; la musique, la danse, la gymnastique, les jeux communs, ont défendu contre l’invasion de la nostalgie plus d’un régiment, plus d’un équi- i page embarqué pour une lointaine expédition. Ces exercices créent des asso- J dations d’abord forcées, mêlent les caractères, développent les affinités, suggèrent des séries d’idées nouvelles; l’oisiveté de l’esprit est la condition qui favorise le plus le développement de la nostalgie : que l’on s’empresse de renié- ) dier à cette cause d’énervation morale. C’est par des jeux que Desgenettes, en Égypte, parvint à distraire l’armée que décimait la peste.
Enfin, les plus difficiles à distraire se soulagent dans les entretiens qu’on leur offre sur le sujet même de leurs mélancoliques préoccupations; toute cause ■ s’épuise par ses manifestations; et, à force de parler du sol natal, de leurs parents, de leurs amis, ils s’aperçoivent moins de la distance qui les en sépare; les larmes qu’ils répandent dans un cœur compatissant leur procurent une sorte de détente intime; ils sentent faiblir par degrés la douleur qui, cachée avec une sorte de pudeur, refoulée par l’indifférence de leur entourage, pesait sur leurs âmes d’un indicible poids.
Il est une nostalgie pour ainsi dire physique qu’il serait dangereux de confondre avec celle que nous rangeons parmi les habitudes morbides : c’est la nostalgie des individus qui, jetés sur une terre lointaine, ne possèdent point dans leur organisation les ressources nécessaires pour l’acclimatement. Doués d’une médiocre réaction, ils fléchissent lentement sous 1 influence d un milieu avec lequel ils ne peuvent s’équilibrer; l’état de langueur ovi ils tombent résulte de leur inaptitude organique à vivre dans les conditions du climat nouveau : leur nostalgie, comme l’a dit Thévenot, n’est alors qu’un besoin vital (1).
3° Appareil locomoteur . — Le système musculaire est le siège d’affections diverses qui ne compromettent point la santé; les rhumatismes, myodynies, contractures, etc., n’agissent sur l’économie que par l’intensité delà douleur et la privation passagère ou prolongée du mouvement, soit d une partie, soit
(1) Thévenot, Traité des maladies des Européens dans les pays chauds , !SiO,p. 78
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de la totalité du corps. Toutefois la mobilité des affections rhumastismalcs est une menace pour les organes profonds (juin échappent pointé leuis métastases. L’appareil fibro-séreux est tributaire de deux maladies dont les rapports avec la santé générale ne sont pas également appréciés par tous les médecins : le rhumatisme articulaire ancien, ses récidives sans éclat ni force, arrêtent à peine l’attention de beaucoup d’entre eux. La goutte n’effraye pas davantage, et, dans l’impuissance de la guérir, on en a fait un brevet de longue vie, une rassurante incommodité plutôt qu’une maladie. Le rhumatisme articulaire non fébrile a une marche indéterminée, s’épuise spontanément; mais ses récidives sont inévitables, sans détriment pour la longévité. Quand il donne lieu à des réactions fébriles, le retentissement sympathique qui les accompagne, les accidents qui sont à redouter vers le cœur (endocardite rhumatismale), ne permettent point de ranger cette affection parmi les habitudes morbides plus ou moins inofTensives pour le fond de la constitution et la durée de la vie. La goutte, qui s’attaque de préférence à l’aristocratie de la fortune et de l’intelligence, comme pour justifier le système des compensations (1), et dont Lucien a dit : /
Cognoscat unusquisque, me solam deûm Non deliniri pharmacis, non obsequi,
la goutte ne répond guère, par les accidents qu’elle entraîne, h la sécurité proverbiale des médecins et des malades : une attaque de goutte qui ne revient pas ne préjudicie point à la longévité; le danger n’est pas immédiat, et tant qu’il ne survient pas de complication, une bonne constitution triomphe des atteintes de la goutte aiguë. Mais chronique, elle produit des effets généraux et locaux qui, de loin ou de près, menacent l’existence du malade. Le trouble de la nutrition et de l’hématose résulte en partie de l’immobilité à laquelle sont condamnés les goutteux par les lésions profondes de leurs articulations, et produit ce qu’on a appelé la cachexie goutteuse ; la sécrétion excessive d’acide urique qui caractérise la goutte prend issue non-seulement par les tissus qui environnent les articulations, mais encore par les reins : de là cette néphrite goutteuse décrite par Rayer (2), et qu 'Érasme déjà, sous le nom de néphrétique, appelait la sœur de la goutte. Une foule d’autres accidents graves sont dus à la rétrocession de la goutte (goutte interne), soit qu on envisage les affections viscérales consécutives à la disparition de la goulte comme des déterminations analogues à celles qu’elle opère vers les
" Verbo dicam, articulons hicce rnorbus (quod vis de quovis alio .adfirma-
veris) di vîtes plures interemit quam pauperes, pliires sapientes quam iatuos... quæ boni atqne mali contcmperatlo, fragilltati noslrœ et mortalilali ila propria nobis forlasse
•idprune conducit. » (Thomas Sydenham, Opéra universa. Lugdüni Batavorum, 172(j P- 443.) ’ ’
(2) Bayer, Traité des maladies des reins. Paris, 1840, t. II, p. 500.
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jointures, et qui consistent en des concrétions d’urale de soude et de chaux, ' soit qu’on les explique par la loi de la solidarité physiologique des organes (1).
Il ne faudrait pourtant pas ne voir dans la goutte qu’un effet d’oxydation plus ou moins complète des matières albuminoïdes qui servent à la nutrition de nos tissus; il y a des goutteux sans excès d’urates dans le sang, et des individus qui rendent beaucoup d’acide urique dans leurs urines sans avoir jamais souffert d’accidents goutteux. De là quelque incertitude sur l’influence effective de l’alimentation, à moins d’une prédisposition individuelle et spécifique qu’il ne faut pas confondre avec la diathèse urique.
Les difformités du système osseux, quelle qu’en soit l’étiologie, créent une variété de l’espèce humaine qui a ses conditions spéciales de santé et de pathogénie, d’hygiène et de thérapeutique; elles ont été approfondies de nos jours, et les faits, les principes généraux, les applications pratiques qui sont sortis de cette investigation, composent une branche nouvelle de la médecine et de l’hygiène, l’orthopédie. Rappelons seulement que le rachitisme est une affection essentiellement différente des scrofules ou de l’affection tuberculeuse des os, ainsi que de toutes les espèces de ramollissements des os qu’on observe chez les adultes; le rachitisme est une maladie générale de l’enfance caractérisée par l’altération ou la perversion, ou même la suspension du travail de développement et de réparation de l’organisme, et principalement du système osseux. Nous empruntons cette définition à J. Guérin. Cet observateur, qui a contribué à la constitution scientifique de l’orthopédie, émet encore cette conclusion que les difformités de l’épine qui surviennent vers l’âge de la puberté, et toutes celles qui n’ont pas été précédées de déformation des membres inférieurs, ne sont point de nature rachitique. Il est important que l’hygiéniste soit éclairé sur l’origine, la nature et la marche des altérations multiples et diverses qui ont pour effet la déformation du squelette : appelé à les prévenir par une juste combinaison des moyens hygiéniques, le premier besoin qu’il éprouve est d’assigner aux aberrations de la plasticité leur signification étiologique. La considération des causes qui provoquent le rachitisme peut seule déterminer le régime qui convient aux enfants menacés ou déjà frappés dans leur nutrition ou dans leur développement. L’ossification étant retardée, les os des membres se courbent, se raccourcissent, les côtes s’affaissent, le sternum se soulève, la région dorso-lombaire fait saillie, la colonne vertébrale et le thorax se déforment ; d’où gibbosités antérieures et postérieures, avec gêne de la respiration et du jeu du cœur. La station et la marche que l’enfant sain exécute à douze ou quinze mois ne deviennent possibles aux rachitiques qu’entre deux et trois ans; l’évolution dentaire, liée au travail d’ossification générale, est ralentie comme elle, et contrarie l’usage d’une nourriture plus substantielle que réclame l’économie, déjà débilitée par le défaut d’exercice et de mouvement. Les bruits du souille céphalique et des vaisseaux du cou
(1) Boerhaave, Aphor., 1273.
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révèlent, chez les rachitiques, une altération du sang, indice de la détérioration de leur organisme (1).
Nous ne terminerons pas cette revue incomplète des différents états de l’organisme qui lui font une santé relative, sans dire un mot de la santé des amputés. On a dit d’eux qu’ils sont dans le cas d’un arbre auquel on a coupé l’une de ses branches principales; les lluides nourriciers qui se rendaient au membre retranché, continuant d’être fabriqués et élaborés par les agents de la digestion et de l’hématose, refluent sur les autres parties et contribuent à leur accroissement; la même quantité de matériaux alibiles répartis sur une moindre surface d’assimilation donne lieu à une rapide augmentation de force et de volume : c’est merveille que de voir des opérés qui ont perdu un bras ou une jambe acquérir, dans un court espace de temps, un embonpoint et une exubérance sanguine que ne promettait nullement leur constitution primitive. Il faut tenir compte, il est vrai, de la suppression du foyer morbide qui donnait lieu à une déperdition fâcheuse, et réagissait, par le travail d’une vaste suppuration, sur l’état des viscères; l’amputation a détruit une cause incessante d 'épuisement et d’infection, rendu l’essor à la nutrition. Mais il arrive que la nalure dépasse les bornes de la réparation, la pléthore est imminente ; des sujets qui étaient tombés dans un état voisin du marasme acquièrent une vigueur et une plénitude vasculaire telles, que des congestions vers la tête, vers la poitrine, les menacent habituellement, et que l’établissement d’un exutoire est indiqué pour compenser l’exagération presque soudaine du mouve ■ ment nutritif : à ce moyen de dérivation il faut préférer l’usage intermittent des laxatifs. Mais c’est par le régime que l’on réussit surtout à prévenir les effets de la mutation accidentelle que subit l’organisme : on songera à faciliter aux amputés l’exercice dont ils ont été plus ou moins longtemps privés par la maladie qui a nécessité une opération. Malheureusement celle-ci a pour résultat de rendre la locomotion moins aisée, moins spontanée. La mécanique i vient au secours de la nature, mais ne la remplace point. Les moyens de sustentation et de progression, que les amputés doivent à une ingénieuse industrie, ont été perfectionnés de nos jours; nous nous contenterons de rappeler ici la condition essentielle de leur utilité : ils doivent être construits de manière que le point d’appui principal qu’ils présentent au moignon soit le plus large possible, sans porter sur la cicatrice; que leur application au moignon n entraîne aucune compression fâcheuse ; que la machine entière ait assez de poids pour lester le moignon et pas trop pour exiger une action musculaire excessive : ce qui donnerait à la simple locomotion le caractère d’un exercice violent et la restreindrait à de rares et courtes promenades.
(1) II. Roger, Généralités sur la médecine infantile ( Union mèd., 1868, p. 68).
DE LA CONSTITUTION
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