‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 47 sur 181 · RAPPORTS DE L’IMMINENCE MORRIDE AVEC LES AGES · texte numérisé non relu

RAPPORTS DE L’IMMINENCE MORRIDE AVEC LES AGES

affections convulsives qui ont tourmenté les années d’accroissement et d’état. Cet apaisement n’est pas le l'ait général : à cet âge, on observe chez beaucoup de femmes des céphalalgies, des migraines opiniâtres, des insomnies, des spasmes, de la tristesse, du spleen, quelquefois un état, d’exaltation qui devient le point de départ du dérangement de l’esprit. Brierre de Boismont ajoute (pie ces troubles se manifestent même chez des femmes qui passent leurs jours dans le travail, tant il est vrai qu’ils procèdent de l’action sympathique de l’utérus sur le système nerveux, non des habitudes d’éducation et des regrets passionnés. Pinel (1) cite deux cas d’hystérie et d’épilepsie, développés sous l’influence de la ménopause. Rocque et Raynaud ont recueilli à la Salpêtrière 26 observations où l’on voit l’épilepsie survenir 6 fois lors de la ménopause, et 6 fois à l’époque de l’âge critique ou très-peu de temps après la cessation des règles. Quant à l’hystérie, c’est à peine s’ils ont pu rencontrer cette affection chez les femmes du service de Lélut qui avaient passé l’âge de la ménopause.

Parmi les productions morbides sans analogues dans l’économie {hétéroplastiques, Lobstein), les tubercules se rencontrent dans l’âge de retour, mais ils datent de loin. Nous sommes loin de les regarder comme le produit direct de

l’inflammation; mais il est incontestable que leur apparition se lie à l’activité vitale des organes et est préparée par la fluxion des matériaux nutritifs qui se dirige sur les parties en voie d’accroissement : c’est pourquoi la matière tuberculeuse prédomine chez l’enfant dans le tissu sous-arachnoïdien, clans le's ganglions bronchiques et abdominaux, dans les poumons chez l’adolescent, dans les testicules chez l’adulte, etc. Mais d’autres productions hétéroplastiques paraissent favorisées par l’état d’atrophie commençante des organes, qui coïncide avec l’âge de retour : tels sont le squirrhe, le cancer. La coïncidence du cancer avec le décroissement naturel des organes est confirmée par les recherches de Leroy (d’Étiôlles) (2). Il a fait le relevé de 2781 cas de cancer recueillis par des médecins français : sur ce nombre, 1227 ont été observés chez des sujets âgés de plus de quarante ans; 1061 sur des individus âgés de plus de soixante ans; 30 fois sur 100 le cancer occupait l’utérus, 2 h fois sur 100 les mamelles. Sur Ù09 cas de cancer utérin observés à la maison impériale de santé dans l’espace de douze ans par madame Boivin, 102 l’ont été de 30 a ù0, 106 de hO à h 5, 95 de h5 à 50 ans. Dans des tableaux publiés par Rocque (3), et dressés avec les éléments de l’observation la plus authentique nous avons relevé sur 60 cas de cancer, où l’époque de la ménopause a été otee, 26 femmes chez qui l’apparition du cancer a coïncidé avec cette crise flge’ 1 a précédée ou sulvie dan» délai d’un à cinq ans. Le carcinome du

(1) Pinel, Nosographie philosophique, t. III, p. 7G et 77.

21 février 1843. — Compare, H. Lois! iptoofa Paria. 1860, t. 1, p. 307

(a) Thèses de Paris, 1868, n° 149. * ,v ‘

DE L’IMMINENCE MORBIDE

foie, dit Frerichs (1), rare dans l’enfance, appartient à la période avancée de1 2 3 la vie; sur 83 cas, il en a observé 41 entre quarante et soixante ans, 19 entre soixante et soixante-dix ans. Enfin, la goutte se montre fréquemment, mais avec cette particularité que plus la vieillesse s’avance, moins les accidents inflammatoires sont prononcés; par compensation, la formation des lophus' augmente : ce qui met en évidence la liaison qui existe entre la manifestation de cet étal morbide et les conditions propres de l’âge.

La transition de la virilité à la période de décroissement a pour effet de fixer dans l’organisme les maladies qui datent d’une époque antérieure et qui ne sont point balayées par cette révolution d’âge; elle leur imprime le cachet d’une irrémédiable chronicité, et si elle ne les convertit en habitudes inofîensives pour l’économie, celle-ci porte en elle, dès cette heure, le principe de sa destruction plus ou moins prochaine. Mais les changements qui s’opèrent dans la constitution peuvent entraîner aussi la cessation d’habitudes existantes : : c’est ainsi que les femmes ne se voient plus en proie à des souffrances pério-cliques telles que névralgies, hémicrânies; elles sont délivrées comme pari enchantement de douleurs rhumatismales, d’hémorrhagies mensuelles qui les • épuisaient; leur santé, autrefois chancelante, se consolide; la force de leur constitution s’accroît de la force qui ne se dirige plus sur l’utérus : mais ces ■ mutations sont propres à leur sexe, au moins quant à la rapidité de leur succession, et nous devons nous arrêter un moment sur cette importante période de leur existence.

L’opinion qui fait de la ménopause un temps critique clans le sens fâcheux de cette expression, une phase périlleuse de l’organisme féminin, a-t-elle sa source dans le préjugé ou dans l’observation? La statistique se charge de répondre : « Du 43e degré de latitude au 60e, c’est-à-dire sur une ligne qui s’étend de Marseille à Pétersbourg, en passant par Yevay, Paris, Berlin et Stockholm, à aucune époque de la vie des femmes, depuis trente ans jusqu’à soixante-dix, on n’aperçoit d’autre accroissement dans leur mortalité que celui nécessairement voulu par les progrès de l’âge. A toutes les époques de la vie des hommes, depuis trente ans jusqu’à soixante -dix, on trouve une mortalité plus grande que chez les femmes, mais surtout de quarante à cinquante ans (2). » D’où il suit que la période de quarante à cinquante ans est véritablement plus critique pour l’homme que pour la femme, quels que soient sa condition et son genre de vie. Ce n’est pas qu’il ne meure un plus grand nombre de femmes entre quarante et cinquante ans, qu’entre trente et quarante, etc.; mais leur proportion de mortalité reste inférieure à celle des hommes. Lachaise (3) est arrivé à des résultats semblables. Finlaison, archi-

(1) Frerichs, Traité pratique des maladies du foie, trad. de l’allemand, 2e édition,

(2) Benoiston de Châteauneuf, Mémoire sur la mortalité des femmes, etc.

(3) Lachaise, Topographie médicale de Paris. Paris, 1822, in-8.

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viste du bureau de la dette publique eu Angleterre, a trouvé qu’après l’enfance, la vie des femmes l’emporte pour la durée sur celle des hommes, et dans une proportion vraiment étonnante. Enfin, Burdach (1) a dressé des tables statistiques avec des documents d’origine diverse, et d’où il résulte que depuis l’âge de quarante-cinq ans jusqu’à celui de cinquante-cinq ans, la mortalité des femmes est faible, comparativement à celle des hommes, et même qu’elle est alors moins considérable qu’à toute autre époque de la vie. il semble donc qu’il en soit de la ménopause comme de la puberté, moins dangereuse en elle-même que par les préludes de son établissement. Il est certain qu’on a rattaché à l’âge de retour beaucoup d’affections qui avaient pris naissance bien avant la cessation des règles, notamment des dégénérescences cancéreuses et squirrheuses des organes sexuels, précédées pendant plusieurs aimées d’écoulements séreux et séro-purulents. D’après Lisfranc, c’est entre l’âge de vingt et trente-cinq ans que débutent le plus grand nombre des affections de l’utérus. Toutefois un certain nombre d’accidents ont leur origine dans la ménopause, personne ne le conteste : telles sont ces hémorrhagies inquiétantes qui se renouvellent parfois à court intervalle et qui persistent pendant plusieurs mois et même pendant des années; symptomatiques le plus souvent d’une altération organique, elles s’observent aussi sans cette cause; d’autres fois au flux succèdent la leucorrhée, les hémorrhoïdes, l’hématurie; la pléthore générale est presque inévitable chez un grand nombre de femmes sur le retour, et chez toutes survient celle du bassin; la matrice peut rester congestionnée et finit par s’irriter. Des accidents nerveux, des vapeurs , des phénomènes d'hystérie et de mélancolie, ne sont pas rares, surtout quand les femmes appartiennent aux rangs aisés et éclairés de la société ; mais ils sont le plus souvent le reflet de l’état moral, et dénoncent moins l’influence sympai nque de l’utérus que l’orage des passions encore vivaces et désormais déplacées dans le commerce social, les 'luîtes impuissantes du regret qui doit aboutir à la résignation. Enfin, on a vu reparaître après la ménopause des ma at ics qui avaient disparu lors de la première menstruation, telles que des

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succédé pendant „» tempe indéterminé. Il importe «Ligner too, ce , mi pém onner lieu u la polyhémie à l'exaltation de la sensibilité, an réveil inopportun : !" ™léneu ou ,l l'irritation locale des organes de la génération Un ré-

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O) Burdach, Traité de physiologie. Paris, 1839, t. V. n. 390.

M* kÉVY . Hygiène, 5° édit.

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laconique des convenances sanitaires pour l’âge de retour, avec la donnée , •< essentielle du calme moral et d’une sociabilité sagement circonscrite, soigneusement abritée contre les agitations mondaines et les tardives concupiscences.

Un régime tonique et même l’emploi du fer trouvent leur place chez les femmes qui, anémiées par les pertes utérines, présentent de la faiblesse musculaire, des dyspnées, de la pâleur, des bruits de souille cardiaques et vasculaires, etc.

V. Vieillesse. — Si l’on excepte les habitudes morbides que l’âge précédent a léguées à l’organisme, la vieillesse ne présente pas une seule maladie qui ne dépende directement des conditions matérielles et physiologiques de cet Age. L’organisation, comme l’a dit Rostan, est la cause première de leurs affections, comme elle en détermine la phénoménalité et l’issue. Que l’on se rappelle les changements qui s’effectuent à cet âge dans les centres nerveux, dans le système musculaire, et l’on comprendra pourquoi les vieillards perdent graduellement l’usage des sens, sont affectés de tremblements, de faiblesse et de paralysie de la vessie, etc. Les résultats de la modification matérielle des organes engendrent h leur tour une série d’effets secondaires, d où la complication des infirmités et des maladies : ainsi la rareté des mictions permet l’accumulation de l’urine dans la vessie ; l’ampliation de ce réservoir, due 'a la stase habituelle de l’urine, achève de lui faire perdre son ressort; le manque ou l’insuffisance des contractions de la vessie rend impossible l’expulsion des concrétions dont la formation est favorisée par les causes précitées, etc. Les hémorrhagies cérébrales, si rare chez les enfants, puisque en vingt années Guersant n’en a observé que deux cas, sont presque inévitables pour les vieillards, ainsi que les ramollissements de la substance cérébrale, par suite des modifications que subit chez eux la çirculation encéphalique, et surtout la texture des vaisseaux (athérome, embolies, etc.). La déposition du phosphate calcaire dans une foule d’organes, et notamment dans ceux de la circulation artérielle, entraîne d autr es maladies; le sang, en raison des obstacles qu’il rencontre dans son cours, stagne dans le ventricule et dans l’oreillette gauche, par suite dans les poumons : de là les lésions du cœur, si ordinaires dans le vieil âge, de là les engouements, les hvpérémies passives ou plutôt mécaniques des poumons, cause de pneumonies mortelles. Ces inflammations sont souvent latentes et insidieuses par des intermittences qui font croire à la guérison. La fréquence des ■ congestions et des apoplexies pulmonaires, ainsi que des catarrhes bronchiques °t des dyspnées, tient aussi à l’espèce de transformation que subit l’appareil espiratoire : le poumon du vieillard s’atrophie ; par l’agrandissement de ses ■ellules, le nombre des sui’faces sur lesquelles l’air et le sang réagissent est diminué. U est vrai que, par compensation, la masse du sang est réduite, ou, ce qui revient au même, son cours est ralenti : modification qui conserve au vieillard le bénéfice de la loi en vertu de laquelle il existe un rapport constant entre la quantité de sang à vivifier dans un temps donné et l’étendue des surfaces sur lesquelles l’air peut rencontrer ce sang (Andral); mais l’atrophie se-

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