PRIVÉE] RAPPORTS DE L’IMMINENCE MORRIDE AVEC LES AGES
nile ne se restreint pas toujours dans la proportion nécessaire à l’hématose : elle s’exagère et produit la dyspnée. Les recherches de Bourgery confirment cette altération de la texture des poumons chez le vieillard, mais en font remonter l’origine plus haut : la faculté respiratoire, dit ce laborieux investigateur, s’use d’elle-même par la déchirure capillaire des canaux aériens et sanguins, improprement nommée emphysème pulmonaire; cette déchirure accompagne plus ou moins tous les grands efforts de la respiration. Quoiqu’elle semble l’usure sénile du poumon, elle commence néanmoins dès l’enfance et augmente graduellement, avec l’âge, jusqu’à la vieillesse, par la seule réitération des actes fonctionnels. Le dernier résultat de l’emphysème sénile, dit encore Bourgery. est d’assimiler la respiration des vieillards à la respiration mi-partie à sang rouge et noir, le poumon du vieillard décrépit au poumon loculaire avec respiration incomplète du reptile.
Le défaut de sécrétion sébacée et de transpiration permet aux corpuscules irritants de se fixer à la surface cutanée des vieillards ; de là des érythèmes secs et d’autres éruptions. Forcée de suppléer la peau, la muqueuse aérienne sécrète avec abondance et produit ces interminables bronchorrbées qui dégénèrent facilement en bronchites capillaires, sous l’influence d’une faible cause telle que passage de la chaleur au froid. La chute des dents, la perte de la salive, l’atrophie de la tunique musculeuse des intestins, etc. , occasionnent des diarrhées lientériques par imperfection des digestions; les hernies sont favorisées par le relâchement de la paroi abdominale, la gangrène des membres par le défaut d’innervation et l’embarras de la circulation, etc.
La pathologie sénile est plus restreinte, puisqu’elle exclut les fièvres érun tives, les névroses, le rhumatisme articulaire fébrile, les fièvres intermittentes i îopathiques, les dysménorrhées, les affections aiguës de l’utérus. En général les maladies des vieillards sont compliquées, car elles sont intercurrentes dans un état d infirmités plus ou moins graves ; les sympathies étant presque éteintes c ez eux, elles se développent et marchent sourdement; le cerveau reste Jon<* temps étranger à l’affection morbide qui menace leur vie; de là leur indifff rence ou même la persistance de leur gaieté naturelle au milieu d’un péril dont ils n ont point la perception. Leur délire se trahit par les actions avant de se manifester par le langage. On observe chez eux la sécheresse beluco,, plus fréquente de la langue, la rareté et l'insuffisance des sueurs- ils se Z gneut de fro.d et d'horripilation, mais de frisson presque pota, 1 dtes obéissent aux saisons plus encore que celles des adultes • en é é i's donnent un cinquième de malades de moins, et leur mortalité baisse - ils’ i
•DE L’IMMINENCE MORBIDE. [hygiéüî
Beau (1) constituer une sorte de typhus sénile, remarquable par la fréquence, des parotides, sporadique comme le typhus fever des Anglais, et lui ressemblant par l’absence des lésions caractéristiques de la rate, des ganglions mésentériques et des glandes intestinales. r
Après avoir réfléchi aux modifications normales de l’organisme sénile et aux conséquences pathologiques qui en résultent, comment ne pas admirer 1 ap îorisme suivant, dans lequel une expérience toute de génie a résume ,1 y a plus de deux mille ans, l’imminence morbide du vieil âge : « La vieil esse amené t| avec elle les dyspnées, les toux catarrhales, les stranguries, les d y su ries, esdouleurs articulaires, les néphrites, les vertiges, les apoplexies les cachex.es, les démangeaisons de tout le corps, les insommes, l’humidité du ventre des yeux et du nez, les obscurcissements de la vue, les glaucomes, les duretés de
1 °i!a conclusion générale qui découle des faits relatifs à l’imminence morbide suivant les âges, est que les conditions dans lesquelles s’exerce la plasticité durant les âges d’accroissement, penchent l’organisme vers la maladie ; que le mouvement de décroissance rend de plus en plus précaire l accomplissement des fonctions et multiplie les causes de maladie par l’usure des organes. La force de résistance va diminuant avec les années; aussi le nombre de s . jouis maladie par an augmente-t-il avec l’âge : c’est ce qui résulte ,de statisi .que dressée par une commission des associations charitables d Écosse, la du.ee annuelle moyenne des maladies s’y trouve exprimée dans les proportions sui-
'a Tl’â-e de 20 ans, quatre jours de maladie; 30 ans, de plus de quatre jours; AO ans!! cinq â séjours ; *5 ans, de sept jours ; 50 ans, de neuf diseurs ; 55 ans, de douze à treize jours; 60 ans, de seize jours ; 6o ans, de 5 trente et un jours; 70 ans, de soixante-treize à soixante-quatorze jours (3).
‘ on a formulé d’une manière générale l’influence des âges sur la production des maladies en la rapportant, pour l’enfance aux organes encephahqoa, nour l’adolescence et la jeunesse à ceux de la poitrine, poui âge eu le e. d„ déZ“ -ux de l'abdomen. Cette assertion a presque ob.e„u le ered Ïuu aime et nous l'avons nous-même reproduite. Il faut crotre qu elle es. fondée sur l’observation universelle, puisqu’elle est universellement adni.se , mais l'induction physiologique n'y conduit point à priori. Nous avons stgt " cl a nents qu subi, le tube digestif cites l'enfant e, la fréquence des accidents pathologiques dont il est le siège : peut-être joue-t-,1 un rôle au» important que l'encéphale dans la pathogénie de cet âge. 1 rousseau no s ai i pin cè doute, il affirme que la diarrhée, ou plutôt l'enté, „e dont elle es,
(l) Beau , Journal de médecine, t. I. 1843.
S STÆ* moyenne des maladies aux différents âges (. Annales d’hygiène publique. Paris, 1820, L II, P- 240).
privée] RAPPORTS DE L’IMMINENCE MORBIDE AVEC LES SEXES. 229
le symptôme, fait périr plus d’enfants que toutes les autres maladies ensemble de cet âge. Quanta la jeunesse et à l’âge adulte, le mouvement des hôpitaux militaires peut fournir quelques renseignements sur les affections prédominantes, et, par conséquent, sur la prédominance splanchnique à cette époque de la vie. On sait, en effet, que ces établissements reçoivent une immense majorité d’hommes entre vingt et un et trente-cinq ans; les enfants et les vieillards n’y paraissent que par exception. Or, sur 1877 malades que j ai traités au Val-de-Grâce pendant les années 18ô0 et 18M, voici les proportions relatives aux trois cavités splanchniques :
Maladies ayant leur siège dans le sytème cérébro-spinal et ses
enveloppes
Id. Id. dans les organes contenus dans la poitrine 810
Id. Id. dans les organes contenus dans le bas-ventre 837
Maladies diverses (rhumatismes articulaires, phlegmasies cutanées, lumbago, etc., etc.) 130
Total 1877
Les 817 malades que j’ai traités dans le même hôpital pendant l’année 18(t2 se répartissent de la manière suivante, quant à leurs localisations :
Système cérébro-spinal et organes des sens 33
Plèvres et poumons 212
Cœur et péricardite. ... 7
Appareil digestif et annexes 335
Fièvres intermittentes 134
Phlegmasies cutanées chroniques et aiguës 43
Affections diverses 53
Total 817
Réunissant ces données, on trouve pour l’encéphale et ses dépendances = 133, pour la poitrine = 1029, pour l’abdomen = 1172, non
compris les fièvres intermittentes qui sont des maladies de garnison, et qui pourraient, au moins par leurs complications et leurs suites, être rattachées aux affections abdominales, si l’on tenait absolument à les grouper dans les catégories précitées.- Il semble donc que chez l’adulte encore, l’imminence morbide prédomine vers l’abdomen : considérant les conditions spéciales de la vie militaire, nous nous abstenons de tirer avantage de ces données numériques contre l’axiome précité ; mais nous avons cru devoir les relater.
§ — Mes rapport» de l'immincncc morbide avec le» »cxe».
L imminence morbide qui dépend des sexes est absolue ou relative: absolue, quand elle se rapporte à des maladies inhérentes à l’organisation piopre de I homme ou de la femme; relative, quand elle s’applique aux
maladies dont les deux sexes sont tributaires, mais dans une proportion inégale.
DE L’IMMINENCE MORBIDE
[hyciène
1° Imminence absolue.
A. Sexe masculin. — Les dérangements el les affections morbides qui menacent exclusivement l’homme intéressent directement ou indirectement la fonction et les organes de la génération ; ils sont en rapport avec les phases de cette grande fonction, et plusieurs ont été signalés plus haut [Habitudes morbides ). L’accroissement rapide dii corps vers l’époque de la puberté produit les mêmes effets qu’une déperdition de force matérielle, et les fièvres dites de croissance, quand elles ne sont point le reflet d’une irritation viscé- | raie, épuisent la constitution. Il importe alors de ménager le système nerveux et de ne l’activer qu’autant que la force générale et le développement de tous les organes se sont consolidés sous l’influence de l’alimentation et du repos. ; Mais ces accidents de croissance sont communs aux deux sexes, quoique plus ordinaires chez les garçons. La précocité du sens génital, les premières sensations dont les organes sexuels sont l’instrument, provoquent les adolescents à des abus, à des excès dont il a été parlé ; l’influence cérébrale et l’irradiation des organes génitaux se confondent et se perdent dans le même cercle étiologique du satyriasis, de l’hypochondrie, des pertes séminales, de l’impuissance, etc. Les premières tentatives du coït déterminent parfois des uréthrites; les excès amènent des engorgements prostatiques, des rétrécissements, des ■ irritations vésicales, des orchites ; nous avons souvent reçu dans nos salles, au Val-de-Grâce, de jeunes soldats qui avaient éprouvé, le jour même ou le surlendemain d’un coït ou d’une masturbation pratiquée après une continence prolongée, une turgescence inflammatoire d’un testicule, une orchite dite spontanée, en ce sens qu’elle est étrangère à toute cause traumatique ou vénérienne. Il suffit de mentionner d’autres maladies qui n’appartiennent qu’à l’homme, telles que l’hvdrocèle, le sarcocèle, les lésions du pénis, etc.
B. Sexe féminin. — L’établissement des règles, leur suppression, la copulation, l’état de grossesse, l’avortement, l’accouchement naturel ou provoqué, opportun ou prématuré, la lactation, suscitent à la femme des périls, des • maladies, des infirmités ; la disposition même des différentes parties de son i appareil génital conspire, avec les fonctions dont elle est chargée pour la reproduction de l’espèce, contre l’intégrité de sa santé, et si la statistique lui alloue une moyenne de longévité supérieure à celle de l’homme, il nous ■ semble qu’elle en est redevable, moins aux conditions de la sexualité qu à celles de son existence sociale. Cette société qu’elle accuse la dispense des ■ longs travaux de l’éducation scientifique; elle lui épargne la rude épreuve des professions qui exigent un grand déploiement de forces ; la femme ne participe point aux chances majeures de mortalité qui pèsent sur l'armée, sur différentes carrières, telles que l’enseignement, la pratique de la médecine, sur beaucoup d’industries et de métiers insalubres ; le célibat, autre source
privée] RAPPORTS DE L’IMMINENCE MORBIDE AVEC LES SEXES. 231
de mortalité, exerce moins la femme et lui est infligé en moindre proportion, etc. Ce sont ces causes extérieures, issues de notre organisation sociale, qui expliquent les résultats de la statistique obituaire ; car plus on envisage de près les conditions de structure et de fonctionnalité qui appartiennent à la femme, plus on y découvre de germes de maladie ; la constitution permanente des femmes est à peu près celle de l’enfance, qui sollicite tant de soins et de précautions : la société a donc sagement fait de les abriter dans le cercle de la vie domestique, et de les bercer, loin du forum, dans le rêve perpétuel des félicités intimes.
Nous avons insisté déjà sur les principaux accidents qui accompagnent ou précèdent la ménopause. Roussel a dit avec raison que l’écoulement menstruel est le signe et la mesure de la santé des femmes ; il suffit pour faire disparaître des maladies qui ont persisté depuis l’enfance (1). Mais trop souvent cette fonction s’établit laborieusement; elle est précédée ou accompagnée de douleurs, de malaises, de troubles divers des organes respiratoires et digestifs, d’accidents hystériques, convulsifs, de lipothymies, de coliques nerveuses, de chlorose; celte tourmente (dysménorrhée) peut se renouveler a chaque retour ou n’être que le prélude de la première menstruation. Dauties fois celle-ci n apparaît point, soit par l’effet d’un état pléthorique, dont nous ignorons le mode d’action sur l’ovulation spontanée, soit parce qu’il existe une lésion organique sous l’apparence générale de la santé, soit <i cause d une faiblesse originaire ou acquise de la constitution (aménorîhée par rétention). Les mêmes causes peuvent déterminer graduellement, lentement, la suppression complète ou incomplète des règles, quand elles ont déjà coulé ; une émotion, une imprudence de régime, l’omission d’une précaution habituelle peut les faire cesser instantanément. L’exhalation du sang menstruel a lieu, mais des causes diverses s’opposent à sa sortie; c’est l’aménorrhée par défaut d’excrétion ; enfin, l’excès des règles amène aussi des maladies comme leur suppression (2). Quant aux déviations prétendues du flux menstruel, nous en avons parlé (. Habitudes morbides). Remarquons que toutes ces lésions d’une fonction qui domine la vie des femmes sont prévenues par une bonne hygiène, et, une fois développées, cèdent moins à l’emploi des drogues qu à celui des modificateurs hygiéniques.
La giossesse franchit la limite de l’imminence morbide et entraîne une série de souffrances et d’incommodités; chaque appareil, chaque organe y participe a tour de rôle, et souvent plusieurs ensemble : le ptyalisme, les nausées, es vomissements, l’anorexie et la constipation vers la fin, voilà pour le tune digestif; la pléthore, les hémorrhagies, les dilatations variqueuses des membres inférieurs, l œdème qui s’y ajoute, parfois des hémorrhoïdes, voilà pour la nculation. L excrétion des urines devient gênée ou involontaire; le trouble
(1) Hippocrate, Aplwr., 28, sect. ni.
(2) Hippocrate, Aphor., 57 , sect. v.
T) K L’IMMINENCE MORBIDE
[hygiène
mécanique de la circulation veineuse peut avoir pour effet l’hypérémie des1 2 reins, et successivement divers degrés d’albuminurie, avec leurs conséquencesinévitables, la présence de l’albumine dans l’urine et l’accumulation de l’urée dans le sang; de là des accès d’éclampsie (1). Le plus souvent la lésion rénale se dissipe avec les symptômes urinaires après l’accouchement; mais elle peut s’aggraver pendant les efforts de l’accouchement, qui est une cause efficiente d’albuminurie et, par suile, d’éclampsie. Celle-ci est le symptôme le plus ordinaire, mais non unique, de l’urémie chez les accouchées ; des paralysies locales de la face, l’hémiplégie, l’amaurose (Simpson), et d’après Litzmann, la manie, la stupeur, en sont aussi quelquefois les suites. Outre cette fatale imminence de convulsions, les fonctions du système nerveux offrent d’autres phénomènes de troubles ou de perversion ; des douleurs se ; font sentir en différentes parties du corps, notamment aux seins, à l’hvpogastre, aux aines et dans la région lombaire. La proéminence du ventre qui s’oppose à la vue des obstacles, et la répartition défavorable du poids du corps, sont pour quelques femmes une cause de chutes. L’influence préservatrice de la grossesse est loin d’être démontrée par une somme suffisante de faits : c’est une idée très-satisfaisante que celle qui place la femme enceinte sous la protection spéciale de la nature, essentiellement conservatrice de l’es- J pèce ; mais on ne voit pas que les maladies aiguës épargnent les femmes grosses, et leur danger s’augmente de la difficulté de traiter la mère sans compromettre l’existence de l’enfant. Toutefois l’excitation générale que produit la grossesse augmente la force de réaction ; le mouvement fluxiounaire j qui s’établit vers l’utérus et la prédominance énorme que prend cet organe diminuent, pour les autres parties du corps, les chances d’hypérémie et de phlogose, ou agissent sur eux par un effet de dérivation prolongée. On expliquerait ainsi l’amendement et même la guérison de la manie et surtout de la démence, si des observations assez nombreuses, assez exactes, confirmaient ce fait. Les observations communiquées à l’Académie de médecine par Grisolle(2) | ont dissipé l’erreur qui a régné si longtemps au sujet de l’influence ralentissante de la grossesse sur la phthisie pulmonaire. Il arrive pourtant que des 1 grossesses répétées modifient avantageusement l’économie, et en conigent, jusqu’à un certain point, la disposition lymphatique, grâce à I élan quelles impriment à la circulation sanguine et à la stimulation sympathique des principaux viscères.
Nous avons mentionné ailleurs les causes qui peuvent troubler dans le sein maternel la régularité de l’évolution fœtale. Épargner à la mère les émotions violentes et toute occasion d’irritation morbide, c’est beaucoup faire pom l’intégrité du produit de la gestation. Le spectacle d’un accès épileptique peut communiquer au fœtus l’aptitude à cette maladie sans que la mère la con-
(1) Mémoires de V Académie de médecine. Paris, 1856, t. XX, p. 1 et suiv.
(2) Grisolle, Bulletin de V Académie de médecine, 18Û9, t. XV, p. 10.
privée] RAPPORTS DE L’IMMINENCE MORBIDE AVEC LES SEXES.
tracte (1). Les frayeurs el l’aflliction ont une grande influence sur le développement de l’épilepsie chez l’enfant comme chez la mère. Toutes les statistiques ont enregistré la frayeur pour une très-large proportion dans l’étiologie de l’épilepsie (Leuret, 27 pour 100 ; Delasiauve, 42 ; Beau, 50).
L’avortement peut avoir lieu à toutes les époques de la grossesse; la gravité de ses suites dépend de la cause qui le produit et de l’époque où il a lieu. Une foule de conditions inhérentes à l’organisation de la mère sont propres à préparer, à déterminer cet accident; et en première ligne, l’exaltation de la sensibilité, les vices de conformation, la disposition aux hémorrhagies, l’hérédité, l’habitude introduite par des avortements antérieurs, alors même que ceux-ci ont eu lieu accidentellement. L’avortement est d’autant plus dangereux qu’ii s’opère à une époque plus rapprochée du terme naturel de la grossesse.
La parturition, comme la grossesse, s’accompagne de souffrances et détermine l’imminence d’une foule d’accidents plus ou moins graves, soit pendant le travail, soit après la délivrance. La sécrétion du lait donne lieu à un mouvement fébrile qui dure ordinairement d’un à trois jours, et qui, lorsqu’il se prolonge au delà de vingt-quatre heures, présente chaque jour un redoublement. L’intensité et la durée de la fièvre de lait sont en rapport avec les dispositions organiques individuelles ; mais lorsqu’elle se prolonge et se complique de phénomènes graves, il existe une inflammation ou une autre cause extraphysiologique, car en elle-même cette lièvre ne peut être considérée comme une maladie. L’insuffisance ou l’excès de sécrétion laiteuse ne produit pas les mêmes effets sur la mère; celle-ci n’a point à souffrir du manque de lait, si ce n’est moralement; mais la surabondance de la sécrétion, disproportionnée avec la force de la constitution, entraîne à la longue l’épuisement et le marasme. Quant aux maladies dites laiteuses, pour les admettre il faudrait des faits qui missent hors de doute la déviation ou la métatase du lait. Si certaines maladies paraissent plus fréquentes pendant l’allaitement, on ne peut nier que cette tonction n’exerce en général une influence heureuse sur la santé des femmes. Nous connaissons une dame sujette à des accidents hystériques très-bizarres, qui, suspendus pendant l’allaitement de son dernier enfant, ont reparu depuis le sevrage.
2° Imminence relative des sexes.
La question de la fréquence relative des maladies dans les deux sexes ne peut être résolue que par la statistique opérant sur de grands nombres. L’étude comparée de l’organisation virile et de l’organisation féminine conduit à quelques inductions fondées sur ce sujet; mais la science ne peut se contenter de probabilités à priori. Il est inutile de faire remarquer l’avantage que l’hygiène tirera de la connaissance exacte des proportions numériques d’après lesquelles es principales maladies se développent chez l’homme et chez la femme. La
(U Michéa, Union médicale, 6 novembre 1855.
234 DE L’IMMINENCE MORBIDE. [hygiène
prophylaxie se dirige du côté où l’urgence est manifeste; elle attend donc un ■ guide dans la statistique qui doit lui fournir l’échelle de l’imminence morbide suivant les sexes. Pour un certain nombre d’affections il existe quelques données. Il est hors de doute que les névroses s’observent en plus grand nombre chez les femmes; ce rapport de fréquence s’applique à la plupart des lésions du système nerveux. En 1820, il y avait 324 épileptiques à la Salpêtrière, où l’on ne reçoit que des femmes; et seulement 160 à Bicêtre, qui est ouvert aux hommes. Esquirol (1) a trouvé dans divers hospices de France 700 femmes et environ 500 hommes aliénés; à la fin de 1820, la Salpêtrière renfermait 1402 femmes aliénées, tandis qu’il n’existait que 740 hommes aliénés à Bicêtre (2). — Sur 32 976 malades admis, pendant dix ans, à l’hôpital des Enfants (de 1824 à 1833), 189 étaient affectés de chorée, et sur ce dernier nombre, 51 étaient des petits garçons et 138 étaient des petites filles (3). — Sur 240 cas de chorée, Dufossé n’a trouvé que 79 individus du sexe féminin (thèse, Paris, 1836). Les névralgies ont été notées 251 fois chez les femmes et 218 chez les hommes (Yalleix).
Il serait intéressant de connaître dans quelle mesure de fréquence se développent dans les deux sexes les affections les plus communes ou les plus funestes; malheureusement les données manquent ou sont incomplètes. Ainsi les auteurs ne fournissent rien de positif, quant au sexe, dans l’étiologie de la fièvre typhoïde : sur 190 cas, Forget a trouvé 90 hommes et 100 femmes (4). — Briquet oppose le résultat de ses recherches 'a ceux obtenus par Louis et Lombard (5), touchant la fréquence relative de la phthisie pulmonaire dans les deux sexes ; il a trouvé que la mortalité proportionnelle des phthisiques a été plus forte d’un dixième environ chez les hommes que chez les femmes. Il est probable que l’influence du sexe sur la production des tubercules varie d’un pays 'a l’autre. Louis a démontré qu’à Paris la prédominance est pour le sexe féminin ; à Genève, Marc d’Espine indique, pour 680 décès par tubercules, 346 hommes et 334 femmes; l’Angleterre, prise en masse, donne plus de décès par phthisie pour les femmes que pour les hommes, tandis que Londres voit mourir annuellement 37 phthisiques du sexe masculin pour 33 du sexe féminin. De 1 à 2 ans 1/2 les garçons se tuberculisent plus facilement que les filles dans une assez forte proportion (Dietrich, Rilliet et Barthez); c’est le contraire de 3 à 5 ans, dans une proportion minime. De 6 à 10 ans 1/2 les deux sexes sont également exposés à la tuberculisation ; mais de 11 à 15 ans, la forme chronique se montre plus fréquente chez les enfants du sexe féminin.
(1) Esquirol, Des maladies mentales. Paris, 1838, t. I, in-8.
(2) Desportes, Rapport sur le service des aliénés. Paris, 1823.
(3) M. Rufz, Recherches sur quelques points de l'histoire de la chorée (Archives de médecine, 1834, t. IV, p. 216).
(4) Forget, Traité de l’entérite folliculeuse. Paris, 1841, p. 450.
(5) Lombard, Annales d’hygiène publique, lr0 série, t. VI, p. 50, et l. XI, p. 5 et
suiv.
privée] RAPPORTS DE L’IMMINENCE MORBIDE AVEC LES SEXES.
Quant aux scrofules, la différence est peu notable entre les deux sexes. Sur 537, Lebert a trouvé 274 hommes et 263 femmes; mais certaines formes de cette maladie dominent plus chez les uns ou chez les autres : les hommes offrent presque un tiers d’arthropathies scrofuleuses de plus que les femmes; celles-ci comptent pour un tiers de plus dans les maladies de la peau; les maux d’yeux sont aussi plus fréquents chez elles; les ulcères et les abcès le sont plus chez les hommes. Littré (1) déclare le cancer plus fréquent chez la femme; mais Delpech (2) croit que les supputations comparatives rendent cette différence douteuse, et il pense qu’on n’a été conduit à l’admettre que parce qu’on observe un grand nombre de cancers à une période de la vie des femmes.
On s’accorde à considérer les calculs et la gravelle comme plus ordinaires à l’homme qu’à la femme; l’observation contemporaine a pleinement confirmé à cet égard l’opinion de Steineman, de Van Swieten, etc. Le premier a publié, en 1750, à Strasbourg, une dissertation intitulée : Causœ cur frequent ius viriprœ feminis calculosi fiunt. Il en est de même de la gouLte, dont Hippocrate a dit qu’elle n’attaque les femmes qu’après la cessation de leurs règles (J ïphor., 29, sect. iv).
Parmi les phlegmasies, il en est qui frappent plus de femmes que d’hommes, en raison de circonstances qui se rattachent à la sexualité : exemple, la péritonite. D’autres, plus fréquentes chez les hommes, dépendent en partie de leur genre de vie ; un régime plus stimulant, l’usage plus général des boissons alcooliques, une tendance plus grande aux excès, exposent davantage le sexe masculin aux inflammations du tube digestif. Le croup est plus fréquent chez les garçons que chez les filles; il en est de même de la stomatite ulcéromembraneuse. La pneumonie conduit dans les hôpitaux de Paris plus d’hommes que de femmes : sur 202 cas que relate Chomel, 148 appartiennent aux hommes, 54 seulement aux femmes. Cette différence considérable n’empêche pas Chomel d’annuler la prédisposition sexuelle; il l’attribue à ce que la grande majorité des femmes exercent des professions sédentaires. Dans les prisons, dit-il, comme aussi dans les pays où les femmes se livrent aux mêmes travaux que les hommes, on a trouvé le nombre des pneumonies à peu près égal dans les deux sexes. Sur 149 catarrhes pulmonaires recueillis dans trois ans, 52 seulement, environ un tiers, appartenaient aux femmes (3); sur 61 bronchites observées par Rufz, 20 seulement s’étaient développées chez des femmes. — En rapprochant ces faits des résultats obtenus par Andral et Gavarrel dans leurs recherches sur les quantités d’acide carbonique qui s’échappent par la respiration dans les deux sexes, on arrive à la confirmation de celle loi de Physiologie pathologique, souvent invoquée, à savoir, que l’imminence morndc est pour chaque organe en raison directe de son activité.
(t) Littré, Dictionnaire de médecine. Paris, 1834, 2e édition, t. VI.
(2) Delpech, Maladies chirurgicales, t. II, p. 121.
(3) Louis, Recherches sur la phthisie, 2» édition, p. 526.
DE L’IMMINENCE MORBIDE
[hygiène
§ 4. — Ile* riiiiimKs tic l'immincncc morUitle avec l’hérédité.
Après ce qui a été dit de l’hérédité comme élément de la constitution, il ne nous reste ici qu’à rechercher dans quelle mesure de fréquence s’opère la transmission des maladies. La possibilité de leur transmission n’est l’objet d’aucun doute; mais dans l’intérêt de la prophylaxie hygiénique, il faudrait que la science pût répondre à la question suivante : Sur un nombre donné de cas d’une maladie déterminée, combien de fois cette maladie s’est-elle montrée chez des individus nés de parents qui en ont été atteints, combien de fois l’a-t-on observée chez des sujets issus de parents qui en ont été exempts? La solution de ce problème ne peut sortir que d’une statistique étendue et exacte : or, elle n’a pas encore été faite. Des relevés partiels n’ont qu’une valeur temporaire et limitée, et c’est tout ce que nous trouvons dans les auteurs. Les affections dont l’hérédité est journellement constatée sont admises en cette qualité par tradition, non par une vérification sévère des faits que l’on invoque; d’autres ont pris place dans le cadre classique des maladies héréditaires, sans qu’en l’absence du contrôle numérique l’observation leur ait jamais confirmé le caractère que la routine des écrivains leur assigne. En réalité, chaque praticien possède par devers lui un certain nombre de faits plus ou moins bien observés, et d’après lesquels il se compose son groupe de maladies héréditaires; à ces présomptions s’ajoutent les données fournies par une statistique incomplète et les axiomes des autorités de la science; si précaires que soient les produits de cet amalgame, ils tirent quelque importance de la gia\ilé même du sujet, et nous les exprimerons brièvement.
1. La disposition hémorrhagique se transmet (Hoffmann, Hufelaud , Bailly, etc.) : Sanson a relaté l’observation d’un nommé Appleton qui périt d’une double hémorrhagie, et qui eut dix-sept petits enfants et arrière-petitsenfants, tous sujets à des hémorrhagies spontanées et mortelles pour plusieuis d’entre eux. On a vu l’hémorrhagie cérébrale se répéter dans certaines familles jusqu’à la quatrième et à la cinquième génération.
2. Parmi les lésions de sécrétions qui paraissent héréditaires, mentionnons les tumeurs folliculaires, l’ichlhyose : l’histoire des frères Lambert, pai Geolfroy Saint-Hilaire, nous montre cette affection passant dans plusieurs généiations par les mâles; nous l’avons observée nous-même chez des militaires dont les ascendants en avaient ôté atteints. L’hérédité de 1 affection \ei mineuse est admise par Brendel, Selle, Rosen, etc., mais elle ne compte en sa faveur qu’un petit nombre de faits ; comme elle se développe ordinairement sous l’influence du régime et des conditions d’habitation et de climat, la pluralité des cas de vermination dans une même famille n’en prouve point la transmission. La même observation s’applique en partie à l’affection calculeuse, quoique l’aptitude à la contracter soit évidemment transmissible ; on voit parfois tous les membres d’une même famille atteints successivement d’une lésion calcu-
privée] rapports de L’IMMIMENCE morbide avec l’hérédité.
Icuse des reins, de la vésicule biliaire ou des articulations. Mais la preuve irréfragable des chiffres manque encore ici.
3 Un grand nombre .d'inflammations de la peau sont susceptibles de se propager par génération ; tous les auteurs s’accordent sur ce point. Toutefois Piorry (1), ayant fait interroger soigneusement 70 malades atteints d’affections variées de la peau qui se trouvaient à l’hôpital Saint-Louis à l’époque où il rédigeait sa thèse, n’a constaté que chez six d’entre eux l’hérédité en ligne directe : nouvelle preuve de la nécessité de recherches précises et nombreuses sur cette question. Peu d’inflammations des organes abdominaux paraissent sujettes à transmission. Un élève du Val-de-Grâce nous a communiqué les faits suivants, qui se rapportent à sa propre famille, et qu’il nous a permis de publier. Louis-Pierre Desmorètes est mort en 1804 d’un abcès au foie; de six enfants qu’il a laissés, l’un a succombé pendant la retraite de Russie, et les cinq autres sont morts d’abcès au foie, comme leur père, entre quarante-huit et cinquante-cinq ans ; le plus jeune des cinq enfants (Pierre-Auguste), mort à Tours en 1830, a laissé un fils âgé aujourd’hui de quarante-huit ans, et d’un tempérament bilieux très-prononcé ; ce dernier est lui-même père de deux fils dont l’aîné présente tous les caractères de la prédominance hépatique, tandis que le plus jeune, de qui nous tenons ces détails, paraît d’un tempérament sanguin, avec une légère nuance lymphatique. L’hérédité se révèle assez souvent dans la production des lésions du cœur et des gros vaisseaux, et surtout dans celles du poumon : il est difficile de révoquer en doute celle de la disposition aux bronchites, aux laryngites, aux catarrhes pulmonaires, et c’est un fait très-remarquable, comme le fait observer Piorry, que l’identité du timbre de la voix chez tous les membres des mêmes familles. Les recherches de Louis et Jackson ont fait voir que sur 28 sujets atteints d’emphysème pulmonaire, 18 étaient issus de père ou de mère affectés de même lésion. Quant aux lésions inflammatoires de l’encéphale et de ses enveloppes, ceux qui admettent l’origine phlegmasique de différentes, formes de l’aliénation ne sauraient leur refuser l’aptitude à se transmettre héréditairement. Un écrivain spirituel a dit : Lorsqu’on est né de parents rhumatisants, on a eu sa première attaque dans la personne de ses ascendants (Requin). Le rhumatisme articulaire est, en effet, une maladie de famille ; les faits réunis de Ghomel, Patouillet et Piorry donnent un total de 165 cas d’arthro-rhumatisme, dont 81 sont des cas d’hérédité constatée.
h. Les névroses sont au nombre des maladies les plus susceptibles d’hérédité : « Quod spectat ad ipsius cerebri malam dispositionem, eadem aliquando hœreditaria existit. Ita, parentibus epilepticis aut convulsioni obnoxus onundi , in eodem affectu plerumque et ipsi proclives sunt ; et quidam constitutio cerebri a par tu multis mndis fieri potest vitiosa (2). » L’hérédité
(1) Piorry, Thèse sur l' hérédité dam tes maladies , 1840, p. 117.
(2) Willis, Opéra omnia, t, II, cap. h, p, 07, et cap. xxxt, p. 155.
238 DE L’IMMINENCE MORBIDE. [nvciÈre i
porte sur les diverses formes d’affections nerveuses, et l’on peut, avec Gaus- . sail (1), les ramener aux suivantes : 1° surexcitation névropathique générale ou protéiforme ; 2° surexcitation spasmodique ; 3° surexcitation convulsive ou exçito-motrice ; 4° surexcitation cérébrale ou intellectuelle ; 5° surexcitation névralgique. Non-seulement la folie se transmet, mais encore elle se reproduit souvent sous la même forme, avec les mêmes caractères, chez les membres d’une même famille. On m’a montré à Toulouse le fils d’une famille qui comptait trois suicides, lui-même semblait invinciblement entraîné à la même fin. Voici des chiffres qui parlent haut : Esquirol, sur 431 aliénés, a noté l’hérédité 337 fois. Desportes (Bicêtre), sur 3458, 342 fois; sur 789 aliénées de la Salpêtrière, 105 fois. A Rouen, on a trouvé sur 570 aliénés, 87 cas d’hérédité ; à Bordeaux, 27 sur 265, etc. Foville regarde l’hérédité comme la cause la plus fréquente de l’aliénation. Aubanel et Thore ont essayé d’en déterminer la part dans la production de quelques formes de la folie, mais ils ont opéré à notre avis sur des bases trop restreintes. Hoffmann a dit : « Neque est nullus morbus magis gentilitius et qui tam facile à parentibus in libéras devolvitur quam epilepsia. » Cette proposition, appuyée par Boerhaave, Stahl, Van Swieten, Vieussens, Tissot, Portai, Esquirol, Georget, Foville, etc., a été convertie en démonstration numérique par Bouchet et Cazauvieilh, qui ont trouvé, sur 130 épileptiques, 31 issus de parents aliénés, épileptiques, imbéciles ou hystériques. Beau, qui s’est livré h des recherches analogues en 1833 à la Salpêtrière, a constaté que sur 273 malades tant épileptiques qu’hystériques, 28 fois les parents avaient été épileptiques, et que 3 fois les mères avaient été hystériques. » Les femmes hystériques, dit Dubois (d’Amiens), ont presque toujours eu, parmi leurs proches parents, des hystériques ou des épileptiques (2). » D’après le docteur Elliotson, l’hérédité est une des causes prédisposantes les plus ordinaires de la chorée.
5. Le groupe des affections hétéroplastiques présente deux variétés essentiellement transmissibles, le tubercule et le cancer. L’observation universelle parle ici plus haut qu’une statistique rendue paradoxale par l'insuffisance même de ses éléments. Qui voudrait nier l’influence des conditions originaires sur le développement de la phthisie? C’est pourtant à cette négation qu’ont abouti les calculs de Louis, incrédule au résultat de ses propres recherches. C’est ici le cas de répéter avec Chomel ( op . cit., page 56), que c’est plutôt en descendant, non en remontant les générations, que la question des maladies héréditaires doit être étudiée et peut être définitivement jugée ; c’est par celte voie qu’on arrivera à constater que la plupart des enfants nés de parents phthisiques sont destinés à succomber à cette maladie. Toutefois les antécédents ne sont pas dénués de signification : récemment Briquet a compté sur 98 décès par phthisie, 30 cas de transmission héréditaire. J’ai eu, dans une de
(1) Gaussait, De l'influence de l’hérédité sur la production de la surexcitation nerveuse, etc. Paris, 1845, p. 78.
(2) Dubois (d’Amiens), Histoire philosophique de C hystérie et del'hypochondric, p. 61.
privée] RAPPORTS DE L’IMMINENCE MORBIDE AVEC L’HÉRÉDITÉ. 239
mes salles du Val-de-Grâce, en 1843, un jeune homme phthisique que la hauteur de sa taille a fait désigner pour les carabiniers; il est le cinquième enfant de parents morts phthisiques ; les quatre autres enfants ont succombe à la même affection. Piorrv a fait un relevé de 269 phthisiques dont 63 et un quart étaient d’origine tuberculeuse. Il fait remarquer avec raison que la proportion des tuberculeux par hérédité s’augmente d’une certaine quantité d’enfants qui périssent par le carreau et la méningite tuberculeuse. Mais pour être sorti d’une source viciée par le tubercule, on n’est point voué inévitablement à la mort : sur 374 vieilles femmes de la Salpêtrière, 28 sont nées de parents morts phthisiques et présentent pour moyenne d’âge soixante ans (Piorry, loc. ait,'). — Vevne a fait un relevé par récapitulation de 106 cas d’affection cancéreuse, et il en a constaté 20 fois l’hérédité.
6. La statistique appliquée à la cachexie scrofuleuse l’a montrée héréditaire chez un quart des individus affectés. De Brieude (1) rapporte à l’hérédité scrofuleuse une forme d’obésité morbide qu’il a observée dans la haute Auvergne, et qui nous a frappé chez beaucoup d’Alsaciens ; il l’attribue à une action spéciale du principe scrofuleux sur les humeurs du tissu cellulaire : ceux qui la présentent, dit-il, sont joufflus; leurs membres sont gras et potelés; leurs couleurs très-vives, mais d’un rouge foncé ou violet ; leur graisse est néanmoins dure et presque squirrheuse, et la forme de leurs membres est matérielle et mal arrondie ; cette sorte d’épaississement du tissu cellulaire, plus commune chez les filles que chez les garçons, il l’appelle polysarcia scrophulosa. Le rachitisme, suivant J. Guérin, a été confondu avec les déformations séniles du squelette, avec le tubercule des os, avec l’ostéomalacie, avec les vices de conformation acquis dans le sein de la mère. Sous le rapport de l’hérédité, il classe ainsi ces lésions : le rachitisme n’est point héréditaire, l’ostéomalacie simple encore moins; le tubercule des os l’est à un haut degré; quant aux difformités surveuues pendant la vie intra-utérine, quelques-unes sont transmises par génération.
Il résulterait d’un tableau composé par Piorry, qu’en raison de leur fréquence, les maladies héréditaires peuvent se répartir dans l’ordre suivant ; asthme, apoplexie, épilepsie, folie, phthisie, cancer, emphysème pulmonaire. Celte échelle d’hérédité prête au doute ; quand on songe h l’extrême rareté de 1 asthme essentiel, on conclut tout d’abord que, sous celte dénomination, on a confondu des états morbides très-différents. Nous répéterons en terminant que ce qui se transmet, c’est surtout la disposition organique de l'hérédité, non la maladie elle-même; cette disposition ressort de la constitution, du tempérament et des idiosyncrasies.
(1) De Brieude, Mémoires de la Société royale de médecine , ann. 1782-1783, p. 307.
DE L’IMMINENCE MORBIDE
[IIYCIKNE
§ 5. — l»«‘s t-isnioHs «i« i'iininiiKmcff morbide avec i'iinltituitc.
L’habitude détermine l’imminence morbide par sa disproportion avec la mesure d’activité de l’organe qu’elle affecte, avec le tempérament, le sexe et l’âge de l’individu, avec la nature de ses prédispositions héréditaires, avec la force de sa constitution. Résultat d’une influence graduée et prolongée, elle amoindrit les effets nuisibles des choses dont l’action nous atteint inévitablement. Mais introduite brusquement dans l’organisme, elle ne se consolide point et donne lieu à des perturbations. Le bénéfice de l’habitude dépend donc, d’une part, de la manière dont elle s’établit, d’autre part, de son rapport avec les conditions d’organisation individuelle. Les détails dans lesquels nous sommes entré plus haut (chapitre vi) nous dispensent de faire ressortir ici l’influence que peut avoir l’habitude dans la production des maladies; mais nous dirons un mot de l’influence contraire qu’elle exerce et qui a pour effet la préservation la plus étonnante. Dans la peste noire qui, de i'àkl à 1386, parcourut l’Europe, enleva, au rapport de Mézeray, 80 000 personnes à Paris et désola le midi de la France, la contagion n’épargna qu’un seul des trentecinq religieux enfermés dans la chartreuse de Mont-Rieux, le moine Gérard, frère de Pétrarque ; il soigna tous ses frères et leur donna la sépulture. Dans le foyer même des endémies les plus meurtrières, quelques existences sont respectées comme par un privilège d’immunité; le typhus, la fièvre jaune, le choléra, rencontrent sur leur chemin des constitutions qui résistent à leurs atteintes. Au milieu des marais, vivent des individus imperméables à leurs émanations, ou, s’ils les absorbent, les neutralisant par une réaction sourde et continue. Voilà quelques exemples d’une habitude qui préserve; elle consiste dans une modification d’ensemble de l’économie qui échappe à l’analyse, mais à laquelle concourt certainement l’état moral; c’est d’elle que dépend l’acclimatement; c’est par elle encore que le médecin se soutient dans l’atmosphère des hôpitaux, et commerce impunément avec la maladie et la mort. Ce qu on appelle tolérance en thérapeutique se rapproche du genre d’habitude dont il s’agit; des médicaments énergiques sont administrés à doses énormes sans péril et souvent sans aucun trouble passager ; les organes finissent même par se familiariser avec les substances toxiques. Quoique les Mithridates soient rares, cette faculté n’est point douteuse : les Chinois abusent de l’opium journellement; leur santé s’en ressent à la longue, mais ils sont émoussés à l’action immédiate du poison. Il y a plus : on voit des hommes braver par accoutumance l’influence des agents chimiques; les ivrognes incurables passent de l’eau-de-vie à l’alcool, de l’alcool à l’éther, et Tartra rapporte l’observation d’une femme que cette funeste progression de stimulation a conduite à l’usage de l’acide nitrique qu’elle a pu ingérer sans accident notable; d’autres saisissent d’une main insensible des charbons enflammés, des barres de fer dont une extrémité est incandescente, etc. Il existe un antagonisme entre certaines
privéeJ RAPPORTS DE L'IMMINENCE MORRIDE AVEC LA CONSTITUTION. 241
maladies et les conditions individuelles, telles que l’àge, le sexe, le tempérament, etc. Nous avons mentionné l’extrême rareté de la fièvre typhoïde dans la vieillesse; on ne connaît qu’un exemple de croup à cet Age; le squirrhe semble étranger à l’enfance, les scrofules au tempérament sanguin. On peut rapprocher de ces faits la propriété réciproquement préservative de la variole à l’égard de la vaccine, et de la vaccine à l’égard de la variole. D’autres maladies s’excluent-elles par une sorte d’antagonisme ? Rien de certain sur ce point. Schœnlein, de Berlin, s’est appliqué à démontrer l’antagonisme des fièvres de marais et de la phthisie tuberculeuse; mais l’absence de preuves positives et la multiplicité des faits contraires 11e laissent à cette idée que la valeur d’une spéculation de l’esprit. Au reste, du principe de l’antagonisme morbide est sortie la chimère de l’homoeopathie : c’est une raison pour ne l’accepter qu’avec une extrême défiance.
§ *• — ,,cs rapports <le l'imminence morbide avec la constitution.
L imminence morbide varie suivant les quantités de la lorce constitutionnelle ; elle varie encore suivant la forme générale de l’individualité.
1" Force. Une constitution qui réagit avec énergie et promptitude garantit contre les maladies plutôt qu’elle n’y dispose; quand toutes les actions organiques s’exercent avec ordre, mesure et régularité, les influences nuisibles ont moins de prise; les perturbations qu’elles déterminent sont passagères. Les individus fortement constitués supportent sans inconvénient les variations du régime; ils peuvent s’éloigner par intervalles des règles d’une stricte modération ; ils jouissent en un mot, si l’on peut dire ainsi, d’une plus grande latitude de santé.
Les auteurs, quand ils parlent de force et de constitution, les confondent avec la pléthore sanguine, avec l’exaltation nerveuse et même avec l’exagération de la plasticité générale, se traduisant par l’hypertrophie de tous les tissus, et que l’on appelle vulgairement embonpoint. A ces trois états correspondent par opposition l'asthénie nerveuse, l’émaciation. Nous ne nions pas que ces modifications de l’économie ne puissent être primordiales, constitution- 6 es; 11,318 aucune d’et'es ne réalise l'idée que nous avons donnée de la force organique ; l’état de la nutrition dépend des rapports réciproques du sang et e innervation ; et c’est aussi là que gît le principe de la réaction vitale que ous disons forte ou fa.ble, suivant son degré d’efficacité à surmonter incessamment les influences de destruction.
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DE L’IMMINENCE MORBIDE
[nvciÉNE
inflammations : <■ ce n’est qu’une fausse analogie de symptômes qui a fait dire < que la pléthore disposait aux phlegmasies » (1); ils éprouvent des vertiges, des éblouissements, des tintements d’oreilles, des bouffées de chaleur vers la tête, des hémorrhagies et parfois une surexcitation générale de l'organisme, portée jusqu’à une lièvre véritable : tous ces phénomènes sont consécutifs a une augmentation de globules, seul changement que l’analyse aiL démontré dans le sang des pléthoriques, et non à l’accroissement de la proportion de fibrine qui ne varie guère, quoiqu’on ait tant de fois répété le contraire.
Étant écartée cette confusion de la force et de la pléthore, répétons qu une constitution forte correspond au minimum d’imminence morbide; ce qui ira- j duit celte parole d’Hippocrate déjà citée : « le faible est celui qui se rapproche tl le plus du malade »; le fort est celui qui s’en éloigne le plus.
Faiblesse. — Il ne s’agit pas ici de la débilité produite par la soustraction, l’insuffisance ou l’altération des modificateurs hygiéniques, ni de celle qui i l reconnaît pour cause une irritation localisée, une déperdition matéiielle, > l’énervation musculaire ou cérébro-spinale, etc. C est assez diie que nous j admettons une faiblesse primitive d organisation, et nous allons jusqu a îecou- i naître l’existence d’une asthénie générale consistant dans « une diminution des il actions organiques sans lésion appréciable, antécédente ou concomitante, des i solides ou des liquides » (2); mais généralement les actions organiques ne peu- i vent s’affaiblir sans que l’organisme lui-même ait subi une modification générale qui porte, ou sur l’appareil de l’innervation, ou sur le sang, cet aliment H de tous les tissus. L’étiologie des débilités acquises éclaire loiigine de la fai- | blesse constitutionnelle; quelle que soit leur cause productrice, alimentation malsaine, soustraction du calorique ou de la lumière solaire (Edwards), action d’un milieu humide et froid, etc. , elles se réduisent à ces deux conditions : insuffisance nerveuse, diminution de l’élément globuleux du sang; 1 ineilie du j système musculaire, les troubles divers que manifestent les appareils respiratoire, digestif et circulatoire, les phénomènes de dépression ou de perturbation intellectuelle, sont les effets de l’une et de l’autre de ces deux causes. Est-il donc indifférent qu’un sujet soit issu de parents aflectés de débilité acquise.' Entre II celle-ci et la faiblesse de constitution, qu’y a-t-il ? Une question d héi édité. Le , peuple des grandes villes végète et s’étiole dans une atmosphère humide, chargée d’émanations et presque sans soleil ; de là des générations dépourvues d’énergie vitale ; de là, par un misérable croisement d existences usées, une i descendance imbécile et sans puissance de réaction. La faiblesse, comme la force, est la résultante des actions organiques; celles-ci sont en rapport munie avec les conditions matérielles des solides et des fluides; elle peut exister sans lésion locale, et celle dont l’hygiéniste s’occupe est, en effet, indépendante des altérations circonscrites dans un viscère, dans un organe; mais elle dépend
(1) Andral, loc. cit., p. 43.
(2) Littré, Dictionnaire de médecine, t. I, p. 247.
privée] RAPPORTS DE D’IMMINENCE MORBIDE AVEC LA CONSTITUTION. 243
d’un état général et originaire de l’économie; elle ne se caractérise point par la proportion de développement et d’activité d’une partie; elle ressort de l’ensemble et se juge par l’étendue, la persévérance et l’intensité de la réaction organique. Suivant l’expression de Brown, elle crée l’opportunité des maladies et favorise particulièrement leur invasion sous la forme chronique; elle dispose aux affections cachectiques; elle modifie l’allure des maladies aiguës ellesmêmes, en diminuant les phénomènes de réaction, comme on le voit chez les entants débiles et chez les vieillards. Les individus de complexion faible sont condamnés à des précautions de toute espèce : vulnérables à toutes les influences du dehors, leur existence est une lutte et presque un artifice; ils sont réduits à vivic en serre chaude. Ils ne peuvent supporter les modifications hygiéniques au delà d une stricte mesure; encore moins savent-ils en braver les vicissitudes. S ils durent, et l’on en voit en effet qui atteignent la longévité, c est grâce aux soins minutieux dont ils s'entourent; comme les avares, ils couvent leur trésor, c’est-à-dire le peu de vitalité qui leur est échue, et ne la dépensent qu’en petite monnaie.
2" Forme générale. — Obésité. — Chez un homme adulte et d’une corpulence ordinaire, la graisse est au poids total du corps comme 1 esta 20. Au delà de cette proportion, la santé subsiste encore; mais, quoiqu’il soit impossible de préciser par des chiffres les limites de l’obésité physiologique, l’accumulation de la graisse dans le tissu cellulaire finit par déranger plusieurs fonctions, et rend les autres précaires. Il en est toujours ainsi quand la graisse vient a former, comme on l’a vu, la moitié ou même les trois cinquièmes du poids total du corps. On a vu des individus, ensevelis dans la graisse, peser 400 et bOO livres, et même 800 livres. Raige-Delorme a recherché quelques faits curieux de cette nature dans les auteurs qui ont écrit sur la polysareie( ). Percy et Laurent (2) rapportent l’exemple d’une jeune Allemande que on voyait a Paris, et qui, à l’àge de vingt ans, pesait 400 livres. On montre souvent dans les grandes villes, moyennant rétribution, de ces monstres d obésité. Kastner et Bengenberg citent des enfants de quatre ans qui pe-
! î!n 82 Gtn137 hvres; Barlh°liQ mentionne un enfant qui, à dix ans, pesait t. livres. Dupuy.ren (3) a publié l’histoire détaillée d’une femme qui avait a pieds 2 pouces de circonférence à l’ombilic, 5 pieds 1 pouce de stature; ses mamelles avaient 28 pouces de circonférence à la base, 10 pouces de longueur e pendaient jusqu’à l’ombilic. La polvsarcie est presque toujours générale-
ratsse abonde dans le tissu cellulaire des joues, du menton, du cou dû
Ventre’ tles mernb|,es ; elle manque aux paupières, aux régions
en ^ ouchlTd 1 a" P n'V moi,1S.épai8sesous ,es Névroses, elle s’accumule couches denses sur le péritoine, les épiploons, entre la plèvre et les parois
(1) Raige-Delorae, Dictionnaire de médecine, t. XXV, p. 557.
(2) Bercy et Laurent, Dictionnaire des sciences médicales.
! Bupuytren, Jour nat de médecine de Corvisart, Leroux et Boyer , t. XII, p. 262.
I>E L’IMMINENCE MORBIDE
[hygiène
thoraciques, à la base et à la surface du cœur, à l’origine des gros vaisseaux. Dupuylren n’en a trouvé ni dans le crâne, ni sous 1 aponévrose épicranienne, ni au péricarde; il n’a constaté la conversion graisseuse d aucun organe (I).
La peau conserve l’impression du doigt, les traits du visage sont noyés, le menton et le cou masqués par des replis géminés; le thorax est éciasé et diminué de hauteur par l’ampliation de l’abdomen ; les poumons, comprimés, ont moins de volume que chez les sujets maigres; le cœur, enveloppé de couches solides de graisse, est en général moins volumineux ; le foie, augmente dans toutes ses proportions, laisse suinter par la pression une graisse fluide, mêlée d’une bile claire ; la vésicule biliaire est dilatée par le fluide peu coloré qu’elle contient ; la capacité de l’estomac est agrandie, sa tunique musculeuse très-développée; le pancréas, cerné de graisse, est volumineux, le mésentère surchargé de graisse, les reins petits et enfouis dans la graisse, la vessie petite et contractée. Les personnes d’une obésité considérable ont les mouvements difficiles, roides, embarrassés, ce qui donne à leur démarche un caractère particulier ; elles se plaignent d’une sensation générale de pesanteur, s’essoufflent au moindre exercice, leur capacité pulmonaire vitale est diminuée (AN intrich); elles versent par la transpiration une matière abondante et d une odeur oléagineuse; leur digestion est très-active, et c’est peut-être la seule de leurs fonctions qui s’accomplisse avec une certaine énergie; encore tombent-elles, après leur repas, dans une somnolence qui augmente leur torpeur habituelle; elles éprouvent peu d’appétit vénérien, et n’ont qu’une très-médiocre activité des organes génitaux. Chez les femmes obèses, il est rare que la menstruation ne soit point troublée. Enfin, la puissance intellectuelle se proportionne a celle existence végétative du corps. Le tableau que nous venons de rappeler n a qu’une vérité relative : tel individu s’accommode d’un embonpoint qui générait les fonctions d’un autre. Le célèbre historien Hume avait acquis un embonpoint excessif. Pompée, au rapport des historiens, était dans le meme cas- et l’on sait que ni la dévorante activité du génie, ni les émotions d une carrière unique dans l’histoire, ni le culte de la sobriété, n’ont préserve
Napoléon d’une certaine rotondité de formes.
L’obésité se montre normalement à deux époques de la vie, dans 1 enfance et vers la quarantième année, c’est-à-dire avant la puberté et à l’epoque ou l’activité sexuelle diminue; la ménopause marque, pour un grand nombre de femmes, une période d’exubérance graisseuse ; les castrats grossissent promptement.’ On voit des enfants surchargés de graisses, gonflés de fluides blancs; cet excès de volume tombe plus tard ou se maintient, et, dans ce dernier cas, il caractérise la constitution. La plupart des individus remarquables par les proportions de leur embonpoint l’ont présenté dès leur bas âge. Lcui temp rament lymphatique y prédispose, ainsi qu’une nourriture succulente et la vie
( l) Sur les divers degrés et effets de l’accumulation et de la métamorphose graisseuses, voyez Virchow, op. cit 15° leçon.
privée] RAPPORTS DR L’IMMINENCE MORRIDE AVEC LA CONSTITUTION. 245
sédentaire : ce qui nous explique, d’une part, la florissante corpulence des bouchers, des charcutiers, des gastronomes ; d’autre part, la plus grande fréquence de l’embonpoint chez les femmes, notamment en Orient, où l’apathie morale et une nourriture féculente s’ajoutent aux conséquences de la réclusion. L’équitation modérée produit, dit-on, le même effet; mais si l’on remarque la réplétion des cellules graisseuses chez les officiers de cavalerie et même chez les simples cavaliers, on doit tenir compte du bon régime qu’ils suivent et de l’absence totale de soucis et de préoccupations intellectuelles. Cette dernière condition est, sans contredit, l’une des plus favorables à l’essor de l’embonpoinL dans l’espèce humaine ; il faut y joindre le repos absolu, un régime doux et féculent, le séjour dans un air humide : c’est par ces derniers moyens, et de plus par la castration, que l’on développe chez les animaux réservés à nos tables une chair plus savoureuse, plus tendre, plus fine, parce qu’elle est infiltrée de graisse. — Toutefois il est d’observation que souvent la réunion de plusieurs des influences précitées ne suffit pas pour corriger la maigreur primordiale ; d’un autre côté, l’obésité résiste dans la majorité des cas à l’emploi persévérant et combiné de toutes les influences contraires à celles qui paraissent la favoriser; d’où il résulte que, bien qu’elle se développe accidentellement dans certaines circonstances, elle dépend ordinairement de la constitution et participe à sa pérennité; elle peut même être congénitale. On la voit se produire au sein de la misère et des privations. Les Anglais qui, suivant la remarque de Buffon, offrent les exemples d’obésité les plus notables, ne doivent pas exclusivement cet inconvénient à leur régime diététique et .à leur genre de vie ; et c’est avec raison qu 'Isidore Geoffroy Saint- Hilaire y voit une suite probable des conditions spéciales de leur tempérament (IJ.
Hippocrate a dit : « Les corps naturellement replets sont plus exposés aux morts subites que les corps grêles [‘1). » La sagacité de l’observation antique reçoit encore ici sa confirmation des faits; la respiration et la circulation sont habituellement gênées chez les obèses, par le refoulement du diaphragme, par ia diminution de la capacité thoracique, par la déposition graisseuse qui s’opère sur le cœur, souvent par la dégénérescence graisseuse des parois artérielles; de là une tendance congestionnelle vers les organes de la poitrine et de la tête, une prédisposition à l’anévrysme, à l’apoplexie cérébrale et pulmonaire. Peutêtre l’essoufflement habituel des gens obèses lient- il aux conditions mêmes qui délei minent la formation de la graisse; la première de ces conditions semble être l insuffisance de l’hématose. D’après Liebig (3) , la formation de la graisse, analogue à certaines décompositions qui s’accompagnent d’un dégagement d’oxygène, fournit à ^économie une certaine portion de l’oxygène nécessaire aux fonctions vitales, et cela toutes les fois que l’oxygène absorbé par la peau
(1) Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, Uist. générale et particulière des anomalies. Paris 1832, t. I, p. 264.
(?) Hippocrale, Aphorismes , 44, sect. n.
(3) Liebig, Chimie organique appliquée à la physiologie , etc., 1842, p. 101.
246 DE L'IMMINENCE MORBIDE. [hygiène
et le poumon est insuffisant pour transformer en acide carbonique le carbone , destiné à cette combustion; il ajoute : « Il se forme de la graisse chez un animal toutes les fois qu’il y a disproportion entre le carbone introduit dans l’économie et l’oxygène absorbé ; l’oxygène se sépare alors par la métamorphose de certaines substances, et cet oxygène est rejeté du corps à l’état d’acide carbonique et d’eau. La chaleur qui accompagne celle fonction contribue à maintenir la température du corps dans un état constant Lorsque l’éco-
nomie crée de la graisse, elle se procure elle-même le moyen de suppléer au manque d’oxvgène et de chaleur nécessaire aux fonctions vitales. » Il résulte de là que, chez toute personne chargée de graisse, on peut affirmer la faiblesse de l’hématose, la prédominance du sang noir sur le sang rouge ; et cette conclusion des recherches les plus récentes de la chimie est généralement confirmée par l’observation médicale. L’assertion de Morgagni paraît moins exacte :
« Obesn corpora minus pleuritidi et peripneumonice sunt obnoxia (1). » Moins de puissance réactionnelle rend plus dangereuses aux obèses la plupart de leurs maladies, et la difficulté avec laquelle s’exercent chez eux la plupart des fonctions précipite les complications.
L’obésité entraîne assez d’inconvénients, et quand elle s’exagère, assez de périls pour que l’on songe à l’arrêter dès ses commencements; plus tard on la combattra vainement. Fonssagrives recommande l’emploi de la diète végétale et des purgatifs (2) ; mais il ne cite aucun fait à l’appui de ce conseil. Un régime composé de végétaux, de viande maigre et de fruits bien mûrs, l’exclusion de corps gras (gras de viande, beurre, huile, lait) ; un usage trèsrestreint des matières sucrées, amylacées et. des alcooliques; la réduction graduelle de la ration quotidienne jusqu’à la limite au-dessous de laquelle on ne se sent plus restauré, la précaution persévérante de quitter la table avec la sensation de l’appétit non satisfait; le moins de boissons aqueuses que possible; l’exercice à pied poussé jusqu’à la fatigue et surtout à jeun, l'escrime, la gymnastique: des bains de propreté seulement avec ISO à 200 grammes de sous-carbonate de soude, les sudations hydrothérapiques, moins de sommeil et de séjour au lit (6 à 7 heures) : l’hvgiène n’offre que ces moyens, dont l’insuffisance s’explique par le caractère primordial de l’obésité et n’est point corrigée par l’emploi des remèdes souvent préconisés. INous n’exceptons guère de notre incrédulité le bicarbonate de soude que Roche propose à l’expérimentation sur la foi d’un fait unique, ni le Ninaigrc ni le savon : nous avons observé des irritations gastriques produites par le vinaigre dont usaient secrètement de jeunes personnes dans le but de réduire une précoce exubérance de formes. Des pesées périodiques seront utiles pour constater les effets du traitement hygiénique; l’obèse doit arriver à perdre de
(1) Morgagni, De sedibus et causis morborum , epist. xx, art. 10.
(2) Fonssagrives, Hygiène alimentaire des malades , des convalescents et des valétudinaires, 1861, p. 580.