‹ Traité d'hygène publique et privéeChapitre 67 sur 181 · ÉLECTRICITÉ · texte numérisé non relu

ÉLECTRICITÉ

physiques et vitaux, lesquels varient avec la nature du corps sidéré; elle transporte à une certaine distance des corps mauvais conducteurs d’une masse considérable, tels que des pans de mur; elle enflamme, elle carbonise des matières combustibles, toutefois elle n’a jamais opéré la fusion de substances métalliques d’une certaine épaisseur. Bonpland et de flumboldt sur les Cordillères, et de Saussure au mont Blanc, ont constaté les vitrifications qui résultent de son action sur les roches. Un jour la foudre jaillit dans une salle de prison, et, parmi vingt détenus, elle va frapper un chef de brigands serré à la taille par une chaîne de fer (Arago).

Beaucoup de circonstances sont considérées, les unes avec raison, les autres à tort, comme propres à augmenter ou à diminuer pour l’homme le danger de la fulguration. L’opinion populaire attribue aux décharges d’artillerie le pouvoir de dissiper les orages : l’observation des effets produits de 1816 à 18.35 sur l’atmosphère par le polygone de Vincennes a conduit Arago à cette conclusion, que les plus fortes détonations de canon ont plutôt pour effet de condenser et de retenir les nuages que de les propulser et de les disséminer. Plusieurs physiciens, notamment Yolta, admettent que de grands feux, allumés en plein air, peuvent soustraire aux nuages une grande quantité de leur matière fulminante. On remarque en Angleterre que les orages sont plus fréquents dans les comtés agricoles que dans ceux où une multitude de hauts

fourneaux et d’usines versent jour et nuit des torrents de flammes dans l’air; mais les gisements métallifères qui occupent le sol de ces mêmes contrées n’expliquent-ils pas la rareté des orages? Question d’un grand intérêt, et qui n’est pas résolue. Les cavernes, les souterrains ne mettent pas à l’abri de la foudre, comme le croyaient les anciens. A quelle profondeur dans le sol seraiton assuré d échapper aux foudres descendantes et aux chocs en retour? Nul ne le sait, répond Arago. Quelques faits portent à supposer que la nature de certains vêtements, par exemple la soie, la laine, le taffetas ciré, les rend moins perméables à la foudre. Le verre n’en préserve point; elle attaque souvent les ornements métalliques, bagues, bracelets, chaînes, chez ceux qu’elle frappe. Les arbres l’attirent, sans distinction cl’essences. Si elle tombe sur une lile cl’hommes ou d’animaux disposés en ligne droite ou le long d’une courbe non fermée, c’est aux extrémités de la série que ses coups seraient le plus à redouter ; mais Sestier a réfuté cette opinion d’Arago par la discussion des faits a egués (1). Les agglomérations d’hommes ou d’animaux augmentent le péril, parce que la matière conductrice qu’elles représentent acquiert plus de masse eu c volume et que leur transpiration pulmonaire et cutanée donne lieu à une colonne ascendante de vapeur qui rend l’air plus apte à transmettre la foudre et la dirige vers le lieu d’où elle émane. C’est aussi ce courant d’air humide par évaporation qui appelle plus fréquemment les décharges de l’électricité atmosphérique sur les granges gorgées de grains ou de fourrages. Pour Arago

(1) Sestier, op. ait., I. 11, p. 313.

a. lévy. Hygiène, 5“ édit.

306 DES MODIFICATEURS. — CIRCUMFUSA. [hygiène

le danger de sonner les cloches n’est point démontré; la foudre tombe sur les ' . sommets, et les cloches étant contenues dans les llèches ou tourelles des . églises, on comprend la fréquence des sidérations qui les atteignent. La corde i plus ou moins humide qu’agile le sonneur conduit jusqu’à lui le tonnerre. Il discute aussi le péril qu’il y aurait à courir, à marcher contre le vent, à établir des courants d’air pendant l’orage; l’atmosphère oppose une certaine résistance au passage de la matière électrique en feu, voilà le seul fait vrai; par conséquent, tout ce qui diminue la densité de l’air facilite les explosions de la foudre.

Franklin recommande à ceux qui redoutent la foudre : 1° de s’éloigner des cheminées, la suie comme les métaux ayant la propriété de l’attirer;

2° d’éviter le voisinage ou le contact des métaux, des glaces, des dorures, des cloches et de leurs cordes, d’ôter les ornements métalliques qu’ils ont sur eux;

3° de ne point se placer sous un lustre, sous un objet quelconque de métal, sous un arbre, sous un objet élevé quelconque; k° d’interposer entre eux et la terre un corps mauvais conducteur; 5° de diminuer autant que possible les points de contact avec le sol et les murs. Un hamac de soie dans un vaste local est probablement le plus sûr refuge contre les risques de la fulguration.

Le paratonnerre, trop peu appliqué aux habitations privées et même aux édifices publics, dispense de toutes les précautions personnelles; il résume la prophylaxie contre l’électricité atmosphérique. Nous renvoyons aux traités de physique et à l’instruction rédigée par une commission de l’Institut (1) pour les règles relatives à sa construction.

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