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PRÉSERVATION DU MAITRE CONTRE LES MALADIES

sa disposition une armoire dans laquelle il peut laisser ses vêtements pendant la classe ; cette installation comporte aussi un lavabo qui permet au maître de prendre des soins de toilette avant de rentrer chez lui.

En classe, où le maître séjourne un temps prolongé, six heures environ pour les écoles primaires, le maître souffre de toutes les failles d'hygiène que nous avons signalées ailleurs : le défaut de lumière, le défaut de ventilation, la poussière, l'excès de chauffage, sont autant de causes nocives, qui peuvent grandement influer sur la santé du maître.

Nous ne reviendrons pas ici sur les détails que nous avons fournis dans la première partie de ce traité sur l'éclairage, sur le chauffage et sur la ventilation des salles de classes; mais nous remarquerons que le maître qui vivra des années dans les locaux scolaires pourra souffrir plus que les enfants des mauvaises conditions d'installation hygiénique de ces locaux. Rappelons seulement la rapidité avec laquelle l'atmosphère des salles de classe devient confinée par excès de proportion d'acide carbonique et même d'oxyde de carbone; rappelons aussi l'absence à peu près complète de moyen de ventilation dans nos écoles les plus modernes : cette privation d'air frais et cette lente intoxication par l'absorption en quantité exagérée d'acide carbonique et de produits toxiques provenant de l'expiration pulmonaire jouent un rôle important dans la pathologie professionnelle des maîtres; il faut lui attribuer une grande part dans l'apparition des accidents pulmonaires et nerveux.

Les mauvaises conditions d'éclairage sont évidemment une cause de fatigue pour la vision des maîtres : l'effort qu'ils ont à accomplir pour voir distinctement leurs élèves, surtout quand les classes doivent être éclairées d'une façon artificielle, est une nouvelle cause de fatigue nerveuse qui vient s'ajouter aux causes du surmenage.

Les classes trop nombreuses, dans lesquelles, en dépit des règlements, sont accumulés jusqu'à soixante-dix ou soixante-quinze élèves, sont, pour le maître, une cause de surmenage et de fatigue mon seulement la surveillance et les efforts de toutes sortes sont augmentés en proportion du nombre des élèves, mais encore les conditions d'existence dans un milieu aussi surpeuplé sont complètement en opposition avec les règles élémentaires de l'hygiène; dans ces classes encombrées, l'air est rapidement vicié et chargé de poussières ; le bruit est inévitable, et le maître, pour se faire entendre, ou pour surveiller tous les enfants, doit fournir un effort constant de l'attention, de la vue et de l'audition.

Le maître, nous l'avons vu, se trouve rarement dans des conditions telles qu'il puisse contracter les maladies contagieuses apportées à l'école par les élèves. Mais on peut admettre que le maître sert, dans quelques cas, de véhicule aux germes morbides qu'il peut transpor-

ter soit chez un autre élève, soit dans sa propre famille. D'autre p;nl, le maître peut apporter à l'école la contagion d'une maladie existant dans sa famille. S'il agit d'une école de ville, dans laquelle le maître n'est pas logé, la contagion ne pourrait guère se produire à l'école que si le maître n'observait aucune précaution d'hygiène; mais, s'il s'agit d'une école de campagne où l'enfant malade loge dans l'école elle-même, il faudra redoubler de précautions pour éviter la propagation de la maladie : le petit malade devra être sévèrement isolé ; son linge et les objets usuels resteront dans sa chambre ou seront stérilisés avant d'en sortir; il ne sera approché que par une seule personne; et, s'il ne peut être soigné que par son père ou par sa mère, obligés en même temps de continuer leur enseignement, ceux-ci devrontehanger de vêtements et prendre toutes les précautions nécessaires pour éviter d'apporter la contagion dans la classe.

Pendant les récréations, le maître reste la plupart du temps inactif ; dans les grandes écoles, un seul maître s'occupe de la surveillance des enfants: pendant ce temps, ses collègues restent dans leur classe ou se réunissent dans quelque partie de l'école pour travailler ou pour causer. Il y aurait pour les maîtres une habitude extrêmement avantageuse à prendre: ce serait de participer de façon effective aux ébats de leurs élèves : en consacrant le moment de la récréation aux exercices corporels, les maîtres activeraient leurs échanges nutritifs et, en particulier, leur respiration : ils se débarrasseraient en quelque sorte, en activant leurs échanges respiratoires et leur circulation, des produits nocifs qu'ils ont accumulés dans leur organisme pendant leur heure de classe.

A ces causes multiples de surmenage physique et intellectuel rencontrées par le maître à l'école, viennent s'ajouter les fautes d'hygiène qu'il commet habituellement dans sa vie privée. Dans les grandes villes, les conditions de logement sont souvent défectueuses; les appartements sont mal aérés et mal éclairés; dans une atmosphère souvent plus confinée encore que celle de la classe, le maître aura à corriger les devoirs des élèves ou à travailler pour son propre compte : préparation d'examens ou travaux extraprofessionnels qu'il est souvent obligé d'entreprendre pour compléter l'insuffisance de son traitement, surtout s'il se trouve chargé de famille.

L'alimentation est souvent trop hâtive au repas de midi, à cause du peu de temps dont dispose le maître à cette heure dô la journée, surtout s'il habite loin de l'école. Gomme tous les sédentaires, les professeurs devront avoir soin de faire une large place dans leur alimentation aux hydrocarbonés, aux légumes verts et aux fruits : le ralentissement de leurs échanges nutritifs les amène vite, s'ils ont une ration azotée trop abondante, aux diverses manifestations de l'arthritisme.

Les jours de repos et les vacances doivent être employés à développer l'activité physique, qui fait à peu près complètement défaut pendant les jours de la semaine. La vie en pleine campagne, la marche, le canotage, la natation, seront recommandés, et il est certain que ce changement dans les habitudes de vie physique serait une des meilleures garanties pour le maître de conserver la santé dont il a besoin.

LES MALADIES PROFESSIONNELLES DES MAITRES. — Nous limiterons volontairement cette étude aux maladies que les statistiques nous montrent particulièrement fréquentes dans le corps enseignant : la tuberculose, les affections laryngées, les troubles nerveux. A propos de chacune de ces maladies, nous indiquerons les esures prophylactiques qu'il convient d'employer en faveur du corps enseignant.

Tuberculose. — La fréquence de la tuberculose chez les maîtres est considérable, bien qu'elle n'atteigne pas la proportion indiquée jadis par Brouardel; pour ce dernier, le nombre des maîtres tuberculeux atteindrait le cinquième de leur total, tout au moins à Paris et dans les grandes villes; d'après le même auteur, dans certains départements, la situation ne serait pas meilleure, et il cite un département de Bretagne où il aurait été impossible de rencontrer un instituteur âgé de plus de quarante ans! A côté de ces chiffres évidemment exagérés, il faut placer ceux apportés au IIe Congrès d'hygiène scolaire, en particulier par M. Delobel : certains auteurs affirmaient que la proportion de la tuberculose chez les maîtres ne dépassait pas 2 p. 100. D'après M. Leune, sous-directeur de renseignement du département de la Seine, qui s'est vivement intéressé à la lutte antituberculeuse dans le corps enseignant, il y aurait 4 p. 100 de tuberculose chez les instituteurs. Ce dernier chiffre nous parait répondre à la réalité des faits.

Dans l'enseignement secondaire, nous manquons de statistiques nous permettant d'évaluer la fréquence de la tuberculose chez les maîtres; le Dr Nobécourt a rapporté au IIIe Congrès d'hygiène scolaire la statistique de la tuberculose à l'école normale supérieure ; le nombre des cas serait de 5,77 p. 100.

En Angleterre, d'après le rapport de Williamson, au IIe Congrès d'hygiène scolaire, il y eut, sur 1 194 décès, 244 cas attribuabies à la tuberculose, ce qui représente environ 20 p. 100 de mortalité par tuberculose.

Dans toutes ces évaluations, il règne une cause de grande incertitude à cause de la différence des méthodes d'examen employées par les divers auteurs; les uns ne considèrent que les cas de tuberculose confirmée, tandis que les autres font rentrer dans leurs statistiques les cas de tuberculose à la période de germination.

Une autre grave cause d'erreurs réside dans ce l'ail que beaucoup

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d'instituteurs et d'institutrices ont intérêt à cacher leur maladie. Il est vrai que, chez beaucoup d'entre eux, la tuberculose peut évoluer sans amener de troubles considérables de la santé générale et en permettant un exercice à peu près normal de la profession : nous pourrions citer les cas d'un instituteur atteint d'hémoptysie en pleine classe, celui d'un professeur de lycée continuant à enseigner jusqu'à la période ultime de sa tuberculose, celui aussi d'un professeur de travaux manuels mort cachectique tuberculeux deux mois seulement après avoir cessé son enseignement; quels dangers ont pu faire courir tous ces maîtres à leurs élèves pendant la longue période de temps où ils ont fait leurs classes porteurs de lésions contagieuses!

Pour éviter ce grave danger, il faudrait que les maîtres puissent être soumis régulièrement, deux fois par an par exemple, à un examen de santé obligatoire : cette manière de procéder est la seule qui permette de dépister le début d'évolution d'une tuberculose.

Il faudrait, d'autre part, que le maître retiré de l'enseignement puisse avoir le moyen de se soigner grâce à des secours beaucoup plus prolongés que ceux qui lui sont alloués à l'heure actuelle. Nous reviendrons sur ce sujet un peu plus loin en étudiant les mesures de prophylaxie antituberculeuses en faveur du corps enseignant.

La fréquence de la tuberculose chez les maîtres est donc indiscutable, bien que les chiffres qu'on puisse apporter comme preuves soient, comme toutes les statistiques, sujets à controverse.

Quelles sont donc les causes qui déterminent si fréquemment la tuberculose chez les maîtres? On peut les ranger en trois catégories différentes :

1° Les causes extérieures, tenant au défaut d'hygiène des locaux dans lesquels les maîtres exercent leur profession;

2° Les causes purement professionnelles et, en particulier, la fatigue de la voix;

3° Les causes personnelles, c'est-à-dire les prédispositions que trop de maîtres apportent avec eux avant même d'avoir débuté dans leur carrière; c'est souvent au moment de la seconde enfance et au moment de la puberté, quand les jeunes gens sont soumis au surmenage qui accompagne la préparation aux examens, que se fait l'ensemencement bacillaire.

Parmi les causes extérieures prédisposantes, nous avons déjà cité les conditions de confinement qui se retrouvent trop souvent dans les classes surpeuplées : la respiration s'y fait mal, l'hématose y est défectueuse. L'inhalation des poussières dont est chargé l'air de la classe est une cause de fatigue pour l'appareil respiratoire; de plus, ces poussières peuvent être bacillifères, si quelque porteur de tuberculose ouverte a séjourné dans l'école; nous savons déjà que les écoliers eux-mêmes sont très rarement atteints de tuberculose

ouverte; malheureusement l'école, dans nos grandes villes surtout, est fréquentée par bien d'autres personnes que les écoliers euxmêmes; elle sert de lieu de réunion aux œuvres post-scolaires; elle est utilisée pour des cours d'adultes, pour des conférences populaires, pour des réunions publiques, pour des cantonnements de troupes. Nous avons pu trouver, dans un préau d'école parisienne au lendemain d'une réunion électorale, de nombreux crachats bacillifères : il y a là un danger sur lequel il n'est pas besoin d'insister davantage.

La seconde catégorie de causes prédisposantes, que nous avons appelées causes professionnelles, comprend surtout le surmenage général auquel est soumis l'instituteur, et la fatigue de la voix qui prédispose le larynx aux localisations bacillaires.

Le surmenage général résulte de le préparation des concours, des examens, et de l'accumulation des besognes accessoires dont se charge souvent l'instituteur : leçons particulières, secrétariat de mairie, œuvres post-scolaires, conférences, etc.

Quant à la fatigue de la voix, nous l'étudierons spécialement dans un prochain chapitre.

Les causes prédisposantes personnelles seraient en grande partie évitées si l'examen à l'entrée des écoles normales était plus sévère, et si l'on y tenait un compte plus grand de l'hérédité ou des affections antérieures des candidats; il importe que la carrière de l'enseignement ne soit pas le refuge des débiles; il faut, au contraire, que les jeunes gens qui s'y destinent sachent qu'ils entreprennent une carrière fatigante pour laquelle une excellente santé est nécessaire. C'est souvent à la fin de la période de croissance, pendant le séjour à l'école normale, que la tuberculose se développe chez les jeunes gens : ces adolescents sont fréquemment porteurs d'adénopathies trachéobronchiques, datant de l'enfance, et qui restent latentes tant que n'interviennent pas de causes de surmenage amenant une dépression générale de l'organisme. Nous citerons ici le cas de cette école normale où, sur 264 élèves, entre 1886 et 1896, on a observé 35 décès par tuberculose. On est obligé d'admettre que les mesures de désinfection ne furent pas suffisamment prises après le départ des élèves malades. C'est ainsi que, dans la même chambre d'une autre école normale de province, trois élèves purent successivement être frappés de tuberculose.

Pour éviter des résultats aussi lamentables, il serait également désirable que les candidats aux écoles normales, porteurs d'adénopalhies trachéobronchiques évidentes et présentant en même temps certaines tares physiques (thorax étroit, dos rond, poids insuffisant . ne soient pas admis à la carrière de renseignement, où ils rencontreraient de trop grands risques d'aggraver leur tuberculose latente.

Le diagnostic et la prophylaxie de la tuberculose chez les

maîtres.-- Ce sont deux des points qui intéressent le plus la médecine scolaire.

La première des mesures de prophylaxie consiste à dépister la tuberculose chez le candidat à l'enseignement.

Il serait important de donner aux médecins chargés de l'examen de ces candidats des indications très précises sur le diagnostic de la tuberculose au début, et môme de la tuberculose latente. L'appréciation personnelle joue un rôle trop important encore dans les décisions prises, quelques médecins laissant passer des cas manifestement douteux et cerlains autres étant d'une sévérité évidemment exagérée.

Pendant leur vie active d'enseignement, les maîtres ne sont soumis à aucun examen sanitaire régulier : un maître supposé tuberculeux ne peut être examiné que s'il le demande; ce maître, il est vrai, pourrait être dénoncé comme suspect par un de ses collègues ou de ses supérieurs hiérarchiques; cette dénonciation répugnera toujours à notre caractère et aux habitudes de camaraderie du corps enseignant : elle serait d'aulant plus inique qu'elle risquerait souvent de porter à faux. Une mesure autrement efficace serait Y examen semestriel obligatoire de tous les maîtres ; cet examen serait également profitable à la santé des enfants et à celle des maîtres eux-mêmes; il pourrait d'ailleurs être fait à la fois par le médecin scolaire ou tel autre médecin désigné par l'administration, et par le médecin traitant habituel de l'instituteur.

Cet examen régulier nous apparaît d'autant plus urgent que certains maîtres peuvent être porteurs de lésions contagieuses et se croire parfaitement sains. Combien de fois n'avons-nous pas vu, dans les familles, des institutrices ou même des proches parentes apporter à des enfants les germes tuberculeux qu'on n'aurait jamais supposé pouvoir exister chez des sujets aussi sains d'apparence! Il en est de même chez les professeurs: ils peuvent, avec un état général excellent, en dehors de toute maladie grave antérieure, présenter une sorte de catarrhe bronchique qui dissimule des lésions de tuberculose ouverte : M. Hirtz a insisté récemment encore sur le danger présenté par certains emphysémateux dont les lésions bronchitiques banales dissimulaient des lésions tuberculeuses au plus haut point contagieuses. Pour préserver les écoliers de ces maîtres tuberculeux sans le savoir et, en quelque sorte, insoupçonnables, il n'y a pas d'autres moyens qu'un examen sanitaire régulier et obligatoire.

Le maître reconnu atteint de tuberculose doit être mis en possession de moyens suffisants pour se soigner . Jusqu'ici, les secours apportés au maître atteint de tuberculose ont été tout à fait insuffisants : en effet, la loi n'accorde au maître malade que trois mois de traitement complet, puis trois mois de traitement aux deux tiers (quelquefois portés

à six mois); dans quelques cas exceptionnels, dans le département delà Seine, le traitement complet des instituteurs avait pu être maintenu pendant deux ou trois ans, sous forme de secours répétés. Quand la maladie était contractée dans l'excercice des fontions, preuve difficile à faire pour la tuberculose, la loi accordait la retraite proportionnelle.

Un projet de loi a été récemment déposé par M. Klotz en vue de l'amélioration de la condition des fonctionnaires de l'État atteints de tuberculose; cette nouvelle loi donnerait aux maîtres la facilité de se soigner un temps suffisant, et nous devons vivement souhaiter la voir aboutir; elle reproduit d'ailleurs, dans ses lignes générales, les propositions de la « Commission permanente de la tuberculose » ; mais elle n'impose pas V « obligation générale et absolue d'un examen médical périodique. Elle s'en est remise, à cet égard, aux règlements d'administration publique qui fixeront les conditions d'application de la loi ». A défaut d'examen obligatoire et périodique, il est bien certain, nous l'avons dit déjà, que de nombreux cas de tuberculose resteront ignorés, avec tous les risques que comporte la vie en commun de porteurs de tuberculoses ouvertes.

Voici l'article de ce projet de loi, où sont précisées les conditions spéciales dont jouiraient les maîtres tuberculeux :

« Art. 2. — Les fonctionnaires et agents rétribués par l'Etat reconnus atteints, pendant le cours de leurs fonctions, de tuberculose des voies respiratoires peuvent être mis en congé spécial avec l'intégralité de leur traitement pendant une durée de six mois.

« Si, passé ce délai, ils ne sont pas reconnus en état de reprendre leur service, ils peuvent être maintenus en congé pendant quatre ans et demi au plus. Au cours de cette période, ils reçoivent les deux tiers du traitement d'activité sans que cette allocation puisse excéder 200 francs par mois, ni être inférieure à 100 francs, à moins cependant que le traitement d'activité n'atteigne pas ce dernier chiffre, auquel cas il n'est fait aucune réduction.

« Les agents mis en congé en vertu des dispositions précédentes continuent à acquérir les droits à pension.

« A l'expiration des cinq années de congé spécial rétribué, les agents qui ne sont pas reconnus en état de reprendre leur service sont placés dans la position de congé sans traitement.

« Les dispositions du présent article peuvent être appliquées d'office. »

C'est donc pendant un total de cinq années que cette loi permettrait auxmaîtresdesoignerleur tuberculose. On peutadmettre que ce délai est suffisant pour permettre la guérison complète des cas curables.

Des œuvres privées, dues à l'initiative de divers groupements d'instituteurs, ont pour but de venir en aide à ceux d'entre eux qui sont touchés par la tuberculose. Ces sociétés antituberculeuses ont créé,

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dans plusieurs départements, et particulièrement dans la Seine, des dispensaires antituberculeux : dans le département de la Seine, les deux tiers environ des instituteurs et institutrices ont adhéré à Gette œuvre de prophylaxie.

Ces divers groupements n'ont pas seulement pour but de mettre à la disposition des maîtres tuberculeux quelques moyens de se soigner; elles s'efforcent également de répandre lesnotions d'hygiène et de lutter par tous les moyens possibles contre la propagation de la tuberculose.

Une mention spéciale doit être faite du sanatorium de Sainte-Feyre (Creuse). Sa fondation est due à l'Union nationale des Société- de secours mutuels et Associations locales d'instituteurs et institutrices; M. Leune, sous-directeur de l'enseignement primaire de la Seine, a pris une part très active à la fondation de ce sanatorium, qui, ouvert depuis septembre 1906, a déjà donné les résultats les plus encourageants : cet établissement comprend 102 chambres; le prix de pension est de 4 francs à 4 fr. 50 par jour; 600 malades ont été reçus depuis la fondation; sur ce nombre, 300 ont retrouvé une santé suffisante pour reprendre leurs fonctions.

Une statistique portant sur les 213 premiers pensionnaires indique qu'à l'heure actuelle 162 sont encore aussi bien portants qu'à leur sortie du sanatorium, 42 ont vu leur état s'aggraver et, sur ces 42, 33 sont décédés; enfin 4,22 p. 100 n'ont pas donné de leurs nouvelles. Ces statistiques donnent donc une proportion de décès assez faible, à peu près 15 p. 100. Le nombre des maîtres ayant pu reprendre leurs fonctions a été de 70 p. 100 environ : il est malheureusement à craindre que, dans ce dernier chiffre, figurent un certain nombre de maîtres dont la guérison était imparfaite et qui ont pu présenter pour leur entourage un vrai danger de contagion, malgré l'apparence excellente de leur état général.

Affections du système nerveux. — Affections organiques. — Les affections organiques du système nerveux sont peut-être plus fréquentes chez les maîtres que dans l'ensemble des autres professions; leur vie sédentaire et surtout leur surmenage intellectuel sont sans doute une cause de prédisposition aux lésions cérébrales ou médullaires (hémorragies, paralysie générale, tabès). Mais cette pathologie ne présente aucun caractère spécial dans le corps enseignant, et nous ne nous y arrêterons pas.

Névroses et troubles fonctionnels. — Les névroses, au contraire, et les divers troubles fonctionnels du système nerveux, sont extrêmement répandus parmi les maîtres; et leur étude mérite une attention spéciale. Le Dr Le Gendre a traité ce sujet avec une compétence toute particulière au Congrès de Nuremberg : nous nous inspirerons ici de cet intéressant travail (1).

(1) Dr P. Le Geivdre, Les névroses clans le milieu scolaire (7er Congrès d'hygiène scolaire, Nuremberg, 1904, et L'hygiène scolaire, juillet 190Î).

Les causes de ces troubles nerveux sont complexes, mais leur analyse permet de reconnaître que, parmi elles, les causes professionnelles se placent au premier rang.

Les causes personnelles sont cependant à retenir : l'hérédité, les maladies antérieures, le défaut d'hygiène dans Tenfance, l'insuffisance du développement physique, créent des prédispositions qui, à la première occasion, favorisent l'apparition des troubles caractérisés. Il est difficile d'admettre, comme cause d'exclusion des écoles normales, ces simples prédispositions, ou cet état de « constitution nerveuse », qui, au surplus, ne sont pas très aisés à reconnaître où à affirmer : et cependant quel service ne rendrait-on pas aux futurs maîtres en leur évitant l'entrée d'une carrière où ils ne rencontreront que des causes d'aggravation de leur état pathologique latent !

« Il y a peu de jeunes gens, dit à ce propos le Dr Le Gendre, qui ne traversent, au cours de leurs études, des périodes d'asthénie, conséquence d'une croissance trop rapide, d'un travail disproportionné à leurs forces. Ces troubles, s'ils sont peu durables et ne récidivent pas, ne sont pas de nature à écarter un candidat au professorat. Mais, quandils'agitdejeunesgensissusdefamillesnévropathiques, précocement atteints de neurasthénie à rechutes fréquentes etprolongées,il n'y a aucun fond à faire sur leur valeur comme éducateurs. Ou bien ils seront incapables, malgré leurs efforts, de donner la somme d'énergie nécessaire à l'enseignement, ou bien, toujours enclins à se plaindre et à se faire plaindre, ils se laisseront aller à prendre pour confidents de leurs innombrables malaises les jeunes gens confiés à leurs soins; aux uns ils paraîtront ridicules, et près de ceux-là perdront toute autorité morale ; aux autres ils suggéreront l'habitude fâcheuse d'analyser incessamment toutes leurs sensations physiques, et les achemineront à leur tour vers la nosomanie et l'hypocondrie. »

Les causes prédisposantes résultent des conditions mêmes dans lesquelles vivent les maîtres: ce que nous avons dit à propos de la tuberculose trouverait encore sa place ici.

On connaît le rôle important que jouent les diverses intoxications dans la genèse des troubles nerveux; comme tous les sédentaires, les maîtres sont exposés à une désassimilation insuffisante, et les intoxications d'origine alimentaire sont favorisées encore par les conditions défectueuses où ils prennent leurs repas; la vie en milieu confiné, l'absorption d'oxyde de carbone ou de quantité exagérée d'acide carbonique, sont également nocives. Citons seulement le tabac et l'alcool, qui sont de vrais poisons du système nerveux.

C'est le travail fourni en classe par le maître qu'il faut surtout incriminer comme cause de surmenage ; à la fatigue normale, due à l'enseignement, vient s'ajouter la tension nerveuse nécessitée par la surveillance d'enfants indisciplinés; dès lors, le maître doit fournir un double effort cérébral, d'abord pour accomplir sa tache d'ensei-

gnement, puis pour maintenir l'ordre dans une classe nombreuse, où quelques agiles suffisent à semer l'indiscipline ; ces enfants turbulents ou inattentifs, paresseux ou instables, sont presque toujours des malades du système nerveux. La peine supportée par le maître en ces circonstances n'est pas sans influence sur sa santé, et son système nerveux à besoin d'être solidement trempé pour résister à cette incessante tension d'esprit.

Le Dr Le Gendre a résumé en quelques mots ces importantes notions d'hygiène pédagogique : « Si les maîtres ne reçoivent qu'exceptionnellement de leurs élèves des contagions morbiliques, ils leur doivent incessamment des impressions d'ordre nerveux, plus souvent, par malheur, pénibles qu'agréables. La connaissance de ces impressions doit être l'objet des préoccupations des pédagogistes. Car les aspirants au professorat seront utilement avertis, dans les écoles normales, du soin avec lequel ils devront se défendre contre les réactions fâcheuses qu'ils pourraient involontairement opposer aux agressions morales conscientes et aux influences nerveuses inconscientes exercées par leurs élèves sur eux. »

Des causes occasionnelles viennent souvent faire éclater la crise préparée par ce surmenage. C'est parfois à la suite d'une maladie aiguë, au cours d'une convalescence, que la dépression nerveuse apparaît, ou que les caractères de la névrose se précisent.

Dans certains cas ce sont des chagrins de famille, la perte d'un enfant, un brusque déplacement, qui viennent rompre l'équilibre psychique à peu près maintenu jusque-là.

Chez la plupart de ces maîtres névrosés, ce sont encore les causes professionnelles qu'il faut incriminer : « disproportion entre les ambitions, secrètement caressées, et la lenteur, l'insignifiance des résultats acquis, les difficultés de l'avancement, la mesquinerie d'une existence où les privations sont incessantes.

u Chez d'autres, c'est la profession même qui engendre la perturbation nerveuse, soit qu'il s'agisse d'une désillusion professionnelle, le jeune maître ayant rencontré, dans la mise en pratique des notions pédagogiques théoriques apprises à l'école normale, des difficultés qu'il ne soupçonnait pas aussi grandes, soit qu'il y ait un excès de travail intellectuel et physique.

« A un degré variable, tous les maîtres connaissent ces périodes de fatigue, qui leur font trouver, à certains moments, le fardeau de la classe trop lourd. C'est surtout à l'approche des examens, quand ils ont dû fournir une somme d'efforts exceptionnelle pour entraîner des élèves fatigués eux-mêmes, que la fatigue se traduit par une irritabilité plus grande, par une vision moins claire du caractère de chaque élève; la discipline paraît plus difficile à obtenir; les explications sont moins lucides.

« Ce qui produit cette fatigue, ce sont les classes trop nombreuses, les programmes trop chargés. La fatigue du maître et celle des élèves s'additionnent; elles mettent en saillie les défauts des uns et des autres ; ils se prennent presque en aversion. La classe, qui était, à une autre époque, sinon un plaisir pour tous, au moins acceptée avec assez d'entrain par la plupart, devient une corvée. Heureusement cette crise de fatigue arrive peu avant l'époque des vacances et de la séparation, et, quand cette heure de délivrance va sonner, de part et d'autre un soulagement se fait sentir: on se pardonne et on se quitte bons amis » (Le Gendre).

Les éléments qui interviennent dans l'apparition de la fatigue nerveuse chez les maîtres sont donc très complexes; sur les causes habituelles de fatigue viennent se greffer les efforts fournis dans quelques circonstances spéciales, examens ou concours ; et les secousses morales subies lors des échecs, les chagrins éprouvés quand l'ambition légitime n'est pas satisfaite, sont peut-être les occasions qui provoquent le plus fréquemment la dépression nerveuse.

Les différentes formes de névroses auxquelles sont exposés les maîtres sont : Yépilepsie, Yhystérie, les tics ; plus fréquentes sont les simples manifestations de dépression nerveuse, et la neurasthénie confirmée ; il faut aussi faire une place aux modifications du caractère, qui, pour n'être pas classées comme troubles pathologiques, n'en apportent pas moins une perturbation de l'équilibre psychique dontrinfluence sur l'éducation des enfants peut être fort regrettable.

L'épilepsie ne peut pas être considérée comme une conséquence directe du surmenage nerveux :de plus, un maître atteint d'épilepsie confirmée ne saurait continuer son enseignement. Mais, dans les formes larvées, sur lesquelles nous avons déjà insisté en étudiant les « écoliers anormaux », la fatigue intellectuelle et le surmenage mental peuvent intervenir pour déterminer les troubles spéciaux à ces cas de maladie latente : les « absences », les impulsions, peuvent se multiplier; ces dernières peuvent aboutir à des actes brutaux ou immoraux; en dehors même de ces conséquences graves, l'épilepsie larvée engendre chez les maîtres un caractère sombre, vindicatif, haineux, qui rend leur enseignement fort pénible, sinon dangereux.

L'hystérie détermine un état mental différent; il peut exister chez les maîtres et surtout chez les maîtresses atteints de cette névrose un ensemble de tares morales et affectives qui présentent les plus grands inconvénients, et souvent les plus grands dangers, pour les enfants confiés à ces « déséquilibrés » ; ceux-ci ont, en effet, perdu toute mesure : ils ont une tendance invincible à exagérer tous les sentiments et toutes les impressions ; les faits les plus ordinaires de l'existence sont interprétés par eux de façon tragique ou romanesque. L'hystérique est un menteur par nécessité, par besoin : il est habituellement imbu d'une dose de vanité telle que ses moindres actions

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le transforment en héros d'aventures extraordinaires; il cherche, et le fait peut être grave, à entraîner à sa suite les enfants qu'on lui confie. Il ne lui suffit pas d'en faire ses confidents, il en veut faire ses compagnons.

L'hystérique a souvent aussi une déviation du sens affectif, et cette déviation peut aboutir à de véritables perversions d'ordre sentimental, que l'on rencontre môme chez les hommes, et qui sont pour les enfants la cause des plus grands dangers. Bon nombre de médecins ont vu des institutrices privées ou publiques, atteintes de pareilles tares nerveuses, causer de véritables malheurs dans les familles où elles avaient pénétré. Les familles ne sauraient être trop prévenues de ces dangers, surtout quand elles ont recours pour l'éducation de leurs enfants à des profosseurs privés, car là le contact est plus immédiat et partant plus dangereux.

Sous le nom de neurasthénie, il faut comprendre des états assez variables du système nerveux, qui ont cependant pour trait commun de produire une fatigue inexplicable, une faiblesse contrastant parfois avec une excellente apparence de santé, et en tout cas une dépression nerveuse qui se traduit par un affaiblissement de la volonté et une inaptitude complète à l'effort.

Innombrables sont donc les modalités sous lesquelles peut se manifester cette dépression; les façons dont on peut devenir neurasthénique sont variables à l'infini, et tout aussi nombreuses sont les « manières d'être » de chacun de ces malades.

Mais leur trait commun, c'est l'incapacité où ils se trouvent de fournir un travail suivi, et la facilité avec laquelle ils traduisent en impressions pénibles les plus simples occupations. La discipline de la classe en souffre ; les enfants sont pour ainsi dire livrés à euxmêmes, et la valeur de leur éducation est nulle.

Les tics, dont l'amélioration ou la guérison exigent un effort et un contrôle permanents de la volonté, s'exagèrent au contraire dès que la fatigue et le surmenage viennent entraver cette action de contrôle. Rien n'est plus déplorable, pour la « tenue » de la classe, qu'un maître liqueur, non pas qu'il perde de ce fait ses qualités d'éducateur, mais parce qu'il devient pour ses élèves un sujet constant de distraction et d'inattention; l'autorité, base de la discipline, n'existe plus.

Le vrai danger des tics réside dans l'instinct d'imitation qui incite les élèves à copier les gestes désordonnés accomplis par le maître : on a vu, clans certaines classes, la plupart des élèves ainsi conlagionnés; nous avons rappelé ces faits en étudiant les maladies nerveuses chez les écoliers.

Les défauts de cabactère sont bien souvent exagérés par la vie à l'école, où les maîtres n'ont que trop souvent l'occasion de s'impatienter et de s'irriter. D'autres fois, ce sont les satisfactions d'amour-

propre qu'un maître ambitieux sera trop enclin à rechercher; dans un cas comme dans l'autre, l'hygiène intellectuelle de la classe aura

à souffrir.

Voici la vivante description que fait le Dr Le Gendre d une classe

menée par un maître trop ambitieux :

« Dès le mois de janvier, s'allume la « fièvre du concours », et les élèves se surmènent; trop souvent les maîtres, loin de les modérer, se laissent entraîner par l'ardeur des candidats et oublient que la prudence commanderait de ménager les forces de cette jeunesse trop confiante en elle-même. D'ailleurs l'amour-propre des maîtres est en jeu aussi, puisque celui dont les élèves triomphent retire de cette victoire un éclat personnel, et c'est souvent le maître lui-même qui stimule sans trêve l'ardeur de son équipe. Il ne songe pas alors que parmi ceux qui gagneront le laurier, il en est qui le paieront d'un épuisement nerveux prolongé ou définitif, et que d'autres, même sans avoir triomphé et pour avoir seulement essayé de le conquérir, trébucheront et tomberont fourbus dans l'arène. »

D'autres défauts de caractère n'ont pas l'excuse de favoriser le travail ou de mener au succès. Il y a des caractères irritables, coléreux; certains maîtres ne peuvent supporter un acte d'indiscipline d'un élève sans immédiatement entrer en fureur.

Il existe chez d'autres une fâcheuse tendance à se croire persécutés • si les enfants chuchotent ou s'ils sont un peu rieurs, ces maîtres croient volontiers que ces risées sont dirigées contre eux. Ils deviennent soupçonneux à l'égard des élèves, et, après avoir cru être persécutés, ils deviennent réellement persécuteurs ; il suint qu'un élève esquisse une mimique incomprise ou glisse quelques mots dans l'oreille de son voisin pour provoquer, chez ce maître susceptible à l'excès, une irritation exagérée, qui l'amène à punir d'une façon trop sévère.

Il existe enfin des maîtres rébarbatifs par principe, outranciers dans leur rigueur, terroriseurs de petits enfants, tandis que d'autres font montre d'une indulgence et d'une mollesse que le prétexte de « bon-garçonnisme » ne suffit pas à excuser.

On pourrait, en cherchant un peu, multiplier les exemples de ces défauts de caractère : chacun d'eux aboutit d'ailleurs au même résultat: il rend l'enseignement plus pénible, et il aggrave les causes de fatigue du maître, tout en donnant à l'élève une déplorable éducation.

Prophylaxie des troubles nerveux chez les maîtres. — fcJle est importante à un double point de vue : elle doit d'abord assurer la protection de leur propre santé, mais aussi sauvegarder la santé morale et intellectuelle des écoliers.

La plupart des troubles que nous venons d'énumérer ne présentent pas, par eux-mêmes, de gravité bien considérable; et, si nous devons

retenir que la vie scolaire joue un rôle très effectif dans leur apparition et dans leur développement, il est également très important de savoir que les maîtres dont le système nerveux est ainsi ébranlé ont perdu presque toute aptitude à l'enseignement, à cause de Yincapacilé où ils se trouvent de donner aux enfants une direction morale et intellectuelle.

« L'action du maître sur les élèves est double, dit le D1' Le Gendre ; tout maître digne de ce nom cherche par un effort conscient à modeler leur volonté à l'image de son idéal; mais il exerce aussi involontairement une influence par sa manière d'être physique, par tout ce qu'il dit et tout ce qu'il fait, par son caractère et par ses maladies. »

11 est impossible d'exposer, en moins de mots, l'influence du maître sur le développement intellectuel et psychique de son élève; en effet le maître qui cherche à modeler son élève d'après son idéal influe, à chaque minute de son enseignement, sur le développement moral de l'enfant; il ne s'agit plus ici d'une simple question de prophylaxie sanitaire; ce n'est plus la santé physique de l'enfant qui est enjeu, mais sa santé morale, et le problème est d'ordre plus délicat et surtout plus élevé.

Une haute conscience professionnelle et une grande valeur morale doivent faire l'honneur indiscuté de tous les membres du corps enseignant. Il ne nous appartient pas de juger quelles sont les qualités morales qui doivent appartenir à un maître ou à une maîtresse; mais ce que nous devons dire, c'est que, dans de nombreuses circonstances pathologiques, ces indispensables garanties de moralité se trouvent compromises; un mauvais état de santé a pu diminuer chez le maître la valeur de sa résistance nerveuse ; sa volonté n'exerce plus sur ses actes un contrôle suffisant, et il peut devenir, de façon inconsciente, sans que sa responsabilité morale puisse être engagée, un « amoral » ou même un « immoral ».

En n'admettant pas dans les écoles normales tous les sujets prédisposés aux affections du système nerveux, on assurerait la première des mesures utiles de prophylaxie. L'examen, à ce point de vue, devrait être particulièrement rigoureux.

Le maître évitera les fautes que nous avons signalées comme favorisant l'apparition des divers troubles nerveux : vie exclusivement sédentaire, atmosphère confinée, intoxications d'origine alimentaire, tabagique, alcoolique, etc.

Son hygiène personnelle sera sévère : il s'efforcera de choisir un logement où pénétreront largement l'air et la lumière; son alimentation sera réglée de telle façon qu'au repas de midi il n'ait pas une nourriture trop substantielle et de digestion pénible ; à ce point de vue, la coutume anglaise paraît avantageuse, qui consiste à faire le matin un repas assez substantiel, pour que le repas de midi

puisse être moins abondant et absorbé sans précipitation. Le maître s'assurera encore un temps de repos suffisant : il évitera les veilles prolongées au détriment de son sommeil, et il consacrera chaque jour quelques moments aux exercices physiques.

C'est en faisant une place suffisante à ces exercices que les maîtres, comme tous les sédentaires, ménageront le plus efficacement leur système nerveux : durant Tannée scolaire, quelques moments seront réservés chaque jour à la marche et à l'exéculion des mouvements de gymnastique respiratoire; le maître se rendra à l'école à pied, et il aurait la meilleure occasion de lutter contre les effets de la sédentarité en prenant une part active aux jeux de ses élèves pendant les récréations. Ce temps de repos, ainsi utilisé, deviendrait un dérivatif excellent aux fatigues et aux préoccupations de la classe. Non seulement le maître en tirerait un bénéfice physique, mais ce serait une très efficace mesure d'hygiène intellectuelle.

Pendant les vacances, le maître abandonnera toute occupation scolaire, surtout s'il est fatigué: il dirigera son activité intellectuelle dans un sens différent de celui qu'il est obligé de suivre pendant le reste de l'année. Il profitera de cette période de liberté pour établir un juste équilibre entre sa vie physique et sa vie intellectuelle.

L'hygiène de F école elle-même a la plus grande influence sur la fatigue à laquelle est soumis le système nerveux du maître : dans son propre intérêt, celui-ci aura donc à veiller sur le chauffage, sur la ventilation, sur l'entretien hygiénique des locaux scolaires.

Le travail intellectuel enfin sera réglé de telle sorte que le maître ne souffre pas d'un excès de fatigue : nous avons étudié, dans un précédent chapitre, les conditions générales qui engendrent le surmenage. En classe, c'est la difficulté éprouvée à entretenir l'attention des élèves, c'est la nécessité d'une surveillance constante, c'est l'effort de volonlé soutenu pour maintenir la discipline, qui exigent de la part du maître une grande somme d'énergie; celle-ci ne doit pas faiblir un seul instant, et, si le maître veut conserver sur ses élèves l'autorité indispensable, il faut qu'il jouisse d'une volonté intacte et saine. C'est pourquoi les états de dépression mentale ou de neurasthénie sont les pires conditions où puisse se trouver un maître pour exercer sa profession ; les élèves, de leur côté, ne peuvent tirer aucun profit d'en enseignement pratiqué de si déplorable façon.

L'hygiène du système nerveux, chez les maîtres, est intimement liée à Y éducation de la volonté.

Affections laryngées et hygiène de la voix. — Le larynx est exposé chez les maîtres à un tel surmenage que les troubles de la phonation et les affections laryngées sont plus fréquents chez eux que dans toute autre profession.

Les causes qui interviennent dans la fatigue des organes de la phonation sont multiples et complexes : nous les indiquerons rapi-

dément; nous insisterons davantage sur les précautions hygiéniques que le maître doit prendre pour éviter les affections qui apportent une entrave si grande à l'excercice de sa profession. Mais, avant d'aborder cette question d'ordre pratique, nous rappellerons en quelques mots la physiologie de la voix : la connaissance de ces notions théoriques rendra beaucoup plus aisée l'application des principes d'hygiène, et il serait indispensable que les maîtres aient sur ce sujet une instruction assez complète.

Physiologie de la voix. — Elle a été étudiée parle Dr Marage, dont les expériences et les travaux sur ce sujet sont très nombreux ; on trouvera le résumé de ses cours dans son Manuel (1), auquel nous ferons ici de nombreux emprunts, et dans lequel on trouvera la bibliographie relative à ce sujet. Une conférence faite par le Dr Gastex au Musée social nous a fourni aussi d'utiles indications sur l'hygiène de la voix.

Le larynx est l'organe essentiel de la phonation: la voix est produite par le courant d'air expiré passant par le larynx.

L'expiration normale, se faisant d'une façon continue, n'est pas sonore. Le larynx a pour rôle de rendre cette expiration discontinue ou sonore.

Cette interruption du courant d'air expiré se fait au moyen des cordes vocales, qui peuvent se rapprocher ou s'écarter en formant un V ouvert en arrière (glotte). A chaque rapprochement, suivi d'un écartementdes cordes vocales, correspond un arrêt et une sortie de l'air, c'est-à-dire une double vibration. Le laz correspond aux 435 vibrations par seconde.

Aux cordes vocales longues correspondent les voix graves ; aux cordes vocales courtes correspondent les voix aiguës. Dans les noies graves, le larynx s'abaisse : c'est ce qu'on appelle la voix de poitrine. Il monte au contraire dans les notes élevées {voix de télé). Dans les notes élevées, les cordes vocales sont beaucoup plus contractées.

Les vibrations fondamentales constituant la voix sont donc produites par la vibration de la colonne d'air au niveau de la glotte ; mais nous verrons plus loin que les sons ainsi émis ne peuvent être que des voyelles.

Les cavités voisines du larynx (cavité bucco-pharyngée, fosses nasales) renforcent ou modifient, par production des sons harmoniques, les sons primitifs fournis par 1 des vocales ; cepen ant les cavités nasales ne jouent aucun rôle dans la production des voyelles, tandis que la bouche, au contraire, modifie beaucoup leur valeur ou leur tonalité. Voici, d'ailleurs, comment le Dr Marage résume la part respective de la bouche et du larynx dans la production des voyelles :

(!) Marage, Manuel de physiologie de la voix à l'usage des chanteurs et des orateurs.

« Les voyelles sont dues à une vibration aéro-laryngienne intermittente, renforcée par la cavité buccale et produisant ou, o, a, É, i, lorsque celle-ci se met à l'unisson avec la somme des vibrations, transformée par elle et donnant naissance aux autres voyelles, lorsque cet unisson n'existe pas; le nombre des intermittences donne la note fondamentale sur laquelle la voyelle est émise.

« Si la cavité buccale fonctionne seule, on a la voyelle chuchotée.

« Si le larynx fonctionne

seul, on a la voyelle chantée.

« Si les deux fonctionnent

en même temps, on a la voyelle

parlée. »

La cavité buccale joue, nous l'avons dit, un rôle considérable dans la production des voyelles : elle les précise,

elle les rend nettes (diction). La bouche et les lèvres prennent une forme spécialepourchaque voyelle ; on pourra s'en rendre compte par les figures ci-jointes, reproduites d'après les moulages ou les dessins originaux du Dr Marage (fig. 342 et 343).

La cavité buccale, qui joue seulement un rôle complémentaire dans la formation des voyelles, joue au contraire un rôle prépondérant dans la formation des consonnes. Si la fonction de la bouche est annulée, la production des consonnes est impossible.

Les fosses nasales interviennent également dans la production des consonnes.

g. 342. — Moulages de la cavité buccale prononçant les voyelles i, ou, é, o, a (d'après Marage).

Fs.ce i

Fig. 313. — Coupes de la cavité buccale prononçant les voyelles A et I (d'après Marage).

M i: Il V ET GENEVRIER.

HYGIENE SCOLAIRE

La partie mobile du voile du palais, qui peut diriger le courant d'air soit vers le nez, soit vers la bouche, et qui elle-même elst

capable de vibrer, est enfin un facteur capital dans la formation des consonnes.

Deux cas peuvent se présenter: le courant d'air expiré peut sortir par la bouche seulement, ou à la fois par la bouche et le nez.

Premier cas. — Le courant d'air expiré sort par la bouche seule : on aura des consonnes gutturales, linguales, labiales.

La sortie du courant d'air peut être continue ou distancée (consonnes explosives).

Deuxième cas. — Le courant d'air sort par la bouche et le nez ; on a alors les consonnes nasales.

Nous ne pouvons pas entrer ici dans de longs détails sur cet intéressant sujet ; nous reproduisons seulement quelques-unes des figures du Dr Ma rage qui indiquent comment on peut démontrer et illustrer la production des consonnes (fîg. 344 à 347).

Le tableau suivant, emprunté à Beaumès, résume clairement les modes de formation et la classification des consonnes :

Fig. 346

Fig. 344. — Différents points où se forment les consonnes (1, 2, 3, cavité buccale ; 4, fosses nasales).

Fig. 345. — Consonne gutturale (formée en 1, au niveau du voile du palais et de la base de la langue).

Fig. 346. — Consonne linguale (formée en 2, au niveau de la langue et du palais).

Fig. 347. — Consonne labiale (formée en 3, au niveau des lèvres).

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