‹ Traité d'hygiène (volume 2)Chapitre 126 sur 158 · GUTTURALES · texte numérisé non relu

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L intégrité du larynx, de la cavité bucco-pharyngée, des fosses nasales et du voile du palais sont donc indispensables à la phonation normale : tout vice de conformation, ou toute maladie chronique de ces organes, sera un cas d'incapacité complète pour renseignement.

Nous avons dit que la voix était produite par le courant d'air expiré, traversant le larynx d'une façon discontinue; la phonation normale exige donc, en plus de l'intégrité du larynx et des cavités annexes, un bon fonctionnement des organes de la respiration; la production du courant d'air exige certaines conditions de respiration pulmonaire que nous allons maintenant rappeler.

L'expiration joue seule un rôle pour l'émission de la voix : elle doit fournir un courant d'air suffisant en quantité et en pression; ces qualités sont étudiées à l'aide de spiromètres et de manomètres.

La valeur de l'expiration est sous la dépendance de la quantité d'air inspiré : il importe que la capacité respiratoire soit développée à sonmaximun; les exercices de gymnastique respiratoire, dont nous avons déjà parlé ailleurs, présentent donc une utilité réelle au point de vue de l'hygiène de la voix. Ces exercices devront tendre à développer les muscles inspirateurs, pectoraux et diaphragne.

Le développement des muscles expirateurs, et en particulier de Fig> 348.- Dévelopement des muscles de

ceux de la paroi abdominale, a la paroi abdominale (d'après Marage).

une influence directe sur la phonation ; le développement de ces muscles est donc d'une importance capitale, et il doit être très surveillé; on le réalisera par des mouvements de gymnastique simples, analogues à celui représenté ci-dessus (fig. 348).

Causes de la fatigue vocale. — Elles sont multiples.

L'effort varie d'abord en intensité suivant les dimensions de l'ouverture glottique; la longueur des cordes vocales étant, suivant les individus, de 18 à 24 millimètres, ce sont ceux dont les cordes vocales sont les plus courtes qui se fatigueront le moins en parlant ; les femmes, pour cette raison, résistent mieux que les hommes à la fatigue vocale.

Une cause de fatigue est la mauvaise utilisation des organes de la respiration ou de la phonation; il faut que le maître apprenne à respirer et à prononcer; ceci suppose un fonctionnement normal d'organes sains.

Les affections de V appareil pulmonaire, en particulier celles qui entravent la libre circulation de l'air dans les alvéoles, sont donc très préjudiciables à la phonation, qui devient très fatigante dans ces conditions : nous citerons surtout l'emphysème, l'asthme, la

sclérose pulmonaire, les adhérences pleurales, et aussi les affeclions des voies respiratoires supérieures, qui entravent l'arrivée de 1 air dans les poumons (végétations adénoïdes, rhinite hypertrophique).

Les vêlements trop serrés, et surtout le corset, nuisent au libre jeu de la cage thoracique : dans ces cas, la respiration se fait surtout grâce à la dilatation de la partie supérieure du thorax (respiration claviculaire) ; mais son ampleur n'égale jamais celle de la respiration diaphragmatique et abdominale.

Nous insisterons surtout sur les conditions d'ordre hygiénique, qui ont une influence manifeste sur la fatigue de la voix, et qui peuvent être en cause dans l'apparition des maladies confirmées du larynx.

L'âge imprime à la voix certaines modifications : chez l'homme, vers la quarantaine, les cartilages aryténoïdes commencent à s'ossifier; la voix prend alors un timbre plus dur et plus sec; elle perd de sa « souplesse », et l'usage habituel de la parole devient plus fatigant.

Chez la femme, au moment de la ménopause, il n'est pas rare d'observer des congestions du larynx; chaque période menstruelle peut s'accompagner de semblables phénomènes congestifs.

Les réactions nerveuses individuelles ont une influence manifeste sur la parole : les sujets impressionnables connaissent bien la sensation d'angoisse au cours de laquelle le larynx paraît se contracter, où l'émission de la voix semble presque impossible. Ce « trac » des orateurs est une cause de fatigue à cause de l'effort auquel il oblige.

L 'alimentation trop riche et trop abondante peut être une cause indirecte de congestion laryngée; mais à ce sujet il faut surtout signaler l'action nocive de Y alcool : les spécialistes connaissent bien l'état anormal de vascularisation et de congestion des cordes vocales qui leur suffit pour affirmer l'alcoolisme du sujet examiné.

Le tabac a souvent une action analogue.

Parmi les substances médicamenteuses, on cite Yarsenic comme pouvant congestionner le larynx.

Les variations brusques de température sont à éviter : la congestion du larynx se produit aussi bien en passant du chaud au froid que du froid au chaud, et il y aura des précautions à prendre, aussi bien en sortant de classe qu'en y entrant. On peut recommander de mettre un foulard pour aller à l'air libre; un moyen plus simple, et très efficace, est de ne respirer que par le nez au moment où Ton subit cette saute de température.

Certains climats conviennent mal à ceux dont le larynx est délicat: le bord de la mer, comme les pays humides, prédisposent aux congestions.

Nous terminerons ce bref résumé des causes de fatigue de la voix par quelques mots sur Yacoustirjue des salles. D'après Marage,

« dans une salle où se produit un son continu, régulier, un auditeur peut entendre trois sortes de vibrations :

« 1° L'onde primaire venant directement de la source ;

« 2° Les ondes diffuses, en nombre infini, qui sont renvoyées parles parois : elles produisent le son de résonance;

« 3° Des ondes réfléchies régulièrement par les parois : elles donnent naissance à des échos distincts.

« Pour qu'une salle soit bonne au point de vue acoustique, il faut qu'il n'y ait pas d'écho et que le son de résonance soit assez court pour renforcer le son qui l'a produit et non pas empiéter sur le son suivant. »

Dans les salles de classe, construites suivant les dimensions que nous avons indiquées dans la première partie de cet ouvrage, l'acoustique est généralement satisfaisante. Elle est modifiée dans de très notables proportions quand les fenêtres sont ouvertes, même quand cette ouverture n'exagère pas les bruits venant de l'extérieur : il y a là en effet une cause de déperdition de son, qu'on évitera partiellement en ne dirigeant pas la voix vers la paroi où sont percées les fenêtres.

Maladies et troubles fonctionnels des organes de la phonation. — Ils seront brièvement rappelés ici.

Nous citerons simplement les maladies des organes phonateurs : laryngites, pharyngites, paralysies des cordes vocales, etc., qui sont un obstacle absolu à l'usage de la parole.

La syphilis touche volontiers les cordes vocales; dans ce cas, les précautions hygiéniques dont nous parlons plus loin doivent être particulièrement observées.

La tuberculose mérite une mention spéciale; chez les maitres, la localisation primitive sur le larynx, au moins si l'on s'en tient aux signes cliniques, n'est pas rare; les enrouements prolongés seront tenus pour suspects. Dès que l'examen aura confirmé le diagnostic, le maître sera éloigné de l'école et soigné dans les mêmes conditions que les tuberculeux pulmonaires.

Le plus banal des troubles laryngés est Yexlinction de voix; cet incident est quelquefois lié à une congestion passagère des cordes vocales ; mais souvent il n'existe aucune modification objective de la glotte, et Castex attribue alors l'extinction aune parésie légère et temporaire des cordes vocales.

L enrouement habituel est une conséquence fréquente de la fatigue de la voix ; s'il ne cède pas au repos et à quelques soins, il faudra suspecter l'évolution possible de quelque lésion chronique des cordes vocales, parfois de la tuberculose.

Il existe une crampe des orateurs comparable à celle des écrivains : après avoir « forcé la voix » pendant un certain temps, l'orateur a la sensation d'une forte striction dans la gorge, et il y a dès lors impos-

sibililé d'articuler le moindre son. Le repos seul est susceptible de remédier à celte sorte de contraction.

Le nodule vocal est une néoformation scléreuse se développant dans la partie antérieure des cordes vocales, symétriquement de chaque coté; on peut comparer ce pelit noyau à une sorte de « durillon » (Castex), produit par le contact répété des cordes vocales contractées et rapprochées de façon exagérée ; on le considère comme un résultat du surmenage de la voix.

La gène fonctionnelle apportée par le nodule vocal est considérable : les cordes vocales, en effet, ne peuvent plus se rapprocher complètement, et il en résulte ce que Ton appelle le « coulage vocal », c'est-à-dire qu'une partie de l'air expiré traverse le larynx sans être utilisé.

Prophylaxie des troubles de la phonation et des affections plus graves du larynx. — Elle consiste essentiellement dans l'observation des règles de Y hygiène de la voix.

Cette hygiène ne consiste pas seulement à éviter les fautes que nous avons énumérées plus haut et sur lesquelles nous ne reviendrons pas. Les spécialistes nous indiquent encore quels sont les moyens propres à diminuer la fatigue de la voix.

Il faut tout d'abord savoir prendre, en temps voulu, un repos nécessaire : contre les extinctions de voix et les enrouements, contre les affections laryngées en voie de développement, un repos absolu de quelques jours ou de quelques semaines est le premier et le meilleur des remèdes.

La façon de parler, ou autrement dit la technique de la parole, influe considérablement sur la fatigue de la voix ; nous résumons cette technique en quelques principes dont l'observation rendra les plus grands services :

Il faut commencer h parler à voix basse et sur les notes graves, pour forcer, en quelque sorte, l'attention des auditeurs ; puis,, peu à peu, on élève la voix, en la portant dans le médium, ou même vers les notes aiguës, dont l'émission pour beaucoup d'orateurs est la moins fatigante.

11 faut articuler avec une grande netteté, en parlant lentement ; une articulation complète fait porter la voix ; les orateurs qui possèdent l'accent du midi ont cet avantage d'accentuer et d'articuler leurs mots avec plus de netteté que les gens des pays du Nord : c'est peut-être une des causes de leurs succès oratoires.

L'articulation gagne en qualité si les mouvements de la bouche, de la langue et des lèvres sont franchement dessinés ; la large participation de ces organes à l'articulation de la voix ménage le larynx, dont l'effort est notablement diminué. Les chanteurs s'exercent souvent à chanter les dents serrées ; c'est une excellente manière de s'entraîner à faire rendre à la langue et aux lèvres le maximum de

leur effet, tandis que le larynx émet simplement le son, modelé et augmenté par les organes accessoires de la phonation.

Chaque mot, franchement articulé, doit être séparé du mot suivant par un espace de temps perceptible : après les consonnes surtout, on doit marquer un léger silence. Il faut enfin couper les phrases de pauses suffisantes pour que Vinspiration se fasse d'une façon complète. Le Dr Castex 'rapporte un mot de Sarcey : à une actrice qui demandait au célèbre critique : « M'a-t-on bien entendu », il répondait : « Oh ! tout, jusqu'aux points et virgules! ».

Il faut parler la lêle droite, en fixant des yeux l'auditoire. Si la pièce présente quelques échappées, porte ou fenêtre ouverte, la voix sera dirigée contre les parois pTeines, où elle pourra se répercuter au lieu d'aller se perdre à l'extérieur.

Pour la lecture, plus encore que pour la parole ordinaire, il est indispensable de ménager des arrêts assez longs ; il faut aussi s'arranger pour faire passer les ondes sonores par-dessus le livre, et lire de préférence debout. La lecture est fatigante : les maîtres y auront recours le plus rarement possible.

Enfin nous citerons la précaution hygiénique qui consiste à avaler, avant de fournir un effort de la voix, quelques gorgées de boisson chaude, ou plus simplement à sucer quelques bonbons destinés à favoriser la salivation.

Le Dr Marage termine son ouvrage par quelques « conseils pratiques à un orateur » ; nous ne pouvons mieux faire que de les reproduire à la fin de ce chapitre :

« 1° Commencer à parler sur des notes graves pour forcer les auditeurs à écouter, l'oreille étant plus sensible aux notes aiguës qu'aux notes graves ;

« 2° Élever ensuite la hauteur de la voix pour réveiller l'attention ; de plus, en parlant sur les notes plus aiguës, on se fatigue moins;

« 3° Parler très lentement : on parle généralement toujours trop vite ; il faut que l'auditeur ait le temps d'entendre et de comprendre ;

« 4° Parler la tête droite en regardant les auditeurs pour que l'onde sonore aille directement à leurs oreilles ;

« 5° Avoir des vêtements ne causant aucune gêne ;

« 6° Autant que possible ne pas parler assis et lire le moins possible ;

« 7° Si l'on doitlire, s'arranger de façon que les ondes sonores passent par-dessus le livre ;

« 8° Parler quand la digestion est terminée ;

« 9° Si la gorge est sèche, sucer, avant de commencer, un bonbon quelconque, qui excite la sécrétion salivaire; s'abstenir autant que possible de cocaïne, dont l'effet anesthésiant est suivi d'un elï'et congestif. »

Traité d'hyoikne. VI. — 47

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