‹ Traité d'hygiène (volume 2)Chapitre 127 sur 158 · CINQUIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

CINQUIÈME PARTIE

Un mouvement considérable s'est dessiné ces dernières années en faveurd'une surveillance active des écoles et des écoliers au point de vue de l'hygiène ; on peut dire que cette préoccupation a été universelle, et nous assistons actuellement, dans tous les pays civilisée, à une véritable campagne menée en faveur de la protection de la santé des écoliers; l'obligation de la fréquentation scolaire, la plaee prise par l'école dans la vie sociale ont décidé, presque en tous pays, les pouvoirs publics à faire de l'école une institution où la santé des enfants serait surveillée avec attention, où leur développement physique serait l'objet d'autant de soins que leur développement intellectuel, et où ils prendraient des exemples et des habitudes d'hygiène qu'ils sauraient plus tard appliquer dans la vie familiale.

Ce rôle complexe de surveillance et d'éducation hygéniques a été, de commun accord, confié au médecin : à lui seul en effet appartenaient les qualités et les connaissances nécessaires pour jouer un rôle aussi étendu. La pratique de l'hygiène scolaire n'exige-t-elle pas en effet la connaissance de la physiologie et de la pathologie de l'enfant, ainsi que celle des conditions extérieures qui peuvent le mieux aider à atteindre son parfait développement?

L'organisation de l'inspection médicale des écoles est de date récente; mais elle a donné lieu déjà à de nombreux travaux; les règlements qui fixent les attributions des médecins scolaires ont toutefois beaucoup d'analogie dans les différents pays ; après une période de tâtonnements, on a pu fixer les détails de leurs fonctions : il est impossible encore de juger les résultats d'ensemble; toutefois, dans certaines villes particulièrement favorisées, où l'inspection médicale fonctionne avec régularité depuis plusieurs années, on a enregistré déjà une amélioration certaine de la santé des écoliers.

Historique (Cf. p. 786 les documents relatifs à l'inspection médicale des Ecoles). — Les études théoriques sur la question qui nous occupe sont également assez récentes; quelques travaux isolés parurent cependant au cours du dernier siècle; on peut citer : La défense de la santé des écoliers, publiée en 1836 par le Dr Karl

Lorinser; le Dr Bourjot avait présenté en 1830 une thèse ayant pour titre : Essai sur la conduite que doit tenir un médecin attaché à une maison d'éducation; en 1842, Séguin écrit son ouvrage sur le Traitement moral, hygiène et éducation des idiots; ce célèbre aliéniste indique les méthodes d'éducation qui conviennent aux anormaux psychiques. Colin (de Breslau) eut le premier l'idée d'examiner systématiquement des écoliers, et son rapport sur la vision des enfants établi d'après 10 000 observations est resté justement célèbre (1868). Virchow, en 1869, au Congrès scientifique de Insbrûck et Kohn, au Congrès d'hygiène de Genève, en 1883, proposèrent l'établissement de la surveillance scolaire médicale.

Dès ce moment, les médecins sont plus nombreux qui s'intéressent à la santé ou au développement des écoliers. A Boston, Bowditch prend les mensurations de 25 000 écoliers; à Copenhague, Hertel examine les conditions de la vie scolaire, et il constate, avec la Commission danoise dont il fait partie, que, sur les 16000 enfants examinés, 29 p. 100 ont un vice de santé; citons encore Axel Key, qui établit d'après 18000 mensurations la croissance et le développement des garçons et des filles des différents âges.

Pendant que ces précurseurs poursuivaient leur tâche, les pouvoirs publics cherchaient à créer une surveillance médicale des écoles.

La surveillance sanitaire des écoles paraît avoir été proposée pour la première fois parla Convention française en 1793 : « Un officier de santé du district est chargé par le même bureau de visiter dans les quatre saisons de l'année toutes les écoles nationales du district. Il examine et conseille les exercices gymnastiques les plus convenables. Il examine les enfants et indique en général et en particulier les règles les plus propres à fortifier leur santé. » Inutile d'ajouter que ce projet fut sans lendemain.

L'organisation de l'instruction secondaire avait prévu pour les lycées et collèges des emplois de médecins dès le début du XIXe siècle; mais le rôle de ceux-ci était limité aux soins à donner aux malades.

A Paris, en 1834, sur un rapport d'Orfila, chaque école de garçons est pourvue d'un médecin; en 1842 et en 1843, des arrêtés précisent le fonctionnement de cette organisation, qui fut d'ailleurs éphémère et à laquelle aucun crédit ne fut alloué. Mais il faut remarquer, avec le Dr Guibert, la largeur de vues dont firent preuve les auteurs de cette organisation primitive en établissant la visite hebdomadaire de l'école et l'examen individuel de tout élève nouvellement admis : c'est en 1910 seulement, après combien d'années d'attente, que ces principes ont trouvé à Paris leur application pratique ! Il fout ajouter d'ailleurs que la Ville de Paris, en se préoccupant dès cette date lointaine de rinspeclion sanitaire de ses écoles, devançait de beaucoup toutes les autres villes d'Europe.

7',0 Mi:KY ET GENÉVRIER. — HYGIENE SCOLAIRE.

Duruy et .Iules Ferry, <lont les deux noms sont liés à tous les progrès accomplis dans notre enseignement publie, se préoccupèrent à leur tour de la surveillance hygiénique de nos établissements scolaires. Le premier créa une commission chargée d'examiner, dans les lycées, tout ce qui concerne la vie physique de l'élève : alimentation, habillement, exercices. Il fixa aussi le rôle et les attributions du médecin de lycée. Jules Ferry avait prévu l'inspection médicale des écoles de campagne; il avait songé à la confier aux médecins locaux, qui « seraient chargés de visiter, dans leur tournée de clientèle, les écoles publiques au double point de vue de la salubrité des bâtiments et de l'état sanitaire des élèves. Ils auraient pour mission de veiller à ce que les conditions hygiéniques soient exactement remplies, d'adresser aux maîtres et aux familles des conseils opportuns et de fournir à l'occasion des renseignements utiles à l'administration ».

Cette organisation était bien illusoire : une loi d'octobre 1886 précise que « l'inspection est exercée au point de vue médical par les médecins inspecteurs communaux ou départementaux ». En 1887, un décret ajoute que « les médecins doivent être agréés par le préfet, et leur inspection ne peut porter que sur la santé des enfants, la salubrité des locaux et l'observation des règles d'hygiène scolaire ».

Enfin, en 1893, plusieurs circulaires rappellent les mesures à prendre en cas d'épidémie, la durée des évictions pour chaque maladie contagieuse et diverses questions de détail, telles que la prohibition de balayage à sec, etc.

L'inspection médicale des écoles en France. — Malgré ces tentatives de l'administration, l'inspection médicale des écoles de campagne n'existe pas encore en France à l'heure actuelle. Un projet d'organisation est à l'étude et doit être prochainement soumis au Parlement. Nous en parlerons plus loin.

En fait, Paris et quelques grandes villes de province sont seuls pourvus d'une inspection médicale : ce sont les municipalités qui ont pris jusqu'ici l'initiative de cette organisation, et ce sont elles aussi qui en assurent le fonctionnement.

D'après le rapport du Dr Gourichon au IIP Congrès d'hygiène scolaire, l'inspection n'est organisée que dans trente-six départements et rémunérée seulement dans huit. Nous avons fait observer dans notre rapport au Ier Congrès d'hygiène scolaire que, dans l'immense majorité des communes rurales, l'inspection médicale n'existe pas, quelle que soit d'ailleurs la richesse des communes. De grandes villes comme Marseille sont privées de ce service et, par le même défaut, le quart de la population scolaire d'un village de montagne a pu disparaître par diphtérie, comme le rapporte M. Thomas dans un article du Manuel général de Vinslruclionprimaire (septembre 1 903) .

Dans les villes ou dans les villages où l'inspection existe, les médecins chargés de ce service ne sont pas rétribués ou le sont d'une façon dérisoire; faute d'attributions précises, leur rôle reste illusoire; et aujourd'hui encore les constatations faites en 1907 par Mme Kergomard sont de la plus exacte vérité : « Plus je vais dans les écoles, et en ce moment je suis en pleine période d'inspection, soit à Paris, soit en province, plus je suis préoccupée de voir à quel point est négligée la santé de nos petits écoliers; à quel point est insuffisante l'inspection médicale dans les centres, si peu nombreux, où les municipalités ont consenti à créer des postes de médecins inspecteurs.

« Dans la plupart des cas, le médecin inspecteur ne vient à l'école que lorsqu'il y est appelé par la directrice ; dans la minorité des cas, il vient à l'école à des intervalles réguliers; toutes les quinzaines ou tous les mois et demande s' « il y a quelque chose de nouveau ». Si la réponse est négative, il signe le registre et s'en va; si elle est affirmative, il examine les enfants accidentellement souffrants, donne des conseils qu'il consigne sur le registre, et la visite est terminée.

« Or le cas d'enfant souffrant ou d'enfants soutirants est rare, car l'enfant souffrant reste à la maison; il ne vient pas à l'école.

« Si l'intervention du médecin inspecteur est à ce point limitée, c'est qu'undogme, — néfaste comme tous les dogmes, — est accepté par lui et formulé par quelques sommités administratives (ici je cite textuellement) : « Le médecin inspecteur n'a été nommé que pour « protéger la collectivité, c'est-à-dire pour éloigner de l'école les « enfants atteints de maladies contagieuses. » Or il me parait inadmissible qu'à une époque où l'État a assumé, en collaboration avec les départements et les communes, le devoir de donner aux enfants du peuple l'éducation intégrale, c'est-à-dire celle qui assure le développement du corps, celui de l'intelligence et celui de la conscience, l'actiondu médecin inspecteur soit ainsi limitée, rétrécie, infériorisée.

« Car, dans ces classes où il entre, il fait parfois trop froid, parfois trop chaud; les enfants sont assis sur des bancs défectueux, dans une attitude déplorable; il yen a de lymphatiques, il y en a de rachitiques ; beaucoup, atteintsde végétations adénoïdes, ne respirent pas et ne peuvent se développer : un certain nombre sont guettés par la tuberculose; il y en a d'atteints; d'autres souffrent des yeux et ne peuvent supporter la lumière.

« Ce sont là des dispositions permanentes qui s'aggravent faute d'hygiène, faute de médicaments appropriés, quelquefois même d'interventions chirurgicales nécessaires. Les parents ignorants, ou abrutis, ou découragés, ne font rien; l'école doit agir cl n'agira que par le médecin inspecteur.

« C^esl pourquoi, au nom de centaines de milliers d'enfants qui fréquentent les écoles publiques et qui les fréquentent même dès

l'âge de deuxansil yen a de 700000 a 800000 dans les écoles maternelles i, je vous demande, monsieur le Président, de vouloir bien mettre à l'étude un code de L'inspection médicale (1). »

Nous avons nous-mème signalé, au Congrès d'hygiène scolaire de 190&, les dangers de ce défaut de surveillance médicale dans neécoles publiques (Voy. aussi Hygiène scolaire, 1904, p. 192 et suiv. . Toute une campagne fut menée depuis cette époque en laveur de cette institution, dont nous devons espérer bientôt la complète réalisation.

A Paris, le service de l'inspection des écoles vient d'être complètement réorganisé sur un rapport présenté par le D' Guibert, conseiller municipal ; ce rapport était l'expression de nos propres idées telles que nous les exposerons tout à l'heure.

Depuis 1879, ce service d'inspection n'avait pas été remanié ; il est juste, d'ailleurs, de remarquer qu'en l'organisant, il y a plus de trente ans, la ville de Paris fut une des premières villes du monde à s'intéresser à cette question Mais, dans cette organisation première, les circonscriptions médicales étaient très étendues, et chaque inspecteur avait plus de quarante classes à visiter. Il était tenu de se rendre deux fois par mois dans chacune de ces écoles et plus souvent s'il en était requis par l'administration; dans de telles conditions, la surveillance ne pouvait être qu'assez superficielle.

Dans la banlieue de Paris, les écoles ont été groupées en quarante circonscriptions et soumises à des règlements analogues.

A Bordeaux, à Nice, au Havre et dans quelques autres grandes villes, l'inspection a été établie d'après les mêmes principes.

A Alger, l'inspection médicale a été établie dans les écoles maternelles dès 1871, et l'année suivante dans les écoles primaires : celte ville est peut-être la première en date pour cette organisation.

L'inspection médicale des écoles à l'étranger. — Nous indiquerons rapidement comment fonctionne l'inspection médicale à l'étranger.

En Allemagne, où les travaux sur l'hygiène ont toujours été en grande estime, l'inspection des écoles n'a été instituée pour la première fois qu'en 1891 à Leipzig; mais Wiesbaden établit en 1897 un système qui peut être considéré comme un modèle.

En 1898, le ministère prussien réclama l'adoption d'un pareil plan d'inspection pour toutes les municipalités du royaume.

Le mouvement s'étendit rapidement à toute l'Allemagne. Voici, d'après Friedel, cité par le D1' Dufestel dans son Hygiène scolaire, le mode de fonctionnement de ce système allemand de Wiesbaden:

(1) Lettre adresst-e par* Mme Kergomard à M. le Dr Mathieu un Y Hygiène scolaire, n° 19, juillet 1907).

«Au moment de la rentrée des classes, on fait parvenir aux parents des enfants nouvellement enrôlés une feuille sanitaire accompagnée dune lettre-circulaire expliquant le but de la surveillance médicale par l'école. Si la famille a un médecin attitré, c'est lui qui examine l'enfant et qui remplit la feuille. Tout enfant arrivant à l'école sans la feuille est présenté dans les deux ou trois premiers jours au médecin scolaire, qui, par un examen très sommaire, constate que les nouveaux venus n'apportent pas de maladies contagieuses ou de parasites. L'examen individuel et complet de chaque enfant se poursuit pendant les quatre à six premières semaines. Les mères sont invitées à y assister. Le médecin rend compte si l'enfant peut suivre les classes sans inconvénient pour sa santé, ou si l'instituteur devra lui accorder certains ménagements, ou enfin s'il a besoin d'un contrôle médical. Chaque écolier a sa fiche sanitaire, qui reste à l'école et qui suit l'enfant à tous les changements de classe ou d'école. Sur cette fiche, le médecin scolaire transcrit les renseignements fournis par le médecin de la famille ou inscrit ses propres constatations s'il a lui-même examiné Fenfant. La fiche d'un enfant qui a besoin d'être suivi par un médecin porte la mention Contrôle médical.

« Ce premier examen terminé, le médecin scolaire revient à l'école tous les quinze jours pour une consultation. En cas d'épidémie, il y vient plus souvent.

« Le jour de la consultation est fixé d'avance, d'accord avec le directeur de l'école. Celui-ci fait circuler, la veille, une feuille sur laquelle les maîtres inscrivent les enfants de leur classe dont la fiche porte la mention Contrôle médical. La liste et les fiches sont remises au médecin par les professeurs, de classe qui amènent les enfants et assistent, autant que possible, à l'examen de contrôle. Avant de procéder à cette visite, le médecin passe dans les classes qu'il inspecte, à tour de rôle, au point de vue de l'éclairage, de l'aération, du chauffage, des attitudes, etc. Chaque salle de classe est ainsi inspectée deux fois par semestre au moins. Tel enfant qui, au cours de cette visite, paraît suspect au médecin ou que le maître lui indique comme tel, est prié de se rendre à la salle de consultation, où d'ailleurs les maîtres des classes non inspectées ce jour-là peuvent également envoyer les enfants qu'ils supposent être souffrants. Après ce passage dans les classes, le médecin se rend à la salle de consultation, où il examine les cas nouveaux et les cas placés sous contrôle.

a Les enfants qui sont reconnus malades sont renvoyés aux parents. Aux petits, le médecin remet ses recommandations par écrit ; les grands peuvent être priés rie dire eux-mêmes aux parents qu'ils ont Ixsoin de soins médicaux. Lu aucun cas, h; médecin scolaire ne -oigne. 11 visite reniant à domicile, dans le cas d'absence pour

cause de maladie insuffisamment justifiée ; encore faut-il que le directeur de l'école l'y invite.

« L'examen détaillé de chaque écolier se répète trois lois pendant les huit années que dure la scolarité obligatoire : au courant de la troisième, de la cinquième et de la huitième et dernière année. Ce dernier examen est très important pour les élèves qui quittent l'école pour entrer dans la vie.

« Il permet au médecin de faire des recommandations utiles aux parents et de leur donner des conseils sur la carrière ou sur le le métier qui convient à l'état physique de leur enfant.

« Les médecins scolaires forment un collège qui se réunit périodiquement pour un échange de vues.

« Chaque médecin scolaire rédige un rapport annuel.

« Les rubriques de ces rapports sont arrêtées d'avance.

« Les rapports sont remis au plus ancien des médecins scolaires, qui rédige le rapport général destiné à être soumis à l'administration municipale.

« Berlin possède quarante-quatre médecins scolaires avec un médecin chef qui centralise les rapports.

« A Francfort-sur-le-Mein, onze médecins surveillent chacun mille deux cents élèves ».

A côté de cette inspection exercée par des médecins non spécialisés, l'Allemagne possède maintenant, dans quelques villes, des médecins scolaires spécialisés, qui n'ont pas d'autre occupation que cette fonction ; ils sont strictement attachés aux écoles dont ils ont la surveillance sanitaire; aidés d'infirmières, ils limitent, en principe, leur action à l'intérieur de l'école, s'appliquant seulement à découvrir les enfants malades et à les adresser à leurs familles ; mais ils s'inquiètent ensuite de savoir si ces familles donnent aux enfants les soins que réclament leur état, et au besoin ils interviennent pour faire appeler- le médecin traitant ou diriger l'enfant vers une clinique ou un hôpital.

Ce système, où le médecin inspecteur devient un véritable fonctionnaire, sans avoir le droit d'exercer autrement sa profession, a donné, paraît-il, des résultats très encourageants. Les Drs Stephani (de Mannheim) et Thiele (de Chemnitz) ont exposé au Congrès de 1910 les caractères de cette organisation. Nous la retrouverons dans d'autres pays, en Hollande par exemple.

En Angleterre, l'institution d'un système d'inspection ne date que de 1908 ; avant cette époque, quelques villes, sous l'impulsion des autorités locales, avaient réalisé de façons diverses une inspection sanitaire ; mais ces efforts restés isolés n'eurent que des résultats peu appréciables. Il faut citer cependant les recherches duDr Francis Warner, qui portèrent sur l'état mental et physique de 50000 écoliers ; à Bradford, le Dr James Kerr établit, à partir de 1893, une véritable

inspection médicale des écoles, et une juste notoriété est venue récompenser ses nombreux travaux.

Après le IIe Congrès internationnal d'hygiène scolaire tenu à Londres en 1907, le Comité d'éducation du County-Concil de Londres, préoccupé depuis quelques années de réaliser une inspection sanitaire efficace, réussit à y intéresser les pouvoirs publics et le Parlement ; et, en 1908, paraissait la loi qui établissait l'inspection médicale obligatoire dans toutes les écoles.

D'une façon générale, l'organisation de l'inspection médicale a été laissée entre les mains des autorités locales ; ce sont elles qui nomment les médecins; ceux-ci doivent, toutefois, être acceptés par le Boarcl of Education.

Dans les grandes villes, il existe un superintendant des écoles qui est responsable du fonctionnement de l'inspection dans son district : ce haut fonctionnaire doit tout son temps à l'œuvre scolaire. Un certain nombre de médecins sont ses collaborateurs : ces derniers ne consacrent qu'une faible partie de leur temps aux écoles dont ils ont l'inspection. Leurs circonscriptions sont d'ailleurs trop étendues, et le Dl Hogarth souhaite que le nombre des enfants surveillés par le médecin inspecteur ne dépasse pas 2 000 ou 3000; ce chiffre réclamé comme un idéal est déjà très élevé.

Pour les écoles de campagne, le problème, beaucoup plus délicat, a été résolu de différentes façons par les autorités locales [rural district concil) ; l'inspection a été dans certains endroits confiée aux médecins praticiens locaux; ailleurs on a nommé des inspecteurs « voyageurs » dont la tâche est souvent rendue difficile par la rareté des moyens de transport et la dispersion des populations ; dans plusieurs provinces, ce sont les district médical of health (fonction analogue à celle de nos médecins de bureaux d'hygiène), qui sont, en plus, chargés de l'inspection médicale ; on leur adjoint, si besoin en est, des médecins locaux.

La loi anglaise de 1908, nous l'avons vu déjà, a organisé l'inspection médicale sur de très larges bases, en laissant aux autorités locales une grande initiative. Une de ses dispositions les plus intéressantes est celle qui donne aux autorités scolaires locales le « pouvoir de faire tels arrangements qui pourraient être approuvés par le Bureau d'éducation afin de soigner la santé et l'état physique des enfants instruits dans les écoles élémentaires publiques ».

Usant de cette latitude, et pensant que le « traitement » est la conséquence logique de l'inspection médicale des écoles, plusieurs villes ont installé, à côté des écoles en plein air, des bains et des cantines scolaires, des dispensaires ou cliniques scolaires où sont soignées les affections bénignes.

L'argument principal fourni en faveur de ces institutions est la négligence des parents, qui, le plus souvent, ne tiennent aucun

MKIIY ET GENÉVRIER, - BYGIBNE SCOLAIRE,

compte de Varna donné par Le méèeéa iwperf«ir eÉ n*fon1 pas soigner Leur enfant, dont on leur a signalé l'état défectueux de

santé.

La tendance actuelle, en Angleterre, est donc de compléter l'inspection médicale par des œuvres parascolaires d'assista» toutefois l'organisation de cette inspection est de date trop récente encore pour qiron en puisse apprécier les résultats ; mais tas eflorts faits par un grand pays comme l'Angleterre pour étendre celle institution à tout son territoire mériteront d'être suivis, et ils pourront fournir d'intéressants documents pour l'organisation analogue qui est chez nous en voie de préparation (1).

En Autriche-Hongrie, un décret de 1873 confie aux « comités permanents de santé » la surveillance des écoles, et quelques « médecins d'État » sont désignés pour inspecter les écoles et signaler les liorations dont elles peuvent être l'objet au point de vue de l'hygiène. Quelques villes ont de plus créé des postes de médecins scolaires : il en existe à Vienne depuis 1895.

En Suède, en Norvège, au Danemark, en Suisse, en Belgique, et dans la plupart des États européens, l'inspection médicale a été instituée au cours de ces dernières années.

En Suède, en Norvège et en Danemark, de nombreuses œuvres complémentaires ont été développées à côté delasurveillance médicale des écoliers : nulle part le souci de l'hygiène des écoles et de la santé des enfants n'a été poussé à un tel degré; l'exposition du Congrès de 1910, à Paris, a montré l'importance prise, dans ces pays du Nord, par les terrains de jeux, les colonies de vacances, les cantines scolaires et, d'une façon générale, tout ce qui concerne le développement physique des écoliers.

En Suisse, ce sont les services cantonaux d'hygiène qui ont la responsabilité de l'état sanitaire des écoles. Dans le canton de Genève, l'inspection médicale a été complètement organisée en 1908: elle esl confiée à vingt médecins inspecteurs, dirigés par un médecin inspecteur chef. Sur ce nombre, il y a quatre spécialistes, un pour les yeux, un pour les dents et deux pour les oreilles, le nez et la gorge. Un « Carnet sanitaire des écoliers » sert à consigner les résultats des examens individuels effectués chaque année. Le nombre des enfants ayant besoin de recevoir des soins, dans l'année 1908-1909, se décompose ainsi : 5 p. 100 pour la santé générale, 13 p. 100 pour les yeux, 16 p. 100 pour le nez, 7i p. 100 poulies dents (2).

En Hollande, l'inspection est régulièrement organisée; à La Haye, les médecins scolaires s'emploient spécialement à cette tâche et ne doivent pas faire de clientèle ; il n'existe pas de cliniques scolaires,

(1) A.-H. IIo(i.vHTH, Médical inspection of Schools. Londres, 1909.

(2) Christian! et Rii.uet, Communication au IIIe Congrès, d'hygiène.

mais les enfants malades sont dirigés vers les diverses polycliniques de la ville par les soins du médecin inspecteur, qui vérifie seulement les soins ainsi donnes. De plus, le médecin scolaire s'applique à faire les examens des écoliers en présence des parents, et à cette occasion il adresse aux mères des recommandations pratiques.

Le Dr Pigeaud (de La Haye) et le Dr Parvé (de Deventcr) insistent beaucoup sur Futilité de ces rapports entre le médecin scolaire et la famille : pour que la visite sanitaire à l'école ait une sanction utile, il faut en effet, le plus souvent, que le médecin scolaire s'emploie personnellement à faire exécuter ses prescriptions par les parents, qui, sans cette démarche et sans cette insistance, négligent de suivre le conseil reçu et ne font pas soigner leurs enfants.

Dans ces organisations, le médecin scolaire devient donc une sorte de « fonctionnaire » de renseignement public, dont Faction n'est pas strictement limitée à l'intérieur de l'école, mais qui poursuit son rôle de surveillance jusque dans les familles.

En Roumanie, l'inspection des écoles ne comportait que quelques visites sanitaires des locaux, l'application des mesures prophylactiques en cas d'épidémie et le choix des élèves pour les colonies de vacances. La ville de Bucarest, depuis 1906, a complété cette organisation : elle possède 20000 élèves environ; un « dossier sanitaire » est dressé pour chaque école, et chaque élève a une fiche de santé individuelle ; le médecin scolaire s'occupe encore de la surveillance des bains et des cantines, de l'organisation des colonies de vacances, et il fait des conférences d'hygiène populaire.

En dehors de l'Europe, l'activité déployée en faveur de l'inspection scolaire n'a pas été moindre.

Aux Etats-Unis, jusqu'à ces dernières années, les efforts des hygiénistes n'étaient guère dirigés qu'en vue de la protection contre les maladies contagieuses; puis, à Boston tout d'abord, en 1891, fut créé un poste de directeur d'hygiène scolaire, bientôt assisté par des médecins inspecteurs, qui ont à s'occuper non seulement de la prophylaxie, mais aussi des conditions hygiéniques des écoles, de l'entraînement physique des écoliers et de l'examen régulier des écoliers. A New- York et dans quelques grandes villes existent des organisations analogues.

A Mexico, sous la direction du Dr Uribe y Troncoso, l'inspection médicale, instituée en 1908, a déjà donné des résultats très appréciables.

Dans l'Amérique latine, en Argentine, au Brésil, au Chili, l'inspection est organisée. A Benuos-Ayres, sous la direction du Pr Sisto, les médecins scolaires ont fait une série de conférences aux instituteurs de la ville sur l'hygiène alimentaire, l'hygiène de Ja peau et du cuir chevelu, le vêtement, le logement, etc.

Au Japon, on compterait S ïi>i médecins scolaires.

Ce rapide tableau de l'organisation de l'inspection scolaire dans tous les pays civilisés montre l'effort considérable accompli: mais, si le but est partout le même, à savoir l'amélioration de la condition physique des écoliers par une surveillance attentive et raisonnée de leur santé, de leur croissance et de leur développement, les moyens employés pour arriver à ce but ne sont pas partout identiques.

L'inspection sanitaire est cependant, et sans nulle discussion, confiée partout à des médecins.

Mais ces derniers sont tantôt des praticiens plaçant parmi leurs occupations habituelles de clientèle leur visite d'inspection scolaire ; tantôt au contraire le médecin scolaire se consacre uniquement à cette tâche spéciale, devenant une sorte de médecin résidant, ou, si Ton préfère, un fonctionnaire chargé d'une besogne d'État.

Dans le premier cas, l'action du médecin scolaire est habituellement limitée à l'intérieur de l'école; il se contente de signaler les enfants malades ou suspects aux familles, et son contrôle sur les soins donnés aux enfants ne s'exerce qu'au moment de leur réadmission à l'école.

Dans le second cas, le médecin scolaire dispose de moyens beaucoup plus efficaces pour vérifier la valeur des soins donnés aux enfants; sa présence quotidienne à l'école lui permet de se rendre compte de toutes les causes d'absence et aussi d'examiner, au moment de leur rentrée à l'école, tous les absents pour cause de maladie.

Il peut aussi aller au domicile de l'élève se rendre compte de son état, entrant ainsi en rapport direct avec la famille et avec le médecin de celle-ci ; il reçoit à l'école les parents des élèves, et il leur donne les conseils dont ils ont besoin; pour l'aider dans cette tâche vraiment laborieuse, le médecin scolaire a le plus souvent à sadiposition quelques infirmières ou « nurses » qui s'occupent des soins à donner aux enfants à l'école et qui se rendent aussi dans les familles pour aider et conseiller les parents inexpérimentés auprès de leurs enfants malades.

Dans l'un et l'autre cas, le médecin scolaire exerce un contrôle et, clans une certaine mesure, une direction sur les soins thérapeutiques donnés aux enfants ; mais le médecin résidant exerce ce contrôle de beaucoup plus près et de façon bien plus efficace.

A côté de cette conception, il en est une autre qui attribue au médecin scolaire un rôle beaucoup plus étendu; il ne se contente plus de s'assurer si l'enfant a reçu par les soins du médecin de sa famille, ou à l'hôpital, ou dans une clinique, les soins que nécessite son état : il se charge lui-même d'assurer le traitement toutes les fois que cela est possible dans une clinique annexée à l'école. La fonction du médecin scolaire prend dès lors un caractère très différent de celui que nous lui attribuons en France.

Dans ce tableau d'ensemble, nous n'avons signalé que les particularités par lesquelles se distinguent les attributions des médecins scolaires dans différents pays; il est bien entendu que, sur tous les autres points, leur tâche est analogue, par exemple en ce qui concerne l'inspection sanitaire des locaux scolaires, la direction des exercices et de l'entraînement physiques, l'établissement de la fiche individuelle.

Instruction et recrutement des médecins inspecteurs. — Il est indispensable que le médecin inspecteur reçoive une instruction en rapport avec ses fonctions spéciales. En France, cet enseignement n'est en aucune façon organisé; à Paris, quelques séries de conférences ont été faites aux candidats à l'inspection médicale des écoles, mais à titre non officiel. Nous considérons cependant qu'une organisation complète de l'inspection médicale des écoles ne peut pas être réalisée sans que l'enseignement de l'hygiène scolaire ne soit effectué dans toutes les écoles de médecine. Le Dr Lesieur (de Lyon) a résumé les qualités de compétence et de conscience que doit avoir le médecin scolaire ; il admet que, dans les villes importantes, le concours est le meilleur mode de recrutement; il croit même que le môme système pourrait être adopté dans les localités de moindre importance; il serait tout au moins désirable que le choix du médecin scolaire soit fait d'après ses aptitudes ou ses titres spéciaux.

Le concours, institué à Paris pour la nomination récente de médecins inspecteurs, comportait un programme étendu à l'ensemble des connaissances indispensables aux médecins scolaires ; les épreuves consistaient en une double composition écrite sur un sujet de médecine infantile et sur un sujet d'hygiène scolaire ou de pédagogie physiologique ; les épreuves définitives comprenaient d'abord un rapport sur l'examen d'une école, d'une classe, d'un groupe d'écoliers ou d'un écolier seul (fiche scolaire ) ; puis un exposé de quinze minutes sur un sujet d'hygiène, à l'usage des maîtres ou des

écoliers.

La préparation d'un tel concours ne se conçoit guère sans un enseignement officiel : cet enseignement existe d'ailleurs à l'étranger, tout au moins en Autriche et en Allemagne, mais sous une forme qui ne répond peut-être pas exactement au but que nous nous proposons. Au séminaire pédagogique de Berlin, par exemple, le cours fait par le Pr Munch est plus spécialement consacré aux questions pédagogiques : on y étudie surtout la répartition et l'horaire des progammes, les éléments de psychologie physiologique et les tares physiques qui ont une répercussion immédiate sur le développement intellectuel : troubles de la vue, de l'audition, de la parole, du système nerveux.

Ces études de « pédagogie physiologique », suivant l'heureuse expression du Dr Mathieu, ne constituent en réalité qu'une partie

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d !S connaissances nécessaires au médecin scolaire. Le programme élaboré par le J)' Guiberl pour le concours de la Ville de Paris résume avec précision les connaissances qu'exige la fonction de médecin inspecteur des écoles. Nous reproduisons ici ce programme de concours qui pourrait aussi bien être un programme d'enseignement :

PROGRAMME DU CONCOURS POUR L'INSPECTION MEDICALE DES ÉCOLES DE LA VILLE DE PARIS

Le double rôle social du médecin scolaire.

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