INSTRUCTIONS
Le carnet, tenu par le médecin avec toutes les obligations du secret professionnel, ne doit jamais sortir de ses mains. Le médecin pourra communiquer aux parents, sur leur demande, tout ou partie des renseignements contenus dans le carnet, sans se dessaisir de celui-ci.
à de nouvelles mensurations et pesées, mais sans pratiquer un examen complet de ses organes ; pour la facilité de la lecture de la fiche, il est désirable que les chiffres obtenus dans ces examens anthropométriques successifs soient porlés sur un graphique ou courbe de croissance, comme cela existe sur la fiche des écoles de Pans.
Un second examen complet pourra être pratiqué, dans les écoles primaires, vers la dixième année ; on reconnaîtra à ce moment les affections survenues au cours des premières années de scolarité, scoliose ou myopie en particulier.
Un examen de sortie serait avantageux pour indiquer à l'élève les précautions que peuvent nécessiter son état de santé et pour l'aider dans le choix d'un métier.
Les différentes maladies survenues pendant la scolarité seront, bien entendu, signalées sur la fiche dès leur apparition.
Modèles de fiches. — Les différents auteurs qui ont établi des modèles de fiches se sont inspirés de ces principes fondamentaux.
Nous reproduisons page 773 la fiche scolaire employée à Wiesbaden, une des premières villes, nous Lavons dit, où fonctionna régulièrement l'inspection scolaire; cette fiche est, à notre point de vue, trop simplifiée.
En le réduisant sur deux pages, alors que le modèle original est composé sur quatre pages, nous donnons le modèle de la fiche qui a été proposée par la Commission française permanente de la tuberculose (p. 774 et 775).
La fiche qui vient d'être adoptée pour les écoles de la Ville de Paris, et qui répond à tous les desiderata que nous avons exposés, est reproduite à la fin de ce Traité, avec un certain nombre de documents relatifs à l'inspection médicale des écoles.
Les cliniques et dispensaires scolaires. — Les infirmières d écoles ( (( school nursing » ). — Nous avons dit déjà que la conception française de l'inspection scolaire ne comprenait pas d'autres fonctions que celles de prophylaxie et de surveillance sanitaires : chez nous, le médecin ne soigne pas les écoliers; il s'efforce de reconnaître ceux d'entre eux qui sont suspects de maladie transmissible ou qui sont atteints d'affections réclamant des soins médicaux; il signale ces cas à la famille, à qui seule il appartient de faire soigner son enfant, soit par son médecin, soit par le médecin d'un dispensaire ou de l'hôpital.
La clinique scolaire ne cadre donc pas avec cette organisation générale.
Dans certains pays étrangers, où les fonctions du médecin scolaire sont plus étendues, il a été annexé à certaines écoles, ou à certains groupes d'écoles, des cliniques où l'on soigne la plupart des affections externes : cette nouvelle « annexe » de l'école trouve sa
justification dans ce fait que beaucoup d'affections externes bénignes des écoliers demandent des soins prolongés et fréquemment renouvelés qui nuisent à la fréquentation scolaire: si l'enfant doit suivre une consultation hospitalière ou attendre la visite de son médecin, il sera contraint de manquer de nombreuses classes; de plus — et cet argument est de valeur — nous savons tous que, quand nous avons signalé à des parents la nécessité de soigner leur enfant pour telle ou telle affection, notre recommandation reste le plus souvent sans effet. Avec la clinique scolaire, ona cette assurance que les enfants reconnus malades sont effectivement soignés.
Les affections chroniques des yeux, des oreilles, de la peau et surtout des dents sont celles qui sont le plus justiciables de la clinique. Il va sans dire qu'on y soigne aussi les petits accidents qui peuvent survenir à l'école: plaies, épistaxis, etc. Nous n'insisterons pas sur le local ni sur le personnel que nécessitent ces cliniques.
Le dispensaire scolaire est une institution différente de la clinique : ce n'est plus une sorte d'infirmerie annexée à l'école, mais un établissement séparé, vers lequel sont dirigés les écoliers malades. Il ne présente donc pas, au point de vue delà fréquentation scolaire, les mêmes avantages que la clinique. En France, certaines Caisses des écoles ont créé de semblables œuvres, qui peuvent évidemment rendre de grands services aux familles pauvres, mais qu'on ne peut considérer comme des œuvres scolaires proprement dites.
Nous citerons, à titre d'exemple, les villes de Bradford, où existe un dispensaire scolaire central, etdeBow, où la clinique est annexée à une école (1); le personnel soignant se compose d'un médecin inspecteur, d'un ou plusieurs médecins adjoints et d'infirmières. On peut y soigner les affections de la peau et du cuir chevelu (même les teignes, grâce à une installation de rayons X), les maladies des yeux et des. oreilles, et la plupart des petites affections externes.
En même temps que la raison d'être des cliniques et dispensaires scolaires, on a discuté en France l'utilité de l'intervention à l'école des médecins spécialistes; puisque l'école ne doit pas être, chez nous, transformée en infirmerie, puisque le médecin scolaire n'est pas, à l'école, un « médecin soignant», le rôle du spécialiste se bornerait à examiner les élèves à son seul point de vue. On serait ainsi amené, pour la rédaction delà fiche, à faire examiner l'écolier par l'oculiste, le dentiste, l'auriste, le dermatologiste! D'autre part, les qualités et les connaissances exigées des médecins scolaires ne permettent pas de douter de leur aptitude à reconnaître l'existence d'une affection de ces organes spéciaux, qu'ils ne sont d'ailleurs pas destinés à soigner. Le médecin scolaire agit, sur ce point, à l'école comme dans sa clientèle
(1) Dr Licwis Williams et Dr Eder, Communications au IIIe Congrès international d'hygiène scolaire, Paris, 1910.
privée: après avoir reconnu que les dénis, les yeux ou les oreilles sont atteints d'une affection réclamant des soins spéciaux, il invite le malade à aller voir le spécialiste, qui pourra porter un diagnostic plus précis et appliquer le traitement nécessaire. Nous partageons à ce sujet lavis du Dr Dufestel : «Laisser au médecin inspecteur la libertéde provoquer l'avisduspécialistenous paraît suffisant. Vouloir, comme cela a été iait dans certaines villes, demander à chaque spécialiste son avis sur tous les enfants nous semble une chose irréalisable. »
Les infirmières scolaires sont appelées à rendre des services. Lu Angleterre, le school nursing existe dans de très nombreuses écoles; ces nurses ne veillent pas seulement à la propreté des enfants, elles leur donnent aussi les soins élémentaires que nécessitent les affections bénignes, ou les soins d'urgence pour les cas plus graves; elles vont également au domicile des enfants malades pour veiller à ce que les soins réclamés par leur état leur soient régulièrement donnés, et elles fournissent aux parents toutes les indications dont ils peuvent avoir besoin.
A Paris, grâce à l'initiative de M. André Mesureur (1), il a été fait un essai heureux de school nursing. Le double rôle de ces infirmières, à l'école et hors l'école, peut ainsi se résumer :
« A l'école, il comporte l'inspection régulière, méthodique et fréquente des enfants au point de vue hygiénique, la démonstration pratique des soins de propreté, l'administration de soins immédiats en cas d'urgence et d'accidents subits, l'enseignement de l'hygiène en de courtes leçons par une personne distincte de l'institutrice.
« En un mot, l'infirmière vigilante et éclairée préparera et facilitera la tâche du médecin inspecteur en écartant la malpropreté.
« Hors l'école, l'infirmière suit l'enfant, le visite, le cas échéant, au domicile paternel; et là commence le rôle délicat et vraiment appréciable au point de vue social de la vulgarisation de l'hygiène et non, comme on le craint, « la socialisation de la médecine». Vérifier le motif de l'absence d'un écolier, s'assurer de l'exécution des mesures prophylactiques en cas de contagion, faire l'instruction sanitaire de la mère, combattre les préjugés et erreurs populaires, déraciner la trop crédule confiance en des remèdes de « bonne femme », ce n'est pas de la médecine (qui est toujours éminemment curative), mais c'est bien là de la pure hygiène préventive. C'est préparer la venue du médecin; c'est au contraire provoquer son appel.
«, A ces diverses formes d'activité technique, l'infirmière, ayant des connaissances précises sur l'organisation des moyens d'assistance à Paris, joindra un rôle de fée bienfaisante capable d'indiquer à la misère cachée, nécessiteuse et modeste, les moyens d'être secourue. »
(1) Voy. Presse médicale, 24 oct. 1908.
Enseignement de l'hygiène aux maîtres et aux élèves. — « Au médecin, dit le Dr Le Gendre, revient sans contestation possible l'enseignement de l'hygiène à l'école. » Gel enseignement doit être double et s'adresser, d'une part, aux maîtres, et, d'autre part, aux élèves et même à leurs parents.
\J enseignement de Vhygiène aux maîtres est fait dans les écoles normales, mais d'une façon superficielle et fort insuffisante.
Une tendance souvent constatée consiste à confondre hygiène et
médecine, et bien des maîtres ont cru s'instruire en hygiène,
alors qu'ils acquéraient seulement ces quelques notions de pathologie
fantaisiste qu'on rencontre dans les livres soi-disant médicaux « à
l'usage des familles ».
Cet écueil une fois signalé, c'est aux notions d'hygiène scolaire surtout que nous devons nous efforcer d'intéresser les maîtres : hygiène du bâtiment, du chauffage, de l'aération et aussi du mobilier; hygiène et éducation physiques, hygiène intellectuelle, prophylaxie, seront les points importants de ce programme d'éducation.
Il faudra aussi instruire les maîtres des règles d'hygiène qu'ils doivent s'imposer à eux-mêmes, s'ils veulent éviter les maladies professionnelles auxquelles ils sont particulièrement exposés, telles la tuberculose, les affections laryngées et les maladies du système nerveux; nous avons traité ce sujet spécial dans un précédent chapitre.
U instruction des enfants devrait être à la fois pratique et théorique. Les exemples utiles recueillis à l'école, les précautions prises pour le chauffage, pour l'éclairage ou pour la ventilation des classes, les inspections de propreté, sont autant d'occasions de démontrer à l'enfant la place que l'hygiène doit occuper dans son existence journalière. A la cantine scolaire, il apprendra à s'alimenter d'une façon saine; aux bains-douches, il prendra des habitudes de propreté corporelle ; aux séances de gymnastique, il comprendra la nécessité de ne pas négliger son développement physique.
Puis, dans de petites causeries ou conférences, adaptées à l'âge de l'écolier, le médecin scolaire pourrait exposer les principaux sujets d'hygiène : les méfaits de l'alcoolisme, le danger des maladies contagieuses, la nécessité de la propreté du logement et des vêtements. D'autres conférences pourront être faites aux parents, et plus particulièrement aux mères, sur les soins à donner aux enfants en cas de maladie, sur l'hygiène alimentaire, sur l'hygiène morale et intellectuelle.
Mais ce ne sont là que des indications: ces différents enseignements n'ont été réalisés aujourd'hui que d'une façon isolée; l'organisation nouvelle de l'inspection médicale des écoles tiendra sans doute compte de leur utilité, et il est à souhaiter que des programmes soient établis pour donner aux médecins scolaires des indications nécessaires à cet enseignement.
780 MIIRY ET GENEVRIER. — HYGIENE SCOLAIRE.
L'éducation sexuelle. — Il est peu de sujets d'hygiène scolaire qui aient donné lieu, durant ces dix dernières années, à une littérature plus abondante. Beaucoup de pédagogues et d'hygiénistes pensent en effet qu'un enseignement relatif aux organes et aux fonctions de la génération doit être donné dans les écoles publiques, et la façon dont doit être pratiqué cet enseignement a donné lieu à de nombreuses et intéressantes controverses. Si pareille instruction doit être donnée à l'école, — et nous ferons tout à l'heure des réserves sur ce point, — il nous paraît difficile de la confier à un autre éducateur qu'au médecin scolaire lui-môme. C'est pourquoi nous avons placé ce rapide aperçu de la question à la fin du présent chapitre (1).
Nous devons constater de suite que le programme de cet enseignement paraît bien difficile et délicat à préciser : si, jusqu'ici, il a été dépensé beaucoup d'éloquence pour soutenir la nécessité de l'éducation sexuelle, les auteurs de ces exposés très littéraires paraissent éprouver un certain embarras quand il s'agit de fixer le plan des leçons destinées à l'enseignement en commun. Les premiers éléments du sujet, ou, si Ton préfère, les bases de cette éducation sont, pour tous les auteurs, l'objet de développements faciles : on expose aux enfants la fécondation des fleurs, le développement du poulet dans l'œuf, la distinction entre les ovipares et les vivipares... Mais de là à préciser l'acte fécondateur chez l'homme, il y a une distance considérable !
Dans certains pays étrangers, en Suède notamment, l'enseignement sexuel est fait, dans les cours supérieurs. Il existe des manuels illustrés et des planches murales destinées à faciliter cet enseignement. Nous reproduisons (fig. 358 et 359) deux figures qui montreront dans quel sens général sont faites ces leçons ; elles sont empruntées au Manuel populaire d'hygiène féminine, du Dr Karolina Widerstrôm.
Pour être admissible, cet enseignement ne peut être fait que d'une façon purement scientifique ; mais il ne nous paraît plus être en rapport avec l'âge de ceux auxquels il s'adresse; et, si un tel enseignement est possible dans les pays du Nord, il nous semble difficile à faire acceptercheznous ; son premier résultatne serait-il pas de diriger l'esprit des enfants dans un sens tout opposé à celui où l'éducateur voudrait le conduire : au lieu d'aboutir à la sincérité et à la simplicité des sentiments, on n'arriverait souvent qu'à exagérer la curiosité
(1) Parmi les publications récentes relatives à Véducation sexuelle, nous citerons : Congrès international d'hygiène scolaire, Paris, 1910. Communications ou rapports de MM. Chotzen (de Breslauj, Doléris (de Parisï, Flachs (de Dresde), Andrade (de Mexico), et de M,le Camaria (de Buenos-Ayres). — Dr L. Mathé, L'enseignement de l'hygiène sexuelle à l'école, Paris, 1912. — L'Hygiène scolaire, n° 25, conférence du Dr Mathieu; n° 29, conférence de Mme Leroy-Allais : n° 43, conférence du Dr Jablonski.
de ceux qui sont encore incomplètement renseignés et la malicieuse ironie de ceux qui n'ont plus rien à apprendre.
Selon l'expression de Cruchet, il est « exorbitant » de vouloir pousser la réforme jusqu'à « enseigner avec détail aux enfants l'acte copulateur en lui-même et toutes ses conséquences ».
Le Dr Toulouse exposait naguère, dans son livre, Comment former un esprit, un plan assez complet d'instruction sexuelle. 11 y donnait tous les enseignements théoriques relatifs aux organes et à la fonction de la génération, sans oublier de parler du plaisir et surtout des dangers qu'entraîne l'exercice de ces fonctions. Mais, après cet exposé très didactique, il condamnait lui-même en un autre chapitre de son ouvrage tout enseignement qui ne serait que théorique : « On se contente d'affirmer les vérités, dit-il, et de décrire de loin,