XY
Fig. 358. — Coupe verticale des organes reproducteurs d'une plante.
b, étamine ; i, grains de pollen ; h, pistil; l, tube pollinique ; fr, embryon (d'après K. Widerstrôm).
Fig. 359. — Utérus à la fin du deuxième mois de la grossesse.
H, cordon ombilical; ds, placenta; dr, villosités choriales; du, muqueuse utérine; c', bouchon muqueux (d'après K. Widerstrôm).
avec les mots, les faits qui les supportent. Ainsi partout on indique aux élèves comment on fait le pain. Des livres abondamment illustrés, des tableaux muraux donnent même, sur cette opération, des images plus ou moins approchées. Mais quel est le professeur qui descendrait de sa chaire et dirait : Mes enfants, nous allons chez le boulanger d'en face lui demander de nous montrer son pétrin et son four! Ne pensez-vous pas que ce serait là un bon exemple d'observation et une excellente discipline à imposer à de jeunes cerveaux? »
A cette question, nous serions fort tentés de répondre avec le Dr Romme : « Certainement, je le pense. Et c'est précisément parce
qu'il me paraît impossible d'illustrer par une leçon de choses l'enseignement I héorique de la physiologie sexuelle que ledit enseignemenl, l'ait aux enfants me semble destiné à être donné en pure perte (1). » A notre sens, le problème ne doit pas être posé de cette façon. L'éducation sexuelle n'est pas, de toute évidence, affaire d'enseignement théorique. Et à vouloir pousser cette éducation trop loin, on ferait une besogne inutile, sinon mauvaise; mais de là à laisser les enfants dans une ignorance absurde, il y a un pas énorme à franchir. Rien n'est plus stupide que les mensonges par lesquels trop de parents cherchent à satisfaire la curiosité naturelle des enfants : pourquoi ces inventions de choux renfermant le petit frère ou de carton à chapeau dans lequel on apporte la petite sœur? Bien des enfants, déjà avertis, font de ces explications le cas qu'elles méritent en s'en riant dans le dos de leurs parents.
C'est donc à indiquer aux enfants ce qu'ils ne doivent et ne peuvent pas ignorer que l'éducation sexuelle doit se limiter; et il nous parait superflu de rechercher les moyens d'enseigner en quoi consistent des actes ou des fonctions que l'instinct seul suffira à révéler au moment opportun.
Aux questions des enfants relatives aux choses de la génération, il ne faut donc pas répondre d'une façon niaise ou énigmatique ; si l'enfant est trop jeune pour comprendre, qu'on lui donne une explication générale, ou qu'on lui dise : « Tu sauras quand tu seras plus grand »; mais s'il est assez grand pour savoir, qu'on n'hésite pas à le renseigner, en termes mesurés, mais suffisants pour satisfaire sa curiosité. Surtout quand il s'agit d'une jeune fille, « il n'est pas nécessaire, dit Mme Leroy-Allais, de mettre les points sur les i; nous savons bien,etnousnousenfélicitons, quele mariage réserve à la jeune fille de sérieuses découvertes ; laissons-la donc autant que possible interpréter les faits au gré de sa nature : le tout est que sa curiosité soit momentanément et normalement satisfaite ».
Ces quelques réflexions nous dispensent d'entrer dans de longs détails sur la façon dont peut être comprise, à notre avis, la question de l'éducation sexuelle :
A la base de cette éducation, nous placerons la simple leçon en commun d'histoire naturelle, enseignée dans un sens assez large pour permettre aux enfants des comparaisons ou des déductions faciles. « Cet enseignement doit être fait, non sur le ton d'une ennuyeuse pédagogie, mais avec l'air intéressé que l'on prend pour raconter de belles histoires; et, en vérité, il n'y en a pas de plus magnifiques, de plus passionnantes que celles de la nature » (Mme Leroy-Allais). La botanique et la zoologie fourniront de multiples occasions de parler de la génération, avec beaucoup de liberté, sans inutiles réti-
(1) R. Romme, L'éducation sexuelle de l'enfant (Presse médicale, 9 mai 1908).
cences, et de telle sorte que l'intelligence de l'enfant soit ouverte à le compréhension des mêmes phénomènes, dans tous les règnes de la nature, et chez l'homme lui-même.
Chez les enfants élevés à la campagne, où le spectacle de la vie s'étale librement à leurs yeux, cette compréhension ne suppose guère d'enseignement théorique préalable. Si ce dernier s'impose à la ville, c'est que, dans ce milieu, les choses de la génération se présentent d'abord sous les apparences du vice ou de la débauche.
Mais, après cette sorte de préparation ou de préface à l'éducation sexuelle, ce n'est plus en commun que l'enseignement peut être poursuivi, si toutefois l'on juge cet enseignement nécessaire. Ce ne peut être que dans les entretiens particuliers, provoqués par une question de l'enfant ou suscités parune circonstance spéciale, queles parents, le médecin ou le maître pourront aborder ce sujet. Évidemment le père ou la mère seront les meilleurs éducateurs à ce point de vue : ils connaissent mieux que quiconque le caractère de l'enfant, qu'il faut savoir ne pas froisser ni inquiéter dans ces conversations intimes. Il faut lire les pages dans lesquelles MmG Leroy-Allais (1) raconte avec autant de charme que de délicatesse la façon dont elle résolut ce problème avec ses propres enfants, pour être convaincu que l'enseignement familial est la seule solution de ce délicat problème.
Pour les enfants dont les parents sont inaptes à remplir ce rôle d'éducateurs, la maîtresse ou le médecin pourront les suppléer : mais ces enfants du peuple sont le plus souvent prévenus par les fréquentations de la rue ou par le spectacle imposé par les promiscuités des logement ouvriers; et pour eux ce n'est guère l'éducation sexuelle qu'il s'agit d'entreprendre, mais plutôt la correction de l'esprit d'immoralité avec lequel ils envisagent tout ce qui concerne les fonctions de reproduction: c'est à eux que devraient être réservés renseignement et la morale de l'hygiène sexuelle.
Dans une toute récente et très intéressante conférence, le Dr Jablonski (de Poitiers) défendait ce même principe de l'éducation familiale, ou tout au moins particulière, pour ce qui concerne les choses de la génération (2): « Dans certaines écoles de l'étranger, disait-il, on donne aux enfants de quatorze à quinze ans une instruction sexuelle intégrale, avec planches représentant les organes du maie et de la femelle, etc. Je ne suis pas partisan de ce système. Notre caractère et nos habitudes s'opposent, à mon avis, à ces exhibitions scientifiques, qui passeraient certainement chez nous pour immorales, mais qui semblent toutes naturelles chez les nations plus policées que la nôtre.
(1) Mmc Leroy-Allais, Faut-il instruire les jeunes filles de la question sexuelle? (L'Hygiène scolaire, n° 29, janv. J910).
(2) Dr Jablonski, De l'éducation sexuelle (L'Hygiène scolaire, n° 43, juillet 1913).
« Ceci revient à dire que je n'approuve pas l'éducation sexuelle donnée en commun. Cependant je crois avantageux d'amener l'enfant par un enseignement scolaire méthodique basé sur l'étude de la botanique et de la zoologie à se former une idée, — en vertu du raisonnement par analogie qu'il se fera lui-même, — de la propagation de l'espèce humaine, et à penser aux phénomènes de la reproduction sans qu'il s'y môle aucune sensualité... L'enseignement sexuel doit être complété quand arrive l'âge de la puberté, c'est-à-dire entre treize et quinze ans, aussi bien pour les jeunes gens que pour les jeunes filles; mais ce complément d'éducation ne peut être donné que dans des conditions particulières. s>
Et le Dr Jablonski conclut que, pour cet enseignement particulier, la mère reste le maître idéal; à son défaut, il peut être confié au médecin de famille. C'est dans les mêmes « conditions particulières » que le médecin scolaire peut être appelé à intervenir. Mais nous croyons que son rôle peut plutôt s'affirmer à l'occasion de l'enseignement de V hygiène sexuelle, qui, elle, peut être enseignée dans des leçons faites en"commun aux adolescents des deux sexes.
L'enseignement de l'hygiène sexuelle. — Nous rappellerons seulement ici la nécessité d'apprendre aux enfants les soins d'élémentaire propreté qu'ils ignorent trop souvent, et que leurs familles, il faut bien le dire, sont les premières à négliger; nous avons eu déjà l'occasion d'insister sur ce sujet en étudiant l'hygiène des internats et des écoles primaires: une instruction théorique ne serait guère efficace en cette matière; et c'est à l'occasion des soins corporels donnés à l'école même que l'éducation des enfants sera faite de la meilleure façon, s'ils n'ont pas acquis dans leur famille les habitudes de nécessaire propreté; l'usage des bains-douches est le meilleur moyen de montrer aux enfants la façon dont ils doivent se laver et de leur inspirer le goût de la propreté corporelle. Nous insistons à nouveau sur l'utilité primordiale de ces installations.
Nous voulons surtout attirer l'attention sur le rôle que peut et que doit jouer le médecin scolaire, auprès des jeunes gens et des jeunes filles qui se préparent à entrer dans la vie. Ne pas prévenir ces adolescents des risques qu'ils vont courir, c'estles laisser aller au-devant des pires accidents de santé. On a trop dit et trop écrit sur ce sujet pour que nous y insistions longuement (1). « Cent escholiers ont pris la vérole, avant que d'être arrivés à leur leçon d'Aristote !... » avait déjà dit Montaigne.
C'est à la fin des études scolaires, quand les jeunes gens ont dépassé seize ou dix-sept ans, que cet enseignement préventif s'impose; dans les établissements d'enseignement secondaire, c'est au cours de la dernière année d'études que le médecin scolaire, en quelques causeries faites sur le tonde l'intimité, pourrait exposer aux grands élèves ce qu'ils doivent connaître des maladies vénériennes, de leurs
complications, de leurs dangers. Les élèves de renseignement primaire quittent trop jeunes Técole pour qu'on puisse leur adresser de semblables leçons : nous croyons que, dans les œuvres post-scolaires, il serait facile de faire une place à quelques conférences d'hygiène et de prophylaxie sexuelles.
On a cité trop d'exemples de malheureuses jeunes filles contaminées, sans quelles aient soupçonné le danger auquel elles s'étaient exposées, pour ne pas souhaiter de les voir instruites des risques qui les menacent; qu'il s'agisse de jeunes filles du peuple ou de celles qui appartiennent à la bourgeoisie, un tel enseignement n'aura que trop souvent son utilité! Combien ont été frappées par la maladie, qui « auraientété épargnées si on avait veillé sur elles, ou si elles-mêmes avaient su se défendre)) (Mme Leroy-Allais).
Si la mère de famille n'accepte pas d'éduquer ses enfants à ce point de vue, c'est au médecin que revient ce rôle : il serait utile qu'il y soit quelque peu préparé, car c'est un enseignement qui doit être donné de façon assez délicate pour ne pas froisser les sentiments des jeunes gens, et qui doit être assez persuasif pour que son action soit vraiment bienfaisante.
" (1) En plus des travaux cités précédemment, on pourra consulter :
Fourrier, Pour nos fils quand ils auront dix-huit ans. — Malapert, Conseils aux jeunes gens. — Good, Hygiène et morale.
Traité d'hygiène. VI. — 50