PREMIÈRE PARTIE L'ÉCOLE
Le but de l'hygiène scolaire est d'abord de rechercher et de définir le milieu où la croissance physique et le développement de l'écolier peuvent se faire dans les meilleures conditions possibles; l'adaptation du milieu extérieur où va vivre l'enfant aux nécessités de son développement physique et à ses besoins est la première question qui doive nous préoccuper.
Le premier besoin de l'enfant est un besoin d'aération : on y satisfera, d'abord, par les conditions d'aération de l'emplacement où sera bâtie l'école; ensuite, parles conditions d'aération intérieure de l'école ellemême; enfin il n'est pas indifférent que le sol même sur lequel l'école va reposer soit ou non perméable à l'air, parce que ce sera une des conditions de salubrité de ce sol; la perméabilité à l'air correspond d'ailleurs, la plupart du temps, à la perméabilité à l'eau, les terrains perméables à l'air étant des terrains secs.
Il n'est pas nécessaire de rappeler les raisons de ce besoin intense d'oxygène et d'aération chez la plante humaine en développement ; l'intensité des oxydations commande ce besoin d'oxygène, la ration de croissance venant, à cet âge, s'ajouter à la ration d'entretien.
Presque autant que l'air, la lumière est indispensable à la plante humaine : Y éclairage, naturel et artificiel, devra être prodigué à l'école.
L'idéal serait évidemment l'école de plein air, l'école dans la nature que réclamaient déjà Rousseau et Pestalozzi, et où il est malheureusement impossible de faire vivre d'une façon continue tous les enfants.
L'eau pure et abondante sera une nécessité primordiale de l'école saine ; nous aurons à étudier sa provenance et son épuration, ainsi que ses divers usages : boisson, ablutions, hydrothérapie. C'est là un des chapitres importants de l'hygiène du bâtiment.
Dans la construction du bâtiment, les nécessités d'aération et de bonne ventilation attireront à chaque instant notre préoccupation; puis on aura à s'occuper des questions de chauffage ; la distribution ■îles divers locaux méritera aussi l'attention de l'hygiéniste.
Enfin, quand tout aura été construit suivant les règles de l'école
saine, il faudra meubler celle-ci avec un mobilier adapté à félève, sans forcer celui-ci, comme on le faisait trop souvent autrefois, à s'adapter au mobilier.
Il nous restera alors à montrer comment les différents locaux de l'école peuvent être répartis : nous présenterons, en étudiant les groupements d'écoliers, quelques plans d'ensemble d'écoles de villages, de petites et de grandes villes, d'après lesquels on pourra juger les tendances actuelles des architectes.
Constitution géologique du sol. — On connaît depuis longtemps les relations qui existent entre la nature du sol et la qualité des plantes qui croissent à sa surface ; celles-ci y puisent en effet directement leur nourriture, et elles se développent suivant la valeur de la nourriture qui leur est fournie. Si l'accroissement du végétal est ainsi intimement lié au sol, il n'est pas moins important pour les animaux et pour l'homme lui-même, appelés à vivre sur un sol déterminé, d'y trouver des conditions hygiéniques favorables à leur développement. La démonstration en a été faite d'une façon singulière : on a remarqué, en effet, dans certains pays, une corrélation entre le développement du règne végétal et celui du règne animal, en particulier pour la taille. Sur certains sols, les arbres croissent et grandissent avec aisance, et on voit en même temps, si d'autres conditions ne viennent pas s'y opposer, des races d'animaux, animaux domestiques par exemple, bien développés, vigoureux, et de taille supérieure à la normale. Sur d'autres sols beaucoup plus pauvres, il semble au contraire que le règne végétal et le règne animal soient frappés du même arrêt de développement. Il est donc fort important de se rendre compte du sol sur lequel on établit l'école, surtout s'il s'agit d'une école-internat.
Il est nécessaire tout d'abord d'avoir des renseignements sur la constitution géologique du sol, et à cet égard il est bon de recommander aux instituteurs de profiter des diverses occasions qui peuvent leur permettre d'étudier cette constitution géologique pour recueillir des documents : établissement de tranchées et de chemins de fer, forage de puits, etc., de façon à pouvoir en quelque sorte tracer la carte géologique locale. Il faut distinguer, comme l'a fait M. Delaunay dans son Traité d'hygiène, le sol superficiel en pleine évolution ou en pleine transformation, et le sous-sol qui est arrivé à son état constitutif depuis un nombre d'années déjà considérable, et qui subit des modifications beaucoup moindres.
Le sol superficiel, c'est l'humus, la terre végétale constituée par tous les débris végétaux et animaux, les excréta en pleine transfor-
mation chimique, soumise d'ailleurs à des actions microbiennes importantes ; c'est cette partie du sol qui contient les éléments nécessaires à la vie du règne végétal. Son épaisseur est plus ou moins considérable suivant l'intensité de la vie animale et de la vie végétale dans les régions considérées, et elle est toujours beaucoup plus considérable dans les régions habitées et autour des villes.
Le sous-sol géologique est constitué tantôt par des terrains sédimcntaires, dépôts d'alluvions, sable, calcaire, marne, comme dans notre région parisienne, tantôt par des terrains d'éruption, comme dans les pays de montagne, où on trouve la roche granitique entre le sol et le sous-sol, il existe presque toujours une couche intermédiaire où se font des modifications chimiques aboutissant à la constitution, dans presque tous les terrains, d'une couche de glaise ou d'argile, intéressante à connaître à cause du rôle qu'elle joue, par son imperméabilité plus ou moins grande, vis-à-vis de la circulation des eaux et de l'air dans le sol. Souvent, d'ailleurs, ces dépôts argileux ne sont pas absolument purs et se mélangent aux parties constituantes superficielles du sous-sol, craie, sable, etc. ; cette constitution est assez favorable pour la conservation de la perméabilité
du sol.
Nous n'avons pas l'intention d'entreprendre ici une description géologique détaillée, et nous avons simplement voulu attirer l'attention sur l'importance des notions générales relatives aux qualités du sol sur lequel on peut bâtir une école.
Au point de vue géologique, les sols qui conviennent le mieux pour la construction d'une école sont ceux qui sont formés de roches, de cailloux, de gravier, de sables cohérents, d'argile, de lehm (1), de marne, à condition qu'il yaitdans ces trois derniers terrains une proportion suffisante de sable ou de chaux.
Solidité du sol. — Une condition capitale pour le sol, c'est sa résistance, sa capacité de supporter les bâtiments que l'on veut y construire ; les sols les plus solides sont les sols de rochers, pourvu qu'ils aient une épaisseur suffisante et qu'ils ne soient pas exposés à des glissements; de même certains sols de gravier et de sable, à condition qu'il n'y ait pas de sables mouvants comme ceux que Ton voit quelquefois au bord de la mer ou des fleuves. Quant aux couches argileuses, elles peuvent fournir un sol résistant si elles sont mélangées soit à des cailloux, soit à du sable. Il faut éviter avec grand soin les sols marécageux, les terres rapportées. ' Perméabilité du sol. - La perméabilité, aussi importante visà-vis de l'air que de l'eau, existe plus ou moins marquée dans presque tous les sols, même dans les roches les plus dures et les plus com-
(1) I e lehm est une terre transportée, analogue au lœss, terre végétale faite de fines particules d'argile, de petits grains de quartz et de paillettes de mica. Le lehm se distingue dû lœss en ce qu'il ne contient pas de calcaire.
f pactes. Ce sont surtout les terrains calcaires et sableux qui présentent I à l'extrême cette perméabilité. Les pores que Ton constate dans ces terrains ont une grande importance pour la circulation de l'air et de l'eau : mais malheureusement ils favorisent aussi la pénétration dans le sous-sol des impuretés qui souillent la surface. Pour certains sois, tels que le gravier, le sable, le terrain limoneux ou les terrains d'alluvions, les pores correspondent à 35 ou 36 p. 100 du volume total du sol. Au contraire, dans des sols peu perméables, la relation du volume des pores tombe à 5 ou 10 p. 100, en même temps que le poids spécifique du sol augmente.
D'après Baginsky, une couche de soi de 10 centimètres d'épaisseur et de 10 mètres carrés de surface laisse filtrer en vingt-quatre heures :
Pour le sable 5 760 cent, cubes d'eau.
Pour le lehm 1 674 — — —
Pour l'argile 0,7 — — —
A côté de cette perméabilité à l'eau et à l'air, il est intéressant de rechercher la teneur en eau, très variable suivant les sols. Plus un terrain est riche en humus et, d'autre part, en argile, plus il retient l'eau ; cette humidité est une très mauvaise condition pour la santé des enfants ainsi que pour la conservation des murs et des meubles.
La faculté de retenir l'eau, pour un terrain, n'est d'ailleurs pas en rapport avec sa perméabilité vis-à-vis de l'eau ; ainsi les terrains argileux, qui ne sont aucunement perméables, sont au contraire les terrains qui retiennent le plus d'eau. La quantité d'eau retenue dans un terrain est en rapport avec le volume des pores du terrain. Dans les terrains à pores volumineux, la teneur en eau ne dépasse pas 12 à 15 p. 100 du volume de ses pores, c'est-à-dire à peu près 50 litres pour 1 mètre cube. Dans les terrains à pores très fins, l'eau retenue occupe 80 ou 85 p. 100 du volume des pores, c'est-àdire 300 à 350 litres pour 1 mètre cube ; on comprend que cette augmentation de la teneur en eau soit en rapport avec la diminution de la teneur en air et avec la perméabilité à l'air; aussi les terrains argileux qui ont les pores les plus fins contiennent-ils le plus d'eau et le minimum d'air.
Quand la nature des lieux ne permettra pas d'établir l'école sur un autre emplacement qu'un terrain humide, on remédiera d'une \ façon relative aux inconvénients que présente la constitution du sol i par son drainage et par la surélévation des bâtiments.
Le drainage peut abaisser d'une façon appréciable le niveau de la nappe d'eau. On le réalise en creusant des tranchées dont le fond est occupé par des moellons entassés, ou par une canalisation en tuyaux déterre cuite ou en maçonnerie de briques (fig. 1).
Ces dispositifs sont heureusement complétés par la surélévation
L'EMPLACEMEVT ET L'ORIENTATION DE L'ÉCOLE. 6—7 des rez-de-chaussées des bâtiments, sous lesquels ne peuvent pas
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Fig. 1. — Canalisations de drainage.
A, drains en poterie; B, sur maçonnerie de briques ; C, en moellons entassés.
être établies des caves. Les ligures ci-jointes (fig. 2, 3, 4) indiquent assez la façon dont peut être réalisé cet isolement.
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Fig. 2. — Plancher établi sur entrevous Fi^de maçonnerie.