‹ Traité d'hygiène (volume 2)Chapitre 32 sur 158 · V. — LA PUBERTE · texte numérisé non relu

V. — LA PUBERTE

Nous avons étudié les modifications staturales et biologiques qui caractérisent la croissance. Elles transforment l'organisme de l'enfant, malléable et continuellement changeant, en un organisme nouveau, relativement stable et fixé en sa forme, apte à remplir des fonctions nouvelles.

C'est à cet épanouissement de la croissance pendant lequel l'enfant devient un adolescent qu'on donne le nom de puberté. Cette période s'étend de douze à quinze ans chez la fille, de quatorze à dix-huit ans chez le garçon. Ces chiffres sont des moyennes, mais on s'accorde à les reconnaître comme exactes dans notre pays.

Nous avons vu que, dans cette période, on pouvait distinguer plusieurs phases.

Une première phase prémonitoire, qui porte en général sur la neuvième ou la dixième année chez les filles, sur la onzième ou la douzième chez les garçons, dans laquelle l'organisme subit un temps d'arrêt général. C'est une phase de ralentissement, de recueillement. On observe alors un minimum de l'accroissement de la taille, du périmètre thoracique, du poids, du développement musculaire, des échanges physiologiques.

Puis, après cette phase de recueillement, brusquement l'enfant entre dans une période d'accroissement accéléré ; c'est la phase critique de la puberté (Cruchet), la période prépubère de désharmonie structurale (Delpeuch) ; la taille s'allonge, le périmètre thoracique s'accroît, le poids augmente ; les muscles se développent; la force mesurée au dynamomètre est plus grande. Les glandes à sécrétion interne manifestent leur action; les viscères prennent les dimensions de l'âge adulte ; des modifications se produisent au niveau des organes génitaux et des mamelles ; dans l'un et l'autre sexe, des fonctions nouvelles s'établissent.

Apparition des fonctions sexuelles. — Sexe féminin. —

C'est de treize à quinze ans, chez la femme française, que se manifestent les transformations génitales de la puberté : au niveau du mont de Vénus et autour de la vulve apparaissent des poils ; les organes génitaux externes se gonflent et s'hypertrophient rapidement ; les nymphes s'accroissent; le bassin s'élargit; l'utérus, les trompes, les ovaires augmentent de volume ; les follicules de Graaf entrent en activité.

En môme temps, les seins se développent ; le mamelon et l'aréole apparaissent. C'est l'époque où s'établit la menstruation, qui est le signe le plus évident de la puberté chez la femme, mais dont la date d'apparition peut varier dans des limites assez larges. Le milieu des villes la rend en général plus précoce qu'à la campagne ; une bonne constitution, d'excellentes conditions d'habitation et d'alimentation favorisent l'établissement des premières règles.

La première menstruation est souvent précédée de céphalées, de douleurs abdominales et lombaires, d'épistaxis, d'une sécrétion séreuse vulvaire.

Puis Fhypogastre devient douloureux à la pression; les seins se gonflent ; il peut y avoir des vomissements, de la diarrhée, de la pollakiurie, de l'irritabilité, une émotivité exagérée et des changements dans le caractère.

L'appareil génital est enflammé, turgescent et douloureux ; la première perte menstruelle apparaît. La quantité de sang qui s'écoule est très variable, mais généralement inférieure à 100 ou 200 grammes, chiffres que donnent Mauriceau, Haller, Baudelocque. Ce n'est qu'au bout de quelques mois que la fonction menstruelle devient régulière comme périodicité et quantité.

La durée des règles est de trois à six jours chez la femme bien réglée. Leur fin correspond à la mise en liberté de l'ovule (Pouchet). Ce phénomène physiologique indique que la fonction nouvelle est établie ; la fdle sera désormais capable de procréer.

Sexe masculin. — L'éveil génital est plus tardif; il se produit de quatorze à seize ans. Des poils couvrent le pubis, le scrotum s'allonge, se ride et se parsème de poils; la verge, la prostate, les testicules augmentent de volume ; les corps caverneux et spongieux s'hypertrophient. Des pollutions nocturnes douloureuses se produisent, mais, pendant un certain temps, le liquide sécrété par les testicules ne contient pas de spermatozoïdes. C'est la période de préspermatogenèse.

Comme chez la femme, il y a chez l'homme, au moment de la puberté, une réaction de la glande mammaire. Cette réaction consiste seulement en un léger gonflement, un peu de prurit et quelquefois l'écoulement de quelques gouttes de liquide clair ; à la suite, l'aréole prend une teinte brune.

Retentissement sur l'organisme. — L'établissement de la fonction génitale dans les deux sexes retentit profondément sur l'organisme tout entier, par l'intermédiaire des glandes à sécrétion interne et du riche système nerveux sympathique.

Le système pileux devient plus ou moins floride ; des poils poussent aux aisselles, et, chez l'homme, sur les régions mammaires et thoracique antérieure; ils apparaissent le long des membres, sur les surfaces d'extension. Enfin, vers dix-sept ans, la lèvre supérieure

du jeune garçon s'ombrage d'un fin duvet et la barbe apparaît.

C'est surtout du côté du larynx que, de tout temps, les auteurs ont mentionné les modifications qui se produisent à la puberté. La voix mue.

Chez l'homme, le diamètre transversal du larynx devient plus grand ; les apophyses vocales des cartilages aryténoïdes se développent, la pomme d'Adam fait saillie. La glotte s'allonge en même temps que les cordes vocales inférieures, et celles-ci deviennent plus épaisses. La voix change alors ; elle devient plus profonde d'une octave, et, avant d'avoir atteint son timbre définitif, elle reste pendant un temps variable, rauque et discordante.

Chez la femme se passent des phénomènes exactement contraires ; le larynx se développe plus en longueur qu'en largeur; la voix gagne en extension et tend à s'élever d'un ton plus haut.

L'établissement de la fonction génitale agit aussi sur les échanges organiques. A la veille de la puberté, ceux-ci atteignent leur maximum d'activité. Mais, au moment de la puberté proprement dite, le foie diminue de volume (Cruchet et Sérégé), leséliminationsurinaires se restreignent, les phosphates, l'acide urique, l'urée, le rapport azoturique présentent une notable diminution dans les deux sexes (Marro, M,le Francillon). De plus, chez la femme, il y a diminution de l'urée à chaque période menstruelle.

La sensibilité olfactive se perfectionne remarquablement. Marro, qui l'étuclia au moyen de l'olfactomètre de Zwardemaker, estime qu'elle s'exalte davantage chez la fille que chez le garçon.

Par contre, la sensibilité tactile diminuerait chez la femme pendant la puberté et serait moins émoussée chez l'homme (Herzen, Marro).

Enfin, accompagnant cette crise physique de la puberté, survient une crise psychique que nous ne ferons que signaler; elle se caractérise chez la jeune fille par une exaltation delà sensibilité et de l'imagination, et chez le jeune garçon par une exagération de ses dispositions naturelles.

Ce développement de l'organisme à la puberté ne se faitpas selon une marche progressive et régulière. Il se fait souvent par à-coups; d'un sujet à l'autre, l'évolution n'est pas toujours comparable, l'un manifestant sa puberté par sa taille, l'autre par sa force musculaire, un autre encore par son développement génital. Ces différences dépendent surtout de l'hérédité et du terrain.

C'est bien là l'âge ingrat à tous les points de vue. La dysharmonie structurale et la dysharmonie physiologique constituent une cause de faiblesse évidente. Comme l'a dit Geoffroy Saint-Hilaire, « l'activité exagérée delà croissance correspond à un arrêt du développement fonctionnel ».

Celte période d'accroissement se termine généralement en France

vers quatorze ans pour les filles, vers quinze à seize ans pour les garçons.

La troisième période de la puberté commence alors :cesl\a période de perfectionnement de Marro. Elle conduit jusqu'à l'âge de la nubilité, c'est-à-dire vers quinze ans pour la femme, vers dix-huit ans pour l'homme. La croissance physique parachève alors son développement : chez la femme, la taille se dessine, les seins se développent, les hanches s'élargissent, les menstrues se régularisent. Chez le jeune homme, les formes deviennent vigoureuses et harmonieuses, l'équilibre structural s'établit; la fonction génitale est en pleine activité, la voix s'affermit. Dans l'un et l'autre sexe, chaque individu acquiert son type définitif.

Tout acte psychique a son point de départ et son point d'arrivée dans la vie physique. 11 y a là des chaînons inséparables dont le premier, la sensation, se passe dans le domaine du système nerveux; la sensation se transforme en sentiment : domaine moral ; au sentiment succède la perception et l'idée : domaine intellectuel ; et enfin, l'idée provoque une volonté et un acte : domaine de l'activité volontaire.

Nous étudierons donc successivement la croissance sensorielle, la croissance morale, la croissance intellectuelle et le développement de r activité volontaire. Mais il est nécessaire, avant d'aborder ces divers chapitres, de considérer quelles sont les lois fondamentales du développement psychique en général.

Page 1