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L'EAU DE BOISSON. — L'EAU DE LAVAGE

Au point de- vue médical, la question de l'eau à l'école est d'importance capitale. En effet, l'eau peut être le véhicule de toute une série de germes pathogènes. Il est nécessaire que les médecins inspecteurs des écoles soient capables de procéder à une enquête sommaire, et de pratiquer eux-mêmes certaines analyses pour connaître la valeur ou la potabilité de Teau distribuée dans l'école.

Provenance de l'eau. — D'où vient, d'où peut venir l'eau des écoles? C'est la question générale de l'origine des eaux qui se trouve devoir être traitée ici sommairement.

Les eaux de pluie ont, en quelque sorte, trois destinations : une partie s'évapore et forme de nouveaux nuages ; une partie ruisselle à la surface du sol et fournit l'eau de ruissellement qui balaye avec elle toutes sortes d'impuretés; enfin une dernière partie s'infiltre dans le sol jusqu'au niveau où elle trouve une couche imperméable qui l'arrête : cette dernière partie sera l'origine des nappes d'eau souterraines et aussi des sources : ces eaux seront les meilleures pour la boisson.

L'eau de pluie, recueillie dans les citernes, ne fournit jamais une eau reconnue potable par l'hygiéniste. Dans certains pays, on est cependant obligé de s'en servir, malgré les impuretés que contiennent ces eaux après avoir coulé sur les toits, voire même à la surface du sol. Il faudra dans ces cas exceptionnels avoir recours aux procédés de purification et de stérilisation dont nous parlerons plus loin.

L'eau de ruissellement est encore plus suspecte ; après avoir coulé sur le sol, elle se déverse dans les ruisseaux, les rivières, les fleuves ; elle entraîne avec elle toutes sortes de souillures, si bien que nous pouvons la considérer comme condamnable dans son emploi pour la boisson, sauf dans les cas où elle pourrait être purifiée ou stérilisée.

La valeur des eaux d'infiltration, qui doivent de préférence être utilisées à l'école, esttrès importante à connaître: cette valeurdépend le plus souvent de la situation de la couche géologique d'où ces eaux proviennent.

L'eau d'infiltration s'arrête d'abord au premier substratum imperméable qu'elle rencontre.

Ce substratum est fréquemment constitué par les terrains argileux, qui peuvent être considérés comme presque absolument imperméables ; ensuite ce sont les mélanges d'argile, de craie, de marne, qui forment un autre groupe de terrains imperméables. Il est fréquentque, dans certains calcaires, il y aitd'abord une couche calcaire tout à fait perméable, puis au-dessous une couche de marne qui

arrête la nappe d1eau ; c'est ce qui existe dans le Pas-de-Calais, aux environs de Boulogne ; la nappe d'eau y est arrêtée au niveau de la couche de craie marneuse, et elle peut servir à la création de puils.

La première nappe d'eau qui se trouve ainsi constituée, et qu'on a appelée la nappe phréatique, sera donc située immédiatement audessous de tous les terrains perméables ; sa profondeur est bien entendu assez variable : en général, elle ne dépasse pas 100 mètres ; c'est la Grandwasser des Allemands.

Si les terrains situés au-dessus de la nappe sont en épaisseur suffisante, et s'ils sont d'une constitution favorable, on aura, grâce à eux, une filtration efficace : parmi les bons terrains filtrants, il faut

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Fig. 24. — Au-dessous d'une mince couche de terre arable se trouvent des terrains calcaires fissurés et très perméables, n'assurant en aucune façon la filtration de l'eau fournie par le puits (Cliché du T. C. F.) (1).

tout d'abord placer les sables, qui épurent parfaitement l'eau; les bons résultats fournis par les filtres à sable justifient pleinement cette propriété.

On pourra utiliser en boisson l'eau de la nappe phréatique quand les terrains sus-jacents seront composés de sable, de gravier, ou même de certains lehms contenant du sable.

Au contraire, si les terrains superficiels sont des terrains fissurés, des terrains calcaires par exemple, l'épuration est bien moins complète et offre moins de garantie (fig. 24). En effet, il ne s'agit plus ici de filtration, mais d'une véritable circulation de l'eau à travers le sol, à la faveur de fissures plus ou moins larges ; parfois même ces fissures atteignent de telles dimensions qu'elles constituent dans le sous-sol de véritables ruisseaux, ou même des rivières (fig. 25).

C'est ainsi que sont constitués les « gaves » ou les « bétoires », qui

(1) Les figures 24 à 28 sont reproduites d'après un intéressant opuscule de propagande, L'Eau potable, publié par les soins du Touring Club de France.

après avoir coulé en rivières souterraines, émergent à plus ou moins longue distance, comme une source nouvelle, mais sans avoir subi la moindre purification ; si ces rivières sont contaminées avant leur disparition dans le sous-sol, on retrouve, à leur sortie, les mômes

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Fig. 25. — Après avoir traversé une couche de sable, l'eau est arrêtée par un terrain imperméable et émerge en une source dont l'eau sera filtrée et pure. Après avoir ruisselé un certain temps et recueilli des impuretés, la même eau se perd dans un terrain calcaire et fissuré : quand elle émergera de nouveau, la source ainsi alimentée sera contaminée (Cliché du T. CF.).

microbes et les mêmes impuretés. M. Thoinot a fait cette démonstration pour différentes sources, en particulier pour les sources de l'Avre, où il y a de ces bétoires; ces résurgences de rivières ou de ruisseaux, disparus dans le sol à quelques kilomètres de l'endroit où Ton a établi la captation, compromettent donc grandement la valeur des sources ou des puits qu'on veut faire dans une telle région On a

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Fig. 26. — Source souillée à distance (Cliché du T. C. F.).

bien essayé d'établir des périmètres de protection en édictant certaines mesures d'hygiène publique; mais il esta peu près impossible de donner à ces zones de protection une étendue suffisante pour se mettre à l'abri de toute infiltration venant de fosses à purin ou de tout écoulement de vidange (fig. 26).

Au-dessous de la nappe phréatique superficielle, il peut y avoir des nappes plus profondes, qui se trouvent situées entre deux couches

imperméables; mais alors, de façon générale, elles ne sont pas disposées horizontalement, comme Tétait la première nappe d'eau.

Il est évident que, dans ces nappes profondes, les eaux sont habituellement plus pures ; l'endroit où elles ont été formées, par infiltration des eaux de pluie, est toujours beaucoup plus éloigné que lorsqu'il s'agit de la nappe d'eau superficielle; dans cette dernière, la pénétration des eaux de pluie se fait perpendiculairement aux diverses couches du terrain ; pour ces nappes profondes, au contraire, l'infiltration s'est faite quelquefois très loin, sur des plateaux, et c'est par fîltration lente qu'elles arrivent jusqu'à la région où elles sont utilisées. Les nappes profondes de la région parisienne se sont formées sur les coteaux delà Marne, en Champagne ; il est évident que, dans ce long trajet, elles ont eu le temps de s'épurer. Dans certains cas, cependant, il faudra songer que l'eau a pu effectuer ce trajet grâce à une de ces circulations souterraines dont nous avons déjà parlé.

Les nappes profondes sont de deux sortes : les nappes statiques et les nappes dynamiques. Les dernières sont celles qui fournissent les puits artésiens; elles ont parfois cet inconvénient d'offrir une température trop élevée, si bien que, si on voulait en user comme eau de boisson, il faudrait les refroidir.

Ces nappes profondes sont rarement utilisées, et ce qui intéresse surtout l'hygiéniste, en ce qui concerne l'école, c'est la nappe d'eau superficielle ; si elle est située au-dessous de terrains réalisant une filtration convenable, comme les terrains sablonneux, elle offre généralement des garanties suffisantes, à condition toutefois qu'on ne rencontre l'eau qu'à 25 à 30 mètres de profondeur. Il faut veiller, et c'est là le point important, à ce que cette nappe superficielle ne soit pas souillée ; il faut que les puits soient établis à distance des fosses à fumier ou des dépôts d'immondices; on ne doit jamais établir un puits en aval d'un cimetière.

Pour reconnaître si la nappe d'eau superficielle peut être souillée par des infiltrations provenant d'endroits suspects, on a imaginé d'utiliser le pouvoir colorant de la fluorescéine. Rien n'est plus simple que de verser de la fluorescéine dans une fosse d'aisances ou dans tout autre lieu suspect et de constater si l'eau du puits ou de la source voisine est colorée ou non ; l'eau examinée peut présenter une coloration visible à l'œil nu ; quelquefois il faut employer un instrument spécial pour déceler les traces de fluorescéine; dans tous les cas, ce procédé est facile à appliquer, et il a donné des résultats assez satisfaisants pour qu'à l'heure actuelle on l'emploie toujours pour vérifier la provenance de l'eau des puits ou des sources qu'on destine à la boisson.

Il a été démontré, lors de plusieurs épidémies de fièvre typhoïde, que certaines villes avaient été contaminées par infiltration d'eaux

bacillifères et transport de ces eaux par courant souterrain, jusqu'au lieu de captage de sources jugées parfaitement pures : tel est le cas tout récent de l'épidémie de Saint-Brieuc. Ce qui se passe dans les villes peut se passer dans les écoles, où les puits, trop rapprochés

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Fig. 27. — Puits mal protégé (Cliché du T. C. F.).

des lieux habités, peuvent devenir dangereux dans bien des circonstances. Il est assez fréquent de voir un puits dans lequel des eaux de filtrage de purin ou d'eaux usagées ont pu entraîner des bacilles typhiques et communiquer la fièvre typhoïde à toute une famille ou à tout un groupe d'habitants (fig. 27).

Toute la partie supérieure des puits, au moins sur une hauteur de 10 à 12 mètres, doit être maçonnée en ciment imperméable pour éviter la filtration des eaux des couches superficielles et de l'humus. Si les couches superficielles du terrain où le puits est foré sont particulièrement suspectes, les parois maçonnées seront plus épaisses, et on enveloppera cette maçonnerie d'une couche de terre argileuse, dont le rôle protecteur sera très efficace (fig. 28). La margelle devra avoir une hauteur suffisante pour empêcher les ^aux de ruissellement de s'écouler dans le puits.

Les puits forés, tels qu'on les fait assez souvent aujourd'hui,

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Fig. 28. — Puits bien protégé (Cliché du T. CF.).

avec une gaine métallique pénétrant jusqu'à la couche aquifère, présentent de grands avantages au point de vue de la protection de l'eau. Comme ils ne peuvent fonctionner que par l'intermédiaire de pompes, ils évitent aussi la contamination de l'eau par les seaux plus

ou moins propres à l'aide desquels on puise dans les puits ordinaires (fig. 29).

Ces notions de géologie sont suffisantes pour nous fixer sur les conditions dans lesquelles devront être établis les puits ou les prises d'eau, presque toujours en rapport avec la nappe d'eau superficielle ; cette eau sera d'autant plus pure qu'elle aura traversé des terrains qui filtrent bien, c'est-à-dire des terrains sablonneux ou formés de lehms avec sable ; au contraire, dans les terrains calcaires, il faut se défier beaucoup de la qualité de l'eau à cause de la circulation souterraine qu'on y constate si fréquemment ; nous citerons les terrains calcaires du Calvados, et en particulier la rivière de l'Aure, aux environs de Bayeux ; en un point qu'on nomme le « Creux du Souci », cette rivière se perd complètement pendant 4 ou 5 kilomètres, pour réapparaître à 5 ou 6 kilomètres plus loin, sous l'apparence de très belles sources dont l'eau semble très pure; il est évident quelle ne l'est pas.

Quand leau est fournie à l'école par une distribution urbaine, nous ne pouvons que vérifier la" qualité de l'eau, et au besoin user des procédés de stérilisation que nous étudierons plus loin.

Mais à la campagne nous devons vérifier la construction des puits et améliorer leur installation si elle est défectueuse.

Analyse de l'eau. — Nous devons maintenant étudier les caractères de l'eau potable, sans y insister longuement, car ce sont là des notions d'hygiène générale qui intéressent au premier chef le médecin d'école, mais qui ne sont pas à proprement parler du domaine de l'hygiène scolaire.

Pour faciliter Tétude des caractères chimiques de Teau potable nous reproduisons (p. o2-53) un tableau synoptique emprunté au traité du Pr Badaloni (1).

(1) P.-G. Badaloni, Igiene pedagogica, Soc. éd. Dante Alighieri, Milan» Rome, Naples, 1911.

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Fig. 29. — Puits foré.

L'eau doit être incolore, ou légèrement bleue, quand elle est vue sous une épaisseur de plusieurs mètres ; toute autre coloration, jaune, verte, brune, doit faire suspecter la qualité de l'eau ; elle doit être également claire et limpide; on a désigné sous le nom de turbidité Tétat trouble de l'eau, ce qui nVst pas d'ailleurs une condamnation absolue au point de vue de sa valeur hygiénique. Certaines eaux contenant un peu d'argile ont un tel aspect, sans pour cela être dangereuses; mais, d'une façon générale, toute eau trouble doit être considérée comme suspecte.

L'eau ne doit avoir ni saveur ni odeur; elle doit donner une sensation agréable au goût et être fraîche. La température de l'eau potable est de 10 à 15°.

La réaction doit être neutre, ni acide ni alcaline.

L'eau doit être aérée et contenir une quantité d'oxygène suffisante la quantité de gaz contenus dans l'eau doit être au moins de 20 centimètres cubes par litre. L'eau de pluie en contient généralement 20 centimètres cubes. Dans l'eau de Seine, on trouve des chiffres beaucoup plus considérables degaz, jusqu'à 50 centimètres cubes de gazparlitre,cequi n'est pas suffisant pour en faire une eau de bonne qualité.

Les sets que l'on trouve dans l'eau normale sont surtout des sels calcaires : carbonate de chaux en particulier et aussi sulfate de calcium, dont la présence caractérise les eaux séléniteuses ou eaux plâtrées.

Les eaux calcaires ont deux propriétés fâcheuses : elles ne dissolvent pas le savon et elles ne cuisent pas les légumes, par suite d'une combinaison des sels calcaires avec l'albumine du légume ou légumine ; on mesure la teneur en sels calcaires par la recherche du degré hydrotimétrique de l'eau ; ce degré hydrotimétrique correspond à la présence de 5 milligrammes de chaux par litre : une eau potable ne doit pas dépasser 30° à 35° hydrotimétriques, soit 150 à 175 milligrammes de chaux par litre, et encore à ce degré est-elle qualifiée d'eau dure; l'eau douce ne titre pas plus de 20° hydrotimétriques (100 milligrammes de chaux par litre).

Le procédé le plus simple pour reconnaître la présence de sels calcaires dans l'eau est l'adjonction d'une solution alcoolique de savon de Marseille à l'eau que l'on veut éprouver; s'il se forme ainsi un précipité blanc, montrant que le savon est insoluble, l'eau examinée contient une proportion notable de calcaire. Le dosage des sels de chaux se fait à l'aide d'une solution titrée de savon, qu'on fait tomber goutte à goutte dans l'eau, jusqu'au moment où, le savon n'étant plus précipité sous forme de flocons insolubles de stéarates et d'oléates alcalins, l'eau devient mousseuse par agitation ou battage. On admet, en France, que chaque degré hydrotimétrique correspond à la précipitation de O*1*,! de savon par les matières minérales

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