‹ Traité d'hygiène (volume 2)Chapitre 53 sur 158 · DÉPENSE · texte numérisé non relu

DÉPENSE

moyenne

par repas

du personnel

chargé

de la

préparation .

NOMBRE

p. 100 de repas gratuits.

0 fr. 194

0 fr. 266

0 fr. 054

Voici enfin les chiffres indiquant la proportion des écoliers parisiens qui utilisent les cantines scolaires (octobre 1906) :

Enfants fréquentant les écoles.

Garçons 74 275

Filles 68 219

Maternelles 34 912

Enfants prenant leur repas h la cantine.

Garçons 16 131 = 21,7 p. 100

Filles 13 393=19,3 —

Maternelles 10 346 = 29,6 —

Un tiers des enfants fréquentant la cantine payent leur repas ; les deux tiers y sont reçus gratuitement.

Le Dr C. W. Hutt, de Warrington (Lancashire), vient de publier, dans Y Hygiène scolaire (n° 36, oct. 1911), un mémoire très documenté sur le fonctionnement des cantines scolaires dans les grandes villes anglaises. L'auteur s'étend surtout sur le côté administratif de la question ; en effet, la gratuité des repas n'est accordée qu'après une très sérieuse enquête sur la situation des parents, et cette enquête est renouvelée plusieurs fois dans l'année; entre autres points intéressants de la législation anglaise, nous signalerons celui-ci : quand un enfant est reconnu insuffisamment alimenté par sa famille, il est inscrit d'office à la cantine scolaire mais, si la famille n'est pas reconnue indigente (et les précautions prises pour déterminer ces conditions sont à la fois précises et rigoureuses), elle est mise dans l'obligation de payer les repas fournis à l'enfant.

Depuis que fonctionne en Angleterre la loi de 1906, fixant la réglementation des cantines scolaires, cette institution a pris un énorme développement ; un cinquième environ de la population scolaire totale (6 025 163 écoliers pour l'Angleterre entière) prend un repas aux cantines. D'après les détails donnés par le Dr Hutt, la composition des repas ne répond guère à notre conception de l'hygiène alimentaire : à Birmingham, par exemple, la viande ne figure pas dans les menus ; tantôt c'est le chocolat avec les tartines de pain « beurrées de margarine » {sic), tantôt c'est du lait chaud avec des poireaux au sucre ; parfois une soupe à la bonne femme, c'est-àdire bien épaisse, et une tartine de pain grillé ointe de graisse d'oie ; à chaque jour de la semaine on sert un repas différent. Le tout coûte en moyenne 20 à 25 centimes (1).

« Bradford dépense à peu près la même somme par tête, et il semble que l'organisation y est mieux entendue qu'à Birmingham. Chaque jour de la semaine a un menu différent : voici un extrait de la carte hebdomadaire : lundi, soupe aux légumes et à la tomate et pudding; mercredi, pudding à la Yorkshire, pois, sultanes; jeudi, ragoût écossais (au mouton), pâtisserie ou tartes aux fruits ; vendredi, poisson bouilli, pois ou purée de pommes de terre, flan de farine ou blanc-manger. Bradford fait bien les choses. » Nous nous permettrons quelques réserves, au point de vue hygiénique, sur la composition de ces menus, dont les succulences ne conviendraient certainement pas toujours aux estomacs de nos petits Français.

(1) Le prix de revient de ces menus nous paraît assez élevé, surtout quand on rapproche leur composition de celle de nos menus parisiens, bien plus substantiels pour un moindre prix.

262 MERY Eï GENEVRIER. — HYGIENE SCOLAIRE.

L'éducation physique de l'écolier doit être au premier plan de nos préoccupations; tous nos pédagogues, depuis Rabelais et Montaigne, ont reconnu la nécessité de ne pas s'occuper de la seule intelligence de l'écolier, au détriment de son développement corporel. Que de pages ont été écrites en faveur de l'éducation physique I Et pourtant les réflexions de l'auteur des Essais sont restées si vraies que nous ne pouvons résister au plaisir de les citer en tête de ce chapitre:

« Ce n'est pas une âme, ce n'est pas un corps qu'on dresse; c'est « un homme : il n'en fault pas faire à deux; et comme dict Platon, « il ne fault pas les dresser l'un sans l'autre, mais les conduire « égualement, comme un couple de chevaux attelez à mesme timon; « et, à l'ouyr, semble il pas prester plus de temps et plus de solici- « tude aux exercices du corps, et estimer que l'esprit s'en exerce « quand et quand, et non au contraire ?... A la vérité, nous veoyons « encore qu'il n'est rien si gentil que les petits enfans en France ; « mais ordinairement ils trompent l'espérance qu'on en a conçeue ; « et hommes faicts on n'y veoid aucune excellence: j'ai ouy tenir à « gens d'entendement que ces collèges où on les envoyé, de quoi ils « ont foyson, les abrutissent ainsin. »

Et Jean-Jacques Rousseau nous répète : « Voulez-vous cultiver votre intelligence, cultivez les forces qu'elle doit gouverner; exercez continuellement votre corps; rendez-le robuste et sain pour le rendre sage et raisonnable ; qu'il agisse, qu'il coure, qu'il vive, qu'il soit toujours en mouvement, qu'il soit homme par la vigueur, et il le sera bientôt par la raison. »

Malgré ces conseils si souvent répétés, et malgré l'exemple de l'antiquité, ce ne fut qu'au cours du dernier siècle que l'importance de l'éducation physique apparut à nos pédagogues. Aussi nous ne remonterons pas au delà de cette époque dans cette courte étude historique, où nous montrerons toutes les fluctuations par lesquelles sont passées nos méthodes d'éducation physique et tous les efforts accomplis pour favoriser le développement de cette éducation.

HISTORIQUE. — Le Dr Ph. Tissié (de Pau) (1) a résumé en quelques pages très vivantes les tendances et les raisons d'être des systèmes de gymnastique employés en France durant le dernier siècle; d'une façon un peu artificielle peut-être, mais sûrement intéressante à cause de son adaptation à l'évolution historique de notre pays, cette étude est divisée en sept périodes « se rapportant

(1) Tissié, L'éducation physique, 1901.

chacune à un état d'esprit différent dans la façon de comprendre et d'appliquer l'éducation physique ».

La première période est celle de l'épopée napoléonienne; le lycée prépare la caserne ; l'éducation physique se confond avec l'éducation militaire; les exercices militaires constituent alors toute l'éducation physique.

La seconde période, étendue de 1815 à 1845, est marquée par un besoin de paix et de repos, contrastant avec l'activité guerrière des précédentes années; on s'occupe peu d'exercices physiques; l'armée est au second plan dans les préoccupations du pays; c'est l'époque où la bourgeoisie se complaît dans l'admiration de la pacifique garde nationale. Cependant le colonel espagnol Amoros vient se réfugier à Paris après la capitulation du roi Joseph, dont il suivit la mauvaise fortune ; il y enseigna d'abord la gymnastique dans les pensions privées; puis, ayant su attirer l'attention des pouvoirs publics, il se vit placer à la tête d'un « gymnase normal civil », fondé en 1820 par M. de Chabrol, préfet de la Seine, puis d'un gymnase normal militaire créé la même année par Gouvion-Saint-Cyr ; Amoros était un convaincu, qui avait su entraîner à sa suite quelques partisans de son système d'éducation physique ; il avait introduit en France une gymnastique purement athlétique, où la suspension aux agrès jouait le premier rôle: les « tours » exécutés aux anneaux, à la barre fixe, au trapèze (il se disputa l'invention de ce dernier avec son concurrent Clias) étaient la base de son système, et il se flattait de développer de la sorte les systèmes musculaires de tous les sujets grands ou petits, jeunes ou adultes. En réalité, une sélection se faisait très vite entre les individus soumis à cette éducation acrobatique, et un très petit nombre d'individus en tiraient finalement profit. Les mêmes principes inspirèrent Clias, qui, venu de Suisse avec une méthode analogue à celle d'Amoros, fut nommé à la suite d'un concours (1846) délégué général pour l'enseignement de la gymnastique dans les écoles communales. Ces deux fervents de la gymnastique athlétique restèrent isolés dans leurs efforts ; Amoros mourut en 1848, après avoir vu rejeter, puis disparaître son gymnase normal; renseignement de Clias fut également supprimé vers la même époque. Dans l'enseignement primaire, comme dans l'enseignement secondaire, le soin de l'éducation physique resta donc confié, jusque vers 1845, à ces deux étrangers, dont les efforts très consciencieux restèrent d'abord à peu près sans effet; mais les méthodes qu'ils cherchaient à introniser chez nous, et dont nous aurons à parler plus longuement, devaient leur survivre; elles restèrent en faveur pendant de longues années après que fut créé notre enseignement officiel.

La troisième période, définie par Tissié « période d'imitation », et étendue de 1845 à 1868, pourrait aussi bien être appelée période de « sommolence administrative ». On se rend bien compte, dans les mi-

lieux dirigeants, qu'il y a quelque chose à faire pour l'éducation physique ; mais cettte constatation aboutit seulement à la nomination de commissions, dont les rapports n'ont jamais fait que dormir dans les cartons, ou n'ont pu qu'aboutir à des mesures d'efficacité dérisoire : d'après Napoléon Laisné(l), la première de ces commissions, instituée en 1845 par M. de Salvandy, n'arriva môme pas à rendre publics les résultats de ses réunions ; cinq professeurs de gymnastique avaient été consultés, et parmi ceux-ci « trois militaires pompiers ne craignirent pas de déclarer, à la suite des questions qui les avaient mis sur la voie, que la gymnastique avait provoqué chez eux des dispositions ignobles (!) ». N. Laisné ajoute que cette dernière déclaration vint fort à propos clore la séance.

Dans la loi de mars 1850, concernant les écoles primaires, l'enseignement de la gymnastique est inscrit à titre facultatif ; le règlement du 24 mars 1851 ajoute au programme des écoles normales d'instituteurs l'enseignement de la gymnastique.

Le 13 mars 1855 est publié le rapport d'une nouvelle commission nommée par le ministre de l'Instruction publique Fortoul ; celui-ci considérait « qu'il importe de rechercher les moyens les plus propres à développer les forces physiques de la jeunesse confiée aux lycées, et de la mettre ainsi en mesure d'accomplir sans fatigue le travail intellectuel qui lui est demandé », et la commission était chargée d'indiquer les exercices gymnastiques, militaires, d'équitation et de natation les plus propres à développer les forces des enfants et à leur assurer une bonne constitution physique. Le rapport de cette commission, publié par Bérard, n'eut pas grand effet, et ce n'est qu'en 1865 (loi du 21 juin sur l'enseignement secondaire) que l'enseignement facultatif de la gymnastique fut introduit dans les programmes.

La quatrième période est marquée par le passage de Duruy au ministère de l'Instruction publique, en 1868; les efforts de ce réformateur clairvoyant et énergique furent interrompus malheureusement par la guerre ; mais c'est à lui qu'il faut attribuer l'honneur d'avoir compris la nécessité d'introduire la gymnastique dans l'enseignement ; il fut d'ailleurs admirablement secondé dans sa tâche par le Dr Hillairet, que l'on peut considérer comme un des rénovateurs de l'éducation physique en France : en même temps que médecin de l'hôpital Saint-Louis, Hillairet fut médecin du lycée Saint-Louis et membre de la Commission d'hygiène des lycées de Paris ; &on rapport (2), très documenté et très étudié, montre un grand souci d'entraîner les convictions et aussi d'adapter les exercices physiques à

(1) Napoléon Laisné, Applications de la gymnastique à la guérison de quelques maladies, etc., Paris, 1880.

(2) Hillairet, Rapport sur l'enseignement de la gymnastique dans les lycées, 1869).

l'âge et à la résistance des enfants ; c'est, à ce point de vue, un document qui mérite d'être lu (1).

A la suite du rapport d'Hillairet, parut le décret du 5 février 1869 : ce document, ainsi que les nombreuses circulaires qui le suivirent, et que signa également Duruy, marque une date importante dans Thistoire de l'éducation physique dans nos écoles ; c'est de ce jour que la gymnastique fut classée comme matière obligatoire d'enseignement dans tous les lycées, collèges et écoles.

Après la dure épreuve de 1870, l'enseignement public subit une impulsion extrordinaire ; Tissié appelle cette époque la période de la revanche ; jusqu'en 1887, on s'occupe de réorganiser les programmes d'enseignement; on va répétant que l'instituteur prussien a été le premier auteur responsable de notre défaite ; en même temps qu'on recherche les meilleures méthodes d'instruction, on met tout en œuvre pour faire de nos écoliers de futurs soldats ; mais on oublie qu'avant de leur donner une éducation militaire, il faut préparer des jeunes gens robustes, par une culture physique raisonnée et surveillée.

Dès novembre 1871, Jules Simon s'inquiète de connaître les conditions où se fait l'enseignement de la gymnastique dans les établissements secondaires et dans les écoles primaires.

Le 13 décembre 1871, on réglemente l'instruction militaire dans les lycées et collèges ; on y distribue des fusils, et des chevaux sont mis à la disposition des élèves.

En 1872, l'assemblée nationale alloue un crédit de 100 000 francs en faveur de l'enseignement de la gymnastique dans les écoles primaires et dans les écoles normales.

Jules Simon poursuit opiniâtrement la réalisation de ses idées; il multiplie circulaires etinstructions; il écrit le 27 septembre 1872 (2) : « Mon intention formelle est que la gymnastique soit enseignée dans tous les établissements et rendue obligatoire pour tous les élèves. » Et plus loin : « Dans certains lycées, on a pris l'habitude, pour ne pas allonger démesurément la distribution des prix, de décerner, la veille et en quelque sorte à huis-clos, les prix de gymnastique. J'entends que ces prix soient proclamés avec les autres et

(1) En dehors des vues personnelles de l'auteur, le l'apport du DrHillairet contient le résultat des nombreuses enquêter, faites au ministère et dans les établissements d'instruction, ainsi que les avis de spécialistes réputés en matière d'éducation physique : parmi ceux-ci, on peut citer Pascaud, dont le gymnase était alors fort célèbre; le capitaine Vergnes, directeur du gymnase du régiment des sapeurs-pompiers, et enfin Napoléon Laisné (loc. cil.), dont le nom nous est particulièrement agréable à rappeler à cause de la notoriété qu'il sut donner au gymnase de l'hôpital des Enfants-Malades.

(2) Nous reproduisons ces citations d'après le Dr Rouyer, dont la remarquable thèse sera lue avec grand intérêt et à laquelle nous ferons de nombreux emprunts (Quelques considérations pour les exercices physiques de la jeunesse des écoles, Steinheil, Paris, 1910).

qu'on n'omette rien pour les rendre désirables. »... « 11 faut qu'à dix-huit ans, disait-il encore, un jeune homme élevé par nous fasse l'exercice avec la précision d'un vétéran... L'éducation physique est encore à créer en France, et je vous prie de nous aider. Je lirai moi même les rapports de tous les proviseurs, et je préférerai cette occupation à toutes les autres, car je vois là un service à rendre aux familles et au pays. »

Les circulaires se suivent, toutes animées du même esprit : c'est Gréard, alors directeur de l'enseignement primaire, qui organise pour les instituteurs de Paris, avec la collaboration de Laisné, l'enseignement des principes de l'école du soldat ; c'est Jules Simon qui insiste encore pour que les externes suivent avec régularité les exercices militaires, la gymnastique et les promenades topographiques; ce sont des règlements concernant l'usage de certains agrès, la suppression de certains autres, jugés dangereux, l'adoption du fusil modèle 18C6 pour les exercices scolaires, etc.

Le sénateur Georges fait voter une loi (27 janvier 1880) qui rend la gymnastique obligatoire dans tous les établissements d'instruction publique pour les garçons.

Sous les ministères de Jules Ferry, le mouvement ne fait que s'accentuer; une commission centrale de gymnastique et d'exercice militaire est constituée, et deux manuels de gymnastique sont élaborés, un pour les garçons, l'autre pour les filles.

L'apogée de cette éducation à tendance militaire fut la création à Paris des «bataillons scolaires»; pendant dix ans, de 1881 à 1891, la ville entretint à grands frais (146000 francs en 1888) une petite armée de gamins, équipés de pied en cape, armés de fusils et de sabres ; ses défilés, dans les rues, firent la joie des badauds; les conseillers municipaux passaient en revue ces guerriers en miniature, et il en rejaillissait sur ces nouveaux organisateurs de la victoire un certain prestige militaire... Jusqu'au jour où le Chat-Noir s'en mêla, et où ces troupiers de mardi-gras succombèrent sous une chanson (1).

Les règlements ou les circulaires continuaient cependant à prôner les mêmes méthodes et les mêmes exercices : la loi du 28 mai 1882 rend l'exercice militaire obligatoire pour les garçons ; Jules Ferry insiste encore sur leur importance, et il fait remettre, à l'occasion de la Fête nationale, des drapeaux aux écoles où cette instruction est le plus régulièrement suivie.

Dans le Manuel de gymnastique de 1881, et dans sa réédition de 1884, on traite séparément de la gymnastique militaire et de la gym-

(1) 11 était une fois quat1 mioches Conduits par un caporal...

C'était l'bataillon sans reproches Des scolaires de Bougival

(Chanson du Chat-Noir, d'après Rouyer, loc. cil.)

nastique scolaire; puis une dernière partie est consacrée de l'étude des marches, de la topographie et du tir.

Pendant que l'impulsion officielle était donnée dans le sens que nous venons de voir, quelques hommes convaincus du progrès à accomplir recherchaient une méthode qui assurât véritablement V éducation physique; ils se rendaient compte de l'inutilité des moyens jusque-là employés et de la lourde tache qu'il fallait entreprendre pour donner à notre jeunesse un système d'éducation mieux adapté à son Age et à ses besoins.

Déjà le général Chanzy, en 1882, avait adressé ces paroles aux organisateurs d'une fête de gymnastique : « Faites-nous des hommes, nous en ferons des soldats. » Le Dr E. Daily, continuant les études entreprises par son père dans sa curieuse Cinésiologie, montrait dans son article si condensé et si documenté du Dictionnaire Dechambre (1), à quel point on faisait fausse route en matière d'éducation physique; il critiquait la mesure prise par P. Bert, ministre de l'Instruction publique, qui avait supprimé la commission centrale de gymnastique, illustrée par Ilillaii et et Bouvier, pour créer à sa place une « Commission d'éducation civique et militaire qui était chargée de formuler et de propager le patriotisme avec des marches, de la musique et des bataillons scolaires ». Plus loin le môme auteur réclame toute l'attention des pouvoirs publics en faveur de Véducation corporelle : et ces lignes, qu'il écrivait, il y a près de trente ans, ne manquent pas encore de vénlé, tant sont lents les progrès réalisés en cette matière, et tant il nous reste d'efforis à accomplir :

« S'il existait deux ou trois écoles régionales de gymnastique par lesquelles eussent passé les instituteurs, ou du moins un grand nombre d'entre eux, et un centre supérieur dans un milieu très éclairé, à l'École de médecine de Paris, ainsi que je le propose plus loin, par exemple, tout serait pour le mieux, et Ton pourrait instituer en France une culture corporelle qui doublerait les forces vives de la nation, à très peu de frais, dans un pays où l'on dépense des millions pour l'enseignement du chant dans les écoles primaires, sans parvenir à faire chanter la Marseillaise en mesure. Mais il est à craindre que les puérilités des bataillons scolaires « sédentaires » n'aient longtemps le dessus.

«D'autres millions ont été enfouis dans cette ridicule tentative, d'autres le sont pour l'éducation anti-esthétique des danseuses aux pieds déformés. Que les médecins instruits prennent la peine d'étudier les détails de la gymnastique éducative et qu'ils usent de leur autorité ou de leur influence pour donner à la gymnastique toute l'importance quelle doit avoir dans la société, et à son élude tous

(1) E. Dally, Dictionnaire eneyelop. des sciences méd., art. : Gt/mnastique.

les développements nécessaires, et peut-être sera-t-il posssible de suppléer à notre stérilité collective par notre valeur individuelle. »

Vers le même moment, Démeny (1), qui a été depuis trenteans un apôtre convaincu de l'éducation physique, fondait, avec Corra, le Cercle de gymnastique rationnelle, et instituait, pour les professeurs et les instituteurs, des cours de physiologie appliquée à l'exercice. De plus, une subvention de la Ville de Paris permettait à ces initiateurs de publier un bulletin, ï Éducation physique, qui fut envoyé gratuitement pendant six années aux instituteurs de la Seine.

C'est aussi avec Démeny que Marey créa la station physiologique du Parc des Princes, d'où sont sortis les intéressants travaux sur lesquels devaient reposer les nouveaux programmes d'éducation physique à l'école et à l'armée.

Mais ce n'étaient là que des efforts isolés; ces voix, pourtant autorisées, n'étaient pas écoutées, et les mêmes errements continuaient à être suivis dans les écoles. En fait d'éducation physique, on n'y pratiquait guère que les exercices athlétiques d'Àmoros, exécutés par un petit nombre d'élèves bien doués physiquement, pendant que leurs camarades les comptemplaient tout en restant dans une complète inaction. Et les simulacres d'exercices militaires ne pouvaient pas non plus être considérés comme un entraînement physique de quelque valeur. Mais, si le développement physique de l'écolier reste à ce point négligé, il n'en va pas de même pour ses acquisitions intellectuelles, qu'on voudrait toujours plus nombreuses, sinon plus approfondies.

Jusqu'en 1887 (sixième période du Dr Tissié), on ne s'inquiète pas de cet état de choses ; c'est alors que l'Académie de médecine jeta un cri d'alarme; le 8 mars, elle mit à l'ordre du jour de ses travaux la discussion suivante : Du surmenage intellectuel et de la sédentarité dans les écoles, du degré d'aptitude militaire des jeunes hommes plus ou moins instruits. L'Académie poursuivit ses discussions sur ce sujet jusqu'au mois d'août ; la question fut étudiée à fond, et les conclusions de son travail furent soumises aux pouvoirs publics (2).

Le 31 décembre 1889, Brouardel pouvait annoncer à l'Académie que ses propositions avaient été prises en considération et que bientôt les réformes demandées seraient appliquées.

En effet, le 1er mars 1890, le président Carnot déposait le projet de loi suivant :

Article premier. — L'enseignement de la gymnastique et des exercices de marche est obligatoire pour les garçons de six à dix-sept ans dans tous les établissements de l'ordre primaire ou secondaire, tant publics que privés.

Art. 2. — Cet enseignement est donné suivant les programmes gradués,

(1) Démeny, L'école française, Paris, Fournier, 1909.

(2) Nous aurons à revenir sur cette importante discussion quand nous étudierons le travail et le surmenage intellectuels.

arrêtés par leministre de l'Instruction publique d'après l'âge des jeunes gens, et en tenant compte de l'importance et de la nature des établissements.

Deux autres articles règlent l'inspection et la mise en vigueur de ce projet de loi, qui ne fut, d'ailleurs, pas même discuté.

Par contre, la circulaire de Bourgeois (7 juillet 1890) paraît avoir eu une action très nette sur l'évolution des idées des milieux enseignants au sujet de l'éducation physique; cette circulaire démontrait qu'il fallait tout d'abord obtenir un développement harmonieux de toutes les parties du corps par un entraînement progressif et raisonné; les promenades et les marches sont rendues obligatoires, comme moyen d'augmenter la résistance à la fatigue; les exercices militaires sont presque abandonnés, le but étant d'abord de préparer des jeunes gens souples et forts, pour qui la vie à la caserne ne sera plus une cause de surmenage.

Cesnouvelles idées inspirèrent lacommission ministérielle, qui, avec Marey et Buisson à sa tête, et avec Démeny comme rapporteur, publia en 1 891 une nouvelle édition du Manuel de gymnastique scolaire.

Ce dernier effort ne devait pas rester vain : c'est à cette date de 1890 que IeDrTissié assigne le début de sa septième période , qu 'il appelle période de renaissance physique ou d'instruction privée ; à ce moment, en effet, il y eut chez nous un véritable engouement pour les sports ; et cet enthousiasme, un peu irréfléchi, devait aboutir à des excès tels que non seulement le bénéfice de ces exercices fut contestable, mais qu'aussi des voix autorisées durent s'élever pour montrer le vrai danger qu'ils faisaient courir à notre jeunesse ; tant il est difficile de faire cesser un abus, sans tomber dans un abus opposé! A l'inaction musculaire complète, ou aux exercices athlétiques, succédaient sans transition des jeux de plein air trop violents ou non adaptés à l'âge des écoliers qui s'y livraient. La bicyclette, qui se répandit à celte époque, fut en grande partie la cause du mal : elle servait moins aux promenades qu'aux courses exténuantes ; le « genre » lancé par les coureurs professionnels voulait que le cycliste ait sur sa machine une attitude complètement vicieuse, le corps ployé en deux, la tête presque entre les genoux. Le foot-ball fit souffrir aussi cette génération insuffisamment préparée aux violents efforts qu'il exige. Et il faut en dire autant de tous ces jeux ou exercices, de toutes ces courses à pied ou à bicyclette, qui furent prétextes à matches ou à landits, auxquels les écoliers et les collégiens s'épuisaient faute d'entraînement préalable. Certains ne résistaient à cet effort exagéré que par des excitants artificiels; et ces réunions sportives, données le plus souvent en public, n'étaient pas sans entraîner chez leurs acteurs une vanité de mauvais aloi, à cause de la réclame et de la publicité faites autour de leurs noms jusque dans les journaux.

270 MEHY ET GENEVRIER. — HYGIENE SCOLAIRE.

Nous aurons à revenir surce surmenage sportif : mais nous devons signaler ici cet excès de zèle en faveur d'exercices qui auraient pu être salutaires si leur usage avait été autrement comprisse malheur fut que les fâcheux résultats obtenus indisposèrent beaucoup de pédagogues et de parents, et que les jeux de plein air furent jugés avec sévérité par ceux qui ne surent pas distinguer entre l'excellence du principe et la mauvaise application de la méthode.

Et l'administration de l'Instruction publique continue à multiplier ses circulaires et ses encouragemenls ; en 1891, on presse les élèves externes de suivre les cours d'exercices physiques et les cours accessoires d'escrime, d'équitation, etc. ; en même temps la ville de Paris charge M. Démeny de faire un cours d'enseignement supérieur de l'éducation physique, et elle confie à une commission municipale le soin de réformer les méthodes pédagogiques de gymnastique ; elle vote aussi un crédit de 25 000 francs destiné à installer les jeux scolaires : nous verrons ce qu'il en est advenu.

En 1898, fonctionna une nouvelle commission au ministère de l'Instruction publique, dont le but fut d'étudier les réformes à introduire dans l'enseignement physique; la chambre vota, en 1899, des allocations nouvelles aux sociétés de gymnastique, et elle désigna une commission parlementaire qui conclut à la réduction delà durée totale des heures de classe et d'études à six heures pour les enfants de moins de douze ans, et à huit heures pour les enfants de moins de seize ans; de plus, a l'éducation physique sera organisée sérieusement et aura une sanction, soit dans les examens de fin d'études, soit au poiM de vue militaire ».

A force d'insistance, un certain courant d'idées finit donc par se créer en faveur de l'éducation physique. Mais les circulaires s'amoncellent, les règlements se succèdent, et de tout ce zèle administratif il reste beaucoup d'indécision dans les méthodes et de flottement dans l'application du règlement.

Vers cette époque (1900), les promoteurs du mouvement de renaissance sont quelque peu divisés sur l'orientation qu'il convient de donner à l'éducation physique, les uns tenant pour l'application intégrale du système de Ling, les autres désirant associer à la méthode suédoise une bonne part des exercices qui, introduits chez nous depuis longtemps, avaient en quelque sorte acquis droit de cité; c'est à cette dernière période que le Dr Tissié donne le qualificatif d'éclectique, tendance que d'ailleurs il combat personnellement.

C'est en effet à une sorte de compromis entre le système suédois et nos anciennes méthodes que s'arrêtent les officiers chargés de reviser le règlement militaire d'exercices physiques (1902), et la commission interministérielle qui devait poser des principes uniformes pour les exercices physiques dans l'armée, dans les écoles, et dans les sociétés de gymnastique (1904). Les travaux de cette

commission eurent pour résultat la nomination d'une autre commission (1907), due cette fois à l'initiative du ministre de l'Instruction publique : le Manuel d exercices physiques et jeux scolaires, publié en 1910, fut le résultat pratique fourni par cette dernière commission.

Nous aurons à parler, plus loin, de ce manuel, qui est actuellement notre guide officiel. Et nous en aurons enfin terminé avec cette longue et pourtant bien incomplète énumération des documents officiels, quand nous aurons cité une dernière circulaire de M. Doumergue, ministre de l'Instruction publique, par laquelle il recommande à tous les chefs d'établissement d'encourager et même de provoquer la création de nouvelles associations sportives.

Nous n'avons pas eu la prétention de rappeler ici tous les documents officiels, susceptibles de démontrer la persévérance avec laquelle les pouvoirs publics s'étaient occupés de l'éducation physique de notre jeunesse, surtout dans ces quarante dernières années. Les hommes qui se sont succédé au ministère de l'Instruction publique, depuis Duruy, ont tous compris quel intérêt supérieur présentait, pour l'avenir de la nation, le développement physique des écoliers, petits et grands; malheureusement, la période de tâtonnements a été longue ; les méthodes choisies d'abord ont été défectueuses, et beaucoup d'efforts ont été dépensés en pure perte. On a aussi trop souvent voulu l'irréalisable; et bien des découragements sont nés de ce qu'on avait voulu appliquer à l'éducation physique des écoliers des principes qui ne convenaient en rien à leur âge ni à leurs aptitudes.

Il nous a paru indispensable de relater ici l'évolution des idées et des principes qui ont guidé les milieux dirigeants en matière d'éducation physique: mais, pour ne pas alourdir cet historique, nous n'avons que trop peu insisté sur l'œuvre, considérable pourtant et fort méritoire, de tous ceux qui ont travaillé au développement de cette importante partie de l'éducation. Pour qui voudra comprendre la genèse de nos principes actuels d'éducation physique, il faudra de toute nécessité se documenter à ces travaux originaux d'Amoros, de Clias, de N. Laisné, de N. et E. Daily, de Hillairet, aux études plus récentes de Marey, de Lagrange et de Démeny, et enfin aux derniers travaux du lieutenant Hébert et du DrFr. Heckel (1), Les Règlements officiels, réunis en recueils, et les Manuels cl éducation physique, avec leurs préfaces, compléteront cette documentation, que nous limitons, de façon certainement trop arbitraire, aux travaux de très grande importance, au détriment d'une foule de publications dont l'intérêt ne saurait être mis en doute et dont on trouvera les indications chez les auteurs précités.

(1) Le livre du Dr Francis Heckel (Culture physique, Masson, Paris, 1913) n'a paru qu'après la mise en page de cet article; il doit être lu par tous ceux qui s'intéressent à cette question.

A côté des œuvres écrites, il faudrait faire aussi une 1res large place à tous les efforts qui se sont traduits par des cours, par des conférences, par des démonstrations pratiques. Si renseignement ne s'est pas généralisé, comme nous pourrions le souhaiter, ce n'est certes pas faute d'exemples désintéressés ni d'ardentes convictions; mais à ces manifestations isolées l'opinion publique répondait par l'indifférence.

C'est pour orienter ce public ignorant et pour déterminer un courant d'idées en faveur de l'éducation physique que l'on a vu, ces dernières années, se former les groupements dont le but est tout d'abord une propagande active en vue de la réalisation d'un programme d'éducation physique; il faut avouer que la tâche était ardue etque les résultats positifs n'ont pas encore pleinement récompensé le zèle de ces organisateurs; nous devons rappeler ici le rôle important qu'ont joué ces sociétés, dont l'heureuse influence ne pourra que s'affirmer chaque jour davantage : la Ligue des médecins et des pères de famille, transformée en Ligue pour l'hygiène scolaire, qui fut fondée en 1903 par les Drs Le Gendre et Mathieu; la plus récente (1910) Ligue française pour l'éducation physique, sous la présidence des Prs Richet et Gilbert ; la Société des médecins inspecteurs des écoles de Paris, dont le Bulletin mensuel, la Médecine scolaire, dirigé par les Drs Méry, Butte et Dufestel, a défendu bien souvent les principes d'éducation physique et réclame sans cesse leur application ; il nous faut encore citer l'action des sociétés de gymnastique, dont l'actif président, M. Cazalet, s'est toujours intéressé aux œuvres scolaires, et la Ligue girondine d'éducation physique que dirige le Dr Ph. Tissié.

Nous n'insisterons pas sur la collaboration apportée par ces sociétés aux différents congrès nationaux (1) ou internationaux d'hygiène scolaire. Le très important Congrès international de iéducation physique, qui vient de se tenir à Paris (mars 1913), a été en quelque sorte la synthèse de tous ces efforts et de tous ces travaux.

Cette simple énumération montre que l'activité ne manque pas chez nous pour favoriser une meilleure et plus complète réalisation de l'éducation physique.

Étant aujourd'hui en possession d'une méthode àbase scientifique et de facile application, nous pouvons espérer que l'ère des tâtonnements est close : il ne s'agit plus maintenant de consacrer nos efforts au choix des exercices les meilleurs, mais de travailler à la diffusion de leur enseignement et de leur pratique.

ÉTAT ACTUEL. — Si, en effet, on cherche, en toute indépendance, à se rendre compte de l'état actuel de l'enseignement et de Tappli-

(1) Congrès national d'hygiène et de pédagogie physiologique, Paris, 1903 et 1905; Congrès de l'éducation physique, Paris, 1900; Congrès des sports et de l'éducation physique, Bruxelles, 1905.

cation des exercices physiques, on est obligé de convenir que tout, ou à peu près, reste à faire : tous les efforts dépensés depuis des années sont restés presque complètement stériles. L'impulsion en faveur de l'éducation physique n'a pas été assez forte; le courant d'idées n'a pas été assez puissant pour entraîner la conviction des masses ; les mesures prises par les pouvoirs publics n'ont été l'objet d'aucune sanction efficace pour en assurer l'application.

C'est ainsi que, dans nos écoles primaires, l'enseignement de la gymnastique est resté à l'état d'insignifiante ébauche ; dans l'immense majorité des écoles de campagne ou de petite ville., il est, à proprement parler, inexistant; de loin en loin les enfants, mis en rangs, exécutent quelques mouvements de bras ou de jambes, qui n'ont aucun rapport avec une éducation physique raisonnée. On excuse cette négligence en disant que les enfants des champs n'ont pas besoin d'une culture physique, qui est assurée par chacun des actes de leur existence au grand air : cette excuse n'a que peu de valeur, car, si les petits campagnards jouissent d'une mine et d'une santé meilleures que celles de nos jeunes citadins, combien n'auraient-ils pas à gagner en souplesse et en agilité à exécuter des mouvements précis et bien ordonnés, et combien d'entre eux gagneraient à un développement plus harmonieux de leur corps trop souvent abandonné à des attitudes incorrectes ou vicieuses!

Dans les villes où les conditions d'hygiène sont déplorables, où les enfants vivent confinés dans des logements étroits, où ils ne trouvent même pas toujours à l'école la quantité d'air et de lumière à laquelle les règlements leur donnent droit, les soins donnés au développement physique des écoliers devraient être attentifs et assidus : de fait, ils se réduisent presque à rien.

Si les maîtres consacrent un grand effort à faire suivre à leurs élèves un programme d'études trop encombré, ils n'ont, pour la plupart, qu'un minime souci des exercices physiques : c'est que, à leur point de vue, la réussite au certificat d'études ou aux examens présente seule un intérêt immédiat. Le degré d'instruction d'une classe est, dans notre système actuel, le meilleur critérium de la valeur du maître. Dans l'enseignement secondaire, les jugements s'établissent de la même façon ; les meilleurs établissements sont ceux qui fabriquent le plus grand nombre de bacheliers.

Dans les écoles de la Ville de Paris, et nous avons tout lieu de croire qu'il en est à peu près de même dans toutes nos grandes villes, le règlement est totalement négligé, ou, qui mieux est, méconnu par principe.

L'arrêté du 8 août 1890 réglemente ainsi la durée des exercices physiques : « Le temps consacré chaque jour aux exercices physiques doit être de deux heures, sur lesquelles on réserve à la gymnastique une demi-heure au moins pour les enfants au-dessous de dix ans,

Traité d'hygiène. VI. — 18

trois quarts d'heure au moins pour les enfants au-dessus de dix ans. Ce temps serait avantageusement réparti en deux séances. Les travaux manuels, pas plus que les exercices militaires spéciaux, ne pourront être considérés comme leçons de gymnastique. »

« Si ce programme était suivi à la lettre, dit le Dr Dufestel (1), nous serions satisfaits. Mais, hélas! il est loin d'en être ainsi ! La gymnastique est bonne fille, on lui prend tout le temps qu'on peut. »

Dans les écoles parisiennes, les séances de gymnastique sont ainsi réparties :

Pour les garçons :

Cours complémentaire 1 heure par semaine.

— moyen (certificat d'études). . 1 — —

— élémentaire 2 heures — (en 4 séances).

Pour les filles, la répartition est un peu différente :

Cours supérieur 1/2 heure par semaine .

— complémentaire 1/2 — —

— moyen 1 — — (en 2 séances).

— élémentaire 1/2 heure par jour.

Le professeur de gymnastique vient à chacune de ces écoles une heure et demie par semaine ; il consacre ce temps, à tour de rôle, aux différentes divisions (400 enfants environ). L'enseignement habituel est fourni par les maîtres ou maîtresses munis ou non du diplôme spécial (2).

Non seulement le temps consacré à ces exercices est d'une déplorable insuffisance, mais renseignement lui-même est loin de répondre à notre idéal: non pas que les maîtres qui en sont chargés manquent de compétence ni de bonne volonté ; mais leur insuffisance numérique est telle qu'ils ne peuvent suffire à la tâche. Il y aurait tout un personnel enseignant à créer : nous aurons à revenir sur ce point important. Dans l'état actuel, et telle qu'elle est enseignée, la gymnastique ne peut être considérée par les élèves que comme une ennuyeuse corvée, prise sur le temps des récréations. « Comment voulez-vous, dit encore Dufestel (3), que l'instituteur et surtout l'élève prennent goût à cette gymnastique, à ces exercices monotones, sans imprévu, sans intérêt en un mot, dont ils ne comprennent ni le but ni l'utilité ? Aussi, j'ai vu des enfants auxquels, depuis des mois, on faisait exécuter à chaque leçon les mouvements respiratoires et qui ne savaient pas respirer... Quel est l'aboutissant d'un pareil système ? C'est qu'au lieu de former un enfant capable de devenir un bon et solide ouvrier, on en fait un avorton, ayant des connaissances superficielles sur beaucoup de choses, mais

(1) L. Dufestel, L'éducation physique à l'école primaire (Pédiatrie pratique, 1" et 15 févr. 1908).

(2) Les détenteurs de ce diplôme ont une allocation annuelle de 50 francs.

(3) L. Dufestel, La médecine scolaire, juin 1909, et Pédiatrie pratique, févr. 1908.

insuffisamment développé au point de vue physique, et qui, à l'atelier, ne fera qu'un ouvrier faible et débile. »

Dans renseignement secondaire, l'insuffisance des exercices physiques est encore plus marquée, et ceci à rencontre des dispositions légales qui obligent l'administration de l'Instruction publique et les municipalités adonner l'instruction de la gymnastique.

En quoi consiste cet enseignement, là où il existe des professeurs qui y sont spécialement affectés? « Deux fois par semaine, une heure chaque fois, le plus souvent une demi-heure seulement et presque toujours aux heures de récréation, on conduit les élèves au gymnase par groupe de vingt-cinq à trente, sous la direction d'un seul professeur. Chaque élève attend, dans l'immobilité que lui impose la discipline, son tour d'exercice. Il y a beaucoup d'élèves pour le même trapèze, et chaque élève ne fait guère plus d'une culbute par séance. Ainsi, durant cette séance, c'est pendant cinq minutes et même moins que s'exercent les muscles des élèves, cinq minutes par séance, dix minutes par semaine, quarante minutes par mois ! Voilà le temps consacré à une culture physique qui mériterait pour être bien faite plusieurs heures par jour (1) !»

Les externes n'ont même pas le profit de ce semblant d'exercice : ce n'est qu'en très petit nombre qu'ils y assistent.

Il existe, il est vrai, dans bon nombre de ces établissements, des associations sportives ou athlétiques : mais leur désignation indique assez leurs tendances, et l'on peut affirmer que la grande majorité des élèves s'en désintéressent ; ces sociétés restent réservées aux jeunes gens vigoureux et adroits qui peuvent représenter avec avantage les couleurs de leur collège dans les matches ou dans les rencontres interscolaires.

L'extrême médiocrité de ces résultats étonne moins quand on connaît les divergences des méthodes d'enseignement et les modifications incessantes apportées aux programmes, telles qu'elles ressortent du court historique que nous exposions tout à l'heure : comment desprofesseursauraient-ilseu le temps d'apprendre et d'appliquer un système condamné aussitôt qu'établi ; comment pourraientils suivre les indications, si souvent contradictoires, des multiples règlements ou arrêtés qu'on leur impose?

C'est ce grave défaut de méthode qui a fait placer en première ligne du programme des réformes élaborées par la commission interministérielle de 1904 Yunifîcation des méthodes d'enseignement.

A côté de l'insuffisance des méthodes d'enseignement, la pauvreté des résultats acquis doit être attribuée à l'indigence des moyens employés : à Paris, où l'organisation est supérieure à celle de la plupart des villes de province, le personnel spécial enseignant la gym-

(1) H. Rouyeh, loc. cil .

nastique est tout à fait insuffisant; en 1908, Dufestel le décomposait ainsi : un inspecteur ayant sous ses ordres trois sous-inspecteurs et deux sous-inspectrices, puis soixante professeurs hommes et vingtcinq professeurs femmes, pour une ville où la population scolaire atteint 300 000 enfants. A l'heure actuelle, et malgré l'augmentation delà population scolaire, le nombre des professeurs dépasse à peine la centaine.

« Permettez-moi, à titre de curiosité, de vous dire ce que la Ville de Paris dépense pour l'éducation physique. La dépense totale figure au budget pour 293 887 fr. 50, et dans ce chiffre sont comptés non seulement les traitements des inspecteurs et professeurs, mais aussi les indemnités allouées aux instituteurs et institutrices munis de leur brevet de gymnastique, et de plus, les frais de chauffage, d'entretien, et du personnel des gymnases municipaux. »

« Pour le chant, art d'agrément, la ville dépense 345 350 francs, soit 45 000 de plus, et pour le dessin 909 500 francs. Pour ces deux arts d'agrément, dont je suis loin d'ailleurs de contester l'importance, la dépense est de 1 246850 francs contre les 293 887 fr. 50 de l'éducation physique. Vous avouerez qu'il y a des choses incompréhensibles ! Un professeur d'éducation physique ne peut toucher à la ville plus de 1 800 francs. Il est moins payé que le balayeur de la voie publique (1)! »

Dans l'enseignement secondaire, où l'on pourrait croire les ressources budgétaires moins chichement comptées, l'éducation physique est traitée tout aussi misérablement. Le Dr Lachaud (2) nous apprend que les 95 974 élèves des établissements d'enseignement secondaire disposent de 360 instructeurs : chaque maître doit donc s'occuper de près de 300 élèves! Dans les lycées, la proportion est d'un maître pour 425 élèves. Enfin il existait cinq collèges qui se passaient de professeurs et d'enseignement.

Ajoutons enfin que très peu d'établissements, primaires ou secondaires, disposent de locaux suffisants pour les exercices physiques, et que plus rares encore sont ceux qui possèdent des terrains de jeux.

« On peut dire que tout enseignement physique donné dans ces conditions est nul » (Rouyer).

Il y a donc lieu de rechercher les moyens par lesquels on pourrait donner à l'éducation physique la faveur dont elle a besoin pour se développer : il faudrait, d'une part, persuader aux parents d'élèves que le temps consacré à la culture physique est aussi nécessaire que celui accordé aux soins de l'intelligence ; il y a toute une campagne de propagande à faire dans ce sens. Nous reproduisons cicontre, à titre d'exemple, l'affiche composée par G. Démeny dans un

(1) Dufestel, loc. cit.

(2) Dr Lachaud, Rapport au nom de la Commission de l'armée.

EDUCATION PHYSIQUE parCDEMENY

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