BASES PHYSIOLOGIQUES DE L'ÉDUCATION PHYSIQUE
Pour que l'enfant tire tout le profit désirable de son éducation physique, il faut que les principes de cette éducation soient établis strictement d'après les concluions physiologiques cVun organisme en voie de développement ; en s'éloignant de cette règle, on risquerait de faire besogne inutile, sinon dangereuse.
Non seulement les programmes d'éducation physique doivent être établis suivant les aptitudes et la résistance des enfants de différents âges, mais ils doivent aussi tenir compte des différences énormes qui peuvent exister entre les enfants du même âge, dont le développement n'a pas été parallèle.
En dehors donc des cas pathologiques, où seul le médecin peut décider de la part d'exercices qu'il convient de faire exécuter au petit malade, il nous paraît indispensable que la désignation des enfants, pour telle ou telle série d'exercices, ne se fasse qu'après examen médical complet.
Pour ce classement, on devrait utiliser les renseignements consignés sur les fiches scolaires individuelles : à telle série d'exercices seraient adressés les enfants dont la taille, le poids et le périmètre thoracique auraient atteint tel chiffre; il y aurait là une addition peu compliquée à faire au Manuel d'exercices physiques dont nous aurons à parler souvent ; il suffirait qu'à côté des indications d'âge données pour tel exercice on inscrivit les chiffres caractérisant un développement normal d'un enfant de ce même âge.
Ces premières indications posées, quels sont les principes qui doivent présider à une éducation rationnelle?
C'est ici que nous pouvons nous inspirer de Montaigne et répéter avec lui « qu'il n'en faut pas faire à deux » : nous ne devons pas avoir en vue seulement le développement d'un système musculaire que nous voulons souple et vigoureux; il faut que nous songions aussi à asservir ces forces physiques à un système nerveux bien équilibré et fortement discipliné.
La tendance actuelle en France est de comprendre Yéducalion physique dans un très large sens : nous voulons qu'à côté des exercices d'éducation, c'est-à-dire de ceux qui ont pour but le développement harmonieux de l'ensemble des qualités physiques, il y ait une large place faite aux exercices d'application, c'est-à-dire à ceux qui aideront l' enfant devenu homme à faire face aux nécessités matérielles
et, dans une certaine mesure, aux épreuves morales de l'existence. Après avoir fourni à l'enfant et à l'adolescent un organisme assez résistant pour soutenir les luttes de l'existence, l'éducation française veut assouplir cet organisme en vue de son adaptation aux mille circonstances ou difficultés qu'il rencontre ; après avoir fabriqué un bon instrument, nous avons le souci de le confier à une volonté à la fois ferme et avisée. A quoi aurait-il servi d'augmenter l'énergie d'un individu si on ne lui avait pas appris comment il peut utiliser toutes ses ressources physiques, et comment il peut produire le meilleur et le plus puissant effet avec l'effort le moins considérable? Présentée de la sorte, l'éducation physique revêt un intérêt tout spécial : elle apparaît comme un but précis et effectif. Et il serait intéressant qu'en quelques leçons théoriques on puisse faire connaître aux enfants et aux adolescents tout le bénéfice qu'ils ont à tirer d'une telle éducation. M. Démeny, dans ce but de vulgarisation, a composé un tableau destiné à être affiché dans les salles de gymastique, et que nous reproduisons ici (p. 281).
Quand les parents eux-mêmes auront compris l'importance capitale de ce programme, nous pouvons espérer qu'un courant d'opinion se dessinera et emportera toutes les convictions.
Nous disions que le but de l'éducation physique était d'augmenter à la fois la puissance de l'effort et la valeur de la résistance : les principes de cette éducation doivent donc reposer sur la connaissance de deux grandes fonctions de notre organisme : fonction de nutrition et fonction de relation, la première assurant surtout la résistance de l'organisme, et la seconde devant être développée en vue de la puissance et de la bonne utilisation de l'effort.
La gymnastique et les fonctions de nutrition. — Nous ne voulons pas faire ici un exposé physiologique des fonctions d'assimilation, de désassimilation et de nutrition. Mais nous dirons en quelques mots comment l'éducation raisonnée peut favoriser le développement et le bon fonctionnement des organes de la respiration, de la circulation et aussi de Y appareil digestif.
Le développement de la cage thoracique est la condition essentielle du fonctionnement normal du poumon et du cœur; suivant le « rendement » de ces organes, ce sont tous les échanges nutritifs qui sont favorisés ou compromis. Dans nos méthodes d'éducation physique, il importe donc de donner une place de première importance à la gymnastique respiratoire, qui est le seul moyen vraiment efficace d'augmenter la capacité thoracique.
On favorisera de la sorte la respiration, par augmentation de volume du poumon et extension du champ de l'hématose : on donnera au cœur et aux gros vaisseaux plus d'aisance, et on obtiendra encore un autre résultat du plus haut intérêt : en permettant à la cage thoracique d'atteindre une vaste ampliation, assurée par
une musculature résistante, on fournit aux membres supérieurs un point d'appui solide, condition première pour leur permettre d'exercer une force considérable : en effet, ce n'est qu'après fixation du thorax en inspiration que le membre supérieur peut déployer toute
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