‹ Traité d'hygiène (volume 2)Chapitre 56 sur 158 · LU · texte numérisé non relu

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sa force, grâce à la fixité et à la résistance de ses points d'attache. C'est là un exemple frappant de l'union intime qui règne entre nos différents organeset nos fonctions diverses, et qui démontre l'absolue nécessité où nous sommes de ne délaisser aucun deux si nous voulons réaliser une éducation physique vraiment complète et utile. Pour que la gymnastique respiratoire soit efficace, pour qu'elle

asssure le développement de la cage thoracique, il faut encore que les voies respiratoires supérieures soient largement perméables : le nez et le pharynx doivent être libres de tous les obstacles, végétations, déviations, amygdales hypertrophiées, qui rendraient illusoires tous les exercices éducatifs ; et voici une preuve nouvelle de la corrélation étroite de toutes les fonctions entre elles : un adénoïdien, à respiration réduite, développera mal son thorax, compromettra sa nutrition générale par une mauvaise hématose, et aura de plus une musculature débile par l'insuffisance de ses points d'appui. Une autre condition de l'efficacité delà gymnastique respiratoire est qu'elle soit pratiquée en plein air : la quantité de l'air inspiré ne supplée pas à sa qualité. De là la nécessité de l'établissement de terrains réservés aux exercices physiques et aux jeux, surtout dans les grandes villes, où les cours des écoles sont resserrées et peu aérées (fig. 139).

En même temps que la gymnastique respiratoire développera thorax, poumons et cœur, l'éducateur apprendra à l'enfant dans quelles limites il peut utiliser ces organes sans les exposer à un dangereux surmenage.

<( L'éducation, dit Démeny(l), doit s'attacher à éviter l'essoufflement, les troubles de la respiration et de la circulation dans les grands efforts musculaires; à rechercher toujours l'accomplissement normal de ces fonctions pendant l'exécution du travail.

« Il faut constamment fixer son attention sur ce point en graduant l'intensité, les efforts et leur durée, en augmentant d'une façon imperceptible la somme de travail dépensée, sans jamais aller jusqu'au point où les troubles du cœur et du poumon se manifestent.

« Il faut surtout observer une judicieuse proportion entre les périodes de travail et les périodes de repos. »

Ces principes généraux ont été précisés par le Dr Bellin du Coteau (2) : après de multiples observations, cet auteur a pu déterminer certaines lois de V effort qu'il résume ainsi :

I. Tout travail musculaire détermine une accélération du rythme cardiaque.

II. Cette accélération est fonction du travail produit et permet de distinguer trois types d'effort :

1° Effort intense :

2° Effort intense et prolongé :

3° Effort relatif

1° L'effort intense accélère le rythme. Normalement, le pouls bat de 65 à 75 fois à la minute. Après l'effort intense, le pouls bat à 160. Le retour à la normale se fait rapidement, cinq minutes en moyenne.

2° L'effort intense et prolongé accélère le rythme plus que l'effort intense. Le pouls bat à 200 à la minute. Le retour à la normale est

(1) G. Demeny, L'école française, Fournier, édit., Paris, 1909.

(2) Dr Bellin du Coteau, Sporling, 16 juillet 1913.

beaucoup plus lent que dans l'effort intense, quatre à cinq heures en moyenne.

Fig\ 140. — Le nouveau parc avec terrain de jeux à Copenhague.

3° L'e/forl relatif accélère à peine le rythme du cœur. Le pouls

bat à 100 à la minute. Le retour à la normale se fait rapidement, cinq minutes en moyenne.

Voici, d'ailleurs, quelques exemples apportés par le Dr Bellin du Coteau, qui précisent les conditions dans lesquelles se produisent l'effort et son retentissement sur le rythme cardiaque :

«Les sports athlétiques réalisent une véritable « gamme» d'efforts.

« 1° La course de 100 mètres constitue le type de l'effort intense. L'accélération du pouls est en moyenne de 160 à la minute.

« Ce chiffre est d'ailleurs variable suivant l'intensité môme du travail produit.

« A côté des 100 mètres viennent se ranger les différents lancers (poids, disque, javelot) et les différents sauts.

« Nous surprendrons sans doute le lecteur en lui apprenant que ces différents exercices sont peut-être plus « durs » pour le cœur qu'une course de 100 mètres.

« Exemple :

« Championnat de France de 100 mètres :

« Mourlon, 140 pulsations à la minute.

« Black, 148 pulsations à la minute.

« Lancement du poids :

« Tison, 160 pulsations à la minute.

« Guéraçagne, 180 pulsations à la minute.

« 2° Le 400 mètres réalise le type de l'effort intense et prolongé. L'accélération du pouls est en moyenne de 200.

« Exemple :

a Championnat de France de 400 mètres :

« Poullenard, 224 pulsations à la minute.

« 3° Les courses de longue distance rentrent dans la catégorie de l'effort relatif. Les pulsations sont extrêmement variables, mais en général l'accélération est faible.

« Exemple :

« Cross des Nations, 15 kilomètres :

« Bouin, 80 pulsations à la minute.

« Keyser, 104 pulsations à la minute.

« Insistons sur ce fait peu connu, ou du moins peu signalé jusqu'ici, du véritable « affolement cardiaque » après les courses de vitesse.

« Le Dr Tissié lui-même, dont la compétence est indiscutable, permet seulement de « pousser l'exercice jusqu'au moment où le pouls atteint 140 à 150 pulsations ».

Les organes digestifs, ou d'une façon plus générale les viscères abdominaux, ont besoin d'être solidement maintenus par une « sangle » musculaire solide ; non seulement les ptôses viscérales et les hernies sont ainsi combattues, mais les contractions de la musculature du tractus digestif, ou des conduits excréteurs de ses glandes

annexes, sont grandement favorisées. Les muscles abdominaux doivent donc être soigneusement développés.

Les fonctions de désassimilation, et en particulier les excrétions, sont au plus haut degré favorisées par l'exercice, et nous n'avons pas à insister sur les troubles profonds de la nutrition auxquels sont exposés les sédentaires ou les inactifs : telles l'obésité etles manifestations multiples de l'insuffisante combustion des déchets azotés. Les éliminations assurées par le rein et par la peau sont accrues dans des proportions considérables par la pratique des exercices physiques.

La gymnastique et les fonctions de relation. — Le système nerveux, dans ses fonctions si complexes, doit tirer un grand profit

Fig. 141. — Exercice d'équilibre.

Fis. 142.

Exercice dissymétrique.

de l'éducation physique; au point de vue moteur, c'est de lui que dépendent la coordination des mouvements, leur amplitude, leur force, et surtout leur adaptation à la tâche demandée: nous répétons ici encore que la valeur du mouvement, comme force et comme précision, dépend surtout de sa parfaite adaptation au but recherché ; cette économie dans la dépense de force ne dépend pas de notre système musculaire, mais bien plutôt de la façon dont il est commandé: l'éducation de la motricité domine celle de la musculature ; « la durée de l'acte nerveux dans un coup de poing est plus importante que celle de l'acte musculaire. C'est la partie essentielle du mouvement ; c'est elle qui varie le plus suivant les individus et leur état (1) ».

Mais cet « acte nerveux » est le résultat d'une série de réflexes, ou de déductions rapides, qui sont eux-mêmes d'autant mieux appro-

(1) G. Démenv, loc. cit.

priés au résultai demandé que l'éducation est plus parfaite : les mouvements de défense ou ceux d'attaque, les exercices d'adresse, pour ne parler que de quelques applications pratiques de l'éducation physique, sonl exécutés avec d'autant plus de correction el d'à-propos que tous les actes nerveux sonl mieux coordonnés, dequis la perception sensorielle ou s"ensitive jusqu'à Yinflux moteur.

Toute une série d'exercices tendent à perfectionner cette coordination des mouvements; les meilleurs sont les exercices d'équilibre (fig. 140), et les exercices dissymétriques (fig. 141), dans lesquels le système nerveux doit constamment entrer en jeu pour commander des mouvements très précis ou d'exéculion difficile, à cause de leur rareté dans la vie courante :

Les facultés psychiques elles-mêmes participent à cette éducation ; on pourrait rappeler l'influence réciproque du physique sur le moral et les longues dissertations sur ce sujet de nos philosophes et médecins du xvme siècle; depuis cette époque, les physiologistes ont montré l'action favorable de l'exercice sur la circulation cérébrale et les fonctions du cerveau; d'une façon moins scientifique, il est facile d'observer chaque jour combien les enfants habitués aux exercices physiques sont riches d'entrain et de gaîlé; ils y gagnent aussi en énergie, en sang-froid et en courage; ils y éduquent leur volonté, et c'est là un résultat d'une haute portée morale, dont nos pédagogues devraient comprendre toute l'importance.

Ce rapide aperçu montre assez que l'éducation physique n'est pas seulement le développement des muscles. Les sujets les plus riches en biceps ne sonl pas toujours les plus solides, ni les plus aptes à la lu lie : les qualités de résistance, dues au bon fonctionnement de tout l'organisme, sont plus utiles que la force mal commandée et dépensée sans ménagements.

Ce que nous avons à demander à Y éducation musculaire proprement dite sera maintenant vite exposé.

Nous devons tout d'abord chercher à obtenir un développement harmonieux des différentes parties du corps ; il importe que les membres du côté droit, par exemple, ne l'emportent pas en force sur ceux du côté opposé ; il faut s'efforcer aussi de donner aux membres supérieurs une valeur correspondant à celle des membres inférieurs.

La gymastique éducative visera surtout à développer les muscles ou les groupes de muscles qui, dans la vie courante, ne fournissent qu'un travail restreint, et n'ont de ce fait aucune tendance naturelle à prendre de la force. Pour les différents segments du membre supérieur, par exemple, les mouvements dans le sens de la flexion sont beaucoup plus fréquents que ceux dans le sens de l'extension : la gymnastique aux agrès n'utilisait guère que ces mêmes mouvements de flexion. La gymnastique suédoise, au contraire, cherche à

équilibrer les mouvements dans les deux sens, et pour réaliser ces exercices, on a imaginé la gymnastique d'opposition :

« Lorsque l'on saisit une poignée annexée à un ressort à boudin ou à un caoutchouc et que l'on tire avec le bras en flexion, on peut, selon la force du caoutchouc ou du ressort, selon le degré de tension qu'on leur donne, faire travailler d'une manière assez bien dosée les muscles fléchisseurs de Tavant-bras sur le bras. Mais vous pouvez supposer que, au lieu d'avoir devant soi, comme résistance, l'organe passif qu'est le caoutchouc ou le ressort à boudin, on ait la résistance active, graduée, intelligente d'un professeur, connaissant son métier, et qui, prenant la main de l'élève dans la sienne ou appliquant sa main contre l'avant-bras en avant ou en arrière, commande des mouvements de flexion ou d'extension gradués à sa volonté, en changeant la résistance d'un sujet à l'autre, dun moment à l'autre, sur le même sujet. C'est ainsi que, lorsque l'on voit sur un enfant un groupe musculaire insuffisant par rapport à un autre, on peut le faire travailler individuellement. Tel est le principe général facile à comprendre de la gymnastique d'opposition (1). »

Les muscles du cou et du tronc ont également besoin d'être rigoureusement exercés : à l'insuffisance de ces groupes musculaires il faut souvent attribuer les attitudes vicieuses et les déformations squelettiques consécutives, si fréquentes chez les enfants des écoles.

Sur le développement du squelette, la gymnastique a aussi un rôle des plus efficaces, surtout par l'intermédiaire du système musculaire, dont le développement harmonieux peut avoir les effets correctifs que nous venons de signaler; il faut citer cependant les curieuses observations faites par le Dr Dufestel chez des enfants exercés uniquement à la « gymnastique de plancher », et chez qui l'accroissement en hauteur était inférieur à celui des enfants privés de tout exercice ; pour cet auteur, les contractions répétées des muscles dorsaux produisent « un tassement des disques intervertébraux compressibles et une diminution de la taille ».

Ces quelques considérations sur le rôle et même, pourrait-on dire, sur la nécessité physiologique de l'éducation physique, suffisent à démontrer que les programmes doivent s'inspirer de notions acquises par l'expérimentation physiologique. La gymnastique ne doit plus être un art empirique. Pour obtenir d'elle les résultats si utiles qu'on en peut attendre, il faut qu'elle repose sur des principes scientifiques et raisonnes.

Ce sont d'ailleurs de tels principes qui ont guidé les professeurs et les médecins chargés de donner un guide officiel à notre enseignement physique.

Dans cet exposé des principes qui doivent guider l'éducation phy-

(1) A. Broca, Principes d'éducation physique (Gonfér. faite à la Sorbonne, publiée, in lier, prat, dohslêlr. el depédiatr., juillet 1910).

sique, il n'a été question que des enfants sains et bien portants. Pour les enfanls malades ou infirmes capables, malgré leur état pathologique, de fréquenter l'école, l'éducation physique devra être entourée de soins tout spéciaux, que le médecin seul pourra déterminer, et que nous devons indiquer ici brièvement.

Les convalescents de maladies aiguës, certains malingres, les dyspeptiques amaigris, les prédisposés à la bacillose, ne devront pratiquer que les plus modérés des exercices; la gymnastique respiratoire leur sera toujours utile, mais on les privera de toutes les séries d'exercices pouvant amener la fatigue physique ou l'essoufflement. Les cardiaques seront plus surveillés encore ; les lésions orificielles sont si bien tolérées par la plupart des enfants que, si l'on n'y prend pas garde, ils auront tendance à abuser de leurs forces physiques et à précipiter ainsi les accidents d'insuffisance cardiaque. Quelques mouvements de gymnastique respiratoire, quelques exercices d'évolution seront pour eux un suffisant entraînement.

Les infirmes, par suite d'accidents, ou plus souvent par séquelles d'affections tuberculeuses ostéo-articulaires, ne seront exercés que dans la mesure où leurs lésions ou leurs ankyloses le permettent ; il leur sera difficile, la plupart du temps, de suivre les leçons communes ; on veillera cependant à ce que les exercices respiratoires soient régulièrement pratiqués.

Reste le groupe nombreux des enfants atteints de scoliose ; il est certain que la leçon commune de gymnastique ne peut pas être transformée en exercices purement correctifs ou orthopédiques ; mais la gymnastique éducative, telle qu'elle devrait être enseignée, est déjà suffisante pour corriger bien des attitudes vicieuses ; et les scolioliques, surtout au début de leur affection, verraient souvent leurs déformations s'atténuer par la simple pratique quotidienne d'une gymnastique rationnelle et bien enseignée.

Il ne resterait donc, en somme, qu'un très petit nombre d'enfants à dispenser totalement de la gymnastique, et cette dispense ne devrait être accordée qu'après entente du médecin scolaire et du médecin traitant.

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