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L'ENSEIGNEMENT DE LA GYMNASTIQUE

Nécessité de l'unité de méthode. - Si l'on veut obtenir des résultats effectifs par l'éducation physique, il importe au plus haut point que, dans toutes les écoles, les méthodes employées soient identiques; il faut que les maîtres chargés de l'enseignement aient elé formés suivant des principes précis et fixés une fois pour toutes

Il est nécessaire aussi qu'au sortir de l'école l'adolescent qui veut continuer à s'adonner aux exercices physiques puisse s'entraîner dans le même sens où il a été jusque-là dirigé; il en va de même pour l'éducation physique qu'il recevra plus tard au régiment. C'est ce qu'a bien compris et exposé la commission interministérielle dont le rapport est annexé au Manuel de 1910.

Nous avons signalé déjà, en esquissant l'état actuel de l'éducation physique dans nos écoles, l'insuffisance numérique du personnel enseignant. A Paris, pour les écoles primaires, le nombre des professeurs de gymnastique excède à peine la centaine, et le traitement de chacun d'eux ne peut dépasser 2 000 francs; chacun de ces maîtres doit assurer l'éducation physique de 3 000 enfanls : c'est dérisoire! En province, la situation est pire encore, car le professeur de gymnastique n'existe que rarement, et c'est l'instituteur qui doit se charger de cet enseignement; c'est donc toute une organisation qu'il s'agirait de créer.

Actuellement, dans la plupart des collèges et lycées, le professeur de gymnastique est un ancien militaire, le plus souvent fort habile aux divers exercices du corps, mais fort peu au courant des données physiologiques el des méthodes pédagogiques. Dans les écoles primaires, à Paris tout au moins, le professeur de gymnastique doit aujourd'hui être en possession d'un « certificat d'aptitude à l'enseignement de la gymnastique »; un cours, professé par M. Démeny pendant la période des vacances, a pour but la préparation à ce certificat.

D'autre part, depuis 1907, les instituteurs font, au cours de leur service militaire, un stage de trois mois à l'école spéciale de Joinville(l) ; ils y reçoivent une instruction à la fois théorique et pratique; mais il s'en faut de beaucoup que tous les instituteurs profitent de cet enseignement. Four suppléer à cette insuffisance, le DrLachaud, dans son projet de loi sur la préparation militaire, proposait :

« Pour faciliter le recrutement et l'instruction des professeurs qui doivent enseigner dans les établissements publics primaires, il est créé cinq écoles régionales militaires d'éducation physique.

« Ces écoles sont réparties suivant les besoins dans les différents corps d'armée.

« Sont envoyés dans ces écoles tous les instituteurs qui, appelés à faire leur service militaire, ne suivent pas les cours institués pour former les officiers de réserve. La durée des cours est de six mois. »

Quel que soit le moyen pratique auquel on s'arrête, il est d'absolue nécessité aujourd'hui d'assurer à nos instituteurs une éducation physique suffisante, en même temps qu'on leur fournira une méthode pédagogique en rapport avec les conditions spéciales de leur enseignement.

Il nous parait indispensable d'avoir d'abord un « cadre » de professeurs d'éducation physique, instruits non seulement de leur spécialité, mais possédant aussi des notions d'anatomie, de physiologie et de pédagogie. Ces professeurs, rémunérés de façon proportionnée à l'instruction générale et spéciale qu'on exigerait d'eux, seraient chargés de l'inspection ou des cours dans quelques grandes villes, mais surtout de l'éducation des élèves des écoles normales d'instituteurs. Un programme très précis et très défini donnerait à cet enseignement supérieur la direction et l'unité de méthode, en dehors desquelles toute tentative resterait vaine.

Sous la surveillance de ce « cadre », tous les membres de l'enseignement primaire devraient participer à l'éducation physique de leurs élèves, au même titre et avec le même soin qu'ils assurent leur éducation intellectuelle.

Enfin l'organisation de l'inspection médicale des écoles apportera à l'éducation physique un secours très efficace. Médecins et instituteurs devront collaborer intimement dans cette partie de l'enseignement pour régler la progression des exercices, pour fixer ceux qui conviennent aux enfants de différentes aptitudes et enfin pour enregistrer les résultats obtenus.

Choix de la méthode. — La méthode française. — L'exposé

(1) Pour former les moniteurs de gymnastique dont on a besoin, le ministre de la Guerre a élevé de quelques dizaines à trois cents le nombre des instituteurs qui, durant leur service militaire, sont envoyés à l'école de Joinville. Ainsi sera formée une pépinière d'instructeurs pour les écoles primaires. Les jeunes gens des campagnes doivent être préparés à la vie militaire avec d'autant plus de soin que, babitués au grand air, ce sont eux qui s'adaptent le plus difficilement à la caserne.

historique des méthodes variées employées en France depuis cent ans et la pauvreté des résultats obtenus sont la preuve la meilleure de la nécessité d'un programme bien défini. Il est impossible d'affirmer que la méthode aujourd'hui préconisée officiellement soit parfaite et que de nouveaux progrès n'obligeront pas à la modifier; cependant elle repose sur des données physiologiques qui lui impriment une réelle valeur, et elle tient compte des nécessités de l'âge et du tempérament des enfants pour qui elle a été conçue : il y a là une supériorité indiscutable sur les méthodes précédemment employées.

Fig. 143. — Appareils utilises dans la gymnastique athlétique — A droite, barres parallèles; au milieu, cheval de voltige; au-dessus et à gauche du cheval, les anneaux; au fond, barres fixes à gauche, poteaux pour le saut.

Nos éducateurs devaient d'abord choisir entre la méthode allemande (dite athlétique, acrobatique ou aérienne) et la méthode suédoise.

Il n'est point besoin d'insister sur les défauts de la première, qui ne réalisait en aucune façon Yéducation physique telle que nous la comprenons aujourd'hui; mais il faut reconnaître qu'elle pouvait contribuer à développer certaines qualités d'agilité, d'audace et de décision qui sont loin d'être négligeables (fig. 143).

La méthode suédoise, créée par Ling et vulgarisée par ses élèves, a des tendances tout opposées; il est vrai de dire que les disciples du maître suédois ont plus ou moins modifié sa pensée et en ont quelque peu déformé la tendance originelle. C'est peut-être une des raisons pour lesquelles des polémiques, parfois passionnées, se sont engagées sur la valeur de la méthode; en France même, elle a eu et

a encore dos partisans convaincus et des détracteurs irréductibles.

Le grand mérite de Ling et de ses élèves, en particulier Liedbeck et Georgii, qui terminèrent et publièrent après sa mort son Traité sur les principes généraux de la gymnastique, fut de donner à l'éducation physique une base physiologique; la correction des attitudes vicieuses et l'influence curalive de la gymnastique sur nombre de maladies furent môme une des grandes causes du succès de la méthode : cette tendance a, d'ailleurs, été exploitée par nombre de contradicteurs qui reprochent au système de Ling d'être plus médical que pédagogique.

En réalité, le principe de la gymnastique suédoise est surtout d'exercer les muscles qui, dans la vie courante, ne fournissent que peu ou pas d'efforts; tels sont la plupart des muscles extenseurs, et en premier lieu ceux de la tête et du tronc; pour graduer l'effort fourni par ces muscles, Ling a imaginé les mouvements d'opposition dans lesquels intervient la résistance d'un professeur ou d'un camarade, résistance essentiellement active et susceptible d'être, pour ainsi dire, dosée suivant l'état du développement musculaire du sujet. A ces mouvements musculaires, Ling associait la gymnastique respiratoire, et, pour favoriser les fondions de respiration et de circulation, il recommandait les mouvements lents et les attitudes prolongées. Enfin, pour ces différents exercices, il n'avait besoin que d'un nombre limité d'appareils très simples (fig. 144).

Le reproche primordial que l'on peut adresser à la méthode de Ling est sa difficile application. Elle exige, pour être exécutée correctement, une surveillance assidue des professeurs chargés de peu d'élèves; de l'avis même des défenseurs de la méthode, les mouvements doivent être accomplis dans la forme et le rythme prescrits, sous risque de devenir inutiles, sinon dangereux. Cette nécessité implique aussi beaucoup d'attention de la part des élèves; si des adolescents ou des hommes mûrs peuvent, par conviction et par raison, se soumettre à cette discipline, on ne peut pas demander une pareille application à de jeunes écoliers. Et c'est là l'écueil principal rencontré par la méthode suédoise, en tant que méthode pédagogique : ces mouvements lents et peu variés, la participation de la volonté et de l'intelligence de l'élève pour accomplir des exercices qui exigent plus d'efforts qu'ils ne provoquent d'amusement, nous paraissent être des obstacles sérieux à l'éducation en commun d'élèves souvent nombreux, et qui s'attendent à trouver dans les exercices physiques une récréation et un délassement, plutôt qu'une contrainte pénible et fastidieuse.

E. Daily, dans son article (loc. cit.) si documenté, avait déjà reconnu la nécessité de rendre la leçon de gymnastique « intéressante et variée » ; aux mouvements fondamentaux du système suédois, et en particulier aux exercices respiratoires, il adjoignait « les

voltiges aux appareils » et reconnaissait « une valeur éducative de. premier ordre à la marche et à la course ».

Si la voltige proprement dite n'est plus préconisée comme exercice scolaire, nos éducateurs ont reconnu l'importance qu'il y avait à

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intéresser et à récréer les élèves pendant les leçons de gymnastique; dans ce but ils ont conservé quelques exercices aux agrès pour les grands, et ils recommandenl des évolutions, des pas composés, des rondes, pour les petits, et des jeux variés pour les enfants de tous âges. Ils onl ainsi rempli le programme qui nous paraît caractériser cette méthode éclectique que nous désignons sous le nom de méthode

française : à côté des exercices de développement, faire une large place à la gymnastique d'application avec les jeux libres et les sports.

« La gymnastique de développement vise le perfectionnement du sujet et le prépare à l'application. La gymnastique d'application enseigne spécialement à utiliser ses forces; les jeux et les sports donnent libre cours à l'initiative et développent l'esprit de solidarité et de discipline volontaire.

« La gymnastique de développement et la gymnastique d'application s'enseignent dans des leçons graduées, et avec des moyens aussi variés que possible pour intéresser les élèves (1). »

En groupant ainsi ces deux séries d'exercices, — les premiers qui assurent à tout l'organisme un développement harmonieux, les seconds qui permettent à l'enfant de mettre en pratique les qualités acquises de souplesse et d'endurance, — on atteint le but que nous définissions tout à l'heure : effet hygiénique, effet correctif résultat économique, effet moral.

La leçon de gymnastique. — Plan de l'enseignement. — Ainsi constituée, la méthode française paraît devoir s'adapter parfaitement aux besoins et au caractère de nos écoliers. Nous ne pouvons pas ici énumérer tous les exercices dont se composera la leçon de gymnastique; le manuel de 1910 est, d'ailleurs, rédigé de façon très claire et très explicite, et il est très désirable que ce guide officiel soit enfin suivi avec exactitude dans tous nos établissements scolaires. La leçon doit être quotidienne.

Elle est naturellement collective; mais les groupes d'élèves ne doivent pas être constitués par les « classes » où se trouvent réunis des enfants d'âge et surtout de développement très variable. C'est le médecin scolaire qui doit reconnaître l'aptitude physique de l'écolier, fixer les exercices qui conviennent à son âge et surtout à son degré de développement. Le Manuel d'exercices physiques indique bien les séries d'exercices convenant aux élèves de six à neuf ans, de neuf à onze, etc. Mais cette classification est beaucoup trop large. Nous avons dit déjà que la fiche scolaire individuelle, comme conclusion pratique des différentes pesées et mensurations, devrait porter l'indication des exercices physiques convenables pour chaque enfant. Il est évident que cette fiche ne pourrait pas porter l'énumération des exercices permis; mais un simple numéro d'ordre ou un signe conventionnel suffiraient à classer l'élève dans le « cours » qui lui convient, ou à l'exclure des exercices trop pénibles pour lui.

De la même façon seront réglées la durée totale de la leçon et la durée de chaque exercice qui la compose. Nous rappelons que l'arrêté du 8 août 1890 fixe à deux heures le temps consacré chaque jour aux exercices physiques, sur lesquelles une demi-heure au

(1) Manuel d'ex, phys., toc. cit.

moins est réservée à la gymnastique pour les enfants au-dessous de dix ans et trois quarts d'heure au moins pour les enfants plus âgés. Ce règlement n'est, nous l'avons vu, suivi que de façon très approximative!

Dans chaque leçon, les exercices doivent être gradués suivant la dépense d'énergie ou d'attention qu'ils exigent; l'effort fourni varie avec l'intensité des contractions musculaires et avec la rapidité d'exécution des mouvements ; pour commencer, on fera exécuter des exercices peu fatigants, puis, après cette mise en train, on augmentera progressivement l'intensité des efforts à fournir ; dans les deux premiers tiers de la leçon, on observera cet accroissement de dépense musculaire, pour, dans le dernier tiers, suivre une progression inverse ; il faut qu'à la lin de la leçon l'enfant ne ressente ni fatigue ni essoufflement.

Entre chaque exercice, et pour occuper la période de repos, on fera exécuter quelques mouvemenls de gymnastique respiratoire.

Enfin une gradation régulière doit être prévue dans la série des leçons, de façon à ce que l'enfant accomplisse des exercices de plus en plus fatigants ou difficiles au fur et à mesure que ses forces et son agilité se développent.

Cette sorte de dosage de l'effort apprend à l'enfant à ne pas disperser ses forces et surtout à les ménager.

C'est dans le même but que les exercices doivent être séparés par des intervalles de repos bien placés et dont la durée dépend du travail préalablement fourni: grâce à ces deux principes, utilisation économe de l'effort, d'une part, et périodes de repos suffisantes, d'autre part, le travail utile peut être poursuivi longtemps sans fatigue. On conçoit aisément la valeur pratique d'une telle éducation.

L'importance éducative de certains mouvements et exercices ne sera jamais perdue de vue; les mouvements d'extension, pratiqués avec lenteur et avec contraction et raccourcissement complets des muscles, sont un excellent moyen de compenser les attitudes et les mouvements habituels de flexion, dont la prédominance détermine si souvent les attitudes vicieuses. Les exercices respiratoires seront aussi fréquemment répétés; on veillera à ce que la respiration se fasse correctement parle nez, et on évitera, dans les exercices d'exécution rapide, de provoquer l'essoufflement ou les palpitations.

En somme, la leçon doit toujours être inspirée des principes physiologiques que nous avons déjà énumérés, et elle doil produire les effets en vue desquels elle est composée : « Une séance doit contenir des séries de mouvements destinés à activer la circulation du saiii^ et la respiration, à développer harmonieusement le système musculaire, à remédier aux mauvaises attitudes, à fixer l'épaule, à dilater la cage thoracique, à redresser les courbures exagérées de la colonne vertébrale et à renforcer les parois abdominales : ce sera h' but delà

MÉRY ET GENEVRIER.

gymnastique de développement. On y fera entrer également des exercices qui donnent la souplesse, l'adresse et l'indépendance des mouvements, perfectionnent des allures normales et ont une utilité pratique dans la vie sociale et militaire : ce sera le but de la gymnastique d'application. » Le Manuel d'exercices, dont sont tirées ces sortes de conclusions, résume ces principes dans un tableau très démonstratif, que-nous reproduisons ci-dessous :

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