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LA LECTURE

Les efforts d'attention accomplis par les jeunes enfants à l'occasion de la lecture les amenèrent facilement à adopter des attitudes vicieuses, qui peuvent favoriser le développement de la myopie et de la scoliose. Ce double danger est moindre pour la lecture que pour récriture. Mais, comme les enfants apprennent d'abord à lire, il faut dès ce moment les habituer à observer des attitudes correctes, qu'ils conserveront d'autant plus facilement qu'ils y auront été entraînés plus jeunes.

La lecture des écoliers se fait soit au tableau, soit sur les manuscrits, soit sur des livres imprimés.

La lecture au tableau présente des avantages au point de vue de l'hygiène de la vue, à la condition qu'il soit bien éclairé, qu'il soit d'un noir mat, et que les caractères soient assez grands et très nets. En effet, la lecture au tableau se fait de loin, et elle ne nécessite pas d'effort d'accommodation, d'où minimum de fatigue pour l'œil doué d'une réfraction normale.

Les planches murales et les cartes géographiques, destinées à être vues de tous les points de la classe, doivent présenter les mêmes qualités d'éclairement et de visibilité que les textes écrits au tableau.

Leur surface ne doit pas être vernie à cause de la production de reflets gênants.

La lecture des textes manuscrits demande toujours un certain degré d'attention et un certain effort d'accommodation : l'usage qui veut que certains cours soient dictés, alors qu'ils existent à l'état de livres bien imprimés, nous paraît condamnable. L'obligation imposée aux élèves d'écrire rapidement sous la dictée, puis de recopier et de relire leur court manuscrit, est une cause de perte de temps et de fatigue qui ne paraît compensée par aucun avantage. Le temps de la classe serait plus utilement occupé par des explications orales, au cours desquelles les élèves n'auraient pas l'occasion de prendre les attitudes vicieuses qui surviennent presque fatalement pendant les séances prolongées d'écriture sous la dictée.

Les textes imprimés doivent présenter quelques conditions de lisibilité sur lesquelles nous devons apporter des précisions.

Le papier trop mince ou trop friable se déchire facilement entre les mains des jeunes écoliers ; il a surtout le défaut de laisser transparaître les caractères imprimés sur le côté opposé ; il en résulte un manque de netteté du texte, fort gênant pour la lecture. Les

papiers glacés, ou certains papiers « couchés », ont l'inconvénient de produire des reflets fatigants.

La couleur du papier n'est pas indifférente : le blanc pur, ainsi que les papiers trop franchement teintés, surtout s'ils le sont en bleu ou en rouge, sont capables de produire une certaine fatigue. Le contraste entre le blanc du papier et le noir absolu des caractères contribuerait pour une certaine part à produire une impression pénible sur la rétine. On connaît l'observation de Montaigne, qui interposait un verre légèrement fumé entre ses yeux et son papier pour éviter cette sensation pénible.

Le blanc jaunâtre ou la couleur « crème » seraient particulièrement favorables.

Les caractères d'imprimerie doivent d'abord présenter une netteté absolue : les éditions à bon marché utilisent trop souvent des caractères usés, écrasés, empâtés.

La forme des caractères doit être précise et franchement individualisée : certaines imprimeries ont le tort de déformer les caractères, dans un souci discutable d'élégance ou d'originalité ; il est important, surtout pour les enfants, que chaque lettre se présente toujours avec les mêmes contours, et que les lettres carrées, par exemple, ne soient pas arrondies, et que les lettres rondes ne soient pas aplaties; Javal fait remarquer que le regard se fixe de préférence, pendant la lecture, sur la moitié supérieure des lettres : il est facile de vérifier, en effet, que la lecture reste aisée si Ton masque la moitié inférieure d'une ligne, tandis qu'elle devient difficile si c est la moitié inférieure seulement qui reste découverte : d'où cette nécessité de donner à la partie supérieure des caractères d'imprimerie le maximum possible de différenciation.

lu" épaisseur des jambages doit être suffisante : Weber estime cette épaisseur à un cinquième de la hauteur du caractère ; la lisibilité dépendrait en effet moins de la hauteur les lettres que de l'épaisseur de leurs traits; aussi les caractères « gras » sont-ils très avantageux, surtout pour les jeunes enfants.

La hauteur des caractères est appréciée par une unité de mesure spéciale qui s'appelle le point. Mais on utilise des points dont la valeur varie dans de notables proportions : à Paris, par exemple, le point de l'imprimerie nationale est de 0mm,30 ; le point Didot, assez couramment employé, est de 0mm,376.

On utilise, pour les textes courants, des caractères variant du point 7 au point 11 (fîg. 189 et 190).

Le Pr Truc demande que les livres donnés aux enfants ne soient pas imprimés en caractères inférieurs au point 9. En général, c'est le point 8 qui est adopté.

La facilité de lecture ne dépend pas seulement de la dimension des caractères, mais aussi de la distance qui les séparent les

uns des autres, et de l'espace ménagé entre chaque ligne (interligne).

La distance entre tes lettres d'un même mot devrait être à peu près la même que celle qui sépare les deux jambages de la lettre n. Javal demande que le nombre de lettres contenues dans 1 centimètre soit de 6 pour les enfants de six ans, de 6,5 pour les enfants de dix à douze ans, et de 7 pour les plus grands élèves.

L'interligne, selon le Pr Truc, devrait mesurer un « point » de hauteur, c'est-à-dire être équivalent à la hauteur des caractères euxmêmes. Pour Cohn, l'interligne ne doit jamais être inférieure à 3 millimètres, ou, au minimum, de 2mm,5. Les textes « largement

Point 11, Point 11.

La netteté de récriture. la netteté de l'écriture.

Point 10. Point 10.

La netteté de l'écriture. la netteté de l'écriture.

Point 9. Point 9.

La netteté de l'écriture. la netteté de l'écriture.

Point 8. Point 8.

La netteté de l'écriture. ]a netteté de l'écriture.

Point 7. Point 7.

La netteté de l'écriture. la netteté de l'écriture.

Fig. 189. — Caractères en point Fig. 190. — Caractères en point de Didot (0mm,376). l'Imprimerie Nationale (0mm,30).

interlignés » gagnent en netteté, mais c'est une disposition peu économique.

La densité de /' impression est estimée parla numération du nombre de lettres contenues dans 1 centimètre carré : on obtient ainsi une notion d'ensemble sur la taille des caractères et sur la valeur des espaces séparant les lettres et les lignes : les textes destinés aux écoliers ne doivent pas contenir plus de quinze lettres par centimètre carré.

La longueur des lignes est limitée à 8 ou 9 centimètres : le travail d'accommodation est fait pour un point limité de la ligne ; il doit donc être modifié si, la ligne étant longue, la distance de l'œil au texte augmente d'une façon appréciable au fur et à mesure de la lecture.

Conditions dans lesquelles se fait la lecture. — En dehors des conditions de lisibilité du texte, la lecture demande certaines précautions hygiéniques dont nous avons déjà eu l'occasion de nous préoccuper.

L'éclairage, suffisant comme intensité, doit tomber d'aplomb sur la page.

V incidence du rayon visuel doit, d'autre part, se faire normalement sur le livre : une légère inclinaison du pupitre à 15° aide à réaliser cette condition.

Enfin la correction de V altitude, tète et corps droits, exige que Taxe binoculaire soit parallèle à la ligne lue; il faut aussi que le milieu de la ligne soit en face d'un point situé entre les deux yeux.

La distance optima, entre les yeux et le texte, est de 30 centimètres.

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