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L'ÉCRITURE

L'écriture et les attitudes vicieuses. — C'est surtout à l'occasion de l'écriture que les attitudes vicieuses sont prises par les écoliers; pendant les autres exercices scolaires, pour la lecture, pendant les explications au tableau, l'écolier peut de temps en temps changer de position, s'appuyer sur son dossier et ne pas observer une immobilité complète qui engendre vite la fatigue.

En effet, c'est à la fatigue que sont attribuables les attitudes vicieuses : les muscles ne peuvent pas rester longtemps contractés pour maintenir une attitude fixe ; on sait que, dans la station debout, le « hancher » droit ou gauche vient vite remplacer la rectitude absolue; dans cette dernière position, l'activité musculaire doit être constante, tandis que dans le hancher les seuls ligaments ont à intervenir. Il en est de même dans la position assise : si l'enfant ne peut pas prendre appui sur un dossier, grâce auquel les muscles dorsaux peuvent entrer en repos, il cherchera d'instinct une autre attitude dans laquelle ces muscles pourront ne plus intervenir ; c'est dans la flexion en avant, avec appui sur la table par les bras, ou même par la poitrine, qu'il aura tendance à venir chercher le repos ; si, pour une raison quelconque, l'appui ne peut pas se faire sur les deux bras de façon symétrique (et c'est le cas dans l'écriture qui exige la liberté du mouvement de l'avant-bras droit), le tronc s'incurvera du côté où il manquera d'appui, c'est-à-dire du côté droit. Et c'est là l'origine d'une attitude vicieuse très habituelle. La position unifessière, nous le verrons, l'accompagne le plus souvent.

Quand l'enfant a pris une telle attitude vicieuse, il va se trouver, de plus, dans de mauvaises conditions de vision : ses yeux sont trop rapprochés de son cahier, et ils le sont inégalement ; de plus, les deux yeux ne se trouvent plus situés sur un axe parallèle à celui de la ligne tracée : d'où effort inégal d'accommodation, et aussi inclinaison de la tête et torsion consécutive de la colonne cervicale; de toutes ces conditions défectueuses naissent souvent la myopie et la scoliose;

on peut donc dire que c'est à l'occasion de l'écriture surtout que ces deux « maladies scolaires » se développent le plus souvent.

Mais les attitudes vicieuses n'ont pas seulement pour conséquence des affections bien déterminées, comme la scoliose ou la myopie que nous aurons l'occasion d'étudier longuement dans un prochain chapitre.

Elles ont aussi une influence pernicieuse sur la santé générale, sur la circulation, et plus spécialement sur la respiration. Cette influence sur la respiration des attitudes vicieuses, prises surtout à l'occasion de l'écriture, a pu être précisée par d'intéressantes expériences de laboratoire poursuivies par le Pr Badaloni (de Rome).

Les simples expériences de spirométrie pouvaient permettre de se rendre compte qu'un enfant, incurvé en avant, tassé sur lui-même, avait une respiration inférieure à celle que l'on trouvait dans la station debout ou dans la station assise correcte.

Les expériences de Badaloni ont montré que, du fait des attitudes vicieuses, en position asymétrique, les deux parties droite et gauche du thorax ne jouissaient pas de la même ampliation.

Ce défaut d' ampliation, dans le côté du thorax qui répond au côté incurvé dans la position asymétrique, peut être vérifié d'ailleurs d'une façon très approximative par la simple application des deux mains embrassant symétriquement les côtés droit et gauche du thorax, soit au niveau des sommets pulmonaires, soit au niveau des bases.

Mais, parla méthode graphique, cette simple impression devient une certitude, et les courbes que nous reproduisons plus loin sont très démonstratives à cet égard.

Marey avait démontré que les mouvements respiratoires imprimés aux différentes parties de la cage thoracique ont une intensité proportionnelle à la quantité d'air inspiré ou expiré à chaque respiration ; il suffit donc, pour apprécier la valeur respiratoire de chacun des deux poumons, de mesurer les mouvements imprimés à une partie précise de la cage thoracique. Par la méthode graphique, il est possible d'enregistrer ces mouvements d'expansion du thorax.

Badaloni (1) s'est servi d'un appareil fort simple, qui est basé sur le principe de la transmission du mouvement par l'air comprimé ; cet appareil consiste en deux sachets en caoutchouc mis en communication, au moyen de tubes élastiques, avec deux tambours de Marey, sur lesquels sont fixés les plumes qui doivent marquer les mouvements de soulèvement et d'abaissement du thorax sur le cylindre fumé duchimographe (fig. 191 et suiv.).

Le point choisi pour l'application des deux pneumographes est situé sur le côté externe du mamelon; ces appareils sont maintenus par un bandage fixé solidement en avant sur la poignée du sternum

(1) Badaloni, IIIe Congrès cV hygiène scolaire, Paris, 1910.

et, en arrière, sur la colonne vertébrale, au moyen d'un emplâtre adhésif ; cette sorte de cloison médiane, antérieure et postérieure, entre les deux parties de l'appareil, rend complètement indépendantes les impressions reçues par chacun des deux pneumographes de chaque côté de la poitrine. On voit assez clairement sur nos figures comment les pneumographes sont reliés par deux tubes de caoutchouc indépendants à deux tambours de Marey.

Les expériences ont été faites successivement sur des enfants placés en position correcte et symétrique, puis sur des enfants placés en position vicieuse et asymétrique pendant l'écriture, sous la dictée, de caractères penchés.

Les courbes que nous reproduisons montrent les résultats obtenus dans ces expériences.

Dans la figure 191 est représenté un enfant de quatorze ans placé en position symétrique, les deux bras baissés le long du corps ; les deux courbes figurées au-dessous de cette photographie indiquent une égalité respiratoire à peu près complète entre les deux poumons droit et gauche.

Dans la figure 19-2 est représenté le même enfant avec les deux bras levés et appuyés symétriquement sur la table; les courbes sousjacentes à la photographie montrent encore l'égalité respiratoire entre les deux poumons.

Dans les figures suivantes, au contraire, où les positions du corps sont asymétriques, les courbes prises à droite et à gauche se présentent avec de notables différences damplitude : dans la figure 193, les deux bras sont appuyés sur la table, mais le flanc droit est incurvé en même temps qu'il s'appuie sur le bord de la table ellemême; dans la figure 194, l'enfant ne prend pas point d'appui sur la table, mais il est fortement incurvé vers la droite, son bras gauche étant baissé. Dans ces deux positions asymétriques à incurvations tournées vers la droite, le côté droit du thorax a fourni une ampliation moindre que le côté gauche, surtout dans le cas où le thorax prenant appui sur le rebord de la table, la respiration est entravée au maximum.

Appliquant les mêmes expériences à l'observation des attitudes défectueuses prises pendant l'écriture, Badaloni a obtenu des résultats prévus d'ailleurs et qui sont un argument, pour l'auteur, en faveur de l'écriture droite.

Nous reproduisons (fig. 195) les graphiques obtenus sur une jeune fille de seize ans; on a pris simultanément l'amplitude des mouvements respiratoires au niveau des deux poumons droit (d) et gauche (g) et de la paroi abdominale (a). En A, est la courbe obtenue dans la position symétrique debout; la courbe est identique des deux côtés, droit et gauche; en B, la jeune fille prend appui et s'incline fortement à droite, d'où abolition presque complète delà

respiration dans le poumon droit; en G, elle se sert de l'écriture penchée, avec cahier incliné à 45°, et appuie sur la lable le seul bras

gauche: on observe alors une diminution considérable d'ampliation du côté gauche; on peut observer aussi une diminution des mouvements respiratoires de la paroi abdominale, ce qui indique une res-

piration extrêmement superficielle; enfin, en D, les courbes prises en position assise et symétrique sont comparables à celles figurées en A.

Ces expériences de Badaloni sont très démonstratives en ce qui concerne l'influence fâcheuse des attitudes vicieuses sur l'amplitude

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respiratoire ; mais il nous paraît difficile d'en tirer un argument décisif en faveur de l'écriture droite et contre l'écriture penchée ; les attitudes choisies par l'expérimentateur sont très favorables à sa thèse (écriture droite). Mais il reste à prouver que, dans l'écriture droite, l'attitude est toujours correcte et que l'écriture penchée entraîne fatalement des positions aussi vicieuses et asymétriques que celles dans lesquelles ont été prises les courbes B et C de la figure 195.

Ce qu'il faut retenir de ces expériences très intéressantes, c'est que, dans toute position vicieuse et asymétrique du thorax, l'un des deux poumons se trouve en état d'insuffisance respiratoire; mais nous n'irons pas jusqu'à incriminer la seule écriture penchée d'être la cause constante de cette anomalie, que peut aussi bien favoriser l'écriture droite.

Binet, dans l'Année psychologique de 1906, rapporte le résultat d'expériences analogues avec des résultats très comparables; mais il se demandait si, à défaut de respiration thoracique, la respiration abdominale ne jouait pas un certain rôle de suppléance : « Il faudrait prendre, disait-il, non seulement la respiration thoracique, mais aussi la respiration abdominale, car il peut se produire des alternances et par conséquent des suppléances entre ces deux types de respiration.»

C'est pour répondre à cette question que Badaloni entreprit de nouvelles expériences : il appliqua comme précédemment un pneumographe sur chacun des côtés du thorax, et un troisième fut placé sur la région médiane de l'abdomen, près de l'ombilic. Les courbes inférieures de la figure 195 montrent que l'insuffisance abdominale vient s'ajouter à l'insuffisance thoracique au lieu de jouer le rôle de suppléance que prévoyait Binet. En A, sont figurées les courbes obtenuesdans la position deboutet symétrique, et en Dcellesobtenues en position assise et symétrique : dans ces deux attitudes, les trois courbes thoracique droite, thoracique gauche, et abdominale, sont à peu près superposables; au contraire, enB et en C, la jeune fille étant dans une position asymétrique, non seulement on n'observe pas une exagération de l'amplitude des mouvements abdominaux, mais, au contraire, on voit que la hauteur traduisant chaque mouvement respiratoire est un peu inférieure à celle représentée dans les courbes A et D : bien loin de jouer un rôle de suppléance dans les positions vicieuses asymétriques, la respiration abdominale est, au contraire, diminuée.

Voici, d'ailleurs, les conclusions d'ensemble du Pr Badaloni :

1° Dans les positions symétriques du corps, les deux côtés du thorax jouissent d'une expansion égale, comme il arrive dans la respiration normale ;

2° Dans les positions asymétriques du corps, pendant le travail à l'école, un côté du thorax (d'ordinaire le côté droit) s'élargit en proportions bien moindres que l'autre (le côté gauche) ;

3° Quand aux positions asymétriques du corps s'ajoute une torsion

bien accusée ou une courbure de la colonne vertébrale, ou quand le thorax s'appuie contre le bord de la table, le phénomène s'aggrave.

Les altitudes vicieuses, prises à l'occasion de l'écriture, sont, dans une certaine mesure, indépendantes du mobilieretaussi delà méthode employée : si, en effet, avec des mobiliers défectueux et avec des méthodes dont les principes sont mauvais, les enfants sont obligés de prendre de mauvaises attitudes, de bons mobiliers et de bonnes méthodes ne les mettent pas à l'abri du même danger, si l'éducation et la surveillance sont insuffisantes.

Pour se convaincre de la facilité avec laquelle les enfants prennent des attitudes vicieuses, il suffît d'arriver à l'improviste dans une classe, peu ou mal surveillée, au moment où les enfants font un exercice de dictée ou de copie; même si le matériel est adapté à leur taille, même si la méthode d'écriture qu'on leur enseigne est favorable, on verra qu'un bon nombre, sinon la presque totalité d'entre eux, ont adopté pour l'écriture des attitudes qui sont rien moins qu'hygiéniques.

On peut se rendre compte aussi de la facilité avec laquelle les attitudes vicieuses sont adoptées, en regardant les photographies présentées par les partisans d'une méthode déterminée d'écriture : ceux qui tiennent pour l'écriture penchée nous montrent des enfants écrivant l'écriture droite dans les positions les plus incorrectes, et réciproquement tous ceux qui ont mené campagne en faveur de l'écriture droite depuis une vingtaine d'années ont accumulé des photographies montrant les attitudes désastreuses obtenues par l'écriture penchée.

Cette grande difficulté de faire écrire les enfants, tout en leur conservant une attitude correcte, a amené les hygiénistes à rechercher quel était le type d'écriture le plus favorable à la correction de l'attitude.

LES MÉTHODES D'ÉCRITURE. - Jusqu'à la fin du xvme siècle, l'écriture droite était la seule employée ; cette écriture droite et ronde, parfaitement lisible d'ailleurs, était en partie imposée par l'usage de la plume d'oie, qui ne permettait pas de tracer une écriture aussi cursive que celle qui fut employée dans la suite.

La calligraphie était à cette époque un art auquel les éducateurs attachaient beaucoup d'importance ; et dans un curieux volume d'un professeur d'écriture, du nom de Paillasson, publié à Livourne en 1770, sous le titre de l'Art d'écrire, on trouve deux curieuses figures qui démontrent que, dès cette époque, on accordait à la position du corps et à celle du papier une grande importance. Ces deux figures montrent que le corps est placé droit devant la table, dans une position symétrique et correcte ; les deux avant-bras reposent sur la table aussi bien à droite qu'à gauche par leurs deux tiers antérieurs, le coude restant libre des deux côtés; la tête présente une légère inclinaison en avant, mais elje n'est aucunement inclinée de côté ; les jambes reposent commodément à terre dans une position également symétrique.

L'invention de la plume d'acier, dans la première moitié du xix° siècle, amène une modification profonde dans l'art d'écrire ; les caractères devinrent plus déliés, avec une formation plus nette d'une partie pleine et d'une partie mince ; il devint plus facile d'écrire avec rapidité, et cette rapidité amena une certaine inclinaison des lettres aboutissant à l'écriture dite cursive ou anglaise. Cette écriture parut extrêmement élégante, mais elle ne gagna rien comme facilité de lecture; la mode l'aida à se répandre et, peu à peu, on en vint à exagérer l'inclinaison des lettres, qui put atteindre 45° et quelquefois davantage ; en tout cas, les modèles courants d'écriture voulaient que les pleins des lettres suivissent la diagonale du quadrillé tracé sur les cahiers, soit l'inclinaison à 45°, dont nous venons de parler.

Fig. 196. — Pneumographe du Pr Badaloni.

Cette écriture à forte inclinaison entraînait des positions extrêmement défectueuses; l'attention des hygiénistes fut attirée sur ce point, et ils attribuèrent à cette façon d'écrire la plupart des troubles de santé qu'on rencontre chez les écoliers, et en particulier la scoliose et la myopie. Ce furent les orthopédistes et les oculistes qui furent les premiers à entreprendre la campagne en faveur d'une méthode rationnelle d'écriture.

Cette campagne commença en Allemagne, et nous en trouvons un historique assez détaillé dans l'article du Dr Beauvois (1). Nous n'en donnerons ici qu'un simple aperçu :

Fahrner (de Zurich), dont nous avons déjà cité le nom à propos du mobilier scolaire, fut le premier à critiquer l'écriture exagérément

(1) Bkauvois, Écriture droite et écriture penchée (Soc. franc, iiophta.1., i. XXVI t Bteinheil, édit. ).

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penchée. A sa suite, Ellinger et Gross, en 1877-1878, demandèrent que la pente de récriture fût diminuée.

L'oculiste Colin, dont nous aurons à citer les importants travaux et la statistique si intéressante, en étudiant la myopie scolaire, établit le rapport qui existait entre l'écriture et la myopie; puis ce fut Schubert (de Nuremberg), qui, le premier, proposa d'abandonner l'écriture penchée pour revenir à l'ancienne écriture droite.

Avant que les médecins français ne se soient intéressés à cette question, George Sand, dans une page qui fit fortune auprès des hygiénistes, signala les qualités que devait avoir, à son point de vue, une bonne écriture, et elle résumait ces qualités dans un aphorisme maintes fois répété : corps droit, papier droit, écriture droite. Nous croyons intéressant de reproduire ici la page des Impressions et Souvenirs où, en 1873, sous le titre de : Idées des maîtres d' École, l'illustre écrivain de Nohant exprimait ses idées hygiéniques et pédagogiques :

« Ne l'assommez pas de bâtons et de jambages au delà d'un jour ou deux. 11 n'est pas question de lui donner d'emblée une belle écriture; sa petite main s'il est enfant, sa main alourdie s'il est adulte, son système nerveux non assujetti comme le nôtre à la possession de soi-même ne lui permettront pas de longtemps de vous donner une calligraphie brillante. Mettez-lui un crayon dans les mains et laissez-le un peu s'exercer lui-même à tracer des lignes de caractères fantastiques en imitation d'une page écrite. Demandez seulement que les prétendus mots soient alignés et que les signes de fantaisie s'enchaînent les uns aux autres. Quand sa main sera un peu déliée, avisez à ce qu'il soit assis à son aise, ni trop haut, ni trop bas, tout est là; ne laissez pas prendre de mauvaises habitudes dans la pose du corps. 11 faut que le papier soit placé très droit devant lui. que le coude droit ne se serre pas contre le corps et ne s'appuie pas sur la table. Etudiez sa conformation et ne laissez commencer que quand vous serez sûr de ne pas la contrarier trop brusquement, si elle est défectueuse, et de ne pas la fausser si elle est régulière. Ne faites ni écrire ni lire tous les jours à la même place. Que tantôt il reçoive la lumière à droite, tantôt à gauche, par derrière ou en face. Vous savez déjà que, pour son sommeil, il faut agir ainsi, afin que la vue et le cerveau et tout le corps ne tendent pas à se développer d'un côté plutôt que de l'autre, cas très fréquent durant la croissance.

« Quand toutes vos précautions sont bien prises, minutieusement, donnez plusieurs exemples imprimés de diverses écritures et laissez choisir la forme de lettres qui parait la plus facile. Supprimez l'effort et n'exigez pas que l'élève s'astreigne à coucher son écriture de droite à gauche. Puisque nous écrivons nos lignes de gauche à droite, il serait plus naturel et plus facile de pencher les lettres de gauche à droite, et l'expérience apprend que c'est le procédé le plus

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rapide el le moins fatigant, puisque, au lieu de serrer le bras droit au flanc, il l'en détache et ne force pas l'épaule à se baisser, ce qui devient à la longue une fatigue musculaire réelle. Je suis persuadé que, dans beaucoup de cas, le foie, comprimé par ce coude qui veut coucher les lettres, reçoit des atteintes dont on ignore la cause. Pour éviter la torsion du buste, beaucoup de personnes qui ont récriture très couchée de droite à gauche placent leur papier incliné dans le même sens et s'habituent à voir les caractères qu'elles tracent en biais, dans une sorte de jour frisant, très mauvais pour la vue.

« Faites écrire droit. Corps droit devant le papier droit. Écriture droite, verticale, arrondie. C'est la meilleure, la plus lisible, la plus courante, celle qui ne fatigue pas. C'est l'ancienne écriture française que l'anglomanie nous a gâtée avec ses formes élégantes souvent anguleuses et sèches, dont il est presque impossible de nous corriger quand on nous l'a enseignée de bonne heure. »

On a volontiers oublié la part de fantaisie littéraire que contient cette page de George Sand pour n'en retenir que ses idées sur l'écriture, plus nettes et plus justes heureusement que celles qu'elle émettait au sujet de la pathogénie de certaines affections du foie !

Le Dr Daily, à la Société de médecine de Paris, reprenait, en 1879, la question à un point de vue plus scientifique. A la suite de son rapport sur Y Influence exercée par V écriture sur l'attitude des enfants, la Société nomma une commission dans laquelle se trouvait Javal. L'influence prépondérante de ce dernier se retrouva dans toute la campagne entreprise par la suite, en France, en faveur de l'écriture droite.

En 1881, une Commission ministérielle nommée par Paul Bert devait rechercher les causes et les remèdes de la myopie scolaire; le rapporteur de cette commission, le Dr Gariel, préconisa l'écriture droite au nom de ses collègues, parmi lesquels se trouvaient Gavarret, Hachette, Javal, Masson et Panas.

L'année suivante, une commission plus nombreuse adopta à nouveau la formule de George Sand.

C'était donc la reconnaissance officielle de l'écriture droite dans notre enseignement public. Mais, malgré l'impulsion venue de haut, les progrès de cette méthode furent très lents, et elle n'acquit jamais un droit de cité complet dans notre enseignement.

Cependant, les efforts des hygiénistes ne s'arrêtèrent pas à ce point, et l'Académie de médecine, la Société d'ophtalmologie, différentes commissions scolaires, vinrent, à de nombreuses reprises, défendre la cause de l'écriture droite. Javal en particulier ne se lassa pas de lutter pour ses principes; avec lui, d'Espagnet, Galezowski, Motais, Belhart, dans différents travaux ou rapports, protestaient contre la méthode pédagogique en usage et contre l'enseignement de l'écriture; penchée.

Enfin, en 1893, comme conclusion des débats ouverts à l'Académie de médecine, un arrêté du ministère de l'Instruction publique autorisa l'écriture droite dans les épreuves du certificat d'études et du brevet de capacité.

En Angleterre, dès 1886, semblable mesure était prise : ses effets furent beaucoup plus rapides que chez nous, et les progrès de récriture droite y furent si marqués que ce mode d écriture estaujourdïiui à peu près généralisé dans ce pays.

Pour s'efforcer d'arriver à un but analogue, des hygiénistes convaincus créèrent en France une « ligue de l'écriture droite » à la tète de laquelle se trouvèrent Javal, Lavisse, F. Buisson et Robquin. A cette Ligue adhèrent un grand nombre de membres de l'enseignement, professeurs, instituteurs ou inspecteurs.

Nous devons ajouter qu'une ligue concurrente se fonda depuis, sous l'impulsion de M. Desnoyers, en faveur de l'écriture penchée. Cette dernière ligue, dont le nombre des adhérents n'est sans doute pas aussi nombreux ni aussi haut placé que celui de la ligue opposée, a trouvé un appui inespéré dans une communication qui eut beaucoup de retentissement, et qui fut faite à la Société française d'ophtalmologie en 1908 par les Drs Péchin et Ducroquet : ces derniers, d'ailleurs, se défendent d'avoir collaboré à un groupement, quel qu'il soit, et ils n'ont tiré leurs conclusions que d'après leurs propres observations. Leur travail ne fut pas sans attirer de nombreuses protestations, et en particulier une riposte assez vive du Dr Beau vois; si bien qu'à l'heure actuelle le débat reste encore ouvert entre hygiénistes partisans des deux méthodes opposées d'écriture droite ou penchée.

Un troisième parti paraît se former, dans lequel des idées éclectiques sont adoptées et où on paraît reconnaître qu'avec l'une ou Vautre de ces formes d'écriture ienfant peut conserver une attitude correcte; c'est au fond cette seule attitude qui intéresse les hygiénistes, et il est d'importance secondaire que ce soit tel ou tel moyen qui permette de l'obtenir et de la conserver; nous croyons que cette opinion mixte pourrait rallier bon nombre de médecins et de pédagogues. D'ailleurs Javal, que nous avons vu défendre avec tant d'ardeur l'écriture droite, admettait que l'emploi de cette dernière écriture, préférable pour le premier enseignement, n'apportait aucune gêne pour l'adoption ultérieure de l'écriture penchée; il admettait que l'écriture droite, nécessaire aux jeunes enfants pour des raisons d'hygiène, pouvait être avantageusement remplacée plus tard par l'écriture penchée, qui offrait, elle, des avantages indiscutables au point de vue de la rapidité et de la netteté de l'écriture. Dans la Pratique médico-chirurgicale (1),

(l) Pratique médico-chirurgicale, t. I, p. 536.

Wurtz et Bourges émettent une opinion aussi peu intransigeante : « Nous serions disposés, disent-ils, à penser que l'écriture la plus naturelle et, par suite, la moins fatigante et la plus hygiénique se rapproche plus de l'écriture droite. En effet, il est à remarquer que presque tous les hommes écrivant beaucoup auxquels on a enseigné l'écriture inclinée et qui ne sont pas soumis à une écriture réglementaire, comme les employés de commerce ou d'administration, ont peu à peu tendance à redresser leur écriture. »

Pour en terminer avec cet exposé historique de la question de l'écriture, nous devons citer encore les noms de Broca(l), qui, dans ses articles sur les déviations ostéo-articulairesdes adolescents, prend

Fig. 197. — Modèles d'écriture penchée et d'écriture droite.

nettement parti en faveur de l'écriture droite, et de Courgey (2), qui, dans V Hygiène scolaire, publia plusieurs appels en faveur de la même méthode.

Il nous faut maintenant indiquer les principes sur lesquels reposent les méthodes d'écriture droite et penchée et indiquer rapidement le mécanisme de chacune de ces variétés d'écriture.

Ecriture penchée (fig. 197). — Nous ne pouvons mieux faire que de reproduire les indications fournies par les auteurs des diverses méthodes d'écriture penchée qui furent ou qui sont encore en usage dans nos établissements d'enseignement; toutefois, remarquons que la plupart de ces méthodes sont surannées et à peu près abandonnées aujourd'hui.

Nous citons, d'après Beauvois (3), les principales d'entre elles :

La Méthode Renault, publiée par Godchaux et qui fut pendant longtemps en usage dans nos écoles, conseillait de placer « l'avantbras gauche horizontalement sur le bord de la table, le coude gauche placé contre le corps; l'avant-bras droit, posé très légèrement sur le bord de la table, entre le coude et le poignet, touchera presque le corps, le coude droit en sera éloigné d'environ la largeur delà main ; la jambe gauche sera plus allongée que la droite afin de rejeter le poids du corps sur l'avant-bras gauche; le cahier doit être perpendiculaire au bord inférieur de la table ».

(1) A. Broca, Déviations ostéo-articulaires des adolescents [Trib. méd., nos 4i, 15, 18, 1905 ; 5 et 11, 1906).

(2) Courgey, Hygiène scolaire, n08 5, 10, l!>, 24.

(3) Beauvois, Écriture droite et écriture penchée (loc cil.).

La Méthode Crapetet, publiée par Masson, donne les conseils suivants : « L'élève sera bien assis d'aplomb, la léte légèrement inclinée en avant et un peu à gauche; il placera son cahier à droite, et il avancera le coude gauche sur la table : le cahier ne sera penché ni à droite ni à gauche. Le coude gauche avancé sur la table supportera le poids du corps. » Cette dernière méthode, qui recommandait une attitude évidemment défectueuse, est depuis longtemps abandonnée et n'existe qu'à l'état de souvenir.

La Méthode Reverdy explique que, « pour bien écrire, il faut tenir le corps droit en s'appuyant légèrement sur le bras gauche, afin que le bras droit ait toute liberté d'agir. A cet effet, le bras gauche doit reposer en entier sur la table dans le sens de la longueur et parallèlement à celle-ci, la main tenant le cahier. Le cahier doit être légèrement penché, le bras droit être placé dans la direction du cahier, de manière à former avec le bras gauche un angle de 90°; il doit reposer légèrement sur la table de façon que le coude en dépasse le bord de 7 à 8 centimètres; le côté gauche du corps sera rapproché de la table d'environ 5 à 6 centimètres, le côté droit en sera éloigné de 15 centimètres ».

La Méthode Desnoyers, dont l'auteur s'est fait un défenseur récent de l'écriture penchée, recommande de ne pas laisser le bras servir de soutien au poids du corps : « Les coudes ne doivent pas prendre appui sur la table, non plus que la poitrine; l'attitude doit être droite, le corps faisant face à la table et l'enfant adoptant une position naturelle qui lui permettra d'écrire facilement et sans aucune gêne. » Nous verrons plus loin que le fait de ne pas prendre point d'appui sur la table par les deux bras constitue une position fatigante qui ne peut pas être longtemps conservée et qui est vite abandonnée en faveur d'une attitude de repos qui ne peut être correcte.

En Allemagne, d'après Cohn, la méthode d'écriture penchée entraîne une attitude analogue à celle indiquée par nos méthodes françaises : « La main droite ne doit reposer que très légèrement sur le cahier par ses derniers doigts; l'articulation du coude doit rester en dehors de la table et parfaitement mobile; le poids du corps ne doit porter que sur l'avant-bras gauche. »

En Italie, nous trouvons des principes analogues : Silvestrini, par exemple, veut que le torse soit légèrement soutenu en appuyant un peu le flanc gauche sur le bord de la table; l'avant-bras gauche reste parallèle au bord de la table, et l'avant-bras droit, avec le coude peu distant du flanc, n'appuie sur la table que par ses deux tiers antérieurs.

Andreoli demande aussi que l'avant-bras gauche repose entier sur la table, excepté la pointe du coude; le droit, par contre, n'y appuiera que par ses deux tiers antérieurs en restant éloigné du flanc de 15 centimètres environ. Les jambes, également allongées et rapprochées

Tune de l'autre sous le banc, occasionnent à la longue de la fatigue musculaire : il est préférable qu'elles soient légèrement écartées, la jambe gauche étant plus avancée que la droite.

Badaloni, à qui nous empruntons ces citations, donne encore les attitudes recommandées par d'autres auteurs, et il conclut qu'elles fournissent toutes des positions incorrectes et dangereuses.

Il est évident que toutes les méthodes que nous venons de citer indiquent des altitudes par faitement vicieuses : dans leur application, le thorax se présente devant la table d'une façon asymétrique; quelques auteurs vont même jusqu'à recommander un léger appui du flanc gauche contre la table ! Le fait que lavant-bras gauche est le seul à soutenir le poids du corps entraîne forcément une élévation de l'épaule correspondante avec abaissement de l'épaule droite et incurvation consécutive de la colonne vertébrale qui tend à former une concavité droite. La position unifessière gauche devient à peu près inévitable, de même que l'inclinaison de la tête sur l'épaule gauche, avec, comme conséquence, l'inégalité de distance entre chacun des deux yeux et le cahier.

De telles attitudes sont évidemment condamnables; les auteurs des méthodes qui les favorisent ont eu pour seul but de donner à l'avant-bras droit et à la main droite la plus grande aisance possible, et ils n'ont tenu aucun compte des dangers de l'attitude vicieuse imposée au corps et à la tête.

Les partisans actuels de l'écriture penchée sont les premiers à condamner ces méthodes antihygiéniques, et ils s'efforcent de montrer que l'écriture penchée est compatible avec une attitude normale du corps et de la tête.

Mécanisme de l'écriture penchée. — Cette écriture penchée u rationnelle » s'obtient par le mécanisme suivant, dont nous empruntons la description et les figures à Péchin et Ducroquet (1) (fig. 198 et 199).

« Le sujet appuie les deux coudes sur la table ; le coude droit reste fixe; pour écrire une ligne, l'avant-bras se développe en faisant un mouvement de pivot autour du coude. L'angle que fait l'avantbras varie, mais le coude reste fixe.

« Pour l'exécution du mot, les doigts ont des mouvements de flexion et d'extension exécutés par des muscles synergiques (fléchisseurs, extenseurs). Le poignet n'est pas immobile, mais les mouvements légers dont il peut être le siège sont accessoires.

« Ce mécanisme devient facilement automatique.

« Dans l'écriture penchée, le commencement de la ligne est placé devant le sujet au milieu du corps. Pendant l'écriture, la tête exécute un mouvement de rotation de gauche à droite combiné à un mouve-

(1) Péchin et Ducroquet, Ecriture penchée, écriture droite [Arch. (VophlxL. oct, 1908, janv. 1912).

ment (l'extension de la tête, parce que la fin de la ligne, en écriture penchée, est plus éloignée que le commencement. »

Fig. 198. — Écriture penchée. Position de départ. Le coude forme un angle de 30°. Le commencement de la ligne est placé devant le sujet au milieu du corps (d'après Péchin et Ducroquet).

Fig. 199. — Ecriture penchée. Position d'arrivée. Le coude forme un angle de 90° (d'après Péchin et Ducroquet).

La Méthode Marchand, publiée chez Armand Colin, au lieu de commenter l'attitude de l'écolier, donne en tête^de chaque cahier et en haut de chaque page un dessin montrant quelques attitudes favorables et quelques attitudes mauvaises. Le dessin que nous reproduisons (fig. 200) montre un enfant s'appuyant sur la table par la totalité des deux avantbras, y compris les coudes ; Tavant-bras gauche, qui maintient l'angle inférieur et gauche du cahier, est à peu près parallèle au bord de la table, tandis que le bras droit est dirigé en avant et à gauche, de manière à présenter correctement la plume sur le cahier ; celui-ci Fig. !>oo. — Méthode Marchand : bonne est incliné à 30° environ, la tête attitude de l'écolier écrivant « penché ... est droite, les épaules sont symétriques.

Cette attitude répond donc à celle que préconisent Péchin et Ducroquet.

11 nous reste à montrer quelle est, dans l'écriture penchée, l'attitude de la main : elle est tenue dans la position indiquée par la fig. 201 (Méthode Marchand). Les doigts sont maintenus en demiextension le long du porte-plume ; dans les mouvements nécessaires à la formation des lettres, les trois premiers doigts qui seuls tiennent le porte-plume, pendant que les deux derniers reposent sur le papier,

Fig. 201. — Bonne attitude de la main dans l'écriture penchée.

sont animés de légers mouvements de flexion et d'extension. Au fur et à mesure que l'écriture est tracée sur la ligne, l'avant-bras se déplace suivant une portion de circonférence dont le centre serait le coude; autrement dit, la ligne d'écriture devient la corde d'un arc : pour la parcourir, l'enfant n'aura besoin que de fléchir un peu les doigts, ou de reculer un peu le coude pour raccourcir le rayon; dans ce déplacement, les mouvements de translation du coude sont insignifiants, comme le démontre le schéma de Daily (1) (fig. 202, a, a', a") et les dessins de Péchin et Ducroquet reproduits plus haut (fig. 198 et 199); l'angle du coude est plus ou moins ouvert, mais son sommet reste à peu près fixe.

Le peu d'amplitude des mouvements du coude droit permet à l'enfant de prendre un point d'appui de ce côté, aussi bien que du côté gauche :

il peut conserver au thorax une attitude correcte, symétrique; c'est ce que démontrent le dessin de Marchand ci-dessus reproduit (fig. 200) et un autre dessin que nous empruntons encore à Péchin et Ducroquet (fig.

M • • , A, B. C, les trois positions de déplacement de

Mais, SI le tronc peut Pavant-bras ; a, a', a", positions successives du

rester en rectitude, il coude ; X, Y, ligne binoculaire ; X', Y', positions

n'en est pas de même de de ^placement dc la u8™ binoculaire pour ame-

, . A. .,. .. . , ner le parallélisme avec la ligne d'écriture.

la tête : I inclinaison du

papier et l'obliquité des lignes amènent bientôt la tête dans une position inclinée à gauche, et la ligne binoculaire devient ellemême oblique en avant et à droite; les deux yeux ne sont plus à la

il) Ph. Dai.i.v, Papier droit. Corps droit. Écriture ad libitum (Médecin praticien 3 mai 1011).

Fig-. 202. — Schéma figurant les attitudes du corps, du bras et de la tète dans récriture penchée (d'après Ph. Daily).

MÉRY ET GENEVRIER.

HYGIENE SCOLAIRE

mOme distance du papier : d'où torsion de la colonne cervicale, avec production possible de courbures de compensation dans la colonne

dorsale, et aussi inégalité dans l'accommodation et dans la fatigue imposée aux deux yeux (fig. 202, X', Y').

Pour résumer cet exposé nous dirons que :

1° L'écriture penchée, exécutée dans la position indiquée par les anciennes méthodes, est condamnable, car elle produit de Fig. 203. — Écriture penchée. Position façon inévitable des attitudes

typique et correcte. Cet enfant est assis viripn<sp<s ■ sur un siège à dossier (d'après Péchin ' #

et Ducroquet). 2° L'écriture penchée, ne né-

cessitant que les mouvements de faible amplitude du coude droit, permet l'appui sur ce coude, et comme conséquence la conservation d'une position symétrique du thorax ;

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