LETTRES MAJUSCULES
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MÉTHODE LACttF. VILLAIN ET BCRGERON
Ceïauvn fr»r»s. Editeurs Par.
Fig. 204. — Modèles d'écriture droite (méthode Laclef, Willain et Bergeron).
3° L'inclinaison des lignes du cahier entraîne l'obliquité de la ligne binoculaire et l'inclinaison de la tête à gauche; cette attitude de la tête peut secondairement entraîner des déviations vertébrales.
Ecriture droite (fig, 204). — L'écriture droite est, à l'heure actuelle, enseignée par un grand nombre de méthodes étrangères aussi bien que françaises. Nous suivrons quelques-unes d'entre elles.
Voici d'abord, avec les illustrations reproduites en tète du cahier, la méthode préconisée par C .Robquin, publiée par Hachette.
Tenue du corps (fig.
205 et 206). — S'asseoir d'aplomb le corps droit, la poitrine ne touchant pas le bord de la table, la tête très peu penchée en avant.
Tenue des jambes. — Les cuisses doivent être horizontales et porter toutes deux sur le banc. Les pieds sont posés sur la barre d'appui et également avancés.
Tenue du porte-plume. — Tenir le porteplume sans le serrer entre le pouce et les deux premiers doigts (fig. 207).
Tenue des bras. — Les deux avant-bras sont posés sur la table.
La main gauche maintient le bas du cahier.
L'avant-bras droit s'appuie sur la table en laissant libre la main droite, qui doit être légèrement tournée en dehors et soutenue par les deux derniers doigts.
Tenue du cahier (fig. 208). — Le cahier est placé droit sur la table, en face de l'élève, à une distance d'environ 30 à 35 centimètres de l'œil.
La Méthode Bergougnan (publiée par Cornély) est recommandée par le Dr Tissié (de Pau). Chaque cahier porte celte citation de
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Fig. 206. — Tenue du corps dans l'écriture droite (méthode Robquin).
.lavai. « L'écrilure droite sur le cahier tenu droit est pour les écoliers le préservatif absolu de la scoliose, et il diminue notablement le nombre des myopes. L'attitude observée doit être la suivante: le corps placé droit, face à la table, les yeux à 25 centimètres du papier. »
Dans l'écriture droite, les doigts sont notablement fléchis; l'ensemble de la main, au lieu d'être en demi-pronation, tend vers une position qui se rapproche de la position intermédiaire à la pronation et à la supination, reposant sur son bord cubital (fig. 209 et 210). On a reproché à la main placée dans cette attitude de masquer légèrement les lignes à tracer ; la main aussi jouit d'une moindre souplesse et se fatiguerait plus vite que dans l'écriture penchée, bien que ses mouvements soient plus lents : le défaut de rapidité de l'écriture droite est un de ceux dont on lui fait le plus grief, en particulier dans les professions commerciales.
Ces diverses méthodes d'écriture droite nous montrent l'écolier dans une même attitude correcte :
deux coudes sur la table, corps droit, tète droite. Il nous reste à voir si cette attitude peut être facilement conservée; et nous devons, à ce propos, étudier le mécanisme de récriture droite ; le voici tel qu'il est exposé par Péchin et Ducroquet :
Mécanisme de l'écriture droite (fig. 211 et 212). — Le sujet appuie les deux coudes sur la table (comme dans le
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207. — Écriture droite. Tenue de la main et du porte-plume (méthode Robquin).
mécanisme de récriture penchée). L'angle du bras et de Pavant-bras droit ne varie pas.
« Pour parcourir la ligne, le sujet déplace le membre supérieur en masse. Le coude est en mobilité constante.
« Pour l'exécution des lettres, les mouvements de flexion et d'ex-
Fig. 208. — Écriture droite. Tenue du cahier Fig. '209. — Attitude delà
(méthode Robquin). main dans l'écriture droite
(d'après Ph. Daily).
tension des doigts ne suffisent plus; il faut desmouvements complexes de circumduction et de rotation du poignet, mouvements combinés
Fig. 210. — Écriture droite. Posi- Fig. 211. — Ecriture droite. Position d'arrîtion de départ. L'angle du vée. L'angledu coudeest encore ouvertà.'îO0,
coude est ouvert à 30° (d'après mais l'ensembledu membre supérieur a subi
Péchin et Ducroquet). un mouvement de translation en masse vers
la droite; les deux yeux sont à inégale distance du cahier, mais la tête ne subit pas de rotation ni de torsion (d'après Péchin et Ducroquet) .
bien autrement fatigants que les simples mouvements de flexion et d'extension des doigts* que nous trouvons dans l'écriture penchée. Et ces mouvements nécessitent une assez grande attention du sujet afin d'être exécutés correctement.
« Dans l'écriture droite, le cahier est un peu en dedans (à gauche)
il 4
Fig\ 2J2. — Position unifessière, résultant de l'appui du seul coude gauche sur la table, pendant que le coude droit effectue son mouvement de translation vers la droite (d'après Péchin et Ducroquet).
de la ligne médiane du corps (fig.210). Dans la position de départ, la tète est droite; le sujet regarde le bord gauche du cahier; les deux
yeux sont à la même distance du cahier. Pendant l'écriture, les yeux suivent la ligne, et au bout de cette dernière, c'est-à-dire à la position d'arrivée (fig. 211 , la tète a exécuté un mouvement de rotation de gauche à droite autour d'un axe vertical allant du trou vertébral à l'extrémité supérieure de la tête.
Il n'y a pas eu de mouvements d'extension comme dansl'écriture penchée, parce que la ligne d'écriture n'a pas d'élévation. L'œil gauche est plus rapproché du cahier; l'œil droit en est plus éloigné.
« La position des yeux est la môme dans les deux écritures dans l'attitude du départ; dans l'écriture penchée, ils sont un peu éloignés à la fin de la ligne seulement. »
L'obligation qu'impose l'écriture droite de déplacer le coude à droite au fur et à mesure que l'écriture avance constitue le gros argument retenu par Péchin et Ducroquet contre l'écriture droite : puisque le coude et l'avant-bras droit doivent être mobiles, ils ne peuvent reposer que d'une façon très légère ou nulle sur la table; il en résulte que seuls l'avant-bras gauche et le coude gauche ont à supporta* le poids du corps ; cet appui asymétrique amène bientôt l'enfant dans la position unifessière montrée par la figure 212, avec élevalion de la hanche droite, abaissement de l'épaule droite et incurvation à gauche de la colonne vertébrale. Cet inconvénient et ce danger, résultant du déplacement du coude à droite, avaient déjà été signalés par Javal. Cet auteur avait remarqué aussi que ce déplacement du bras vers la droite dans l'écriture droite est nuisible à la rapidité de l'écriture, puisque le déplacement interrompt forcément l'action d'écrire, et puisqu'il doit être répété plusieurs fois au cours d'une même ligne.
Mais, au contraire de ce qui se passe dans l'écriture penchée, la ligne binoculaire ne subit pas de déviation oblique, et la tête ne s'incline pas à gauche : les lignes, placées parallèlement au bord
de la table et aussi à Taxe des deux yeux, sont naturellement suivies, la tête et les yeux restant droits.
Le second schémade Daily (fig. 213) démontre très clairement cette conservation du parallélisme entre la ligne binoculaire et la ligne tracée. Il montre en même temps que les mouvements successifsimposésau coude par l'écriture droite sont beaucoup plus étendus que ceux nécessitéspar l'écriture penchée.
Choix de la méthode. — Il nous reste à résumer ces différents argumenls pour conclure en faveur de la méthode qui paraît devoir répondre le plus exactement aux desiderata des hygiénistes.
Puisque les déviations de la colonne
Fi^.213. — Schéma représentant les attitudes du corps, des bras et de la tête dans l'écriture droite (d'après Ph. Daily).
A, B, C, les trois positions de déplacement de la main; a, a', a", positions successives du coude ; X. Y, li>;ne binoculaire.
vertébrale et la myopie sont les deux dangers auxquels une mauvaise attitude observée pendant l'écriture paraît spécialement exposer les enfants, c'est au point de vue de ces deux sortes d'affections que les attitudes doivent être étudiées.
Pour ce qui est du rctchis, nous devons rappeler que toute attitude qui, pour être maintenue, exige un effort musculaire., ne peut pas être longtemps conservée. Nous l'avons dit déjà à propos du mobilier scolaire. Dans l'action d'écrire, qui doit se prolonger un certain temps, il importe donc de rechercher une attitude qui n'exige qu'une part faible ou nulle de contraction musculaire ; si les muscles rachidiens sont obligés d'entrer en jeu d'une façon active, leur effort ne tardera pas à devenir insuffisant, et bientôt l'enfant recherchera une position de repos permettant à ses muscles de ne plus entrer en action.
Pendant l'écriture, l'enfant ne peut pas prendre appui ni se reposer sur le dossier du banc ; c'est donc seulement en exagérant sa flexion du corps en avant et en sinclinant vers la table qu'il peut trouver le point d'appui nécessaire. Ce sera souvent par pression du thorax sur le bord antérieur de la table que cette attitude de repos sera réalisée ; d'autres fois, ce sera par appui sur le coude et l'avant-bras gauches,
'il6 MERY ET GENÉVRIER. — HYGIÈNE SCOLAIRE.
l'avant-bras et le coude droits restant dans le vide : ces deux dernières positions sont celles qui étaient indiquées dans les anciennes méthodes d'écriture penchée; elles sont absolument défectueuses, comme nous l'avons démontré au début de ce chapitre.
Pour répondre à ce besoin physiologique de repos des muscles vertébraux et à cette nécessité de trouver un point d'appui antérieur, il n'y a pas d'autre solution que l'appui égal et symétrique sur les deux avant-bras et sur les deux coudes. C'est cette attitude que Péchin et Ducroquet prétendent possible avec l'écriture penchée rationnelle ; c'est également celle qu'ils prétendent impossible avec l'écriture droite à cause de la mobilisation forcée du coude droit pour poursuivre la ligne de gauche à droite.
Avec le mécanisme de l'écriture droite, disent ces derniers auteurs, la position de repos est assurée, mais seulement lorsque le sujet prend position pour écrire. En effet, l'appui qui existait à ce moment va cesser d'exister au cours de l'écriture, à cause du déplacement continuel du coude droit. Cette mobilité constante du coude enlève le point d'appui à droite, et nécessairement compromet la position normale de repos que le sujet cherchera dans une attitude vicieuse, et notamment la position unifessière (fîg. 212).
Avec le mécanisme de l'écriture penchée, au contraire, la position de repos est assurée. Les coudes et les avant-bras deviennent un point d'appui qui ne fera pas défaut pendant tout le cours de l'écriture, car les deux coudes restent fixes, aussi bien le coude droit que le coude gauche ; il en est ainsi parce que, pour écrire la ligne, l'avant-bras se développe en faisant un mouvement de pivot autour du coude, et parce que l'angle formé par le bras et l'avant-bras seul varie. Pendant les périodes de fatigue, le sujet trouvera ainsi une bonne attitude de repos, sans intervention de contraction musculaire. Il n'aura pas besoin d'adopter la position unifessière; la colonne vertébrale restera droite et les épaules à égale hauteur.
Voyons maintenant l'attitude dans ses rapports avec la vision :
Dans l'écriture penchée, la ligne fait avec le bord de la table un angle de 25° à 45°, suivant l'importance de l'inclinaison donnée aux jambages des lettres ; or les deux yeux ont une tendance naturelle à placer leur axe parallèlement à la direction de la ligne lue ou écrite ; et si la ligne est inclinée en bas et à gauche, l'on voit la tête s'incliner à gauche pour que l'axe, des yeux soit oblique dans le même sens que la ligne : « On laisse tordre les enfants, disait Fahrner, pour que leur écriture ait une pente plus oblique. » Dans ce déplacement de la tête vers la gauche et dans son mouvement de rotation, la colonne cervicale subit à la fois une inclinaison déterminant une courbure à concavité gauche et une torsion qui porte la nuque de droite à gauche.
Cette attitude est très clairement définie par Broca : « Entre les
deux opinions dont la première semble dominer parmi les spécialistes, l'accord est facile à établir par l'écriture droite, où comme dans les caractères typographiques ordinaires, dits « romains », les jambages sont perpendiculaires aux lignes. On comprend tout de suite que, dans cette écriture, si les lignes sont parallèles à l'arête antérieure du pupitre, l'écolier écrit très facilement en gardant la position voulue sur le siège : tête droite, le plan frontal parallèle à celui du pupitre, et en appuyant les avant-bras symétriquement, sans force. Admettons maintenant que l'écolier incline le bord de son cahier sur l'arête du pupitre dont le plan est à 15° sur l'horizon. Les lignes vont être obliques en haut, en avant et à droite. Pour que l'axe transversal des yeux leur reste parallèle, l'écolier va forcément incliner la tête à gauche, position impossible à garder longtemps si elle n'est point due à une rotation semblable ; mais celle-ci met l'œil gauche plus loin du papier que l'œil droit, d'où fatigue de l'accommodation. Aussi la rotation s'exécute-t-elle sur le tronc en masse, c'est-à-dire par torsion des corps vertébraux lombaires en avant et à gauche; d'où attitude, au total, en scoliose dorsale droite et lombaire gauche.
« Avec des lignes inclinées à 30° environ sur l'arête antérieure du pupitre, la main est à son aise pour tracer des caractères dont les jambages aient à peu près même inclinaison, et les conditions visuelles sont telles que la tête — et par conséquent le tronc — reste droite. Mais une écriture penchée est en principe déplorable, car la position des mains ne peut guère changer, et par conséquent l'écolier est obligé d'incliner le papier d'autant plus que l'écriture est plus penchée, d'où l'attitude en scoliose dorsale droite que je viens de décrire. »
Ce dernier argument est évidemment très favorable à récriture droite : les Drs Péchin et Ducroquet ont cherché à le réfuter :
« Vraiment sommes-nous fragiles à ce point que nous ne puissions tourner légèrement la tête sans qu'aussitôt la statique de la colonne vertébrale coure autant de risques, et que les fonctions de l'accommodation et de la convergence soient troublées! Heureusement non. D'abord nous n'éprouvons nullement le besoin de mettre l'axe trans versai de nos yeux en parallélisme avec l'axe des objets que nous regardons, autrement nous serions obligés constamment de nous livrer à des mouvements de tête incessants. D'ailleurs ces mouvements dans l'écriture sont si légers et la différence de distance des yeux au point fixé si petite qu'il n'y a vraiment pas de quoi s'en occuper. Peut-on sérieusement parler de troubles d'accommodation ou de convergence chaque fois que dans l'action de regarder un objet la distance de chaque œil à l'objet ne sera pas mathématiquement la même ? »
Comment concilier les avantages des deux méthodes, tout en évitant leurs inconvénients? Le problème paraît à peu près insoluble.
Traité d'hygiène. VI. — 27
MÉRY ET GENÉVRIER
HYGIENE SCOLAIRE
Un seul fait reste acquis : c'est l'importance primordiale de la correction de l'altitude.
L'écriture faiblement penchée, à 15°, qui n'exige qu'une faible inclinaison de la tête, et qui permet un appui symétrique sur les deux coudes, nous paraît la plus avantageuse.
Mais ce serait une faute que de faire croire aux maîtres ou aux parents qu'une méthode d écriture suffit à elle seule à assurer une correction parfaite de l'attitude : celle-ci ne sera obtenue que par une surveillance constante et une application de tous les instants.
Il ne faut pas oublier non plus les conditions qui, dans les exercices d'écriture, peuvent être en cause dans la production des attitudes vicieuses. C'est ainsi qu'il nous reste encore à parler de la direction du papier, de la construction du mobilier scolaire et de Y éclairage de la classe.
En décrivant les différentes méthodes d'écriture droite et penchée,
nous avons eu soin d'indiquer la position que devait occuper le papier : d'une façon générale, il faut que le cahier soit situé au milieu du corps. Si le cahier est porté à droite comme beaucoup d'écoliers ont tendance à le faire, il en résulte ou une inclinaison totale du corps de ce côté, ce qui compromet l'équilibre du rachis, ou bien l'écolier cherche à gagner la distance qui le sépare de son cahier en incurvant à droite la tête et la colonne vertébrale; les [deux dessins que nous empruntons à Badaloni (fig. 214 et 215) rendent bien compte de ces deux attitudes vicieuses dues à la position latérale droite du cahier plus ou moins incliné. Le mobilier doit être adapté exactement à la taille de l'enfant; le pupitre doit avoir une inclinaison de 15° environ sur l'horizontale; nous n'avons pas à insister sur tous les détails de construction que nous avons déjà longuement étudiés ; mais nous devons observer qu'avec l'appui nécessaire des deux coudes sur la table la place réservée à chaque écolier doit être supérieure à celle qui est habituelle-
Fig. 214. — Attitude vicieuse prise quand le cahier est porté à droite de la ligne médiane du corps ; légère inclinaison du cahier (d'après Badaloni).
ment prévue par les règlements. A ce point de vue, la table à une seule place est infiniment préférable; deux écoliers étant logés sur la même table, se gênent et se bousculent au plus grand détriment de la position normale qu'ils doivent observer. On objecte qu'avec un tel mobilier les dimensions de la classe doivent être augmentées, à moins que le nombre des élèves ne soit diminué :
ces objections, qui peuvent avoir une valeur budgétaire ou administrative, deviennent à nos yeux un argument favorable.
L'éclairage naturel ou artificiel devra toujours être suffisant.
Enfin, pour éviter les attitudes vicieuses chez les écoliersatteintsdetroubles de réfraction oculaire, nous rappelons qu'un examen systématique de la vue de tous les écoliers s'impose au début de leurs études et plusieurs fois au cours de la scolarité.
Fig. 215. — Attitude vicieuse prise quand le cahier est porté à droite de la ligne médiane du corps ; forte inclinaison (à 45°) du cahier (d'après Badaloni).