‹ Traité d'hygiène (volume 2)Chapitre 91 sur 158 · A 20 ANS · texte numérisé non relu

A 20 ANS

— élémentaires

— supérieures de filles

— intermédiaires

Realschule et gymnase

Movenne

Despagnet a examiné les élèves du collège Rollin, à Paris : il a trouvé les proportions suivantes entre les myopes et les enfants qui jouissent d'une vue normale :

Classes primaires 12,5 p. 100

Neuvième 10 —

Huitième 15 —

Septième 25 —

Sixième 47 —

Cinquième 37 —

Quatrième 40 —

Troisième 30 —

Seconde 52 —

Rhétorique 51,8 —

Mathématiques élémentaires 28,5 —

Philosophie 55,5 —

Au lycée de Lyon, Dor a trouvé des chiffres voisins : il a noté que la fréquence de la myopie était plus grande chez les internes que «hez les externes, 18 p. 100 chez ces derniers et 33 p. 100 pour les premiers; cette influence de l'internat n'est pas pour nous surprendre, étant donné l'éclairage insuffisant des salles d'études et le manque de surveillance des internes pendant leur travail.

Traité d'hygiène. VI. — 32

Plus récemment, Espinouze, à Perpignan, trou ve,suivantles classes, une proportion de myopes variant de 13 à 29 p. 100.

Le Pr Truc a examiné à Montpellier les élèves du lycée, des écoles communales et des écoles normales d'instituteurs et d'institutrices. Ces recherches très complètes montrent bien que la fréquence de la myopie augmente avec lage de l'écolier et avec son niveau d'études. Elles montrent aussi que l'hypermétropie s'y transforme vite en emmétropie, et celle-ci en myopie.

Les chiffres apportés par Erismann prouvent aussi que la myopie est d'autant plus fréquente que les heures consacrées au travail sédentaire et à l'étude sont plus nombreuses :

Heures de travail.

Pourcentage des myopes 17,7 p. 100 22,3 —

Plus de 6 heure?.

Toutes ces statistiques démontrent avec éloquence que l'influence de l'école est capitale dans la genèse de la myopie : cette influence est d'autant plus pernicieuse que les enfants augmentent en âge, que les heures de classe sont plus nombreuses, que les conditions de travail sont plus défectueuses, du fait surtout de l'éclairage et du mobilier; il faut ajouter à ces causes celles qui dépendent de l'hérédité et des conditions personnelles de l'écolier, telles que l'existence de taies ou d'astigmatisme.

Prophylaxie de la myopie. — A ces deux ordres de causes, scolaires et personnelles, nous devons opposer une double prophylaxie, générale et individuelle : nous allons voir comment nous pouvons réaliser à l'école cette prophylaxie.

La prophylaxie générale comporte un certain nombre de dispositions, que nous rappellerons seulement ici, car elles ont déjà été étudiées longuement dans d'autres chapitres de cet ouvrage.

L'éclairage de toutes les parties de la classe devra être suffisant : il ne suffit pas pour cela que les fenêtres soient de grandes dimensions; il faut que les proportions entre la hauteur et la largeur des classes soient telles que, à toutes les places, l'éclairement soit au moins égal au minimum de « bougies » réclamé parles spécialistes; Bertin-Sans a remarqué en effet que, dans une même classe, les myopes sont plus nombreux dans les parties les moins éclairées.

Le mobilier doil être adapté àla taille de l'enfant. Chaque classe contiendra des tables-bancs de différentes hauteurs, que les élèves occuperont suivant les résultats donnés par leur mensuration trimestrielle.

La lecture doit se faire à la distance habituelle de 30 centimètres, pour qu'elle ne soit pas fatigante; les caractères d'imprimerie doivent ressortir nettement, sur papier blanc ou à peine teinté, et avoir au moins 3mœ,2 de hauteur (point 9).

L'écriture droite nous paraît préférable, au moins pour les jeunes enfants : au point de vue spécial de la vision, elle assure la position droite de la tête, Légalité de distance et le parallélisme entre les deux yeux et la ligne tracée, et aussi un éloignement suffisant entre l'axe des yeux et le plan de la table.

La durée des heures de classe et la répartition du travail sont très importantes ; nous avons vu déjà que la myopie est favorisée par les séjours prolongés en classe. La lecture ou l'écriture longtemps ininterrompues sont une cause de fatigue qu'on évitera par une répartition judicieuse des différents exercices scolaires.

Le travail à la maison, tout au moins dans les milieux pauvres, se fait dans des conditions très défectueuses, aussi bien sous le rapport de l'éclairage que sous celui du mobilier : il y a donc grand intérêt à ce que l'enfant n'ait pas de devoirs à faire en dehors de l'école.

On peut, dès aujourd'hui, apporter les preuves convaincantes de Y efficacité de ces mesures générales de prophylaxie scolaire de la myopie ; les améliorations apportées dans certains établissements scolaires ont heureusement modifié la fréquence de la myopie; nous citerons les faits observés par Martin, à Giessem, en Allemagne ; en 1881, dans le collège de cette ville, le pourcentage des myopes était de 27,6 p. 100 ; en 1884 intervient un décret réduisant les heures de classe; celles-ci ne devaient avoir lieu que dans la matinée, l'aprèsmidi étant consacré aux exercices réclamant moins d'attention, aux jeux et aux arts d'agrément. Cinq années plus tard, en 1889, la proportion des myopes était tombée de 27,6 à 17,6 p. 100.

Le Dr F. Ask, de Lund (Suède), a apporté également au dernier Congrès d'hygiène scolaire les résultats très intéressants ob tenus dans les lycées suédois grâce à l'application dans ces établissements de mesures très heureuses contre la myopie. Les résultats sont dus au bon éclairage des places, à l'impression soignée des lignes, à la disposition des pupitres toujours adaptés à la taille de l'enfant ; mais pour cet auteur l'importance des résultats obtenus est particulièrement due aux soins individuels et aux examens fréquents pratiqués sur les élèves. L'hygiène générale, la pratique des sports et de la gymnastique en plein air, sont aussi un facteur essentiel dans la lutte contre la myopie.

Le diagramme de la figure 249 résume les chiffres relevés par le DrAsk :

La ligne A montre la diminution de la myopie pour l'ensemble des lycées ; la ligne B se rapporte aux examens faits, dans 10 lycées seulement, par Key, mais suivant des méthodes très exactes. La courbe II indique, d'après la statistique officielle, la diminution du pourcentage de la myopie dans la dernière classe (philosophie) des lycées; ce pourcentage comportait, selon les calculs de Key en 1883,, 42 p. 100, etil n'est plus que de 17 p. 100 en 1910.

De tels résultats sont le meilleur encouragement que nous puissions trouver dans la lutte à entreprendre chez nous contre la myopie.

La prophylaxie individuelle doit tenir une place également importante dans l'hygiène scolaire : mais les moyens de la réaliser sont assez délicats et difficiles d'exécution.

L'examen des yeux, pratiqué lors de l'entrée à l'école, et les examens ultérieurs annuels ou semestriels, suffisent à nous tenir au cou-

BN

Fig. 249. — Graphique montrant la diminution de la myopie dans les lycées

suédois (d'après Ask).

rant des défauts de vision existant ou se développant chez les écoliers; mais une fois ces défauts reconnus, quels moyens avons-nous d'y porter remède?

Si l'école possède une clinique spécialement outillée pour l'examen des yeux, l'enfant recevra les verres propres à corriger son anomalie de réfraction : cette organisation, existante dans plusieurs villes, a certes rendu de grands services; elle ne paraît pas devoir se généraliser en France.

Le médecin scolaire, s'il n'a pas de clinique à sa disposition, ne peut que reconnaître l'existence de l'anomalie ; il la signale aux parents, auxquels il appartient de prendre les mesures nécessaires pour corriger le défaut de vision de l'enfant. Celui-ci doit être conduit à un spécialiste, ou à une clinique gratuite, suivant la situation sociale des parents ; en tout cas, il recevra les lunettes dont il a besoin. La fourniture gratuite des lunettes ne nous paraît pas plus difficile à réaliser que celle des objets de pansement ou des appareils d'ortho-

pédie, couramment distribués dans les hôpitaux. L'inspection médicale aura à vérifier si les enfants portent réellement les verres dont ils ont besoin et qui leur ont été donnés.

L'usage des verres correcteurs constituant la meilleure, sinon la seule prophylaxie individuelle de la myopie, il y aurait un intérêt primordial à ce que tous les enfants myopes portent les lunettes dont ils ont besoin.

Dans la pratique, cette mesure rencontre les plus grandes difficultés; dans certains pays, fortementdisciplinés,oulargement ouverts au progrès, comme les pays Scandinaves, de telles mesures de prophylaxie sont accueillies sans difficultés. Chez nous, la mauvaise volonté des parents ou leur indifférence constituent un obstacle difficile à vaincre ; d'autre part, les mesures que nous préconisons ne peuvent être acceptées que de plein gré, puisque nous ne possédons aucun moyen de protéger l'enfant contre l'ignorance ou les préjugés de ses parents. C'est pourquoi nous devons non seulement montrer auxparents 1 anomalie dont souffre leur enfant, mais aussi nous efforcer de faire leur éducation ; dans ce but, plusieurs médecins scolaires ont organisé des conférences ou des causeries, ou ont fait distribuer des feuilles de vulgarisation : le Dr Leprince, en quelques lignes, résume les principes d'hygiène scolaire, et il les illustre d'une figure très simple qui permet de reconnaître l'existence des anomalies de réfraction ; nous reproduisons ci-dessous ce tableau (p. 502). La page 503 est occupée par le tableau que le Pr Truc remet aux élèves, à la fin de leur scolarité, pour leur faciliter le choix d'une profession en rapport avec la qualité de leur vision.

Malgré tous les soins pris pour avertir les parents de l'anomalie visuelle dont souffrent leurs enfants, beaucoup restent indifférents et ne tiennent aucun compte de nos avis.

Récemment, dans une école de Paris, fréquentée par les enfants de familles aisées, nous avons pris la peine d'écrire personnellement à vingt pères ou mères de familles, dont les enfants avaient besoin de soins ou de corrections oculaires, les invitant à les montrer à leur médecin ou à un spécialiste de leur choix : nous avons eu cinq réponses, et deux enfants seulement ont recules verrcsdontils avaient besoin.

Le Dr Stackler n'a guère été plus heureux : il avertit les parents de vingt-sept élèves par lettre particulière ; deux de ces élèves viennent avec leurs parents solliciter, quelques jour après, un avis oral, mais ils ne sont allés consulter ni médecin ni spécialiste; cinq mois plus tard, deux enfants seulement sont allés voir un oculiste ; l'un porte des verres, l'autre doit suivre un traitement qui n'est pas encore commencé; pour tous les autres, les parents n'ont tenu aucun compte de l'avis du médecin scolaire.

Des résultats si peu encourageants permettent de douter de l'utilité

des examens systématiques de la vision : il faut cependant espérer que peu à peu l'éducation des parents leur fera mieux comprendre l'intérêt de leurs enfants, comme cela est heureusement arrivé dans d'autres pays.

Tableau remis par le Pr Truc aux élèves, en fin de scolarité, pour les guider dans le choix d'une profession.

Hygiène oculaire de l'enfant

I. Les yeux peuvent, sans qu'il y paraisse, être malades ou mal conformés; il en résulte pour les enfants de réels dangers ou de sérieux inconvénients.

il. Certaines maladies de l'œil, surveillées et traitées, s'améliorent rapidement, tandis qu'elles s'aggravent si elles sont méconnues

ou

négl

îgrees.

Fig. 250.

<IIi. Tout en- B fl» B B__B^^^^^^^^" fl B ^MMgMggg| tableau, qui

! fi I I _______ _________r se plaint ^e

maux de tête, ou

dont la vue se trouble après quelques instants de travail, lecture, écriture -ou couture, doit être examiné, et sa vision sera corrigée, s'il y a lieu.

IV. Tout enfant qui louche doit être soigné et peut guérir sans opération, ■s'il porte des verres appropriés à sa vue.

V. La myopie et les déformations de la colonne vertébrale sont évitées •en lisant et en écrivant à une distance minima de 30 centimètres.

VI. L'écriture droite, le corps droit, sur papier droit, empêchent le développement de la myopie et préviennent les déviations de la colonne vertébrale.

VIL Toute personne qui, à 5 mètres de distance, ne peut pas compter également les lignes verticales et les lignes horizontales de la figure cidessus (fig. 250) présente une vision anormale. L'expérience doit être faite successivement avec chaque œil, celui ne prenant pas part à la vision étant fermé avec la paume de la main.

Strabisme. — Daltonisme. — En terminant cet aperçu d'hygiène oculaire, nous signalerons deux anomalies, dont l'une est loin d'être rare à l'école et doit y être traitée, et dont l'autre mérite d'être reconnue à cause de ses conséquences professionnelles : le strabisme et les insuffisances de vision colorée.

Les différents strabismes sont susceptibles de guérison ou d'amélioration très marquée par le traitement optique (usage de lunettes) ou par le traitement chirurgical; les strabismes paralytiques sont

Tableau remis par le Pr Truc aux élèves, en fin de scolarité, pour les guider dans le choix d'une profession.

Professions ordinaires classées d'après leurs exigences visuelles et Vacuité minima de chaque œil.

VISION bonne.

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