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Marche dans la maladie de Little (d'après Cruchet

pied ne peut quitter le sol que par élévation de la hanche, puisque tout le membre est contracté à ce point que tout mouvement en est impossible ; il en résulle un dandinement tout à fait spécial.

L'adduction forcée des cuisses constitue une entrave sérieuse à la marche : les genoux frottent fortement l'un contre l'autre, et à chaque instant les enfants srênés dans leur progression par ces multiples entraves manquent de tomber.

Quand l'enfant est assis (fig. 255), la rigidité des membres inférieurs les empêche parfois de toucher le sol ; il est des cas où la rigidité est même si considérable que la situation assise est longtemps impossible par défaut de flexion des cuisses sur le bassin.

A côté de ces cas de contraction extrême, il en est de plus légers,

qui sont compatibles avec l'exécution de presque tous les mouvements.

La contracture n'est pas toujours limitée aux membres inférieurs ; elle peut s'étendre aux membres supérieurs, qui, cependant, sont moins frappés en général que les membres inférieurs ; les bras restent accolés au tronc, en adduction, les avant-bras légèrement fléchis et en pronation.

Les muscles de la face peuvent être atteints, donnant à la physionomie un aspect de rictus spécial.

Il est assez fréquent d'observer du nystagmus et du strabisme externe, ainsi que de la gêne et de la lenteur de la parole (dysarlhrie).

Les réflexes tendineux sont très exagérés.

\ja maladie de Little ne s'accompagne pas d'athétose ni de chorée.

Fis

255. — Station assise clans le mal de Little (Dejerine et Thomas).

554 Mi;ilV ET GENÉVRIER. — HYGIENE SCOLAIHE.

Les troubles intellectuels sont extrêmement rares dans celle affection ;

cependant, ces petits malades éprouvent un certain relard à parler et, d'une t'a ç cm générale, à manifester leurs fonctions de relation. Ce retard est dû surtout aux troubles rapportés à la motilité volontaire. Comme le fait remarquer le professeur P. Marie, ces enfants ne manquent nullement d'intelligence et apprennent bien au collège; ce qui est défectueux en eux, ce n'est pas l'intelligence, c'est plutôt un état spasmodique qui fait obstacle au jeu des muscles dont Tintelligence se sert pour s'exprimer.

Mouvements involontaires : athétose et chorée. — Ces deux importants syndromes physiques sont les derniers de ceux que nous aurons à étudier, après les paralysies et les contractures, comme conséquence des lésions organiques chroniques du système nerveux.

L'athétose est constituée par des mouvements involontaires, incoordonnés, ayant pour caractère essentiel leur lenteur, leur continuité et leur élendue anormale. Ce dernier caractère est en relation avec une mobilité excessive des articulations, qui est parfois tellement marquée qu'on a pu donner aux membres qui en sont atteints le nom de « membres de caoutchouc ». On compare parfois les mouvements lents et sinueux de l'athétose à ceux des tentacules de la poulpe.

Dans l'athétose, les mouvements conservent une certaine apparence intentionnelle, au contraire de ceux de la chorée, qui sont complètement fantaisistes ; à noter aussi la prédominance des mouvements d'extension sur ceux de flexion; enfin c'est surtout au niveau des extrémités, sur les lèvres, la langue et les muscles de la face, que se produisent les mouvements (l'athétose.

L'athétose peut exister en même temps que le syndrome de l'hémiplégie auquel elle vient se surajouter.

Mais sa forme la plus intéressante est celle où elle existe des deux côtés du corps (athétose double) sans phénomènes de paralysie, mais au contraire avec rigidité musculaire plus ou moins marquée, comme dans la maladie de Little, avec cette différence toutefois que dans cetle l'orme spéciale de diplégie cérébrale les troubles intellectuels sont assez prononcés.

Cette athétose double a donc pour caractères fondamentaux la coexistence de contracture et de troubles intellectuels.

Entre Vathélose et la chorée, il existe certaines formes de passage très difficiles à préciser auxquelles le Pr Brissaud avait assigné le terme de fermes athéloso-choréiques .

Dans la chorée variable des dégénérés, non seulement les contractures n'existent pas, mais on observe au contraire une laxité anormale des articulations ; en même temps on constate l'existence de troubles intellectuels : retard de la parole, instabilité de l'attention, faiblesse de la mémoire.

La chorée s'associe également à l'hémiplégie infantile ; elle survient dans les cas ou les contractures n'existent pas, mais où au contraire la laxité articulaire est manifeste; les caractères généraux de ces chorées, liées à une lésion organique, ne sont pas différents de ceux de la chorée simple.

Après avoir étudié les lésions en cause dans les affections chroniques du système nerveux, après avoir énuméré les symptômes physiques qui se superposent habituellement à ces lésions, il nous reste à caractériser les troubles spéciaux, organiques ou fonctionnels, qui s'observent chez les anormaux.

La recherche des tares organiques, ou stigmates, doit être le premier temps de l'examen d'un anormal ; on procédera ensuite à l'examen de son système nerveux, auxpoints de vuesensitif, sensoriel et moteur, et il sera habituel de constater un certain déficit dans ces différents domaines.

Examen clinique des anormaux. — Stigmates de dégénérescence. — Sous ce nom, on désigne des anomalies physiques, présentant un caractère permanent, et se différenciant en cela du symptôme qui, lui, est passager et transitoire.

Du côté de la face on peut observer de l'asymétrie plus ou moins marquée ; cette déformation, répondante un arrêt de développement de la tête, analogue à celui qui atteint tout le côté paralysé, est caractérisée par une sorte d'aplatissement de la face, par de l'atrophie des muscles le plus souvent frappés de contractures, par des déviations de la bouche et de la fente palpébrale, enfin par un effacement plus ou moins complet du sillon naso-génien et des autres reliefs de la face.

Le crâne peut être déformé par des arrêts ou par des vices de développement : dans certains cas, il se produit une soudure prématurée des sutures [synostose précoce interpariétale) ; dans d'autres cas, il y a au contraire un écartement exagéré des sutures et retard considérable de leur solidification (dysostose).

Ces anomalies de développement, portant sur l'ossification, aboutissent à des déformations assez variables, mais dont plusieurs sont assez caractéristiques pour mériter une désignation spéciale : nous citerons : la scaphocéphalie, ou crâne en forme de carène de bateau, avec dimensions antéro-postérieures extrêmement développées ; la trigonocéphalie, avec crâne en forme de triangle. La microcéphalie et la macrocéphalie sont des anomalies qui portent sur l'ensemble des dimensions crâniennes, réduites ou exagérées.

Mais, dans toutes les déformations que nous venons de citer, il est un caractère à peu près constant : c'est le développement excessif delà partie correspondante aux bosses occipitales, avec, au contraire, une réduction souvent considérable de la région frontale,

trèsrétrécie, avec disparition presque complète des bosses frontales.

Laplatissement latéral du crûne (ou plagiocéphaliej, sa déformation en pointe, en forme de chapeau de gendarme (ou oxycéphalie), l'élévation delà voûte crânienne en forme de dôme surélevé (ou acrocéphalie) sont des déformations plus rares.

Plus fréquemment que toutes ces déformations, on observe chez les anormaux le crâne oblique ovalaire : le grand diamètre, au lieu d'être antéro-postérieur, croise en diagonale la ligne sagittale de façon que Tune des bosses frontales et que la bosse pariétale du côté opposé forment des saillies très nettes, par lesquelles passe le grand diamètre.

Bien que ces déformations soient fréquentes chez les anormaux, il est impossible d'établir un rapport entre leur existence et l'anomalie mentale : beaucoup de porteurs de déformations crâniennes ont une intelligence normale, et un certain nombre d'anormaux ont une conformation crânienne régulière; ces stigmates de dégénérescence n'ont donc pas une valeur absolue.

A côté des déformations portant sur l'ensemble de la voûte crânienne, il faut citer celles qui portent sur des régions limitées du massif osseux de la face.

Le front est souvent déformé chez les anormaux, soit que son diamètre transversal présente une réduction plus ou moins considérable, soit encore qu'il présente une obliquité en arrière exagérément marquée : ce front fuyant se voit souvent chez les anormaux; l'aspect de la physionomie prend par ces déformations un caractère tout spécial, que vient encore exagérer l'implantation très basse delà racine des cheveux.

Les os malaires forment souvent une saillie anormale ; il en est de même du maxillaire supérieur : l'arcade dentaire, projetée en avant, vient largement déborder l'arcade dentaire inférieure ; le maxillaire inférieur peut également subir cette projection en avant : cette déformation du massif inférieur de la face est bien connue sous le nom de prognathisme.

Les dents peuvent présenter une série de malformations qui ne sont pas sans valeur. L'évolution dentaire se fait souvent avec un très grand retard, en dehors même des cas où l'arriération est due à de l'insuffisance thyroïdienne ; la vulnérabilité des dents est considérable, aussi bien dans la seconde que dans la première dentition ; Y arrêt ou les vices de développement aboutissent à des déformations qu'il nous suffira de désigner : microdontisme ou macrodontisme, amorphisme, érosions transversales, cannelures, et surtout implantations vicieuses, irrégulières, ou même tout à fait anormales, qui se rencontrent si souvent chez les anormaux. Nous rappellerons seulement ici les déformations spéciales à la syphilis héréditaire.

Les malformations de la voûte palatine sont également très fréquentes, en particulier chez les épileptiques : la concavité de la voûte s'élève en ogive souvent très élancée, surtout à la région antérieure, dessinant une sorte de V à pointe dirigée en avant.

Les parties molles de la face sont sujettes à des malformations aussi nombreuses.

La langue, hypertrophiée, peut être augmentée de volume à tel point qu'elle est difficilement logée dans la cavité buccale et qu'elle tend à faire continuellement saillie en dehors des arcades dentaires et des lèvres.

Les lèvres elles-mêmes peuvent prendre un volume excessif, à la façon des lèvres des nègres ; la lèvre inférieure est parfois éversée ou pendante, et elle peut être tellement abaissée qu'elle laisse écouler la salive d'une façon continue, comme cela se voit chez certains idiots profonds.

Dans Yidiotie mongolienne, la langue est creusée de plis profonds qui ont permis de désigner cette anomalie sous le nom de langue scrotale.

Le bec-de-lièvre peut être observé chez les anormaux ; mais cette anomalie de développement, de même que le spina bifida, n'a en réalité aucun rapport avec l'apparition des anomalies mentales.

L'œil présente des stigmates analomiques qu'il faut distinguer des stigmates sensoriels que nous étudierons plus loin à propos de la vision. L'anomalie la plus habituelle consiste en une simple différence entre le degré d'ouverture des paupières des deux côtés : il s'agit d'une sorte d'asymétrie de l'ouverture delà fente palpébrale. On a signalé assez fréquemment l'existence d'une troisième paupière purement membraneuse et analogue à la troisième paupière des oiseaux; ce repli, qui siège au niveau de l'angle interne de l'œil, est désigné sous le nom de coloboma palpébral. . L'œil mongolien, observé dans la forme d'idiotie du même nom, consiste dans une direction oblique des paupières, qui en même temps paraissent comme bridées ; les sourcils sont peu développés. L'iris peut subir un arrêt de développement portant sur un de ces segments (coloboma irien) ; on peut observer aussi la cataracte congénitale, la rétinitepigmentaire, la persislance de l'artère centrale de la rétine ; mais ce sont là des coïncidences de valeur secondaire. Le nystagmus et le strabisme, fréquents chez les anormaux, sont plus intéressants à noter.

L'oreille est le siège fréquent de déformations auxquelles on a d'ailleurs attaché une trop grande importance. Dans leur ensemble, ces déformations tendent à reproduire un type atavique : ainsi les oreilles peuvent être écartées et implantées presque perpendiculairement à la surface du crâne (oreilles en anse). On peut observer des déformations du pavillon, l'hélix étant exagéré ou au contraire absent,

le tragus étant double ou conique, le lobule étant adhérent, allongé, ou au contraire très réduit; dans d'autres cas, il existe des saillies supplémentaires amenant des déformations auxquelles les anthropologistesont accordé une importance exagérée : citons les déformations désignées sous le nom de tubercule de Darwin, d'oreilles de Morel, ou d'oreilles de Wildernuth.

Le nez peut être aplati (type mongolien), ou simplement dévié, ce dernier caractère n'ayant d'importance que s'il coexiste de l'asymétrie faciale.

Le thorax présente des déformations fréquentes : thorax en entonnoir, thorax en carène, qui n'ont aucun rapport avec les anomalies mentales. L'absence du grand pectoral, signalée de façon exceptionnelle, est plus intéressante.

Les malformations des organes génitaux sont fréquentes chez les anormaux : hypospadias, hermaphrodisme, hypertrophie du gland, cryptorchidie, monorchidie, ou atrophie testiculaire ; chez la fille, on peut observer l'atrésie du vagin et des variations de développement des lèvres et du clitoris.

Les membres peuvent présenter certaines modifications anatomiques : ce sont, suivant les cas, des malformations congénitales (polydactylie, syndactylie), ou au contraire des malformations acquises que l'on peut attribuer à une viciation de la sécrétion de certaines glandes à sécrétion interne (gigantisme, acromégalie).

Parmi les déformations des membres, il faut faire une place spéciale à la déformation décrite par Bourne ville sous le nom de main des idiots : il s'agit d'une main courte, trapue, avec l'extrémité des doigts épaisse et carrée; la peau est en même temps rugueuse, violacée, ichtyosique, et cet aspect légitime pleinement la comparaison avec la peau de crapaud.

Cet état spécial de la peau peut être observé sur toute l'étendue du tégument.

Le système pileux subit chez les arriérés de grandes variations de développement : parfois exagéré, il est beaucoup plus souvent retardé; les poils peuvent être rares et fins, ou au contraire épais et rudes ; les ongles subissent des modifications analogues de leur constitution. Ces variations, observées dans l'évolution du système pileux, sont retenues par certains médecins, et en particulier parle Dr Paul-Boncour, dans leur classification des anormaux.

Nous n'insisterons pas sur les anomalies viscérales : les malformations du cœur sont assez fréquentes; et même en leur absence le microsphygmisme est asez souvent observé.

Les troubles psychiques chez les anormaux : déficit sensitif, sensoriel, moteur, intellectel et moral. — Dans ce chapitre, comme dans les précédents, nous étudierons l'ensemble des symptômes qu'on doit rechercher chez un anormal, mais sans faire

l'étude didactique des différents groupes d'anormaux ni des symptômes spéciaux à chacun de ces groupes. Cependant nous serons amenés à employer les termes par lesquels on désigne certains anormaux, et ceci nous oblige à indiquer brièvement à quels types cliniques répondent ces désignations.

La classification des anormaux est assez arbitraire, et la démarcation entre chaque catégorie n'a rien d'absolu. Il nous paraît logique de baser, après Bourneville, la classification d'après l'importance de l'anomalie ou du déficit mental. Binet s'est inspiré du même principe, et voici, en termes très généraux, comment il classe les grandes catégories d'anormaux :

Les idiots, complètement inéducables, privés de toute activité volontaire, n'ont pas l'usage de la parole, qui est parfois remplacée par des cris ou des grognements inarticulés.

Les imbéciles sont éducables dans une certaine mesure, surtout au point de vue sensoriel; ils savent parler, mais ne peuvent pas apprendre à écrire : ils sont parfois capables de signer leur nom et de copier un texte.

Les arriérés enfin peuvent apprendre à écrire, et leur éducation, poursuivie suivant des méthodes spéciales, leur permet, dans les cas les plus favorables, de prendre une place à peu près normale dans la vie sociale.

Ceci dit, nous pouvons entreprendre l'étude des troubles existant dans les différents domaines de l'activité mentale.

Déficit sensitif, sensoriel et moteur. — La sensibilité est plus ou moins atteinte : elle peut l'être dans ses différents modes, au contact, à la douleur, à la température ; son altération est parallèle à l'intensité des troubles intellectuels; chez les idiots, la sensibilité est très atténuée, nulle parfois.

La sensibilité spéciale aux organes internes, ou cœnesthésie, est également troublée chez les anormaux : ils semblent moins souffrir dans leurs maladies que les sujets normaux. On peut rapprocher de ces derniers troubles ceux qui se produisent dans la sensibilité à la faim ou à la soif ; certains anormaux n'éprouvent jamais le besoin de manger et doivent être nourris de façon artificielle; d'autres, au contraire, sont gloutons, jamais rassasiés, et sont capables d'avaler les substances les plus hétéroclites ou les plus répugnantes.

Le déficit sensoriel peut atteindre les divers organes des sens.

La vision peut être diminuée dans son acuité ; la vision des couleurs peut être incomplète ou même abolie, comme cela arrive chez les grands anormaux ; ces derniers sont souvent incapables de distinguer la distance ou l'étendue des objets qui les environnent : ils n'ont pas la notion de la « troisième dimension » ; et, comme cela arrive pour les jeunes enfants, tous les objets placés devant

eux leur apparaissent sur un seul plan; pour cette raison, ils ont la plus grande difficulté à saisir les objets qu'on leur présente.

L'odorat elle goût sont habituellement diminués.; on a cependant signalé chez certains idiots le développement exceptionnel de l'odorat (idiots flaireurs).

L'audition varie dans de grandes proportions : toutefois la surdité complète est rare; il existe plutôt de la pseudo-surdité, par impossibilité de fixer l'attention; l'exemple du < sauvage de l'Aveyron » est classique : il ne paraissait pas entendre un coup de pistolet tiré à ses oreilles, alors qu'il percevait le bruit d'une noix qu'on laissait tomber derrière lui ; le premier bruit, sans intérêt pour lui, n'éveillait pas son attention, tandis que la chute de la noix l'intéressait en excitant sa gourmandise (Seguin).

Chez les anormaux moins profonds peuvent exister des troubles de l'audition qui demandent à être recherchés : ces troubles peuvent porter sur l'intensité des sons, sur leur qualité ou sur leur direction ; ces différentes notions sont parfois totalement absentes chez les arriérés; il leur est en particulier souvent impossible d'indiquer de quel endroit provient le son, et le Dr Paul-Boncour a institué pour cette recherche d'intéressantes expériences. Comme la notion de la distance des objets, la notion de la direction du son paraît être difficile à inculquer à ces anormaux.

A côté de ces insuffisances de l'audition, il est curieux d'observer chez un certain nombre d'anormaux une très vive impression nabilitéà la musique. Cette faculté doit être utilisée pour l'éducation des anormaux, en particulier par les exercices de gymnastique rythmique.

Ce déficit sensitif ou sensoriel varie beaucoup avec l'importance de l'anomalie mentale : il est énorme chez l'idiot, moins marqué chez l'imbécile, et il n'existe que peu ou pas chez l'arriéré.

Les troubles de la MOTiLiTÉ ne peuvent pas être séparés des troubles observés dans le domaine sensoriel : tout d'abord le sens musculaire n'existe pourainsi dire pas chez les idiots, etl'on conçoit l'entrave apportée par l'absence de ce sens musculaire à l'éducation la plus élémentaire ; d'autre part, on sait que l'acquisition des mouvements volontairesestdueprincipalementàla faculté d'imitation qui exige elle-même l'intégrité des organes des sens ; quand cette intégrité est complète, le rôle de l'imitation devient des plus importants au point de vue de l'éducation motrice; et, chez les arriérés, il existe une sympathie motrice d'autant plus marquée que les facultés supérieures de contrôle sont moins développées; les arriérés sont à ce point de vue comparables aux singes; et cette sympathie motrice, purement imitative, est d'autant plus curieuse à noter qu'elle contraste avec l'absence de sympathie au point de vue affectif.

Chez les idiots complets, la motilité peut être nulle : absence de marche, impossibilité de la station debout, impossibilité de la préhension, impossibilité même de tenir la tête droite.

Les idiots profonds jouissent de quelques mouvements à l'exécution desquels la volonté paraît ne prendre aucune part ; et tous les intermédiaires existent jusqu'aux mouvements simplement maladroits ou lents que peuvent exécuter les imbéciles.

Chezles imbéciles, il va à la fois lenteur des mouvements, difficulté de la préhension, hésitation de la marche; la maladresse de ces anormaux apparaît quand on essaie de les faire écrire : ils ne peuvent pas opposer le pouce aux autres doigts, et s'ils arrivent à rapprocher le pouce de l'index; ils le font dans un plan horizontal, en même temps qu'ils écartent les autres doigts.

Les arriérés peuvent présenter des troubles moteurs analogues, mais moins marqués, sans qu'il soit possible, d'ailleurs, d'apporter une délimitation nette entre les troubles qui apparaissent chez ces différents anormaux. Ces troubles de motilité ont été étudiés par le Dr Dupré sous le nom de débilité motrice] on constate, plus ou moins marqués, un léger état spasmodique avec exagération des réflexes et signe de Babinski, de la syncynésie (mouvements associés), de la paratonie (les muscles restent souvent en état de contracture avec impossibilité d'obtenir une résolution musculaire complète). Le Dr Armand-Delille a signalé également une dimunition ou une gêne de l'extension : certains arriérés laissent en effet tomber leurs mains en flexion etn'arriventque très péniblement à les redresser et à les placer en extension.

D'autres troubles moteur» sont fréquemment observés chez les anormaux : tics conuulsifs ou tics rythmiques: balancementde la tête d'avant en arrière, ou balancement dans le même sens de tout le tronc (tic de Salaam). Nous aurons d'ailleurs à revenir sur ces troubles moteurs en étudiant la chorée et les diverses variétés de tics.

Déficit intellectuel. — Les stigmates intellectuels varient avec l'intensité de l'anomalie et avec la gravité des lésions: chezles idiots complets, le déficit intellectuel sera total: les perceptions sensorielles étant elles-mêmes complètement absentes, le développement de l'intelligence, qui a, à sa base, des aquisitions d'origine sensorielle, ne peut même pas être ébauché.

Les facultés intellectuelles peuvent être atteintes dans leurs différentes manifestations, ce sont d'abord les facultés de réception qui peuvent être troublées : l'attention, la mémoire, l'imagination; puis les facultés intellectuelles supérieures, qui résultent de la coordination des idées accumulées grâce aux facultés d'acquisition, peuvent être atteintes à leur tour : ce sont les facultés de raisonnement, de jugement, d'association des idées.

Parmi les facultés de réception, Y attention est le plus fréquemment Traité d'hygiène. VI, — 30

atteinte : l'insuffisance de l'attention estle principal obstacle à l'éducation des anormaux. On profite, toutefois, dans cette éducation, de l'aptitude plus grande qu'ont les anormaux de fixer leur allention sur les objets perçus par les organes des sens, en particulier par le toucher et par la vue ; on utilise cette disposition en faisant leur éducation d'après des méthodes objectives et en ayant recours aux leçons de choses beaucoup plus qu'aux leçons théoriques; autrement dit, on a recours à l'éducation sensorielle.

La mémoire est habituellement diminuée chez les anormaux, mais sans parallélisme avec la diminution des autres facultés intellectuelles, qui peuvent être atteintes de façon plus profonde ; on a cité, chez certains anormaux, une hypertrophie partielle de la mémoire; la mémoire des chiffres, par exemple, ou la faculté de calculer, peuvent être développées chez certains sujets dont les autres facultés intellectuelles sont plus ou moins retardées. Dans ces cas, il s'agit d'un développement anormal de la mémoire verbale, aux dépens parfois des autres facultés On trouvera de nombreuses obervations de ces faits dans l'ouvrage de Ribot sur les maladies de la mémoire. Nous citerons seulement l'exemple de ce médecin qui pouvait répéter, sans en manquer un mot, tout un long chapitre, et qui était incapable de rappeler une des idées contenues dans ce chapitre sans se répéter à lui-même, en commençant par la première ligne, tout ce qu'il venait de réciter une première fois.

\J imagination, chez les anormaux, a un développement habituellement parallèle à celui des premières facultés de réception, attention et mémoire. Cependant, chez certains anormaux dont les facultés de réception ne sont pas atteintes, l'imagination prend un développement tout à fait anormal pour cette raison que les facultés supérieures de contrôle n'exercent plus leur action sur l'association des idées: c'esten particulier chez les hystériques que l'on voitla faculté d'imagination devenir exagérément développée. La « fabulation » etla« mythomanie » sont des déviations de même ordre de la faculté d'imagination.

Le langage, considéré comme moyen d'expression des facultés intellectuelles, présente des troubles variables avec le degré de Farriération : il peut faire défaut complètement, ou consister en quelques sons à peine articulés, ou se composer d'un vocabulaire extrêmement réduit ou à peine compréhensible ; il peut aussi être retardé dans son apparition, ou être arrêté à un certain degré de son développement. Le bégaiement, le bredouillement, le langage saccadé peuvent n'être que des troubles de la prononciation, des tics, qui n'impliquent pas une diminution de la valeur intellectuelle. L'aphasie est exceptionnelle.

L'écriture subit un développement à peu près parallèle à celui du langage, mais certains arriérés, qui sont incapables d'exprimer leurs

Idées par récriture, sont assez habiles à dessiner : cette aptitude spéciale leur permet d'exécuter des copies, exercice dans lequel il ne s'agît, en somme, pour eux, que de répéter des signes dépourvus de sens. 11 y a là une manifestation de la faculté d'imitation motrice sur laquelle nous insistions précédemment.

Les facultés intellectuelles supérieures ne se développent que si les facultés d'acquisition sont suffisantes : c'est dire que les fonctions supérieures de jugement, de comparaison, d'association des idées, sont plus souvent encore atteintes dans leur développement que les facultés de réception ou d'acquisition ; à plus forte raison, les facultés de délibérer et de vouloir (délibération et volonté) sont très souvent atteintes dans les formes les plus simples et les plus légères de l'arriération mentale.

L'activité volontaire, qu'elle s'exerce dans le domaine physique ou dans le domaine moral, doit être distinguée de V activité d'instinct : Y « acte instinctif », en effet, est fonction d'une excitation, d'une émotion, d'une passion passagère ; 1' « acte volontaire », au contraire, résulte d'une « délibération», qui implique l'intervention des facultés intellectuelles supérieures.

La volonté peut se manifester sous différentes modalités : nous devons au moins indiquer la nature de ces manifestations volontaires, car leurs modifications constituent un trait fondamental du caractère des anormaux.

La volonté d'inhibition peut être considérée comme l'acte le plus élémentaire de la volonté réfléchie : c'est elle qui permet d'arrêter les actes instinctifs, passionnels ou émotionnels. Chez les anormaux profonds, chez les imbéciles, cette volonté inhibitoire, frénatrice, est très souvent abolie, ou très diminuée : c'est dire que, chez ces individus, les actes instinctifs peuvent se donner libre cours. Chez les arriérés, la volonté d'inhibition est susceptible d'être développée, grâce à une rééducation spéciale dont le D1' Paul-Boncour a bien précisé les méthodes. Cette absence ou cette insuffisance de volonté d'inhibition reste un des caractères les plus habituels du déficit intellectuel des diverses catégories d'anormaux.

La volonté d'action suppose d'abord le choix de l'acte à accomplir après délibération réfléchie : ce choix, chez les anormaux, est souvent défectueux.

L'acte volontaire une fois décidé, il reste à l'accomplir; l'anormal s'arrête souvent à un début d'exécution; il n'est pas capable de fournir l'effort nécessaire à une action maintenue ou continue ; cette instabilité d'action est un autre caractère important de l'arriération mentale, même légère : elle est susceptible de correction par les méthodes spéciales d'éducation.

L'affaiblissement de la volonté d'inhibition, l'instabilité de la volonté d'action, sont donc des tares intellectuelles qu'il faudra

saisir, rechercher ei découvrir chez les arriérés les moins atteints.

Le caractère de l'anormal sera profondément modifié suivant le degré de développement de sa volonté, et plus spécialement de la volonté d'inhibition; l'ensemble de ses autres qualités, morales ou affectives, tiendra parfois une place moindre dans la constitution de son caractère.

Les modifications de l'activité volontaire impriment aux caractères des anormaux deux tendances opposées, et dont la distinction est de la plus grande importance pour le diagnostic et pour le traitement des différentes formes d'anomalie mentale.

Tantôt il y a absence de volonté: il en résulte de l'aboulie, qui se manifeste chez l'enfant par de l'apathie, de l'indifférence, de la paresse.

Tantôt c'est la volonté d'inhibition qui fait défaut : il y a dès lors prédominance exclusive des actes instinctifs; et à cette catégorie appartiennent les impulsifs, les instables, les excitables, les violents.

L'alternance de ces deux formes peut d'ailleur se produire chez un même individu (cyclothymiques).

Dans cet exposé rapide des troubles intellectuels observés chez les différentes variétés d'anormaux, nous avons été forcément très incomplets : nous n'avons voulu donner qu'un « schéma », nous réservant d'apporter plus de développement à l'étude de ces troubles quand nous passerons en revue les divers types d'arriération mentale.

Déficit moral. — Un premier caractère domine la constitution morale des anormaux, c'est Vabsence de sympathie et d'affectivité. Nous avous vu qu'au point de vue moteur la sympathie musculaire et la faculté d'imitation motrice étaient au contraire très développées. L'éducation des anormaux sera d'autant plus difficile que l'affectivité sera plus réduite.

Le Dr Dupré a classé les instincts moraux en instinct de conservation de l'individu, en instinct de conservation de l'espèce et en instinct d'association : cette classification permet de suivre les modifications ou les perversions des facultés morales chez les anormaux.

L'instinct de conservation de l'individu, ou instinct égoïste, comprend les moyens de défense naturels ou de défense vitale. L'instinct de propriété est une forme d'instinct de la conservation. Chez les anormaux, cet instinct peut s'exercer en dehors du contrôle des facultés supérieures : l'instinct de propriété, par exemple, peut s'exercer aux dépens desbiens d'autrui ; la kleptomanie est fréquente. L'instinct de conservation vitale peut s'exercer de façon brutale, comme cela se voit chez l'animal : ce sont des réactions de défense non en rapport avec le danger couru ; les anormaux sont parfois

méchants et peuvent mordre ou griffer quand ils se croient en danger.

Une autre forme de perversion des instincts égoïstes consiste dans une sorte d'hypertrophie du moi ou orgueil mégalomanique ; la fabulation, la hâblerie, peuvent être considérées comme des formes de cette perversion ; nous avons vu tout à l'heure qu'on pouvait aussi bien les attribuer à un développement anormal de la faculté d'imagination non contrôlée par les facultés supérieures de raisonnement ou de volonté.

L'étude de l'enfant hystérique nous fournira l'occasion d'étudier plus complètement le mensonge : chez ce malade, le mensonge comporte, le plus souvent, une mise en scène remarquable, des auto-accusations, ou au contraire des inventions perverses mettant en cause, avec force détails, des individus parfaitement innocents. Chez les imbéciles ou les arriérés, le mensonge ne revêt pas une forme aussi raffinée : c'est un mensonge grossier.

V instinct de conservation de l'espèce (instinct de reproduction, instinct sexuel) peut être fortement dévié chez les anormaux; l'onanisme y est fréquent ; l'impudeur et l'immoralité existent plus souvent que la pudeur excessive ou l'absence d'appétits sexuels.

V instinct d'association, ou instinct altruiste, est très atténué chez les anormaux : la sympathie et l'affectivité, qui sont à la base de ces instincts, sont en effet plus ou moins réduites; l'altruisme, familial ou social, n'existe pour ainsi dire pas chez l'anormal; au contraire, on voit se développer chez lui des instincts pervers: besoin de destruction, portant sur les objets et parfois sur les personnes, accusations calomnieuses, préparation d'attentats, etc.

Les troubles moraux, dont nous venonsde donner un aperçu rapide, ne sont pas toujours en parallélisme avec les troubles sensoriels ou intellectuels : beaucoup de pervers moraux sont des individus dont l'intelligence est parfaitement développée. Bon nombre d'anormaux sontd'autant plusdangereuxqu'ilssontplusintelligents ; l'anarchisme est une tare mentale où l'absence de sens moral coexiste avec des facultés intellectuelles parfaitement normales.

Ces considérations présentent un grand intérêt pour l'étude de la criminalité infantile; elles entraînent également des conséquences fort intéressantes pour la direction de l'éducation à donner à ces anormaux amoraux : ce sont habituellement des enfants désobéissants, insoumis, sournois, sur lesquels les moyens d'action sont extrêmement réduits; leur éducation est très difficile quand elle n'est pas impossible. Le redressement de ces perversités morales est la partie la plus délicate de la tache des pédagogues qui s'occupent de l'éducation des anormaux; ils préfèrent réaliser le perfectionnement des arriérés mentaux simples, plutôt que celui d'un pervers moral intelligent, qui resle le plus souvent incorrigible.

Aux troubles moraux doivent être rattachées certainesmodifications de Vémotivité : quelques déviations ou perversions morales n'oni pas d'autre cause que l'état psychique spécial défini sous l'appellation

de « constitution émotive anxieuse ».

Classification des anormaux. — Après avoir étudié dans leur ensemble les symptômes que Ton rencontre chez les anormaux, il nous faut considérer les différents types de ces malades et nous efforcer d'attribuer à chacun d'eux des caractères assez nettement distinctifs pour établir une classification nécessaire à l'étude didactique de ces états spéciaux.

Malheureusement, une telle classification reste quelque peu arbitraire, car la délimitation entre chaque catégorie d'anormaux estloin d'être tranchée ; et s'il existe des cas où l'ensemble des symptômes permet d'établir un type défini, il en est d'autres, fort nombreux, où les symptômes diffèrent peu de ceux que l'on peut rencontrer dans une catégorie voisine de malades; il suffit de savoir que ces formes de transition existent pour ne pas s'attendre à rencontrer en pratique des types aussi tranchés que ceux que nous devrons prendre comme base de notre description.

La classification des anormaux est rendue plus difficile encore par la différence des points de vue où se sont placés les différents auteurs : tantôt ils ont basé leurs distinctions d'après le déficit mental ; tantôt ils se sont appuyés sur le déficit physique, ou plus simplement sur les stigmates de dégénérescence qui sont loin d'être constants chez les anormaux.

Une autre complication provient de la multiplicité des termes dont se servent les auteurs pour désigner une même anomalie mentale : par exemple, quand il s'agit de l'arriération, certains auteurs expriment cette insuffisance intellectuelle par les termes d'« imbécillité légère » ou par ceux de « faiblesse d'esprit » ; le Dr Apert a proposé pour la même catégorie de malades l'expression de « retardataires » : comme le fait observer le Dr Paul Bonccur, cette dernière expression se trouve limitée par l'emploi qu'en fait son auteur au cas où l'arriération est d'origine glandulaire ; c'est bien là une cause d'arriération, mais il y en a beaucoup d'autres dont il faut tenir compte.

Ces réserves une fois faites sur la valeur de la classification que nous adopterons, nous pouvons indiquer les types d'anormaux que nous envisagerons.

Avec de nombreux auteurs, nous ferons d'abord une première distinction entre l'idiotie, l'imbécillité et l'arriération mentale.

Nous avons déjà brièvement rapporté les caractères de ces trois classes d'anormaux : l'idiot n'étant capable d'aucune sorte d'éducation, l'imbécile étant légèrement éducable, l'arriéré enfin pouvant, par des méthodes spéciales, recevoir une éducation à peu près normale.

Au point de vue spécial de l'hygiène scolaire, les deux premières classes d'anormaux, idiots et imbéciles, sont peu intéressantes : en effet ces enfants ont une mentalité trop profondément altérée pour que l'on songe même à les envoyer à l'école ; si, par hasard, certains imbéciles s'y fourvoyaient, il ne faudrait pas longtemps pour reconnaître qu'ils sont complètement inaptes à se plier à la plus élémentaire des disciplines scolaires: ils relèvent de l'assistance et non de

fécole. , , ..

C'est donc à la troisième classe d'anormaux, c est-a-aire aux enfants mentalement arriérés, que nous aurons surtout à nous

in téresser.

Idiotie. — On peut considérer, dans cette anomalie, deux groupes différents: l'idiotie absolue et Y idiotie profonde.

Dans l'idiotie absolue, Tentant est pour ainsi dire réduit à la vie végétative la plus simple; il y a à la fois déficit sensoriel, moteur et intellectuel complet. Ces enfants conservent à peine l'instinct de nutrition; ils ne savent ni marcher, ni saisir un objet, ni parler. L'expression du visage est complètement atone: les yeux sont prives de regard ; les lèvres, épaisses etpendantes, laissent continuellement s'écouler la salive. Ces malades sont atteints d'incontinence, et i s restent plongés dans le plus complet gâtisme. Privés de parole, ils poussent des cris inarticulés. Ils peuvent enfin être atteints de tics multiples, balancement de la tête ou du corps, mouvements spasmodiques ou convulsifs.

Nous empruntons à Bourneville ce résumé, qui caractérise 1 idiot profond : « Bien que les organes des sens puissent être intacts au point de vue anatomique, l'ouïe, la vue, l'odorat, le goût, le toucher, semblent absents. Sensibilité générale très obtuse, d'où indifférence à la douleur, au froid et à la chaleur. Aucune connaissance de leurs parents, ni des personnes qui les soignent. Sans idées, sans parole, sans mouvements, les idiots de cette catégorie sont des êtres en quelque sorte végétatifs. »

Dans Yidiotie profonde, certains instincts peuvent persister, en particulier celui de la nutrition: parfois même, l'appétit est exagère sans qu'existe la sensation de satiété ; la marche et la préhension sont possibles; la parole est limitée à quelques monosyllabes pouvant exprimer les sensations élémentaires de douleur ou de joie, (.es malades peuvent être poussés à des mouvements instinctifs et irrésistibles qui les rendent dangereux « pour eux et pour les autres, puisque le mouvement les expose à des accidents par suite de leur inconscience du danger, et expose les autres à subir les conséquences de leurs impulsions ». Ces idiotspeuve.it avoir une certaine mémoire musicale, et ils éprouvent souvent une satisfaction maniieste à entendre la musique.

C'est dans l'idiotie que les stigmates physiques et que les lésions

cérébrales que nous avons précédemment étudiés se retrouvent le plus souvent.

Suivant la nature ou la localisation de la lésion, l'idiotie peut être associée à certains des symptômes physiques que nous avons déjà étudiés : stigmates de dégénérescence, hémiplégie, athétose, etc.

Il exisle une forme d'idiotie combinée arec des lésions méningées, avec ou sans hémiplégie. Bourneville a insisté sur l'analogie qu'il y avait entre l'évolution de cette forme d'idiotie et l'évolution de la paralysie générale.

Toutes les lésions cérébrales que nous avons décrites, porencéphalie, sclérose, pseudo-porcncéphalie, peuvent servir de substratum anatomique à l'idiotie.

Une forme plus intéressante est celle qui est liée aux troubles profonds de sécrétion ou même à l'absence du corps thyroïde.

Quand cette insuffisance thyroïdienne est absolue, on a le tableau de Yidiotie myxœdémateuse ; vers l'âge de six mois en apparaissent les premiers symptômes ; la peau prend un aspect spécial ; elle est épaisse, sèche, squameuse, sans élasticité ni souplesse; les traits du visage ne se dessinent pas (faciès lunaire). Avec la croissance, les symptômes s'accentuent : les mouvements sont lents, sans but déterminé ; les yeux ne suivent pas; il n'apparaît aucune manifestation d'activilé, ni même d'imitation. Aux caractères de l'idiotie viennent s'ajouter ces symptômes spéciaux, dus à l'hypothyroïdie: épaississement des extrémités, gonflement de la langue et des lèvres, œdème des paupières, épaisseur et rareté des cheveux.

Le traitement opothérapique est à peu près sans action sur ces myxœdémateux idiots, dont l'existence d'ailleurs dépasse rarement la quinzième ou la vingtième année.

Acôtéde Yidiotie myxœdémateuse, il existe des anomalies mentales plus atténuées, imbécillité et simple arriération répondant soit au myxœdème simple, soit à Y insuffisance thyroïdienne de de Rothschild et Léopold Lévy. Nous en parlerons plus loin.

L'idiotie mongolienne présente des caractères spéciaux assez intéressants pour que nous les résumions brièvement: l'aspect extérieur de ces enfants est celui qui caractérise le type de la race jaune : les yeux sont plus petits qu'à l'état normal, fendus en amande, à grand axe oblique de haut en bas et de dehors en dedans; les paupières paraissent minces, à peine suffisantes pour recouvrir le globe oculaire ; les cils sont parfois très développés. Le visage est souvent rouge, bouffi ; les lèvres sont grosses comme dans le myxœdème, mais plus éversées en dehors; la langue est épaisse et sillonnée de plis (langue scrotale).

La taille est petite, la peau sèche; dans le tissu cellulaire, existent quelquefois des pseudo-lipomes, comme dans le myxœdème ; les cheveux sont fins et très développés.

Le déficit mental est à peu près complet ; dans une statistique portant sur 26 malades, on a noté 14 idiots profonds, 7 idiots moyens et 5 atteints d'idiotie légère. C'est donc une forme grave d'anomalie mentale : de plus, la résistance physique de ces malades est le plus souvent peu développée, et la plupart du temps ils succombent jeunes.

Certains caractères de l'idiotie mongolienne la rapprochent de l'idiotie myxœdémateuse. On note en particulier un retard analogue dansl'évolution et dans ledéveloppement: les fontanelles restentlongtempslargeraentouvertes,et les sutures crâniennes ne seferment que

très tardivement. Mais, ce qui permet de différencier ces deux états, c'est que l'idiotie mongolienne existe dès la naissance, tandis que le myxœdème n'apparaît que plus tard ; d'autre part, les mongoliens possèdent un corps thyroïde normal, et l'opothérapie thyroïdienne reste sans action ou à peu près dans cette variété d'idiotie.

La cause anaiomique de Vidiotie mongolienne n'est pas nettement établie : on a noté, dans la plupart des cas, un arrêt de développement du cerveau avec simplification des circonvolutions (lissencephalie); il n'existe que peu ou pas de lésions méningées; on a suppose que l'arrêt de développement du cerveau pouvait être dû à l'insuffisance des glandes à sécrétion interne pendant la vie fœtale; mais cette hypothèse n'est pas démontrée.

Vidiotie amaurotique, ou idiotie familiale, est très exceptionnelle et entraîne la mort rapide des enfants qui en sont atteints.

Chez les hydrocéphales, l'idiotie s'accompagne des symptômes que nous avons déjà décrits : tête volumineuse, yeux saillants regard dirigé en bas avec disparition de la plus grande partie de 1 iris sous la paupière inférieure; en même temps, on note l'exagération des réflexes, la tendance aux spasmes et aux contractures.

Imbécillité. — L'intelligence a, chez ces malades, un développement relatif : l'attention, la mémoire, la volonté, peuvent se manifester, mais toujours d'une façon transitoire et fugace. On peut apprendre à l'imbécile à signer son nom ; au point de vue sensoriel, malgré un déficit parfois assez marqué, ces malades sont relativement assez développés. Ce qui les caractérise surtout, ce sont leurs déterminations instinctives, auxquelles ils obéissent sans frein ni retenue. M. Sollier a pu dire avec raison que l'idiot était un «être extra-social », tandis que l'imbécile était un « être antisocial ».

Ces instincts pervers sont de tous ordres : tendance au vol (kleptomanie), tendance à l'incendie (pyromanie) : dans ces actions délictueuses, on peut dire que les imbéciles font le mal pour le mal. D'autres traits de leurs caractères sont ainsi résumés par Bourneville: « Ils sont menteurs, querelleurs, paresseux, poltrons, entêtes, mobiles, incapables d'un effort soutenu. Ils ont des besoins sexuels auxquels ils cèdent sans retenue. Ils ne peuvent remplir que des occupations simples, uniformes, toujours les mêmes. »

La parole existe avec une prononciation souvent très défectueuse; les sentiments affectifs sont très superficiels.

Le mensonge, chez les imbéciles, est très différent de celui que nous rencontrerons chez les anormaux hystériques : chez les premiers, c'est un mensonge grossier, maladroit, aucunement préparé, une sorte de « négativisme» ; nous verrons que, chez les hystériques, le mensonge est toujours savamment apprêté et qu'il l'ait preuve d'une véritable richesse d'invention.

En résumé, on peut dire que, chez l'imbécile, le développement sensoriel est presque complet, le développement intellectuel très peu marqué, le déficit mental considérable; au point de vue moral, cet anormal se caractérise par l'absence de volonté et la perversion des instincts.

L'état mental des imbéciles peut se superposer à certains des symptômes physiques ou à certaines des lésions que nous avons passées en revue précédemment : c'est ainsi qu'on peut voir l'hémiplégie infantile, l'athétose, servir de substratum aux troubles mentaux des imbéciles.

Arriération mentale. — Classification des arriérés. — Cette catégorie d'anormaux est la plus intéressante au point de vue scolaire; nous rencontrerons souvent ces malades dans les écoles, et la connaissance de leur anomalie est d'autant plus nécessaire que le diagnostic en est souvent fort délicat.

On a pu diviser cette classe nombreuse des enfants mentalement arriérés en divers groupes : évidemment, cette division est un peu arbitraire et schématique, mais elle est nécessaire pour la compréhension d'états souvent complexes et délicats à définir.

On peut, pour classer les arriérés, tenir compte seulement des troubles qu'ils présentent au point de vue mental ou intellectuel ; mais il nous paraît plus intéressant, tout en laissant aux troubles mentaux la place prépondérante, de faire une place aux symptômes morbides que l'on peut constater en même temps : nous pensons spécialement ici aux faits d'arriération mentale qui se combinent avec certaines névroses, hystérie ou épilepsie, et à ceux où coexistent des troubles moteurs dont nous n'avons pas encore parlé, tics et chorée variable des dégénérés (de Brissaud).

Dans un premier groupe d'arriérés, on doit placer les enfants qui présentent un simple retard de leur développement intellectuel ; l'ensemble des facultés accuse une insuffisance manifeste, sans que l'on constate un trouble prédominant dans l'une quelconque des facultés intellectuelles. Ces enfants, à l'âge de dix ou douze ans, ont l'intelligence et la mentalité d'enfants de cinq à six ans : ceux-là sont de vrais arriérés. Cette arriération pure et simple est d'ailleurs assez rare.

Dans un second groupe, qui comprend un nombre de cas beau-

coup plus nombreux, le retard intellectuel s'accompagne d'un étal plus ou moins marqué de déséquilibre mental ; à côté de l'arriération, du relard par défaut de développement de l'ensemble des facultés intellectuelles, on note une nouvelle cause d'arriération due au défaut d'équilibre entre les facultés : ce déséquilibre peut porter aussi bien sur l'état physique et sensoriel que sur 1 état ^ intellectuel et moral ; il peut s'agir, suivant les cas, d'un déséquilibre moteur, intellectuel, moral ou affectif.

Le défaut d'équilibre peut se manifester en deux sens différents : tantôt c'est un déséquilibre par insuffisance, tantôt c'est un déséquilibre par excès : dans le premier cas, il s'agit iïasthéniques, chez qui tout effort physique ou intellectuel paraît impossible ; ce sont des paresseux, des déprimés. Dans la catégorie opposée, se placent les enfants qui, au contraire, présentent une excitation anormale, aussi bien au point de vue moteur qu'au point de vue intellectuel ou moral : ce sont des instables chez qui non seulement le mouvement désordonné est nécessaire, mais qui, de plus, passent sans cesse d'une idée ou d'un acte à une idée nouvelle ou à un acte

différent.

Arriération simple, arriération avec déséquilibre, asthénie ou instabilité, sont des formes de l'arriération mentale qu'il est parfois difficile de distinguer entre elles; il est, dans d'autres cas, également malaisé de différencier l'arriération simple des troubles intellectuels plus profonds ou, au contraire, d'apercevoir une différence entre un état légèrement anormal et l'état normal des facultés intellectuelles chez un enfant du même âge.

D'une façon générale, ce qui distingue les enfants mentalement arriérés de ceux qui sont atteints d'imbécillité, c'est que le développement sensoriel chez les premiers est relativement normal ; cependant, chez les simples arriérés, on peut, par un examen attentif, trouver un léger déficit sensoriel, et, au point de vue moteur, il est possible de constater quelques-uns des troubles que nous avons précédemment décrits sous le nom de débilité motrice.

D'autre part, entre l'enfant normal et celui qui présente un léger degré d'arriération mentale, la distinction est parfois difficile, et bien des enfants, qui sont considérés comme de simples paresseux ou comme mauvais sujets, sont en réalité des enfants mentalement anormaux qu'il faudrait songer à soigner avant de les punir.

Il est également très délicat d'établir une démarcation nette entre l'arriération simple et l'arriération accompagnée de déséquilibre : par exemple, il ne serait pas aisé de distinguer d'une façon absolue les caractères présentés par l'enfant paresseux pour cause d'asthénie et l'enfant paresseux par arriération simple : est-ce par défaut de volonté ou simplement à cause de son arriération que l'enfant n'arrive pas à exécuter le travail qu'on lui demande ? Pour

résoudre le problème, forée sera de rechercher dans d'autres domaines s'il existe des signes d'asthénie qui, là encore, ne seront pas toujours commodes à déceler.

Nous devions faire ces quelques réserves sur la difficulté que l'on rencontre a établir une classification précise des différentes formes d'arriération mentale : nous pouvons maintement entrepren<hv l'étude de chacune de ces formes.

Arriération simple. — L'arriéré simple, avons-nous dit, est un enfant qui présente un retard de deux, trois, quatre ans et plus sur le développement normal des enfants du môme âge; ce retard porte sur le développement intellectuel ; il n'existe pas, ou à peine, au point de vue sensoriel.

Cette arriération porte sur les différentes facultés intellectuelles : attention, mémoire, association des idées, délibération, volition. Ces diverses facultés, bien que toutes atteintes, peuvent l'être à des degrés différents.

Tout travail, tout effort intellectuel, sont lents et pénibles ; par périodes cependant, ces enfants sont capables de fournir un certain effort à la condition qu'il soit peu prolongé ; il ne s'agit pas d'ailleurs de mauvaise volonté, mais simplement d'incapacité. « L'attention de l'arriéré, dit Bourneville, laisse toujours beaucoup à désirer. On peut la fixer, mais seulement pendant un temps assez court. Pour augmenter ce temps, il faut varier les occupations intellectuelles. La conception est lente, lamémoire paresseuse; la réflexion, la prévoyance, n'existent qu'à un faible degré.

« Ce sont des enfants qui n'apprennent que par périodes. »

A côté de cette insuffisance générale des facultés intellectuelles, les arriérés peuvent posséder des aptitudes ou des penchants spéciaux qu'il faut savoir utiliser dans leur éducation : ils sont souvent capable de vraie affectivité ; ils ont le sens moral parfois assez développé, ainsi que l'instinct de l'ordre et de la propreté : on conçoit de quelle importance sont ces qualités au point de vue de l'éducation : il ne faudra pas chercher à donner à ces enfants une instruction que leur intelligence ne permet pas ; mais on pourra leur choisir des occupations en rapport avec les goûts qui paraissent prédominer chez eux.

A côté de ces qualités, les arriérés peuvent présenter des défauts que l'éducation pourra s'efforcer de redresser : « Certains sont irrigables, hargneux, rageurs, violents, cruels, entêtés, vindicatif, moroses, défiants ; quelques-uns sont désordonnés, turbulents ou apathiques ; d'autres ont l'amour du vin et des liqueurs poussé jusqu'à l'ivrognerie » (Paul-Honcour).

Des signes de dégénérescence et des sligmales plus ou moins marqués existent souvent chez ces arriérés.

C'est dans ce groupe de l'arriération mentale simple qu'il faut

ranger les anormaux définis parThulié sous le nom de « diminués » ; l'expression de « puérilisme » convient également à ces malades; certaines formes d'insuffisance thyroïdienne peuvent aboutir au même degré d'anomalie mentale.

Arriération avec déséquilibre. — Les asthéniques. — Le déséquilibre mental, nous l'avons déjà dit, se traduit par de l'insuffisance ou par de l'excès de l'activité volontaire ; nous aurons à étudier surtout ces deux grands types de déséquilibrés, les asthéniques et les instables.

Chez les asthéniques, l'anomalie mentale se traduit par la diminution de l'activité volontaire, par de la dépression, par une apathie invincible ; en classe, cet enfant est considéré comme un paresseux qui somnole sans s'intéresser à quoi que ce soit : c'est en quelque sorte le « cancre inerte ».

Chez ces enfants, la paresse paraît régner en maîtresse sur toutes les facultés : mémoire, imagination, volonté. L'attention ne peut ni se concentrer, ni se maintenir sur un objet quelconque, non pas qu'elle soit distraite par un nouvel objet, mais parce qu'elle s'accompagne très vite d'une fatigue à laquelle l'enfant paraît succomber d'une façon invincible.

L'asthénique ne peut pas sortir de l'état de dépression où il se trouve : ceci le différencie du paresseux simple qui n'aurait qu'à vouloir pour pouvoir et serait capable d'un effort.

Cette impuissance, vis-à-vis du travail, existe dans les autres domaines de l'activité : ces enfants ne savent pas plus jouer ou s'amuser qu'ils ne savent travailler ; ils restent indifférents à toute cause d'émulation, aux punitions comme aux récompenses. A l'école, l'enfant asthénique ne constitue pas une gène ni un embarras : il reste somnolent, indifférent à ce qui se passe autour de lui ; il ne s'occupe ni de ses camarades ni de ses maîtres, et ceux-ci le laissent volontiers s'endormir dans sa torpeur ; c'est l'élève qu'on catalogue cancre ou crétin et dont personne ne se soucie.

Le Dr Maurice de Flcury a voulu voir, dans cette asthénie intellectuelle, \q résultat d'une asthénie physique analogue caractérisée par de Vatonie organique : ces enfants seraient souvent porteurs de dilatation del'estomac, de laxité ligamentaire, d'hypotension, de refroidissement des extrémités: c'est là une notion intéressante, mais qui ne parait pas pleinement confirmée parles faits.

L'enfant asthénique ne doit pas être confondu avec V enfant neurasthénique. D abord, les symptômes de la neurasthénie ne sont pas des symptômes permanents. L'enfant neurasthénique est, ensuite, un enfant dont l'intelligence a le plus souvent son développement normal ; et c'est seulement sous l'influence de causes déterminantes qu'apparaît l'état pathologique, en particulier à la suite du surmenage ; après les concours ou les examens de lin d'études, apparaît

cel état spécial d'anxiété ou d'aboulie accompagné d'insomnie, de

céphalée, de fa ligue, qui caractérise la neurasthénie. Celte dépression nerveuse momentanée survenant chez un sujet qui a fourni un effort cérébral excessif est donc complètement différente de ce que nous observons chez l'arriéré asthénique.

Enfin la neurasthénie infantile, de par son étiologie, ne survient guère que chez des enfants déjà grands, soumis au surmenage intellectuel ; l'asthénie,, au contraire, apparaît dès que Ton demande au jeune enfant d'accomplir le moindre effort mettant en jeu son activité volontaire.

Cette distinction a été nettement formulée par le Dr Paul-Boncour : « Le neurasthénique adulte et l'écolier asthénique sont donc tous deux fatigués pour des raisons bien différentes ; l'adulte neurasthénique souffre d'une exagération d'efforts voulue : il a abusé de sa force; l'enfant asthénique est, au contraire, incapable de volonté et par conséquent d'effort. »

Les instables. — En opposition avec les asthéniques, dont l'état se caractérise par une diminution de l'activité, se place un groupe d'enfants dont l'état anormal se manifeste par une excitation excessive, une suractivité morbide, de l'instabilité. Les premiers sont naturellement considérés à l'école comme des paresseux, les seconds comme des indisciplinés.

« L'écolier instable est un enfant mentalement anormal, qui ne peut fixer son attention, soit pour écouter, soit pour répondre, soit pour comprendre. C'est en vain qu'on le ramène au sujet : perpétuellementet malgré lui, son esprit se tourne ailleurs, et il est à noter que souvent son instabilité physique n'est pas moins prononcée que l'instabilité mentale » (Paul-Boncour).

Suivant l'expression de Demoor (de Bruxelles), on pourrait dire de ces enfants qu'ils sont atteints d'une véritable « chorée mentale » ; aucun terme de comparaison ne pouvait être mieux choisi pour indiquer la diversité et l'imprévu que ces enfants impriment à leurs actes intellectuels.

L'instabilité se manifeste dans l'exercice des diverses facultés de l'intelligence.

C'est d'abord, et surtout, l'attention qui est incapable de toute application : le moindre objet, le moindre mouvement, suffisent à distraire ces écoliers de la besogne qu'ils paraissaient avoir entreprise avec une certaine assiduité.

La mobilité extrême de l'attention est souvent compatible avec une mémoire suffisamment développée ; chez certains instables, il y a une sorte d'hypertrophie de quelque partie de la mémoire, mémoire des chiffres ou des dates par exemple.

Les facultés supérieures, jugement et volonté, souffrent plus que les premières encore de cet état d'instabilité. La réflexion, le raison-

nement, Pacte délibéré et exécuté par une volonté continue, sont à peu près inconnus des instables.

Dans l'éducation de ces anormaux, il faudra tenir compte des aptitudes qu'ils peuvent présenter, celle au calcul par exemple ; il faudra surtout savoir diversifier l'enseignement de manière à exiger le minimum d'effort d'attention sur un môme objet ; le maître chargé de cet enseignement devra savoir reconnaître le moment où la faculté d'attention va être épuisée, et l'on sait que cet épuisement peut se produire très vite.

L'instabilité intellectuelle s'accompagne d'une instabilité analogue dans le domaine moral ou dans le domaine de l'activité physique.

Les sentiments affectifs sont profondément déséquilibrés. Ces enfants sont alternativement bons et méchants, aimants et haineux, dévoués et égoïstes ; il en résulte des irrégularités de caractère déconcertantes pour l'entourage.

Les instables sont, de plus, extrêmement émotifs : les impressions plus ou moins fortes qu'ils éprouvent dans le domaine sensoriel se traduisent par des réactions exagérées et en disproportion avec leurs cause : ces réactions brusques et intenses prennent le caractère A" impulsions : en l'absence de contrôle exercé par les facultés supérieures, en l'absence de volonté et de raisonnement, ces impulsions peuvent devenir dangereuses, aussi bien pour le malade lui-même que pour son entourage : le caractère nocif de ces impulsions est toutefois moins développé chez l'arriéré que chez l'imbécile, et une éducation bien dirigée peut atténuer et corriger ces réactions violentes et cette émotivité excessive.

Le caractère de l'instable présente assez souvent une tendance marquée à la vantardise, à l'orgueil, à la fabulation : cet enfant, doué de mémoire et par là même d'imagination, est capable d'inventer sur son propre compte ou sur celui de ses camarades des histoires empreintes d'exagération ; à ce point de vue, l'instable se rapprochedu petit hystérique: ce dernier, toutefois, fait preuve dans ses inventions de plus de suite dans les idées ; ses mensonges se tiennent mieux parce qu'il est plus intelligent.

L'éducation intellectuelle de l'instable, malgré le développement partiel de quelques-unes de ses facultés, est le plus souvent très difficile à réaliser. Comme l'ont dit Magnan et Legrain, « ces prodiges partiels » sont capables d'étonner par un savoir de façade ; ils peuvent briller sur un point très limité du programme. Leur verbiage peut en imposer pendant quelques instants pour une connaissance suffisante des objets dont ils parlent, mais il ne faut pas longtemps pour s'apercevoir que derrière leur aplomb se masque une insuffisance de la plupart des matières enseignées ; « un observateur avisé ou prévenu a vite fait de reconnaître que, chez ces enfants, l'hypertrophie de certaines facultés est chèrement payée par l'atro-

phie d'aptitudes essentielles, et que cette inégalité déséquilibre fatalement leur mentalité. Alors il discerne et reconnaît derrière toute celte façade des caractères de névropathie : instabilité des impressions et des désirs, irrégularité de l'attention, versatilité perpétuelle des sentiments, dérèglement ou perversion de la volonté, incoordination et imprécision du langage, amitiésridiculesetpassagères, etc. Quelquefois d'autres tares morales s'ajoutent encore à tout cela, et l'on voit ces écoliers cruels, menteurs, indifférents envers leurs proches... sans parler de leurs impulsions graves et dangereuses : kleptomanie, pyromanie, etc. »

L'instabilité peut se rencontrer chez des sujets dont le système nerveux, au point de vue organique, paraît ne présenter aucune tare ; mais, parfois aussi, on trouve chez ces malades la coexistence de lésions du système nerveux se caractérisant par des signes physiques comme l'athétose double par exemple.

D'autres fois, on ne trouve pas à l'instabilité le substratum d'une lésion nerveuse organique, mais on constate des troubles nerveux fonctionnels dont le rôle dans l'apparition de l'instabilité mentale paraît indiscutable.

L'étude rapide de ces maladies, organiques ou fonctionnelles, du système nerveux, doit donc compléter ce que nous avons dit de l'instabilité intellectuelle et mentale : elle nous permet d'attribuer à cette tare mentale une cause nettement définie.

L'athétose double accompagnée ou non d'hémiplégie peut coïncider avec une instabilité très marquée ; dans ce dernier cas, il s'agit d'une lésion cérébrale véritable servant de substratum à l'instabilité mentale. Nous avons observé un pareil cas chez le fils d'un médecin.

La chorée de Sydenham peut donner lieu également à des troubles d'instabilité.

La c/wrée variable des dégénérés, décrite par Brissaud, peut se retrouver chez les instables : on observe alors certains signes d'infantilisme, avec débilité mentale et affective ; ces accidents débutent vers l'âge de trois ou quatre ans ; au point de vue moteur, il existe des mouvements irréguliers, analogues à ceux de la chorée ordinaire, et des gestes répétés à intervalles plus ou moins rapprochés analogues auxtics; cette chorée variable des dégénérés, au point de vue symptomatique, pourrait être placée entre la chorée ordinaire et les tics.

Les tics sont des troubles moteurs purement fonctionnels dont la parenté avec l'instabilité mentale paraît très nettement établie. Ils consistent en des mouvements convulsifs, fonctionnellement systématisés, se reproduisant à intervalles assez rapprochés, et rappelant soit un geste anormal, soit une grimace. Les tics se produisent d'une façon intempestive et involontaire ; ils sont pré-

cédés dune sensation d'angoisse spéciale, et ils s'exagèrent dans les moments d'émotion.

C'est entre l'âge de six et quinze ans que les tics apparaissent ; ils sont souvent provoqués par l'imitation d'un tic analogue existant chez un autre enfant : on a désigné cette imitation sous le nom d'échomimie ou d'écholalie, suivant qu'elle porte sur un geste ou sur une parole.

Les tiqueurs présentent souvent les tares de débilité motrice sur lesquelles Dupré a insisté : phénomènes de calatonie ou de paralome. On observe également chez eux le phénomène décrit par Meige sous le nom de « chute des bras » : chez un sujet normal, lorsque, après avoir maintenu les bras horizontalement étendus, on vient à les laisser tomber, leur chute subit normalement les lois delà pesanteur et se fait avec une certaine rapidité ; chez les sujets dont nous nous occupons, la chute, au contraire, se fait avec lenteur, parce que le relâchement musculaire reste incomplet pendant un certain temps ; la désignation de paratonie convient parfaitement à ce phénomène. L'enfant porteur de tics a une faculté spéciale, c'est de traduire les sensations qu'il éprouve sous forme de mouvements ; on a désigné cette faculté sous le nom de pouvoir moteur des images ; les instables, eux aussi, sont très fréquemment amenés à exprimer par des gestes les changements incessants qui surviennent dans leur domaine intellectuel ou imaginatif.

Les tics les plus fréquemment observés portent sur la face, les paupières, les lèvres, les ailes du nez. Certains mouvements d'élévation de l'épaule ou de balancement de la tête sont également fréquents.

Il faut rapprocher des tics certains mouvements qui se produisent pendant le sommeil : balancements de la tête, mouvements pendulaires, jaciatio capitis noclurna de Jappert.

Les troubles mentaux dans l'épilepsie, l'hystérie, l'insuffisance thyroïdienne. — Au cours de ces différents états peuvent survenir xies troubles mentaux dont l'apparition est facilitée par le terrain névropathique que l'on rencontre chez les individus atteints d'épilepsie ou d'hystérie ; cette distinction doit être faite tout d'abord entre les troubles qu'il faut imputer à la névrose et ceux que Ton doit attribuer à la constitution nerveuse, souvent héréditaire, de ces malades.

Épilepsie. — Dans cette affection, il faut distinguer la forme grave, la forme commune et la forme larvée.

Les formes graves, justiciables des asiles, s'accompagnent d'un affaiblissement progressif des facultés mentales aboutissant plus ou moins vite à la « démence » ou « idiotie épileptique » ; on observe chez ces malades tous les caractères de l'idiotie, avec, en plus, des •crises convulsives souvent rapprochées.

Tkaitic d'hygiène. VI. 37

La forme commune est caractérisée par des attaques convulsives précédées ou non d'aura, et comprenant une première période tonique, avec contractures localisées à un membre ou généralisées à tout le corps : une période clonique, ou convulsive ; et enfin une troisième période dite stertoreuse, au cours de laquelle l'enfant est plongé dans un profond sommeil, avec privation de tout sentiment et de toute sensibilité.

Au point de vue scolaire, la question importante à résoudre est de savoir si les enfants atteints de temps en temps de pareilles crises convulsives doivent être ou non évincés de l'école d'une façon définitive. Il est certain qu'une crise d'épilepsie survenant en pleine classe est une cause de trouble profond et d'émotion violente pour tous les élèves. D'autre part, il est impossible de priver de la fréquentation scolaire un enfant dont les crises sont très espacées, dont l'état est améliorable, et à qui le manque d'instruction porterait un profond préjudice. Par conséquent, si l'épilepsie ne s'accompagne pas de troubles mentaux ni d'arriération, l'enfant pourra être admis à l'école ; dans le cas contraire, il sera dirigé vers une école d'anormaux.

Si la crise d'épilepsie s'accompagne de troubles plus importants ou si la crise est remplacée par un équivalent psychique ou moteur, qui porte l'enfanta des actes impulsifs dangereux, l'exclusion devra être immédiatement prononcée. Nous avons examiné un écolier qui, au cours de son impulsion, se jetait sur un de ses camarades armé d'un canif, ou, d'autres fois, cherchait à mordre ou à griffer ; il est désirable que dans un pareil cas l'enfant ne soit pas admis à l'école.

La forme larvée est la plus intéressante à connaître pour nous ; dans cette forme, le diagnostic est parfois très délicat à établir : les crises convulsives font défaut ; elles sont remplacées soit par des équivalents psychiques ou moteurs, auxquels nous ferons allusion tout à l'heure, soit par des vertiges ou des absences dont la véritable cause peut rester longtemps méconnue ; la nature exacte de ces malaises n'apparaît souvent qu'au moment où survient une crise caractérisée ; et encore, il n'est pas rare que des parents cachent l'accident qui est survenu à leur enfant et laissent le maître aussi bien que le médecin ignorants de l'attaque survenue à la maison.

Le malaise qui, dans ces formes atténuées, remplace la crise, peut être réduit à une convulsion tellement localisée et tellement faible qu'elle reste inaperçue : il ne se produit qu'un battement passager des paupières, une légère contracture des traits ; l'enfant reste un peu pâle, puis tout rentre dans l'ordre ; l'incident n'a duré que quelques secondes, au plus une minute.

D'autres fois, c'est une tendance aux vertiges : l'enfant debout est obligé de s'asseoir, le regard voilé ou fixe, puis il semble se réveiller

comme s'il sortait d'un rêve ; il hésite pour reconnaître l'endroit et les figures qui l'environnent ; puis, pendant quelques instants, il persiste de la lenteur des idées, un peu d'hésitation de la parole ; le malaise a été si fugace qu'il faut être prévenu de sa signification pour lui attribuer toute sa valeur.

Si de semblables malaises se reproduisent à plusieurs reprises dans la même journée, l'enfant conservera dans leur intervalle un aspect de fatigue, avec une inaptitude plus ou moins marquée au travail : le maître traitera volontiers cet écolier comme un paresseux ou comme uninattenlif : en effet, les progrès sont extrêmement lents, et bientôt l'enfant ne sera plus capable de suivre sa classe ; il sera devenu un arriéré. On conçoit tout l'intérêt qu'il y aurait à porter un diagnostic exact dès l'apparition des premiers symptômes ; car on peut espérer qu'un traitement approprié espacera d'abord, puis fera disparaître ces crises larvées ; l'état mental, après cette disparition, reviendra à la normale.

Ces simples malaises, crises convulsives si légères qu'elles passent inaperçues, absences ou vertiges, sont parfois accompagnés ou remplacés par des troubles psychiques paroxystiques. On considère ces troubles comme des équivalents psychiques de Vallaque spasmodique.

Au cours de ces impulsions, qui surviennent avec une brusquerie surprenante et en dehors de toute cause provocatrice, l'enfant prononce des paroles incohérentes, des cris sans suite, des mots obscènes ; on croirait être en présence d'un délire aigu.

L'impulsion peut aussi revêtir le type moteur : dans ce cas, l'enfant cherche tout d'un coup à s'échapper de la classe, à moins qu'il ne se jette brutalement sur ses voisins, ou encore qu'il ne brise le premier objet qui lui tombe sous la main.

Mais, quelle que soit la forme de l'impulsion, psychique ou motrice, elle surprendra toujours par la soudaineté de son apparition, par son absurdité et par l'absence de cause déterminante.

Ces actes impulsifs sont tellement étranges qu'ils surprennent même les personnes qui ne sont pas au courant des manifestations psychiques anormales des enfants. Le Dp Paul-Boncour rapporte un exemple très caractéristique de l'un de ces cas ; une écolière de onze ans se levait spontanément au milieu de la classe, allait toucher la fenêtre et revenait à sa place. « L'étrangeté de cette attitude décida la directrice de l'école à nous envoyer examiner l'enfant avec ces remarques précises : « Cette enfant se montre absolument anor- « maie à l'école ; elle a en classe des mouvements brusques et désor- « donnés que rien n'explique. Tout à coup, sans raison, elle pousse « l'une de ses compagnes, elle mord l'autre, circule en frappant du « pied et sait rarement ses leçons. D'ailleurs M... a onze ans passés ; « elle devrait être en première ou du moins en deuxième classe, et

« elle suit mal la sixième à cause de la singularité et de la bizarrerie <( de son caractère. »

« A l'examen médical, cette enfant s'est montrée instable, ayant de l'insuffisance intellectuelle et des impulsions ; de plus, c'était une épileptique sur l'état de laquelle des accès de somnambulisme ainsi que d'autres symptômes non moins démonstratifs ne laissent aucun doute. »

Jusqu'ici nous n'avons eu en vue que les troubles survenant au moment de la crise ou la remplaçant.

Nous devons maintenant nous occuper de Yélal mental qui s'établit chez les malades dont les crises larvées sont assez rapprochées ; il existe alors une sorte d'état d'obnubilation, qui n'est pas sans analogie avec les caractères observés chez l'arriéré mental asthénique : ce sont des enfants peu intelligents, engourdis, paresseux, inattentifs. L'inaptitude au travail intellectuel est très marquée ; tant que la cause de cet état n'est pas découverte, on a tendance à considérer ces enfants comme des indolents ou des paresseux ; on les accuse volontiers d'habitudes mauvaises, et on recherche chez eux la cause de cette torpeur dans des accès d'onanisme. Si on laisse ces malades privés de soins, si on ne découvre pas la cause de leur trouble mental, celui-ci ne fera que s'accroître ; l'arriération ira en s'aggravant. Tant que l'enfant reste sous le contrôle de l'école ou de sa famille, il n'y a que demi-mal ; mais, livré à lui-même, ce malade risque de devenir la victime de ses impulsions : les épileptiques méconnus et non soignés sont souvent des coupables ou même des criminels que l'on ne peut pas juger comme responsables.

L'ensemble des troubles et des symptômes que nous venons de résumer a été réuni par certains auteurs qui ont cherché à définir un caractère épileptique qui résulterait de la juxtaposition de ces différents symptômes : « L'épileptique serait instable, facilement irritable, impulsif et sujet à de brusques explosions de colère. Querelleur et rancunier, égoïste et vindicatif, etc., il serait entêté, capricieux, sans suite dans les idées, etc., toutes choses expliquant pourquoi le petit épileptique est, suivant l'expression de Falret, « difficile à vivre ». »

Le Dr Paul-Boncour, à qui nous empruntons cette description, fait remarquer que les troubles permanents qui constituent cette mentalité spéciale n'appartiennent pas en propre à l'épilepsie ; ces troubles se retrouvent chez tout névropathe ou déséquilibré ; il faut les considérer comme « l'expression de la névropathie dont souffre l'écolier et qui est, elle, le fond primitif de la nature de l'enfant ».

Hystérie. - L'écolier hystérique a une mentalité toute différente de celle qui caractérise l'enfant atteint d'épilepsie larvée. L'hystérique, tout d'abord, ne produit pas l'impression d'un arriéré ; bien au contraire, c'est un enfant à la mine éveillée, à figure expressive

et intelligente, curieux, apprenant vite ; mais cet enfant, d'apparence intelligente, est en réalité tellement étourdi, si inconstant d'humeur, si versatile et si irritable que ses acquisitions sont fragiles et peu durables. Mais, s'il retient peu de ce qu'il apprend, il sait en tirer un parti extraordinaire.

Les hystériques, en effet, font montre de leur savoir avec un amour-propre naïf et excessif, avec une vantardise et une coquetterie dont les excès ne tardent pas à se faire sentir ; ils sont bientôt amenés à inventer ce qu'ils ne savent pas, à combiner des aventures imaginaires dont ils sont toujours les héros, à faire des récits dont la mise en scène fait preuve d'une extraordinaire imagination. Ainsi ces enfants deviennent menteurs et mythomanes : pour se rendre intéressants et pour attirer l'attention, ils mentent sur tout et à tout propos ; ils ne calculent aucunement la portée ou la conséquence de leurs inventions mensongères, et ils n'hésitent pas à accuser de fautes les plus graves les personnes qu'ils devraient en apparence le mieux aimer ou le plus respecter.

Nous citerons seulement l'exemple de ce lycéen qui racontait à ses parents une histoire de révolte dans un réfectoire avec bris de tous les objets de vaisselle; quelques jours plus tard, il rapportait qu'un de ses camarades avait volé une montre, et que le maître, au courant de ce vol, n'était pas intervenu; ces histoires étaient bâties de façon si naturelle que les parents jugèrent bon d'aller trouver le professeur : les mensonges de l'enfant étaient présentés avec de tels caractères de véracité que les parents furent stupéfiés d'avoir été si complètement induits en erreur.

Il arrive que les magistrats soient parfois encore dupés par certains enfants hystériques; les juges sont prévenus cependant delà facilité avec laquelle ces sujets mettent en cause les personnes de leur entourage. Combien de professeurs et d'institutrices n'ont-ils pas été accusés des pires forfaits par leurs élèves!

L'habileté du mensonge des hystériques le différencie donc d'une façon complète du mensonge des arriérés et des imbéciles. Ces derniers mentent d'une façon grossière, malhabile et d'ailleurs infiniment moins dangereuse.

Nous ne pouvons pas étabir ici le diagnostic deY hystérie infantile : cela nous amènerait à sortir du cadre de cet ouvrage. Il nous suffira de rappeler que le diagnostic d'hystérie repose principalement sur la constatation de stigmates nets, qui malheureusement manquent assez souvent chez l'enfant. Il est évident que l'on a abusé de la désignation d'« hystérique», en l'appliquant à bien des sujets qui n'étaient en réalité que des névropathes plus ou moins instables.

Le point important, en hygiène scolaire, c'est de ne pas laisser inaperçu un des caractères psychiques morbides que nous venons d'indiquer; il faut que le maître sache que ces écoliers dont l'amour

propre, la vantardise, et d'une façon générale les réflexes psychiques, sont si exagérés, ne doivent pas être considérés comme de simples enfants nerveux: il faut qu'il sache que ces enfants sont porteurs de véritables tares mentales qui demandent à être soignées.

En dépistant de bonne heure ces états nerveux, on peut éviter l'apparition de l'hystérie confirmée, « à grand spectacle », qui, surtout chez les jeunes filles, vers l'âge de la puberté, peut prendre un caractère d'exceptionnelle gravité. En évitant à ces enfants nerveux le contact d'autres névropathes, en leur enlevant l'occasion de se livrer à leurs excentricités d'imagination, on peut atténuer le dérèglement de leurs facultés intellectuelles. Suivant l'expression de Gharcot, « T'hystérie chez l'enfant ne tient pas ». L'école peut avoir une influence favorable sur le développement psychique de ces anormaux hystériques : il faut pour cela que les méthodes employées à leur égard s'inspirent du caractère de leur névrose; leur éducation doit être conduite d'une façon extrêmement positive.

L'éducation en commun rend le plus souvent difficile l'application de ces principes ; elle présente pour les hystériques un autre danger : elle les expose, en effet, à rencontrer à l'école d'autres nerveux; en se fréquentant les uns les autres, ces malades ou ces prédisposés risquent surtout de voir leur état s'aggraver. Il nous suffira de citer l'épidémie bien connue de tremblement hystérique décrite par Leuch, à Zurich : une petite hystérique de neuf ans, atteinte de tremblement, inspira trois de ses voisines qui furent prises des mêmes symptômes; malgré l'avis du médecin, ces malades furent conservées à l'école et finalement, sur 133 élèves, 26 présentèrent du tremblement hystérique. Ces faits de contagion ou d'aggravation ne sont pas exceptionnels; ils indiquent assez quelles précautions prophylactiques doivent être prises à l'égard de ces enfants.

Les enfants hystériques ont une tendance marquée à la perversion : comme ils sont intelligents, ils savent fort bien dissimuler cette perversion morale, et la contagion de cette dernière est encore plus à craindre que celle des désordres physiques hystériques.

Dans ces cas, l'isolement de l'écolier hystérique s'impose; il n'est pas impossible, d'ailleurs, de réaliser cet isolement dans l'intérieur même de l'école, à la condition que le maître ait soin de veiller attentivement à ce que l'enfant malade n'ait jamais de conversations particulières avec ses camarades; il ne doit pour ainsi dire pas le quitter des yeux pendant les récréations, et en classe il doit le placer tout près de lui pour pouvoir exercer une surveillance constante. Le rôle du maître devient alors aussi important que celui du médecin ; il pourra avoir sur l'hystérique une influence des plus salutaires en appliquant à ses facultés mal équilibrées un redressement patient et continu.

Insuffisance thyroïdienne. — Nous avons vu que quelques idiots ou

imbéciles devaient leur profonde anomalie mentale à une altération fonctionnelle des glandes vasculaires sanguines. Nous avons décrit déjà Tidiotie myxœdémateuse.

Beaucoup plus fréquents sont les cas où Y insuffisance glandulaire détermine des anomalies mentales légères.

Dans Yhgpothyroïdie, l'enfant présente un certain degré de torpeur intellectuelle qui rappelle assez bien l'arriération mentale simple, ou l'arriération mentale avec asthénie. On note parfois la coïncidence des autres troubles somatiques dus au défaut de fonctionnement de la glande thyroïde: épaississe ment de la peau, cheveux gros et rares,

figure bouffie.

Le traitement opothérapique est susceptible d'amener l'amélioration de l'état physique et de l'état mental. Nous ne croyons pas toutefois que ces cas soient aussi fréquents que paraît le supposer le Dr R. Dupuy. Nous aurons, d'ailleurs, à revenir sur le traitement applicable à ces anormaux dans le prochain chapitre.

Subnormaux et anormaux transitoires. — Nous avons dit, au début de ce chapitre, quand nous avons établi la classification des différentes variétés d'arriération mentale, qu'il était fort difficile d'établir une limite précise, d'une part, entre les formes graves d'arriération et les formes légères d'imbécillité, et d'autre part entre les formes légères de l'arriération et l'intelligence normale : c'est entre les formes d'arriération mentale peu marquée et l'intelligence normale elle-même que certains auteurs, et en particulier M. Paul- Boncour, ont établi une catégorie spéciale de subnormaux.

Ces enfants, à peu près normaux, peuvent présenter un simple retard de l'ensemble de leurs facultés intellectuelles; ils peuvent également être lents dans leurs conceptions, ou au contraire présenter une certaine variabilité de caractère. On reconnaît dans ces types peu accusés les symptômes atténués que nous avons trouvés dans les différentes formes d'anomalie mentale ; il ne nous paraît pas très utile de compliquer la classification en y ajoutant cette nouvelle catégorie de malades subnormaux : il est plus simple de dire que, dans l'arriération mentale, il existe des formes si atténuées qu'il est presque impossible de les différencier de l'état intellectuel normal.

A l'école, ces enfants, très légèrement anormaux, sont traités d'excentriques ou d'originaux (Thulié). Si leur déviation mentale se rapproche de l'instabilité, on leur appliquera les « sobriquets de fous, toqués, cerveaux brûlés, hurluberlus » (Paul-Boncour) ; il est possible, d'ailleurs, que plus tard ces enfants deviennent de véritables déséquilibrés. Si, au contraire, ils présentent quelque analogie avec le type del'asthénique, on les considérera comme des paresseux, des indolents, des « molassons ». Enfin, s'ils sont simplement des arriérés « en réduction », ils fourniront ce type bien connu de l'écolier naïf et benêt, qui sera le « pâtira » de la classe, souvent persécuté par

ses petits camarades, éternelle victime des « bateaux » ou des brimades.

Anormaux transitoires. — Ce qualificatif convient aux enfants qui, à la suite d'une maladie aiguë ou chronique, présentent un certain déficit de leurs facultés intellectuelles ; à proprement parler, ce ne sont pas des anormaux, puisqu'ils ne présentent pas le caractère fondamental que nous avons assigné à ces malades, c'est-à-dire la permanence des troubles. Ces anomalies transitoires peuvent apparaître à la suite de la plupart des maladies aiguës; citons seulement la fièvre typhoïde ou la scarlatine, à la suite desquelles le trouble mental peut être si considérable qu'il mérite d'être classé parmi les vésanies. Entre cet état de déséquilibre complet et les formes les plus atténuées, tous les intermédiaires peuvent exister.

Parmi les affections chroniques, les végétations adénoïdes, Yalbuminurie, peuvent déterminer des troubles mentaux souvent prolongés.

Dans tous ces états, le traitement de la cause est le premier remède à apporter à l'anomalie mentale.

Arriérés pédagogiques. — Nous ne plaçons ici cette catégorie d'arriérés que pour protester contre le mauvais qualificatif employé pour des enfants qui ne présentent aucune tare mentale ; le mot d arriération devrait être uniquement employé pour désigner les anormaux qui présentent une lare mentale définitive et permanente.

L'arriéré pédagogique est simplement un enfant qui, pour une cause quelconque, pathologique ou sociale, n'a pas fréquenté l'école : un enfant de douze ans, un conscrit même — et ce dernier cas n'est pas rare — peuvent n'avoir aucun rudiment d'instruction, bien que leur intelligence soit normale et complète.

Il faut comprendre aussi, parmi les arriérés pédagogiques, les enfants qui n'ont pas profité de l'enseignement de l'école parce qu'ils étaient porteurs d'une tare physique, visuelle ou auditive, qui les empêchaient de voir ou d'entendre : ces enfants sont dans de mauvaises conditions pour profiter de l'enseignement en commun, mais il n'en faut pas conclure qu'ils présentent un déficit intellectuel.

A ces arriérés, il n'est pas besoin d'appliquer de méthode pédagogique spéciale; la meilleure preuve de l'intégrité de leurs fonctions intellectuelles est que souvent ils sont capables d'acquérir une instruction élémentaire par leurs propres moyens et en dehors de toute direction.

Bien des classes d'anormaux, qui ne devraient recevoir que des malades, comptent parmi leurs élèves une forte proportion d'arriérés pédagogiques ; ces enfants, simplement retardés par leurs études, font des progrès rapides qui constituent pour la classe d'anormaux un facile succès : rien n'est moins justifié que cet emploi de la

classe d'anormaux à l'éducation d'enfants parfaitement normaux, mais simplement retardés dans leurs études, parce qu'ils n'ont pas pu, pendant plusieurs mois ou plusieurs années, fréquenter l'école. Anormaux moraux. — Nous ne faisons que signaler la perversité morale qui peut exister, associée aux diverses anomalies mentales, mais qui peut également exister à l'état isolé, sans anomalie mentale elle est alors congénitale. Ce serait toute l'étude de la criminalité infantile qu'il faudrait entreprendre à ce propos, et ce serait sortir de notre sujet.

L'examen de l'anormal, au point de vue pédagogique, et l'établissement de la fiche médico-pédagogique seront étudiés dans un chapitre prochain : Les écoles d'anormaux.

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