‹ Traité d'hygiène (volume 3)Chapitre 33 sur 129 · HOMME · texte numérisé non relu

HOMME

par ki!o-

de 60 kilo-

de 70 kilo-

de 80 kilo-

grammes.

grammes.

grammes.

Saisons chaudes des pays chauds

— froides des pays chauds et été

des pays tempérés

— intermédiaires des pays tempé-

rés et été des pays froids . .

— froides des pays tempérés et in-

termédiaires des pays froids.

— froides dçs pays froids

D'après ces données, la ration de la marine, au point de vue de son rendement en travail, de son chiffre en calories, serait plus que suffisante dans les pays chauds, et rien ne serait plus facile que d'en diminuer la quantité pour arriver à la ration type proportionnelle à la température de chaque climat.

Mais elle présente un vice radical sur lequel l'attention doit être attirée en raison de son importance hygiénique considérable dans les pays chauds : c'est la forte proportion d'albuminoïdes qu'elle renferme. Nous avons vu que ces éléments, indispensables pour réparer les pertes azotées de l'organisme, n'ont pas besoin, en aucun cas, de dépasser 1 gramme à lgr25 par kilogramme, quelle que soit d'ailleurs leur origine.

Cet excès d'albuminoïdes dans la ration du marin français est uniquement dû à la quantité considérable de viande qui lui est allouée quotidiennement.

Or, rien n'est plus dangereux dans les pays chauds que l'excès de l'alimentation, et surtout l'excès des aliments azotés, auquel il faut

rattacher la plupart des infections des voies digestives avec leurs complications hépatiques.

C'est un préjugé courant de penser qu'une nourriture fortement azotée est indispensable pour combattre l'anémie tropicale, et c'est une des raisons pour lesquelles il importe de ne pas laisser à chaque groupe le choix de la composition de sa ration.

Cette influence nocive des azotés en excès a été signalée maintes fois. Maurel (1), dès 1880, poursuivant ridée des inconvénients de la suralimentation azotée dans les pays chauds, vérifia par l'expérimentation ce que la clinique lui avait fait si souvent constater : l'influence nocive d'une nourriture trop riche dans l'étiologie des accès bilieux, des congestions du foie, liés à la dysenterie et aux troubles du tube digestif.

Un de nous (2), au sujet des rapports de l'intestin et du foie en pathologie exotique, insistait sur la très grande importance qu'a une alimentation trop riche et surtout trop azotée sur les maladies de l'intestin qui retentissent rapidement sur le foie. La prétendue congestion physiologique du foie sous l'influence de la chaleur est toujours pathologique, comme déjà l'avait dit Layet (3), et nous croyons fermement que la très grande majorité, pour ne pas dire la totalité des affections du tube digestif si fréquentes dans les pays tropicaux et en particulier dans notre colonie indo-chinoise, sont dues à des fautes d'alimentation, celle-ci toujours trop riche en matériaux azotés.

On peut donc conclure qu'il est logique d'admettre la pluralité des rations, qui doivent varier non seulement avec la température et les conditions des divers climats, mais encore avec la nature du travail effectué par les hommes.

En s'aidant des données fournies par les tableaux ci-dessus, il est facile d'établir, selon les ressources de chaque pays, une ration d'entretien qui serait donnée aux hommes au moment des périodes de repos au mouillage, pendant lesquelles leur activité physique est à son minimum : puis, des suppléments de ration seraient alloués suivant le nombre d'heures de travail fourni, en appréciant le genre de travail, et le nombre approximatif de calories auxquels il correspond : le tout calculé largement de façon que la ration présente toujours sur les calculs théoriques un excédent notable, nécessité par l'âge des sujets, et par des déchets inévitables que subissent les aliments du fait de leur préparation.

La quantité des albuminoïdes restant toujours la même pour subvenir aux pertes azotées de l'organisme, c'est uniquement dans

(1) Maurel, Régime alimentaire dans les pays chauds. Congrès de Bluis. Association française pour l'avancement, des sciences, 1880.

(2) Congrès de médecine de Bordeaux, 1895. Rapporls. Foie et intestin

(3) Layet, art. Cochinchine. Dictionnaire encyclopédique des sciences médic.

les ternaires que doivent être choisies les allocations supplémentaires de la ration.

Il existe un certain nombre d'aliments qui n'entrent pas dans la composition réglementaire, tels que le riz, le fromage, le maïs, la lentille, etc., et qui constitueraient une ressource précieuse pour ces suppléments. Leur richesse alibile, la facilité de leur conservation les rendraient précieux pour de longues croisières, pendant lesquelles, en temps de guerre (car c'est toujours à cette prévision qu'il faut se rapporter), le renouvellement des approvisionnements serait si souvent impossible.

Le r/r, en particulier, qui joue un si grand rôle dans l'alimentation des peuples de l'Extrême-Orient, devrait constituer un des éléments primordiaux de la ration, auquel il conviendrait que les marins fussent accoutumés de tout temps, tandis qu'au contraire ils ne l'aiment pas, parce que les cuisiniers ne savent pas le préparer, ne savent même pas le faire cuire et ne le présentent jamais que sous forme d'une bouillie fade, qui ne rappelle jamais les préparations si délicates que réussissent tous les cuisiniers chinois.

Le riz doit être consommé avec des condiments qui en relèvent le goût, facilitent son assimilation et jouent certainement un rôle très important dans le rendement en travail si remarquable que donne cette céréale chez les Orientaux.

Chez les Annamites, c'est le nioc-mam, sorte de saumure de poisson fermenté, qui est l'assaisonnement indispensable du riz, et vient compléter heureusement sa pauvreté en azote.

Chez les Japonais, c'est le soyou, sauce également très riche en principes azotés, obtenue par la fermentation du pois de Soja {Soja hispida) avec du riz et du froment. Et ce dernier peuple, dont la sobriété est proverbiale, vient de donner d'une façon péremptoire la preuve qu'il n'est pas indispensable d'avoir une alimentation fortement carnée pour développer les instincts guerriers, l'esprit d'initiative, l'audace qui dépendent de tout autres facteurs, d'essence plus élevée.

En empruntant à ces peuples certains modes de préparation de leur riz, en l'adaptant à nos goûts, nul doute que nous ne trouvions là une ressource jusqu'ici complètement négligée pour l'alimentation des marins dans les pays chauds.

Le maïs, si répandu dans quantité de pays d'Europe et d'Ame rique, se prête également à un grand nombre de préparations, soit avec du sucre, soit avec du fromage, qui en font un aliment de premier ordre que les hommes apprécieraient certainement le jour où il serait présenté sous un aspect appétissant.

Les lentilles pourraient alterner avec les éternels fayots et, par leur association avec le lard, compléteraient pour certains repas le déficit en graisse que nous avons constaté dans la ration.

Pour la ration d'Europe comme pour la ration des pays chauds, il est indispensable de la compléter en corps gras par des approvisionnements de beurre salé en boîte, et par la graisse de Normandie, toujours très goûtée des équipages du nord dans la confection de leur soupe.

En dehors des inconvénients que présente au point de vue du rendement en travail une ration dans laquelle les divers éléments ne sont pas en proportions convenables, son influence sur la santé des hommes n'est pas moins grande, surtout dans les pays chauds.

De récentes observations faites par plusieurs médecins de la marine permettent de penser que le béribéri, qui était considéré comme l'apanage exclusif des races colorées, peut également frapper les Européens sous les tropiques.

Or, c'est précisément à la pénurie des graisses dans l'alimentation que Bremaud avait attribué une grande part dans l'étiologie du béribéri, et Laurent, d'après ses conseils, put arrêter à Poulo-Condor une grave épidémie de cette affection, en modifiant simplement la ration des Annamites atteints.

Tout récemment le médecin-major de Y Alcyon au Gabon (1) signalait une affection ayant frappé le tiers de son équipage et se rapprochant singulièrement par ses symptômes et sa pathogénie du béribéri nautique décrit par Le Dantec (2). Il attribue un grand rôle dans l'étiologie de cette maladie à l'alimentation vicieuse du bord que ne pouvaient corriger les allocations en argent tout à fait insuffisantes dans un pays où la vie est d'un prix très élevé. Il accuse le manque de légumes frais, l'usage de la viande conservée, excellente quand elle parait à intervalles éloignés sur une table, mais écœurante et nuisible par les troubles digestifs qu'elle provoque, si on en use trois ou quatre jours par semaine.

Nous y joindrons la pénurie des corps gras, qui peut vraisemblablement jouer ici le même rôle que dans la forme classique du béribéri.

RATIONS SPÉCIALES. — Rations des malades. — La ration de malade à bord des bâtiments est composée d'après les prescriptions médicales.

Pour les bâtiments stationnaires, on limite les approvisionnements au bordeaux, au banyuls et au lait concentré.

Pour les navires qui ne s'éloignent pas des côtes de France, qui naviguent dans les mers d'Europe, on prévoit pour 100 hommes :

Vin en bouteilles 10 litres.

Gelée de viande 1 kilogramme.

Conserve de volaille 1 —

Haricots verts 1 —

Pois verts 1 —

(1) Duville, Rapport de fin de campagne. Archives de médecine navale, 1905.

(2) Le Dantec, Pathologie exotique.

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