RATIONS SPECIALES
Chocolat 250 grammes.
Pruneaux 500 —
Tapioca 150 —
Gelée de pommes 250 —
Gelée de coings 250 —
Beurre 250 —
Lait concentré 6 kilogrammes.
Vin de Banyuls (1) 8 litres.
Vin de Bordeaux 8 —
En escadre, ces quantités sont renouvelées au fur et à mesure des besoins.
Pour les bâtiments qui effectuent de longues traversées, on leur délivre à l'armement pour une campagne de deux ans les mêmes produits en quantité variable suivant les régions, suivant les facilités du ravitaillement; ces quantités du reste peuvent être augmentées ou diminuées en raison de la nature de la campagne, dans telle proportion jugée convenable par l'autorité maritime.
Sur la proposition des médecins, on autorise l'achat de poules, œufs, poissons, légumes et autres vivres frais qui sont délivrés aux malades en remplacement des denrées embarquées; il arrive souvent que les tables d'état-major cèdent aux malades des vivres de leur approvisionnement.
L'alimentation des malades n'a d'importance que pour les campagnes lointaines, pendant lesquelles les médecins-majors se décident difficilement à laisser leurs malades en pays étranger, dans des hôpitaux où ils ne trouvent pas toujours les soins que réclame leur état; les malades traités à bord dans ces conditions participent alors à tout le bien-être dont peuvent disposer l'état-major et le commandant du navire.
La marchande. — Chaque fois qu'un navire arrive au mouillage, il est de tradition de laisser monter à bord les marchands de la localité, qui apportent aux marins, outre les curiosités du pays, des liqueurs, des fruits, des vivres frais qu'ils peuvent acheter à leur guise : cette tolérance est très goûtée des hommes retenus à bord par les obligations du service; et dans les ports où les escadres séjournent le plus souvent, à Brest, à Toulon, il s'est établi une sorte d'industrie locale qui par des bateaux réguliers apporte chaque jour une véritable cargaison de vivres ; chaque navire a son bateau attitré, avec sa marchande qui est un peu du bord et se conforme aux goûts variés des hommes pour l'achat de ses denrées.
La vente de ces denrées alimentaires, qui intéresse directement l'hygiène du bord, demande à être surveillée de très près ; les charcuteries, viandes froides, saucissons, pourraient en particulier facilement causer des intoxications alimentaires s'ils n'étaient pas de bonne qualité et très frais.
(1) Le vin de Banyuls, avant d'être délivré à la flotte, est conservé un an dans les magasins pour éviter la fermentation à bord.
Cette surveillance doit être encore plus sévère sur les rades étrangères et en pays chauds.
Aussi la marchande ne peut-elle commencer la vente de ses produits qu'après une inspection minutieuse passée par le médecin du bord ; et les maîtres veillent à ce qu'il ne soit pas introduit d'alcool sous les apparences de limonade ou de bière autorisées. La fraude, si elle existe, doit être rare, car les marchands, très jaloux de leur privilège fructueux, ne s'exposent pas volontiers à le perdre, sachant que la première infraction à la consigne les ferait expulser du bord.
L'hygiéniste n'a donc pas trop à s'inquiéter d'une tolérance très goûtée des hommes et qu'il est facile, avec beaucoup de surveillance, de ne pas laisser dégénérer en abus.
Rations des indigènes. — Depuis longtemps la marine recrute des indigènes dans la plupart des colonies, en Afrique, à Madagascar, en Extrême-Orient, pour les embarquer sur les bâtiments des stations locales.
Il importe en effet, au point de vue sanitaire, de réduire, autant que possible, le personnel européen embarqué sur ces bâtiments, et de n'y maintenir qu'un simple cadre de marins gradés, chargés d'instruire les indigènes.
Il a été nécessaire de prévoir pour ces hommes une ration mieux en conformité que la nôtre avec leurs habitudes alimentaires.
Pour les noirs de la côte d'Afrique, de Madagascar, elle se compose de riz du pays, 500 grammes; de viande fraîche, 375 grammes, ou de conserves de bœuf, 200 grammes, avec 250 grammes de pain ou de biscuit; on y adjoint 24 grammes de café, 25 grammes de sucre et 25 grammes de sel.
Pour les matelots de l'Indo-Chine, leur nourriture diffère tellement de la nôtre qu'on les laisse se nourrir eux-mêmes avec une indemnité représentative. Gomme les tirailleurs des régiments annamites, les matelots se font généralement apporter leurs repas deux fois par jour, par des femmes chargées de préparer leurs aliments à leur goût, moyennant une pension des plus minimes.
L'Etat a tout intérêt à cette organisation, qui laisse aux indigènes leurs habitudes auxquelles ils tiennent beaucoup ; étant très végétariens, ils accepteraient difficilement notre nourriture carnée, pour laquelle ils ont un profond dégoût.
LES ÉLÉMENTS DE LA RATION. —Examinons maintenant dans quelles conditions les vivres destinés aux rations sont transportés à bord et quelles sont les précautions prises pour en assurer la bonne qualité et la conservation.
Viande. — La viande fraîche peut être de la viande de bœuf, de veau, de mouton ou de porc.
Les conditions exigées pour la recette des animaux doivent être bien connues des médecins navigants, appelés souvent à