‹ Traité d'hygiène (volume 3)Chapitre 45 sur 129 · ACCIDENTS DUS A LA NAVIGATION. ÎO · texte numérisé non relu

ACCIDENTS DUS A LA NAVIGATION. ÎO

des indigènes, et dans le cas où ils signaleraient des espèces dangereuses, se les procurer et les montrer à l'équipage pour qu'il connaisse bien leur signalement et puisse s'en défier à l'occasion; 2° Dans les cas suspects, faire, avant toute consommation, des expériences sur les animaux, sur les chiens et les poules, en ayant soin de leur faire ingérer surtout le foie, le tube intestinal et les œufs ;

3° Il sera prudent, en tout cas, dans les pays chauds, de ne jamais manger de poisson avant qu'il n'ait été préalablement vidé et débarrassé avec soin des moindres parcelles de foie.

ACCIDENTS DUS A LA NAVIGATION. — Le premier inconvénient de lanavigation, le mal de mer, ne nous retiendra pas longtemps, quoique la question ait son importance, mais elle n'est pas du ressort de l'hygiène.

Le mal de mer frappe à peu près tout le monde, et les rares privilégiés qui peuvent impunément naviguer sur les navires d'un certain tonnage perdraient vite leur assurance, s'il leur fallait passer une heure dans la chautl'erie d'un torpilleur, par grosse mer.

Ce n'est que par un entraînement méthodique, des exercices incessants et continus, que les marins peuvent arriver à supporter d'assez longues traversées sur de petits navires.

Quelle que soit la pathogénie que l'on admette, il n'existe pas encore de remède contre le mal de mer : les calmants, l'immobilisation, les ceintures rendent supportable une courte traversée, mais sont illusoires pour les longs voyages; dans ce dernier cas, l'assuétude vient aisément au bout de quelques jours, et, pour peu qu'on ait une période de mer calme, il est remarquable de voir combien des personnes, éprouvées au début du voyage, endurent avec facilité une nouvelle série de gros temps.

S'il est à peu près impossible de prévenir le mal de mer chez des marins de profession exposés sans cesse à ses atteintes, l'hygiène reprend néanmoins tous ses droits quand il s'agit de traiter certains cas graves de mal de mer répété, comme on en observe chez quelques sujets.

Il n'est pas rare, en effet, de voir des marins acquérir une sorte de demi-assuétude qui leur permet de vaquer à leur besogne, de faire leur service assez régulièrement ; mais cet état nauséeux perpétuel dans lequel ils vivent entraîne peu à peu la perte de l'appétit, la constipation ; ils ont toujours la langue sale, la tète lourde, et, au bout de quelques mois, ce sont de vrais dyspeptiques, atteints de troubles nerveux, chimiques et moteurs, bien caractérisés, que l'on ne peut conserver sans danger à bord ; nous avons vu souvent ces cas de dyspepsie chronique chez des jeunes gens embarqués sur les torpilleurs, et surtout sur les contre-torpilleurs, où ils vivent d'une façon continue,)' mangeant et y couchant, tandis que sur les torpilleurs de

plus faible tonnage, l'équipage et les officiers couchent toujours à terre, en dehors de sorties exceptionnellement longues.

Les remèdes mêmes, employés pour combattre les crises aiguës du mal de mer, contribuent à exagérer ces troubles digestifs ; le plus efficace de tous les médicaments est certainement le chloral : quelques cuillerées de sirop de chloral prises dès les premières manifestations du mal de mer l'atténuent d'une façon incontestable; de même les piqûres de morphine donnent encore un très bon résultat, mais la répétition de semblables médications est désastreuse pour l'estomac, et l'étàtgénéral ne tarde pas à s'en ressentir. Le malade qui a éprouvé une fois les bienfaits de ces calmants y reviendra toujours chaque fois que l'occasion se présentera, en dépit des dangers éloignés auxquels il sait qu'il s'expose.

Dans ces cas, le rôle du médecin est tout indiqué : il faut, soit débarquer, et laisser à terre le malade se reposer pendant quelque temps, soit simplement le changer de bateau. Tel marin qui ne pouvait supporter la vie sur un contre-torpilleur fera très bien son service sur un grand cuirassé, où il reprendra rapidement son état de santé normal.

Les divers procédés mis en avant par les ligues contre le mal de mer s'appliquent surtout aux passagers des paquebots, dont nous n'avons pas à nous occuper ici.

COUP DE CHALEUR. — Des inconvénients beaucoup plusgraves résultent de l'excès de la température qu'atteignent certains compartiments des navires à vapeur en marche. On peut même s'étonner que les coups de chaleur ne soient pas plus fréquents qu'ils ne le sont dans la marine ; cette immunité ne peut s'expliquer que par les progrès de l'aération des machines, et les précautions minutieuses prises à l'égard du personnel appelé à séjourner sous le pont du navire : joignons-y l'influence du vêtement : dans les troupes en marche, la plupart des coups de chaleur sont dus moins à la chaleur qu'à la constriction opérée par le lourd vêtement et la charge du soldat, tandis que dans la machine d'un navire les hommes de quart sont à peine revêtus d'un tricot léger.

Les coups de chaleur sont observés à peu près exclusivement dans les pays chauds, en Extrême-Orient surtout. Le passage de la mer Rouge est souvent signalé par des accidents de ce genre. En 1900, le Bugeaad, dans sa traversée de France à Saigon, observait quarantesix cas, sans décès, dans la seule journée du 29 juillet, jour où la chaleur humide s'élevait dans la machine à 54°.

La seule prophylaxie de cet accident est dans une bonne ventilation du navire, et il arrive que, dans le cas de navigation vent arrière, des commandants soient obligés de changer momentanément leur route pour venir en travers de la brise et diminuer un peu la température de l'intérieur du navire.

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L'établissement des doubles tentes fréquemment arrosées est également indispensable pour éviter réchauffement de la coque par les rayons du soleil.

LÉSIONS TRAUMATIQUES. — Les blessures légères, qui sont naturellement plus fréquentes chez les marins embarqués que chez les hommes casernes à terre, constituent la cause d'exemption la plus fréquente dans la flotte : les exercices spéciaux du bord les exposent aune foule de petits accidents siégeant particulièrement aux mains et aux pieds. « L'épiderme sans cesse macéré dans l'eau de mer est très sensible chez les marins, qui sont presque toujours nupieds et sont sans cesse exposés à des heurts, des chocs inévitables à bord d'un navire, exercices, lavages des ponts, embarquement du charbon, des vivres, des munitions » (Legrand) (1) ; joignons-y les chutes fréquentes, surtout à l'armement des navires chez les nouveaux embarqués.

Les mécaniciens sont particulièrement exposés aux blessures des membres supérieurs, soit, lorsque le navire est en marche, en tàtant à chaque instant les organes de la machine pour en surveiller réchauffement, soit pendant les démontages et les incessantes réparations qu'ils ont à effectuer.

Mais, en dehors des nombreuses plaies de cause banale, on observe encore à bord des grands traumatismes causés par l' explosion des machines, des chaudières, des pièces d'artillerie, des torpilles, etc.

Les blessures observées lors de ces grandes catastrophes, heureusement très rares, ne présentent rien de particulier au point de vue chirurgical, en dehors du nombre relativement très élevé des blessés quand une explosion a lieu dans un espace confiné.

Ce sont plutôt les accidents causés par les explosifs modernes, dont les effets sont assez peu connus, qui ont donné lieu à des éludes particulièrement intéressantes (2).

Plusieurs fois, des accidents d'asphyxie ont été provoqués par les gaz délétères provenant de la combustion de la poudre sans fumée, et l'instruction ministérielle sur les tirs d'exercice met très judicieusement en garde les officiers contre les inconvénients graves qui peuvent survenir lorsque cette poudre est employée dans des pièces abritées par des tourelles à peu près complètement closes.

Un accident de ce genre s'est produit en 1902 à bord du Masséna : par un temps de calme plat, les six hommes composant l'armement d'une pièce en tourelle, après un tir cependant très court, furent pris de crises de suffocation, et le chef de pièce, homme vigoureux de

(1) Le règlement de 1902 détaille longuement les dispositions à prendre sur les navires en achèvement ou en réparation pour prévenir les chutes du personnel dans les fonds.

(2) Torel, Archives de médecine navale, 1903. — Valence et L'Elgouach, Archives de médecine navale, 1904.

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trente-quatre ans, perdit connaissance : sorti de la tourelle, il revint lentement à lui, fui pris de convulsions, de délire, et ne se rétablit qu'au bout de plusieurs jours.

Un accident analogue se produisit à bord duForbin, le 15 mars 1904 : le feu prit subitement dans une soute à munitions pour canons de 138, poudre B. Ces poudres lentes peuvent s'enflammer spontanément et produisent un dégagement considérable d'oxyde de carbone et de bioxyde d'azote qui sïmit instantanément à l'oxygène de l'air, avec élévation de la température et production de vapeurs nitreuses rutilantes.

Les hommes intoxiqués présentèrent tous les symptômes de l'empoisonnement par l'oxyde de carbone, et des phénomènes nerveux, spasmes, dilatation de la pupille, subdélire, crampes ; de la cyanose, de la toux, de la congestion bronchique, tous symptômes que Torel et Valence pensent être causés par l'inhalation des vapeurs nitreuses.

On essaie actuellement en escadre un appareil dû à l'ingénieur Marbec, destiné à chasser à l'extérieur les gaz qui refoulent dans la tourelle, au moment de l'ouverture de la culasse mobile : c'est là évidemment le seul moyen d'éviter le retour de pareils accidents.

Il est à remarquer que presque toutes les blessures soignéesà bord guérissent vite et que les complications sont rares : la rapidité du premier pansement, les soins constants dont le blessé est entouré, la pureté de l'air marin, l'absence de contamination possible des plaies par les germes venus de la terre, expliquent de façon satisfaisante ces heureux résultats, que Larrey avait déjà constatés après Aboukir.

Les explosions de torpilles ont donné lieu à des accidents très graves qui peuvent se produire dans des conditions variables : tantôt il s'agit de l'explosion de la charge de la torpille, tantôt c'est le réservoir à air comprimé qui éclate, comme le fait s'est produit à bord du Janrégaiberry en 1902 (1).

Dans ce dernier cas, les éclats du réservoir et les différents outils du poste, projetés avec violence, ont produit des blessures plus ou moins graves, sans caractères particuliers : fractures des membres, plaies contuses multiples et choc tramatique grave chez un des blessés.

Dans le premier cas, il y a une distinction capitale à établir entre les plaies dues aux débris de la torpille et celles causées par l'extension des gaz; ces dernières offrent des caractères particuliers (2). Les gaz, développés par la déflagration de la mélinite agissant sur des hommes placés près de l'explosif produisent d'immenses dégâts. Les plaies

(1) Guézennec, Accidents survenus à la suite de l'explosion d'un réservoir de torpilles. Archives de médecine navale, 1902.

(2) E. Rochard, Relation d'un accident de torpille survenu sur le cuirassé l'Océan. Archives de médecine navale, t. XXXVIII.

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