TRAVAIL DANS LES ARSENAUX
moins froids et moins humides, tout en facilitant leur entrelien et leur propreté.
L'usage de la peinture à la chaux sur les bois des fermes et des toitures se généralise aussi avantageusement pour l'assainissement que pour la clarté du local.
Signalons encore la belle installation des nouveaux ateliers : station d'électricité de Toulon, ateliers de l'arsenal du Mourillon.
Dans les ateliers de peinture, l'emploi des produits dangereux a beaucoup diminué depuis quelques années : le blanc de zinc a remplacé, pour toutes les peintures, la céruse, qui n'est plus employée que pour la confection d'un certain nombre de joints et qui est achetée en pâte; il en est de môme pour le vert de Schweinfurth.
Le minium de plomb, qui est et sera vraisemblablement longtemps encore employé en grandes quantités, ne peut être conservé qu'en poudre et est mélangé à l'huile de lin peu de temps avant son emploi. Dans plusieurs arsenaux, on prescrit l'installation du mélangeur mécanique destiné à remplacer le mélange à l'air libre.
RÉFECTOIRES. — La nécessité d'aérer les ateliers pendant les heures de non-travail, l'interdiction formelle de prendre les repas dans l'atelier ont conduit à mettre à la disposition du personnel des réfectoires dont l'installation générale n'est pas sans présenter quelque difficulté ; car, si l'on veut que ces heureuses prescriptions puissent entrer réellement dans la pratique, il est indispensable que les lavabos et les vestiaires forment avec les réfectoires un ensemble groupé et distinct de l'atelier. Si l'on considère avec raison comme malsain pour les ouvriers de manger dans les ateliers, il est encore bien plus nuisible de les laisser se mettre à table, loucher les aliments sans s'être purifié les mains de toutes les matières plus ou moins sales ou toxiques qu'ils ont pu manipuler pendant leur travail. L'homme doit donc être forcé de passer parle lavabo avant d'entrer au réfectoire, afin de n'avoir aucun prétexte pour se dispenser du lavage des mains : les lavabos doivent en outre être munis d'eau chaude et de savon. On a installé dans certains ateliers des distributeurs de savon pulvérisé.
De plus, ces réfectoires doivent être chauffés en hiver, et il est nécessaire d'y installer des chauffe-soupes ou mieux des cuisines sommaires permettant de cuire à feu nu les aliments que les ouvriers apportent pour leur dîner.
Faute de ces installations pratiques mais coûteuses, il est impossible de faire accepter aux hommes des modifications dont ils ne comprennent pas l'importance, et toutes les mesures que l'on peut prendre pour améliorer les conditions d'hygiène sont vaines si l'on ne fait pas parallèlement l'éducation des ouvriers. Il faut enlever tout prétexte à l'insouciance ou à la négligence propre à la plupart d'entre eux : c'est par des conférences ou mieux par des entretiens familiers
faits sans aucune solennité qu'il faut faire comprendre aux ouvriers que les soins personnels de propreté constituent leur meilleure défense contre les causes d'insalubrité inséparables de leur profession, et sont le seul et bon moyen de conserver leur santé (1). Encore dans nos arsenaux l'usage de ces réfectoires n'est-il pas pratique pour ceux qui travaillent loin de leur atelier, sur des chantiers isolés, à bord des navires en construction, etc. Il résulte des difficultés énoncées plus haut que l'usage des réfectoires et des lavabos n'est pas encore généralisé dans les arsenaux autant que cela serait désirable ; mais de grandes améliorations se font journellement dans cet ordre d'idées et ne tarderont pas à solutionner heureusement cette intéressante question.
EAU POTABLE. — Il en est une autre non moins importante, qui n'est pas encore résolue d'une façon satisfaisante, c'est la question de l'eau potable. Dans plusieurs de nos ports de guerre, l'eau fournie par la ville alimente les arsenaux : elle est en général de qualité très inférieure; en particulier, Cherbourg et Toulon sont bien connus des hygiénistes pour les nombreuses épidémies de fièvre typhoïde dont l'origine hydrique n'est pas douteuse : si la plupart des ouviers de l'arsenal, nés et élevés dans la ville, n'ont pas à redouter cette affection contre laquelle ils sont, dès l'enfance, immunisés par une atteinte plus ou moins légère, il n'en est pas de même des élèves de certaines écoles vivant dans l'enceinte de l'arsenal, composées de jeunes gens arrivés de divers points de la France, telle l'école des mécaniciens de Toulon, qui fournit chaque année un chiffre considérable de typhiques.
On commence partout à installer des filtres : le modèle préféré dans la marine est le filtre stérilisateur au permanganate de Lapeyrère, peu coûteux, et donnant toute sécurité avec un maniement des plus faciles.
TRAVAUX PÉNIBLES OU DANGEREUX. — De tout temps certains travaux de nature particulièrement pénible ou dangereuse ont donné lieu à l'allocation de primes spéciales, sorte de sursalaires justifiés soit par la difficulté d'exécution, soit par les risques que ces travaux font courir aux ouvriers qui en sont chargés : tels sont les essais de machines, chaudières, le courbage à chaud des cornières, les travaux dans des endroits mal aérés (cellules de doubles fonds, intérieurs de chaudières, réparations de maçonnerie dans les fours non refroidis}; les travaux sous-marins, les travaux dans l'eau, la vase, réparations des réservoirs, des bassins, la désinfection des navires contaminés, ou de leur matériel, les vidanges, le nettoyage des bouteilles, les travaux dans l'air comprimé, les travaux spéciaux au service de l'artillerie, le nettoyage des accumulateurs à plaques
(1) Les nouveaux inspecteurs du travail sont tout naturellement désignés pour multiplier et varier ces conseils pratiques.