‹ Traité d'hygiène (volume 3)Chapitre 64 sur 129 · TRAVAIL DANS LES ARSENAUX. ÎO · texte numérisé non relu

TRAVAIL DANS LES ARSENAUX. ÎO

de plomb, la manœuvre des ponts roulants, etc. Outre la ration du matelot qui est accordée aux ouvriers lorsqu'ils sont appelés à travailler à bord des navires en rade, des vivres en nature sont délivrés dans certaines conditions : pendant la saison des chaleurs, pour l'assainissement de l'eau, les ouvriers reçoivent 3 grammes de café non torréfié par homme et par jour; les buandiers qui travaillent dans les séchoirs, quand les feux y sont allumés, reçoivent la même allocation en toute saison.

Les ouvriers employés au courbage à chaud des cornières touchent 50 centilitres de vin.

Les ouvriers des directions d'artillerie qui manipulent la mélinite ont droit à la délivrance gratuite de 1 litre et demi par jour de lait frais ou conservé.

INSPECTEURS DU TRAVAIL. —Par une circulaire en date du 20 septembre 1904, le ministre a organisé l'inspection du travail dans les établissements de la marine. Le principe sur lequel repose l'organisation nouvelle consiste à partager entre les fonctionnaires du contrôle, de l'inspection générale du génie maritime et les officiers du corps de santé de la marine, suivant leur compétence professionnelle, la surveillance conformément à la loi de 1893 : de cette façon les ouvriers de la marine se trouvent aussi efficacement protégés que ceux des autres établissements publics ou privés. En insistant sur l'importance du rôle que les médecins sont appelés à remplir, l'arrêté ministériel recommande de leur laisser la plus grande initiative. Dans chaque arsenal, le médecin-major, assisté des médecins désignés par le préfet maritime pour le seconder, a la surveillance de tous les ateliers, chantiers, magasins et locaux de tous les services : il formule ses observations par écrit et les transmet au directeur du service de santé, qui, avec son appréciation personnelle, les adresse au chef de service intéressé ; celui-ci doit faire connaître la réponse dans un délai de dix jours, et, dans le cas où il ne croit pas tenir compte des observations du médecin, la question est soumise au ministre, qui statue après avis du conseil supérieur de santé.

TRAITEMENT MÉDICAL. — Les ouvriers de la marine, lorsqu'ils sont malades, bénéficient d'un régime très libéral, que de récentes modifications ont encore amélioré. Tout agent du personnel ouvrier, blessé ou malade, est traité aux frais de l'État dans les établissements de la marine ou, à défaut, dans les hôpitaux de la guerre, ou les hospices civils, et il reçoit la moitié de sa solde pendant son séjour à l'hôpital ; il en reçoit les trois quarts si sa maladie est la conséquence d'une blessure reçue en service commandé, ou bien si cette maladie est due à une cause professionnelle (saturnisme).

Dans le cas où ces mêmes hommes, blessés ou malades, préfèrent se faire soigner chez eux, le préfet ou le directeur de l'établissement

peut leur en accorder l'autorisation sur la proposition du chef de service compétent, et à condition qu'ils habitent dans les limites d'une circonscription médicale établie dans chaque port, limites qui tendent à s'élargir de plus en plus.

Quand un ouvrier a besoin de soins médicaux, il se présente à la visite de l'ambulance du port placée sous la direction d'un médecin principal (ou d'un médecin en chef à Brest et Toulon) secondé par un ou deux médecins en sous-ordre, qui assurent la garde de jour et de nuit.

Quand un ouvrier reste malade à son domicile, il adresse à l'ambulance un certificat d'un médecin civil; ce certificat est remis au médecin de l'arsenal, qui, dans les quarante-huit heures, visite ou fait visiter le malade et fixe le nombre de journées qu'il lui accorde.

Le médecin de l'arsenal doit visiter chaque malade au moins une fois par semaine : si un ouvrier ne lui semble pas dans de bonnes conditions pour se faire soigner chez lui, ou s'il ne reçoit pas les soins que comporte son état, il est mis en demeure d'aller à l'hôpital ou d'être considéré comme en permission sans solde. Cette solde de maladie ne peut être allouée pendant plus de quatre-vingt-dix jours dans la même année, sauf le cas de blessure contractée en service commandé.

Ajoutons que la plupart des ouvriers des ports font, en outre, partie de sociétés de secours mutuels qui complètent pendant un certain nombre de jours le salaire de maladie et permettent aux ouvriers de se soigner à domicile dans des conditions satisfaisantes.

Certaines maladies telles que la gale, la syphilis, ne peuvent donner droit au traitement à domicile, pas plus que certaines maladies contagieuses ; le service médical a seul qualité pour apprécier dans quel cas le malade doit être traité à l'hôpital ou à domicile.

Lorsque, après les quatre-vingt-dix jours de traitement, la guérison n'est pas complète, les ouvriers peuvent obtenir des congés de convalescence de trois mois sans solde.

Enfin ils peuvent être hospitalisés dans les établissements thermaux de Vichy, Bourbon-l'Archambaull, Bourbonne-les-Bains, Plombières, Barèges et Amélie-les-Bains, dans la limite des places mises à la disposition du département de la marine par le ministre de la Guerre.

Dans les établissements hors des ports, les médecins de la marine donnent leurs soins gratuits aux familles des ouvriers, femmes et enfants, et des médicaments sont fournis à titre remboursable à tous ces malades sur bons du médecin (1).

En dehors des arsenaux, la vie des ouvriers des ports se déroule

(1) Il est regrettable que la pénurie du personnel médical ne permette pas d'étendre cette faveur aux ouvriers des ports.

MORBIDITÉ ET MORTALITÉ DANS LES ARSENAUX, f O— 223

dans des conditions semblables à celle des groupes industriels similaires, étudiés dans une autre partie de cet ouvrage.

Néanmoins, pour apprécier la morbidité et la mortalité de ces ouvriers, il est nécessaire de tenir compte, en outre du travail, de ces deux grands facteurs de l'hygiène, le logement et l'alimentation. Or il est incontestable que la modicité des salaires (de 4 à 5 francs maximum par jour ouvrable pour les ouvriers de spécialités; de 3 à 4 francs maximum par jour pour les ouvriers manœuvres) alloués aux ouvriers de la marine rend les conditions de la vie matérielle assez pénibles, surtout pour ceux qui sont chargés de famille, et particulièrement pour ceux qui vivent dans les ports du nord, où la rigueur du climat entraîne une augmentation très appréciable de dépenses en vivres, vêtements, logement.

Beaucoup d'ouvriers logent en dehors de la ville, dans des faubourgs qui s'étendent de plus en plus ; mais la longueur de la course à faire pour aller à leur travail est une cause de fatigue dont les inconvénients sont évidents.

Aussi nous voyons sans étonnement la mortalité des arsenaux dépasser notablement, malgré la sélection faite à l'entrée, la mortalité générale en France pour les groupes du même âge : il y a à cet égard une grande différence entre le nord et le midi : pour l'année 1900, tandis que la mortalité générale des établissements de la marine était de 11,93 p. 1000, elle était de 8,33 pour le port de Toulon et de 20,66 pour le port de Brest. Examinons maintenant quelles sont les maladies les plus fréquemment observées, et nous allons nous arrêter de suite à la tuberculose, la grande pourvoyeuse des hôpitaux, qui, à elle seule, fournit plus de la moitié des décès.

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