‹ Traité d'hygiène (volume 3)Chapitre 67 sur 129 · MORBIDITÉ ET MORTALITÉ DANS LES ARSENAUX · texte numérisé non relu

MORBIDITÉ ET MORTALITÉ DANS LES ARSENAUX

Encore une fois, pas plus que pour nos marins, il n'est question de créer pour les ouvriers un asile, un hospice de tuberculeux. Une sélection rigoureuse éliminera tout d'abord les malades trop avancés, pour lesquels toute chance de guérison durable doit être écartée, et le traitement rationnel ne sera appliqué qu'aux tuberculeux à la première période, pour lesquels il est bien démontré que la guérison est véritable et durable. Nous ne pouvons répéter ce que nous avons dit à ce sujet pour les équipages de la flotte.

En tout cas, si la liquidation en bloc, avec pension, de tous les tuberculeux incurables, était appliquée par les arsenaux de la marine, cette mesure ne pourrait être efficace qu'à la condition d'être suivie de celles que nous préconisons :

Examens répétés, minutieux, de tous les agents employés dans les établissements de la marine, avec traitement obligatoire dans un service spécial, à la plus légère atteinte de tuberculose, sous quelque forme qu'elle se présente.

Il serait juste qu'une solde spéciale fût allouée, en raison de la longueur du traitement, aux malades de ce groupe, mariés et chargés de famille; il y a là une question administrative et financière dont l'hygiéniste ne peut se désintéresser, en raison de la part importante qu'il faut donner au traitement moral dans les affections de longue durée.

Il est évident qu'un père de famille acceptera plus facilement son isolement et son inactivité quand il sera sûr que les siens sont à l'abri du besoin.

Le directeur Gués a bien posé la solution de cette question dans son rapport sur la tuberculose à Rochefort.

Voyons comment, selon lui, dès à présent, pourrait être organisée l'hospitalisation des ouvriers tuberculeux :

« Après examen par le médecin de l'arsenal et contre-visite effectuée par le conseil de santé, le malade phtisique serait mis en demeure d'opter entre l'admission à l'hôpital, dans les conditions que j'indiquerai bientôt, ou le congédiement temporaire, c'est-à-dire jusqu'à guérison, soit avec une demisolde pendant un an , soit avec une gratification renouvelable proportionnée à la durée de ses services, ainsi que nous l'indique M. le directeur Auffret dans son mémoire déjà cité.

«le l'ai dit, on peut trouver mieux que ce congédiement, mais encore faut-il pour faire mieux le consentement de l'intéressé.

Supposons ce consentement obtenu ; le malade est admis à l'hôpital, dans la salle spéciale dite sanatorium, aux conditions suivantes :

1° Ce malade subit la retenue d'hôpital ordinaire, s'il est célibataire ou marié sans enfants ;

2° Il reçoit les trois quarts de sa solde, ainsi que cela se pratique dans les hospitalisations pour maladies occasionnées par un fait de service, s'il a un •ou deux enfants ;

3° En outre, s'il a trois ou quatre enfants, on lui alloue un secours de '.') à 10 francs par mois.

Ces dispositions ont pour but d'éviter à ce malade toute préoccupation relative aux besoins de sa famille et de permettre son maintien à l'hôpital pendant tout le temps nécessaire.

La durée de séjour serait de trois, six, neuf mois et même un an.

Après un examen attentif du médecin traitant, constaté par le conseil de santé, l'ouvrier reprendrait son service dès qu'il aurait été reconnu guéri, c'est-à-dire jouissant de ses forces et ne crachant plus, ou ne crachant plus de bacilles (vérifications à trois ou quatre reprises), par conséquent n'étant plus susceptible de propager la tuberculose.

Dans le cas contraire, si, après un an de séjour à l'hôpital (avec hivernage à Sainl-Mandrier, au besoin), le malade n'offrait pas les garanties ci-dessus indiquées, ou si, revenant à un moment quelconque sur sa décision, il pré ferait le congédiement temporaire (jusqu'à guérison) avec demi-solde ou gratification, cette mesure serait prise à son égard.

Il est à espérer que les villes maritimes, les municipalités de nos cinq ports de guerre tiendraient à honneur de compléter l'œuvre entreprise et subviendraient, à leur tour, pendant une nouvelle période de trois ou six mois, à l'admission dans un sanatorium particulier de ce convalescent en voie de guérison. D'ailleurs, après un pareil laps de temps, si aucune amélioration ne s'était produite, c'est une aggravation, peut-être même une terminaison fatale qui aurait eu lieu ou serait imminente; car la moyenne de la survie du tuberculeux reconnu ne dépasse pas deux ans.

L'intervention du domicile de secours deviendrait donc toute naturelle, en vertu de la dépêche ministérielle du 25 octobre 1895.

Remarquons qu'une hospitalisation pendant six, neuf, douze mois aurait pour effet, non seulement de combattre la tuberculose, mais aussi l'alcoolisme (qui est si souvent la cause prédisposante de la tuberculose), par la perte de l'habitude des boissons alcooliques, ainsi que cela se pratique dans les asiles pour la cure des buveurs. Pour obtenir ce double résultat, je voudrais qu'aucune boisson alcoolique (ni rhum, ni tafia, ni élixir de Garus, etc.) ne fût donnée aux malades, dont le lait, le vin, la bière et le cidre constitueraient les boissons hygiéniques et curatives parfaitement suffisantes.

Je ne veux pas ici calculer la dépense qu'entraînerait l'application de ces dispositions. En ce qui concerne Rochefort, le chiffre assez minime de nos phtisiques la rendrait médiocre ; il faudrait, d'ailleurs, la diminuer des frais normaux de l'hospitalisation pendant des jours, des semaines, des mois, de tous les ouvriers phtisiques qui demandent, spontanément, à être traités à l'hôpital.

Et puis, la guérison possible des tuberculeux, la diminution assurée des chances de contagion, la prophylaxie connexe de l'alcoolisme, sans parler de l'encouragement donné à l'œuvre des sanatoria par l'exemple de la Marine, ne sont-ce pas là des considérations de nature à motiver quelques dépenses?

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