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EN RÉSUMÉ

La lutte contre les maladies évitables est commencée ; on a pris, avec raison, des mesures contre la fièvre typhoïde, qui se borne à supprimer

MORBIDITÉ ET MORTALITÉ DANS LES ARSENAUX, f O— 229

quelques existences ; il est plus urgent d'en prendre contre les maladies qui menacent la race elle-même, telles que la tuberculose, l'alcoolisme et, j'ajouterai, la syphilis.

En ce qui concerne la tuberculose, il faut lui opposer, comme autrefois le lazaret à la lèpre, le lazaret moderne, c'est-à-dire conforme aux exigences sociales actuelles, le sanatorium.

L'emploi des crachoirs ne donnant qu'une fausse sécurité, le seul moyen d'éviter la contagion de la tuberculose dans les ateliers, c'est l'éloignement de l'ouvrier malade.

Le congédiement ne ferait que déplacer les effets de la contagion, qui s'effectuerait en ville et non plus dans l'atelier, sans donner au malade la moindre chance de guérison.

Le sanatorium réunit les deux conditions de pouvoir guérir le malade curable et d'éviter la contamination des personnes saines. Il peut, en outre, faire perdre les habitudes alcooliques, qui contribuent si souvent à engendrer la tuberculose.

L'ouvrier phtisique aurait à opter entre le congédiement temporaire (jusqu'à guérison), avec gratification renouvelable, ou l'admission à l'hôpital (sanatorium), dans des conditions susceptibles de maintenir à sa famille le pain quotidien.

Admis à l'hôpital, il y pourrait être traité pendant un an. Après ce laps de temps, la Marine, ne pouvant faire davantage, mettrait le malade à la charge de son domicile de secours, non pourtant sans lui donner une gratification renouvelable proportionnée à la durée de ses services.

La Marine s'honorerait en montrant que l'État, dans un sentiment de sollicitude vis-à-vis de ses ouvriers, veut réaliser pour eux l'hospitalisation curative en même temps que préventive pour leurs familles. Cet exemple, par les résultats qu'il produirait, pourrait entraîner la création de sanatoria par les villes ou par les sociétés de secours. »

Parmi les maladies qui, en dehors de la tuberculose, atteignent le plus fréquemment les ouvriers des arsenaux, nous ne citerons que quelques-unes d'entre elles, intéressant spécialement l'hygiéniste, soit dans leur étiologie, soit dans leur prophylaxie.

FIÈVRE TYPHOÏDE. — La fièvre typhoïde est relativement très peu fréquente chez nos ouvriers : 2,25 p. 1 000, chiffre très faible si Ton songe qu'il s'agit d'une population de ports de guerre, foyers reconnus crendémicité typhoïde, et si on les compare avec les chiffres des marins et des soldats ; mais précisément parce qu'ils sont nés et ont été élevés dans ces foyers de fièvre typhoïde, un grand nombre de ces ouvriers sont immunisés par une atteinte antérieure, souvent très bénigne, contractée dans l'enfance, souvent môme méconnue sous les noms divers de fièvre de croissance, embarras gastrique fébrile, etc.

De plus, il est intéressant de noter que la mortalité des malades traités à domicile s'est élevée à 33 p. 100 des cas observés en 1900, alors que la mortalité hospitalière n'a été que de 9,4 p. 100, bien que

ce soient les malades atteints le plus gravement qui, d'ordinaire, se fassent hospitaliser pour fièvre typhoïde.

VARIOLE. — La variole n'a été constatée qu'à Toulon, où les ouvriers se trouvent en contact avec une très nombreuse population italienne complètement réfractaire à la vaccination.

FIÈVRE PALUDÉENNE. — La fièvre paludéenne est rare, même à Rochefort, où des mesures d'assainissement ont transformé en un pays des plus salubres une région redoutée naguère à l'égal de nos colonies les plus malsaines.

DIARRHÉE ET DYSENTERIE. — La diarrhée et la dysenterie frappent surtout la Bretagne, où on a noté de véritables épidémies ; l'origine de ces épidémies est aussi peu claire que la pathogénie actuelle des dysenteries; mais il est incontestable que nous observons dans les ports, chez des sujets n'étant jamais allés aux colonies, des cas de véritable dysenterie tropicale, avec abcès du foie: il n'est pas téméraire de penser à la contagion causée par les innombrables dysentériques qui reviennent d'Indo-Chine passer leurs congés de convalescence dans leurs familles des ports.

MALADIES VÉNÉRIENNES. —Quant aux maladies vénériennes, elles sont difficiles à apprécier chez les ouvriers, dont une minime fraction se fait soigner pour ces affections ; mais il est incontestable qu'elles sont fréquentes, surtout à Toulon. Il est même prouvé (Legrand) que la fréquence, sinon la gravité des cas, est beaucoup plus grande chez les ouvriers que chez les soldats et matelots du même âge.

LÉSIONS TRA UMATIQUES. — Les lésions traumatiques entrent naturellement pour une très grande part dans la morbidité des arsenaux (147,80 p. 100) : la fréquence plus considérable des blessures des doigts de la main s'explique d'elle-même, de même que les blessures du globe de l'œil par paillettes métalliques et poussières incandescentes entraînant souvent la perte de l'œil. Les grands traumatismes sont rares.

MARINE MARCHANDE

LE D' A. DUCHATEAU

Directeur du Service de Santé de la Marine.

Sous le titre de Marine commerciale ou de Marine marchande doivent être compris tous les bâtiments à voiles ou à vapeur armés dans le but d'exploiter les ressources et richesses de la mer, et d'effectuer le transport du personnel et des marchandises circulant entre les divers points du globe.

La loi du 30 janvier 1893 a déterminé les catégories des bâtiments naviguant sur mer et plus spécialement placés sous la juridiction du ministère de la Marine ; les bâtiments naviguant sur les fleuves, rivières et canaux intérieurs sont soumis à la juridiction des ministères de l'Intérieur et des Travaux publics.

Bien plus importante et plus intéressante au point de vue de l'hygiène est la navigation maritime : c'est par suite à son étude que nous consacrerons les plus grands développements. Placée sous la sauvegarde de la marine militaire, remplissant un rôle plus modeste en apparence, plus essentiel en réalité, cette section de la marine marchande constitue un des éléments les plus importants de la richesse et de la prospérité du pays. Toutes les nations civilisées s'en sont parfaitement rendu compte ; elles s'efforcent à l'envi de développer leur expansion au delà des mers. La France ne saurait demeurer étrangère à ce mouvement général et négliger cet élément de progrès. Il est donc indispensable qu'elle protège, par des mesures efficaces, l'extension et-1'accroissement de cette industrie maritime,, qui, tout en augmentant notre influence commerciale, fait partout connaître notre pavillon national.

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