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III. - BORNAGE ET PETIT CABOTAGE

Pour la navigation au bornage et au petit cabotage sont utilisés des navires à voiles et des navires à vapeur affectés soit uniquement à des transports de marchandises, soit à des transports de marchan-

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dises et de passagers; le bâtiment armé au bornage a pour point de départ et pour point de retour son port d'attache et rayonne dans une étendue de quinze lieues : le cabotage dépasse ces limites et s'exerce de port à port. Nous n'avons actuellement en vue que le petit cabotage, le grand cabotage devant être compris dans la navigation au long cours.

Pour le transport des voyageurs, les navires armés au bornage sont généralement des vapeurs; les traversées sont courtes, les relâches fréquentes, et l'hygiène n'a guère à intervenir et à formuler de sérieuses observations relativement à ce genre de navigation.

Les navires armés au cabotage sont le plus souvent des voiliers munis de deux ou trois mâts et de dimensions variables; l'équipage, composé de huit à quinze hommes, est logé dans des cabines situées quelquefois sur le pont, mais le plus souvent dans l'entre-pont, et les effectifs sont assez élevés pour nécessiter l'embarquement des coffres à médicaments et à pansements réglementaires. Aucune visite médicale ne précède l'admission des hommes embarqués, et, bien que les séjours à la mer ne soient pas en général très prolongés, les invalidités sont loin d'être exceptionnelles; il arrive fréquemment que des malades soient déposés dans les hôpitaux à terre, et, s'il est de toute impossibilité d'établir une statistique dont les éléments font absolument défaut, il est du moins permis d'affirmer que la morbidité est assez élevée de même que la mortalité. Cette affirmation est basée sur le grand nombre d'indemnités, de secours et de pensions de veuves sollicités, et dont les dossiers parviennent des différents quartiers au ministère de la Marine.

En outre des maladies aiguës causées par des refroidissements subis, des accidents et des traumatismes, la fièvre typhoïde et la tuberculose sont fréquemment mentionnées, et il n'y a point lieu d'en être surpris.

Les équipages des bâtiments qui exercent le cabotage dans les colonies, et en particulier en Extrême-Orient, sont naturellement soumis à l'influence des maladies endémiques de ces régions, paludisme, dysenterie, choléra, congestion du foie, sans préjudice des maladies épidémiques, telles que la fièvre jaune, pouvant accidentellement occasionner des décès, en particulier sur la côte occidentale d'Afrique.

La navigation au long cours comporte des navires à vapeur et des navires à voiles, quelques-uns mixtes, possédant une machine de puissance moyenne pour franchir les zones de calmes et pour atterrir. Les navires à voiles ne sont guère affectés qu'au transport des marchandises: ceux à vapeur transportent aussi des passagers;

les uns et les autres appartiennent à de grandes compagnies de navigation, quelques-unes subventionnées par FElat et assistées de conseils d'administration : sans vouloir en faire rénumération, il nous suffira de citer la Compagnie maritime Transatlantique, les Messageries Maritimes, les Chargeurs Réunis, la Compagnie Borde, etc. Les navires effectuant les grands transports de passagers sont tenus d'embarquer un médecin sanitaire maritime; il n'en est point embarqué à bord des grands voiliers, dont l'effectif est bien moindre comme personnel. En dehors de leurs grandes lignes de navigation, les diverses compagnies ont établi des lignes secondaires opérant dans des zones plus limitées, se bornant par exemple à la navigation dans la Méditerranée, aux transports à effectuer entre un point donné de la grande ligne et une colonie déterminée : c'est ainsi qu'un service fonctionne entre Colombo et Madagascar. Nous ne saurions, sans risquer des redites inutiles, examiner chacune de ces subdivisions, qui ne donneraient lieu qu'à des observations sans grand intérêt, et nous pensons qu'il est préférable de nous restreindre à l'étude des grands types de bâtiments dont il s'agit.

1° Paquebots. — Les paquebots des Messageries Maritimes et de la Compagnie Transatlantique, un peu différents pour certains détails, sontassezsemblables comme ensemble. Le ponten est dégagé ; l'équipage est logé à l'avant sous une tengue où sont disposées des cabines avec couchettes superposées, suffisamment aérées et ventilées par des sabords et hublots tenus le plus souvent ouverts au mouillage lors des relâches fréquentes, et aussi à la mer, ce qui est loin d'être rare lorsque le navire effectue des traversées dans les zones chaudes et par temps calme; immédiatement en arrière sont placés les parcs d'animaux vivants et l'abattoir, un panneau de descente aux étages inférieurs, un grand roof contenant le carré des officiers, les cuisines et un bar room, puis une grande claire-voie donnant sur la machine, un autre roof réservé au salondes passagers de l10 et 2e classes et au fumoir. Au-dessus du pont, sur une passerelle disposée à cet effet à bord des paquebots récents, se trouve la chambre du commandant attenant au compartiment de la barre et de la timonerie. De chaque côté, et en arrière des roofs existant sur le pont, de longs couloirs, à la propreté desquels il est toujours soigneusement veillé, servent de promenoirs pour les passagers qui y trouvent un abri, les tentes qui les couvrent n'étant serrées que dans de rares circonstances.

A l'étage inférieur, dans l'entrepont, sont les cabines des passagers: celles de lre et 2e classes à l'arrière et au milieu du navire: celles de 3e classe à l'avant. Ces cabines contiennent deux ou quatre couchettes, un mobilier simple mais suffisamment confortable, avec lavabos à cuvette mobile et commode ; des filets destinés à recevoir les objets peu encombrants y sont aussi disposés.

l>;0 DUCHATEAU. — MARINE MARCHANDE.

L'aération en est assurée par des hublots mobiles, par des jours pratiqués dans les cloisons les séparant de l'entrepont et par des ventilateurs électriques ; elles sont éclairées par des lampes électriques et par des fanaux, pouvant être utilisés au cas où la lumière électrique ferait défaut. Dans cet entrepont, des salles de bains et de douches, des water-closets et urinoirs sont réservés à l'usage des passagers.

Dans les étages sous-jacents, les soutes à charbon, à approvisionnements divers et à marchandises, la glacière, sont séparées les unes des autres par un certain nombre de cloisons étanches: sur les flancs du navire, de larges sabords mobiles servent au chargement et au déchargement dans les diverses relâches.

La machine, largement aérée par la claire-voie qui s'ouvre sur le pont, n'est point resserrée dans un petit espace, comme cela a obligatoirement lieu à bord du navire de guerre, qui doit satisfaire à des exigences multiples et emporter avec lui un matériel de combat très varié et encombrant ; aussi se trouve-t-elle plus dégagée et d'accès plus facile, prévenant les accidents plus nombreux dans des conditions moins favorables.

L'effectif de l'équipage, de 100 à 150 hommes, sans compter les gens de service, maîtres d'hôtel, domestiques, est très suffisant pour qu'il n'y ait pas à craindre de surmenage à bord. En outre du commandant, qui est le plus généralement un officier de marine en activité hors cadres ou en retraite pour. les paquebots susceptibles d'être appelés à servir comme croiseurs auxiliaires, ou un capitaine au long cours, le personnel embarqué comprend un nombre d'officiers, variable d'ailleurs suivant le tonnage du navire, de sous-officiers et de matelots de pont ou de spécialistes assurant dans des conditions très satisfaisantes la sécurité de la navigation. Dans les zones chaudes, et en particulier pour le passage de la mer Rouge, il est adjoint aux chauffeurs européens des chauffeurs arabes pour le service de la machine. Cette précaution est d'ailleurs indispensable en raison des coups de chaleur si fréquents dans ces parages et notamment dans la saison estivale.

Avant le départ, tous les matelots embarqués et même les agents civils sont l'objet d'une visite médicale individuelle, et nul n'est admis sans un certificat déclarant qu'il est apte à la spécialité qui lui est destinée; les chauffeurs arabes eux-mêmes, présentés par le surrang, sorte de haut contremaître indigène qui les dirige, sont soumis à l'examen d'une commission, dans la composition de laquelle est compris, avec un officier mécanicien, le médecin sanitaire maritime. Il n'est pas jusqu'au personnel chinois embarqué sur les paquebots des Messageries Maritimes effectuant les voyages d'Extrême-Orient qui ne soit soumis à cette visite médicale. Sous ce rapport, toutes les mesures indispensables sont donc prises pour

éviter l'accès du bord à tout individu présentant une tare organique ou atteint d'une maladie transmissible ou contagieuse.

Le service s'effectue à bord de ces navires à la mer dans des conditions telles que des repos assez prolongés sont accordes au personnel ; les travaux d'atelier même cessent à partir de cinq heures du soir, à moins de circonstances urgentes; mais il n'existe pas de règlement spécial relatif à la durée du travail imposé en dehors du service des quarts. Pendant les relâches, cette durée est proportionnée aux opérations du chargement et du déchargement des marchandises.

Le navire est suffisamment aéré et ventilé par les ouvertures naturelles, claires-voies, sabords, hublots et par des manches à vent multiples ; dans les chaufferies, la température n'atteint pas les chiffres élevés constatés sur les navires de guerre, et le personnel affecté à la conduite et à l'entretien de la machine y est certainement bien moins éprouvé.

Si les passagers, surtout ceux de lre et de 2e classe, jouissent, pendant les traversées, d'un confortable allant toujours progressant en raison de la concurrence étrangère, l'équipage lui-même se trouve placé dans d'excellentes conditions hygiéniques: les relâches sont fréquentes, les vivres frais et les légumes sont sans cesse renouvelés, et l'alimentation est certainement supérieure à celle des marins de l'État ; l'eau distillée est seule utilisée comme eau potable, et, dans les régions chaudes, grâce aux ressources du navire pourvu d'une glacière et d'appareils frigorifiques, cette eau est distribuée fraîche. Pour le lavage corporel, toutes facilités sont accordées ; ni l'eau, ni le temps nécessaire à la toilette ne sont ménagés.

Les poulaines de l'équipage, différentes de celles des passagers, sont vastes, disposées sous forme de gouttières coaltarées avec eau courante et chasses d'eau ; celles de l'équipage indigène sont distinctes et séparées.

Les modes de répression sont très adoucis : la suppression de vin et la consigne sont quelquefois infligées, mais la peine principale est le renvoi à la fin de la campagne, et parfois une annotation spéciale pour les incorrigibles et fauteurs de désordre ; la suppression de solde et les plaintes au ministère de la Marine qui entraîneraient la comparution du délinquant devant un tribunal maritime sont choses absolument exceptionnelles.

Passagers et équipage reçoivent à bord les soins du médecin sanitaire maritime, qui doit, en outre, veiller à préserver le navire de toute contagion, quelle qu'en soit l'origine, et faire procéder aux désinfections obligatoires, facilitées par l'étuve à désinfection qui existe à bord.

Toutes précautions sont prises pour assurer, autant que possible r

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en cas de sinistre, le personnel embarqué. Il ne nous a pas été possible de nous procurer une statistique de la morbidité et de la mortalité du personnel affecté à ce genre de navigation. Mais il résulte des renseignements recueillis que la petite infirmerie, ne contenant d'ailleurs que quelques lits, prévue sur chaque paquebot reçoit bien peu de malades, et surtout des blessés victimes d'accidents professionnels. Les malades ne sont du reste pas conservés à bord : à la prochaine relâche, ils sont déposés dans les hôpitaux à terre.

Les passagers, au moment de rembarquement, ne peuvent être soumis à une visite médicale, non plus que les voyageurs effectuant des trajets sur les chemins de fer; mais ils doivent être cependant, de la part du médecin sanitaire maritime, l'objet d'une surveillance discrète. La tuberculose mérite tout particulièrement d'attirer son attention, et, lorsqu'il existe à bord un malade atteint de cette affection, il est nécessaire qu'il soit pris des mesures spéciales de protection ; les objets de literie, matelas, couvertures et traversins devraient être soigneusement désinfectés, et la cabine occupée lavée avec une solution antiseptique avant de l'affecter à nouveau à un autre passager. Des crachoirs avec liquide antiseptique devraient par ailleurs être répandus partout avec profusion, de même que les affiches mentionnant l'interdiction absolue de cracher à terre. Il est du reste des tuberculeux connus parmi les passagers : ce sont les militaires et les fonctionnaires rapatriés des colonies comme incapables de remplir leurs obligations ou en raison même de la nature de leur affection. Ces passagers devraient être isolés autant que possible, sans préjudice des modes spéciaux de préservation qu'il y aurait lieu de prendre pour que ceux qui sont astreints à vivre dans leur voisinage ou à leur contact ne soient pas exposés à une contamination évitable.

Nous avons dit que l'aération est généralement suffisante dans les diverses parties du navire; cependant, lorsqu'il y a de nombreux passagers et que, par gros temps, sabords et hublots doivent être maintenus fermés, les manches à vent ne suffisent pas absolument au renouvellement de l'air ; à bord des paquebots plus récemment construits, il a été remédié à cette défectuosité par l'installation, dans les entreponts, de puissants ventilateurs électriques.

Cet encombrement se produit surtout à l'occasion de transports de troupes, alors que le nombre des militaires destinés au service colonial ne nécessite pas cependant l'affrètement d'un navire spécial. Ces militaires, logés dans l'entrepont, reçoivent chacun une couchette analogue à celle qui est en usage dans les casernes: il appartient au commandant de détachement d'assurer, de concert avec le capitaine du navire, les soins hygiéniques de propreté et de lavage corporel. Dans les cas de l'espèce, il y aurait tout intérêt à prévoir pour les militaires embarqués un hôpital spécial avec cabines d'isolement, l'infirmerie du bord étant exclusivement réservée à l'équipage.

2° Transports de troupes. — Lorsque, en vue d'expéditions de guerre et de campagnes lointaines, comme le fait s'est produit dans ces dernières aimées à l'occasion des affaires de Chine el de Madagascar, il devient nécessaire d'effectuer des transports de troupes avec chevaux, mulets et matériel de campagne, l'État se trouve dans l'obligation de conclure des marchés avec des compagnies de navigation, auxquelles il impose des conditions mentionnées dans un contrat.

La marine possède cependant de superbes navires affectés autrefois au service spécial de l'Indo-Chine ; mais ces navires sont plutôt aménagés pour les évacuations de malades et ont d'ailleurs étéutilisés dans ce but.

Pour les navires affrétés en vue des transports dont nous nous occupons, le département de la Marine s'assure, avant le départ, par l'intermédiaire d'une commission désignée à cet effet, que toutes dispositions utiles ont été prises en vue du logement, de la nourriture et de l'hygiène des passagers et des animaux. Tout chargement compris, les hublots du faux pont doivent être à une hauteur de

I mètre au moins au-dessus du niveau de l'eau. Il doit être prévu pour chaque passager un espace de 2mc,750 : cet espace doit être de 3 mètres cubes pour les convalescents, de 6 mètres cubes pour les malades et pour les animaux. Ces derniers doivent être installés dans des stalles, logés dans l'entrepont supérieur en raison des émanations qui pourraient être gênantes pour les hommes de l'équipage et les passagers, sous-officiers et soldats installés dans l'entrepont inférieur, où ces émanations se font ainsi moins sentir ; les chambres des officiers doivent être disposées sur le pont supérieur à l'arrière. Des mesures sont imposées en vue de l'aération et du drainage des entreponts, et la commission désignée a tout pouvoir pour prescrire toutes modifications nécessaires, de mêmeque pour contrôler les approvisionnements de vivres et fourrages au point de vue de la quantité et de la qualité.

II doit être réservé à bord un hôpital spécial destiné à recevoir des malades alités dans la proportion de 1 p. 100 de l'effectif des militaires embarqués. Cet hôpital est placé dans l'entrepont supérieur de façon à être facilement aéré et ventilé. Le navire doit aussi être muni de lavabos en nombre suffisant, de poulaines et urinoirs susceptibles d'être lavés à grande eau, et, en outre, d'une étuve à désinfection (flg. 27).

Dans le but d'éviter dans les entreponts la propagation de la chaleur provenant des machines, il est prescrit des précautions obligatoires relativement aux chaudières, qui doivent être suffisamment enveloppées pour prévenir tout rayonnement.

Au point de vue de l'alimentation, les clauses du contrat mentionnent la composition des repas pour chacune des catégories du personnel militaire embarqué : officiers généraux, supérieurs* et subal-

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DUCHATEAU,

MARINE MARCHANDE

ternes, sous-officiers et rationnaires, l'eau douce fournie parles appareils distillatoires devant seule être employée comme boisson, pour la propreté corporelle et pour le lavage du linge.

Les conventions établies fixent les approvisionne ments de vivres de malades, de médicaments et de désinfectants à embarquer : chlorure de chaux, chlorure « de zinc, sulfate de ^ cuivre, acide phé- £ nique.

| Relativement à g la sécurité du nag< vire, des clauses | particulières règlent les procé- . dés à adopter N pour l'emmagasi- ~ nement des munilions de guerre dans une soute spéciale pouvant être noyée en cas d'accident, l'obligation étant imposée dîme pompe à incendie avec ses accessoires.

Une ceinture de sauvetage doit en outre être placée à proximité de chacune des couchettes affectées aux passagers.

La présence d'animaux à bord nécessite uneattenlion constante; il

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y a lieu d'assurer la parfaite étanchéité des planchers et de veiller au renouvellement fréquent de la paille.

La lingerie, la boucherie, la buanderie et l'étuve à désinfection doivent obligatoirement être placées sur le pont, afin qu'il n'enrésulte pas d'encombrement dans les entreponts exclusivement réservés aux passagers.

Il est arrivé parfois que, en cas de uécessité absolue, ces navires ont été utilisés au retour pour le rapatriement des malades; il y a lieu, dans ces conditions, de procéder à de nouvelles installations et à une désinfection préalable et complète.

Lorsque le département de la Marine devait recourir, pour le transport des troupes, à une compagnie de navigation, il établissait avec cette compagnie une charte-partie réglant, pour chaque navire, les conditions générales imposées suivant le nombre des passagers et des animaux à embarquer. Ce soin semble désonnais devoir incomber au ministère de la Guerre, chargé des troupes coloniales qui relevaient autrefois du ministère de la Marine.

Les compagnies de navigation devaient fournir le matériel de couchage : il leur était alloué, pour l'alimentation, par jour de présence à bord, une somme de 10 francs pour les officiers supérieurs, de 6 francs pour les officiers subalternes, de 3 francs pour les sousofficiers, de '2 francs pour les rationnaires et yde 3 francs pour les chevaux et mulets.

Les officiers devaient être nourris suivant le régime du pourvoyeur en usage à bord des transports de l'Etat, et la composition de leurs repas, déterminée à l'avance, ne laissait rien à désirer.

Pour les sous-officiers, le régime alimentaire était ainsi fixé:

Deux plats de cuisine.

Déjeuner Un dessert.

Café et cognac.

/ Un potage.

,. ^ \ Deux plats de cuisine.

'* i Deux desserts (fromage et fruits frais). Un petit verre deau-de vie.

Celui des soldats rationnaires comprenait:

Pain frais 250 grammes.

( ou

r... IT , • \ Biscuit 183 —

Déjeuner ... Tous les jours < „ , , ... , .....

0 i li.au-de-vie, rhum ou tafia. » centilitres.

! Café 2 i grammes.

Sucre cassonade 25 —

Pain frais 250 grammes.

rr 1 . \ ou

tous les iours ...,..•,,. ., .„„

J i Biscuit 183 —

Vin rouge de campagne. 23 centilitres.

Conserves de bœuf 200 grammes.

Dîner lT. e ■ . . \ (fayots 00 —

i Deux lois la semaine. . \ J j i Avecj ou

'légumes desséchés. 1K —

\ Trois fois lasemaine. | Viande fraîche 300 —

DUCHATEAU. — MARINE MARCHANDE.

Lard salé 225 grammes.

Dîner {suite .

Une fois la semaine. . ) c^

i Avecs ou

(légumes desséchés.

Fromage

l et

Une fois par semaine ) ^ \ alternativement.

I Sardines à l'h

f et

uile.

Tous les jours

\ Fayots.

Pain frais.

\ ou

i Biscuit.. . .

n ^ ) Vin rouge.

' ' 1 Six fois par semaine. | Fayots....

IT.,„:. „__.__ I Riz

Une fois par semaine. \ T '," ','- ( Lard sale

Tous les jours. . .

Pour le di

Assaisonne ments.

Poivre

Sel

Vinaigre

Huile d'olive

\ ou

i Graisse de Normandie.

Graine de moutarde. . .

Choucroute

Pour 1

Avec

e souper.

ou

Achards

huile d'olive

\ ou igraisse de Norman-

{ die

ou

('graisse de Normandie

et elée de viande.. . .

Avec

23 centilitres.

100 grammes.

13 centigrammes.

24 grammes.

8 millilitres.

4 grammes.

75 décigrammes.

8 grammes.

La ration des rationnai res musulmans comprenait

Riz

Sel

Sucre Café vert

800 grammes.

Chaque passager avait droit en plus à 25 millilitres de spiritueux entre les tropiques pour être mélangés à l'eau du charnier.

Des conserves, aliments légers, volailles et vives frais devaient en outre être embarqués pour l'usage des malades, auxquels un coffre spécial de médicaments était en plus spécialement réservé, en dehors des coffres réglementaires à bord.

3° Transport d'émi grants. — La loi sur l'émigration date du 18 juillet 1860. Cette loi prescrit que nul ne peut entreprendre les opérations d'engagement ou de transport des émigrants sans l'autorisation du ministre du Commerce et des Travaux publics, fixe les conditions imposées à celte autorisation, détermine remplacement qui doit être réservé à chaque passager sur les navires affectés à ee

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transport, les conditions d'aménagement et d'approvisionnement et te mode de visite des navires avant le départ.

T'ont navire recevant à bord quarante émigrants est réputé spécialement affecté à l'émigration; mais l'émigrantqui devra être transporté par un navire ayant moins de quarante émigrants a le droit d'invoquer l'intervention du commissaire de l'émigration pour ce qui concerne la qualité et la quantité des vivres etles conditions de son contrat. Est réputé émigrant (1), sans autre justification, tout passager qui n'esl point nourri à la table du capitaine ou des officiers, et qui paye pour le prix de son passage, nourriture comprise, une somme de moins de 40 francs par semaine pour les navires à voiles et moins de 80 francs par semaine pour tes navires à vapeur.

Tout navire affecté à l'émigration sera muni d'un coffre à médicaments suffisamment pourvu ainsi que d'une instruction sur l'emploi des médicaments.

Quand le nombre des émigrants embarqués atteindra le chiffre de cent, il devra toujours y avoir un médecin à bord.

11 est de plus interdit de recevoir à bord aucun passager atteint de maladie grave ou contagieuse et d'y placer aucune marchandise qui serait reconnue dangereuse ou insalubre.

Le décret du 15 mars 1861, rendu en exécution de la loi précitée, stipule qu'il doit être alloué, à bord, pour chaque émigrant un espace de V"'\'30 à lmq,49 suivant la hauteur du pont, les enfants au-dessous d'un an ne devant pas entrer dans le calcul du nombre des passagers, et deux enfants âgés de plus d'un an et de moins de huit ans devant être comptés pour un passager.

L'entrepont de ces navires doit avoir lm, 66 de hauteur au minimum. Doivent être considérées comme marchandises dangereuses et insalubres et dont l'embarquement sera par suite interdit à bord : la poudre à tirer, le vitriol, les allumettes chimiques, le guano, les produits chimiques inflammables et les fromages, excepté ceux durs et secs ne portant aucune odeur; il en est de même des chevaux et bestiaux.

Le chiffre des approvisionnements alimentaires embarqués par les émigrants eux-mêmes ou fournis par le navire sera calculé d'après la plus longue durée probable de la traversée. Les qualités, quantités et espèces de vivres seront fixées et vérifiées dans chaque cas particulier par le commissaire de l'émigration, et le navire devra être pourvu d'ustensiles de cuisine, du combustible et de la vaisselle nécessaires.

Les couchettes devront avoir lm,83de longueur et0m,53 de largeur : il ne pourra dans aucun cas y en avoir plus de deux rangées, chaque couchette devant être élevée de 0m,14 au-dessus des bordages du

(1) Voy. en outre, Prophylaxie générale. Traité d'hygiène, fascicule XV.

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pont inférieur et séparée du ponl supérieur par un intervalle de 0m,76; les objets de couchage doivent être chaque jour exposés à l'air sur le pont quand le temps le permet, et l'entrepont doit être purifié avec du lait de chaux au moins une l'ois par semaine.

Deux lieux d'aisances, et un plus grand nombre si le chiffre des émigrants esi supérieur à cent, seront prévus sur le pont à l'avant, et en outre un cabinet d'aisances pour l'usage exclusif des femmes.

Le navire sera de plus pourvu d'un nombre suffisant de canots pour le sauvetage éventuel des passagers, de manches à vent et autres appareils propres à assurer la ventilation.

Les émigrants, quand leur nombre est inférieur à quarante, sont installés d'une façon strictement suffisante sur les navires à bord desquels ils prennent passage; ils sont logés dans le faux pont ou couchent sur le ponl ; leur alimentation peu variée, se composant surtout de riz, pommes de terre et fayots, esl bien inférieure à celle de l'équipage. Dans un luit d'hygiène cl de propreté, les compagnies de navigation estiment qu'il serait préférable de supprimer les matelas qui leur étaient distribués et de disposer des toiles solidement tendues sur lesquelles s'étendraient ces passagers, auxquels il est délivré des couvertures; à tous égards, il existe de sérieuses lacunes à combler dans tous les détails relatifs à ce personnel pauvre, dénué de ressources et dont la santé est souvent précaire; il y aurait lieu d'insister particulièrement sur les mesures à prendre au point de vue de la propreté corporelle et au point de vue de la prévention contre les contagions possibles. Il appartient aux médecins sanitaires maritimes de faire ressortir les défectuosités auxquelles il semble possible de remédier, du moins en partie.

Les émigrants syriens effectuant les voyages du Levant sont encore moins bien traités; ils doivent fournir eux-mêmes leurs objets de couchage et pourvoir à leur alimentation ; il en est de même des coolies ihdous et chinois transportés à Madagascar ou rapatriés chez eux. Là tout est à faire, et il n'existe à proprement parler aucune observance des règles les plus élémentaires de l'hygiène. Le fait est d'autant plus regrettable que, si les grands paquebots qui reviennent en France sont, après chaque voyage, l'objet d'un grand nettoyage fait avec soin et parfois même de désinfections complètes, il n'en est pas toujours ainsi de ceux que nous avons actuellement en vue et à bord desquels peuvent persister des germes de maladie. Les traversées sont, il est vrai, relativement courtes; mais, lorsqu'on se souvient des maladies nombreuses, parfois épidémiques, qui sévissaient jadis sur les navires affectés au transport des Indo-Chinois se rendant dans nos possessions américaines, lorsque Ton constate dans les rapports des médecins de la Marine embarqués sur ces navires affrétés l'incurie et la malpropreté des coolies dont ils avaient la surveillance, on ne peut que désirer la réalisation d'améliorations indispensables

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à bord des navires d'émigrants. L'attention n'est peut-être pas suffisamment attirée sur celle question spéciale, qui, au point de vue de l'hygiène, a cependant une importance capitale.

Là encore nous ne saurions, en produisant des chiffres, donner une idée de la mortalité de ces émigrants ; mais, si faible qu'elle soit, peutêtre en raison de leur séjour peu prolongé à bord, il n'en est pas moins vrai que les conditions déplorables de promiscuité et d'entassement dans lesquelles ils se trouvent placés peuvent non seulement leur être nuisibles à eux-mêmes, mais présenter de sérieux inconvénients et des dangers pour le personnel du navire obligé de vivre à leur contact et pour les populations au milieu desquelles ils débarquent ou peuvent être appelés à séjourner (1).

4° Voiliers. — Pour les traversées au long cours empruntant la voie du cap Horn ou celle du cap de Bonne-Espérance, certaines grandes compagnies de navigation emploient presque exclusivement des voiliers, ces navires étant d'ailleurs uniquement réservés au transport de marchandises ou de cargaisons diverses. La durée plus

(1) L'intéressant travail du professeur Ghantemesse et du Dr Borel sur l'émigration et la santé publique, travail dont il a été fait mention à l'Académie de médecine, dans la séance du 6 février 1906, apporte une preuve nouvelle de l'intérêt qu'il y aurait à reviser notre législation actuelle, qui n'offre plus de garanties suffisantes au point de vue de l'hygiène. Alors que les Etats-Unis et l'Italie imposent à nos compagnies, pour le transport des émigrants, des conditions auxquelles elles ne peuvent se soustraire; alors que sur certains bateaux français sont embarqués des médecins étrangers veillant à la police sanitaire de leurs émigrants, qui jouissent ainsi d'un traitement de faveur, nos émigrants, en vertu des règlements désuets toujours en vigueur, se trouvent dans un état d'infériorité notoire.

Dans le but de défendre leur territoire et d'en interdire l'entrée à tout malade, l'Amérique, la Hollande, la Belgique, l'Italie ont établi de véritables barrières sanitaires, et rien n'a encore été édicté en France pour se préserver contre les maladies qui peuvent, en particulier, être importées par les émigrants syriens arrivant à Marseille et traversant la France entière pour se rendre au Havre, où ils doivent embarquer à nouveau. Les mesures protectrices mises en usage sont notoirement insuffisantes, puisqu'elles se bornent, au port d'embarquement, aune visite médicale dont le but est d'éliminer les émigrants qui ne seraient certainement pas admis à descendre à terre aux Etats-Unis, où ils sont tous soumis à un véritable conseil de revision, et de conserver en traitement jusqu'à guérison ceux qui scuit atteints d'une affection transmissible telle que le favus, la blennorragie, la syphilis. Ces derniers vivent du reste dans des hôtels non surveillés, jamais désinfectés, ne sont l'objet d'aucune mesure d'isolement et sont susceptibles de semer la contagion.

Avant l'embarquement, tous les émigrants sont vaccinés, comme l'exigent les États-Unis; mais, lorsqu'il s'agit d'émigrants provenant d'un pays suspect de choléra, il n'est exercé à leur égard, dans ce port d'embarquement, aucune surveillance en France, car ces émigrants échappent aux règlements sanitaires de police sanitaire, puisqu'ils sont venus par terre; dans ces cas, les États-Unis imposent, avant l'embarquement, cinq jours de quarantaine dans un pays non infecté ; mais encore serait-il nécessaire, pour préserver le territoire français, que ces émigrants pussent être isolés soit dans des campements installés dans les ports d'arrivée et de départ, soit dans des locaux spéciaux disposés à cet eiï'et, où ils seraient visités par les médecins sanitaires, et que les hôtels où sont logés ceux qui seraient autorisés à habiter en ville fussent l'objet d'une surveillance médicale quotidienne et de désinfection. L'émigration atteint actuellement de telles proportions qu'une revision de notre législation est devenue absolument obligatoire.

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longue des traversées est compensée, au point de vue de la dépense, par l'espace plus considérable laissé libre vu l'absence de la machine, ce qui permet une augmentation du chargement, et par les économies réalisées sur le charbon. A proprement parler, ces navires sont plutôt mixtes: mais leur machine est de si faible puissance et l'approvisionnement de charbon si peu important qu'elle peut uniquement être utilisée en vue de perdre le moins de temps possible dans les zones de calme ou lorsque le vent est contraire.

Aménagement. — Ces grands voiliers effectuant entre la France et la côte ouest d'Amérique des voyages dont la durée est prolongée sont construits en fer, jaugent de 2 000 à 4000 tonneaux et comportent un équipage dont l'effectif varie entre vingt et un et trente-six hommes, chiffre suffisant pour assurer la manœuvre des voiles, bien qu'ils soient pourvus de trois ou quatre mâts métalliques. Ces manœuvres sont du reste facilitées par les treuils et appareils actuellement en usage sans que le personnel ait à déployer une force excessive, comme cela avait lieu autrefois et a même lieu encore aujourd'hui à bord des bâtiments de moindre tonnage et moins perfectionnés. Le personnel embarqué est visité avant le départ par un des médecins de la compagnie, qui tient à n'avoir à bord que des éléments sains, robustes et de bonne santé.

Le pont du navire est dégagé; à l'arrière se trouve généralement une dunette, sous laquelle sont logés le capitaine et les officiers; à l'avant, un gaillard où sont disposées les cabines de l'équipage; les logements de l'arrière sont aérés et éclairés par de petites fenêtres et des hublots mobiles; ceux de; l'avant sont munis de hublots non mobiles, de telle sorte que l'aération n'est assurée que par les ouvertures qui font communiquer ce poste avec le pont, disposition notoirement insuffisante, empêchant toute ventilation énergique. Frappés d'ailleurs de ces défectuosités, et aussi en raison de l'encombrement de lespace réservé à l'équipage dans les parties du navire où les formes amincies restreignent encore les dimensions du logement qui lui est affecté, les constructeurs des nouveaux navires ont disposé à l'arrière du mât de misaine un roof destiné à ce logement ; l'aération et la ventilation se trouvent par suite assurées dans des conditions absolument avantageuses au point de vue de l'hygiène, ce roof comportant des fenêtres qui peuvent être constamment maintenues ouvertes.

A bord des navires où il n'existe pas de dunette et où le gaillard, trop peu élevé, ne peut être utilisé que pour les chaînes de l'ancre, les officiers et l'équipage sont logés dans le premier entrepont à l'arrière et à l'avant.

En outre des ouvertures nécessaires pour le passage des mâts, le pont présente des panneaux garnis d'hiloires servant aux communications avec les étages inférieurs, et des ouvertures à claire-voie, l'une à l'avant, l'autre à l'arrière, permettant, avec les panneaux, l'accès de

l'air à l'intérieur du navire, sans préjudice (U>* manches à vent mobiles, qui contribuent aussi à augmenter cette aération. Sur le pont, sont en outre placées les cuisines, de telle sorte que les odeurs et la chaleur ne se répandent pas dans les postes d'habitation.

Sur les grands navires, deux poulaines sont disposées à l'avant; ces poulaines sont lavées à grande eau, niais il n'existe pas cependant de courant d'eau continu avec caillebotis en fer comme à bord de la plupart des navires de guerre ; ces poulaines consistent en sièges à la turque sans urinoir spécial et doivent, malgré tous les soins apportés, être fréquemment souillées.

A bord de ces mêmes navires est prévue une chambre d'isolement dans l'entrepont, chambre éclairée par des hublots fixes et réservés aux malades qui ont besoin de repos. D'après les renseignements obtenus, cette chambre est du reste rarement utilisée à moins d'affection très grave, car il n'est point embarqué à bord de médecin exigeant cette hospitalisation, et le marin se résout malaisément à cet isolement.

A part ces locaux spéciaux et ceux qui dans l'entrepont arrière sont affectés à la cambuse et aux approvisionnements divers d'objets indispensables à la navigation : filins, voiles, matériel de rechange, tous parfaitement aérés, le navire tout entier est consacré au chargement, lequel peut être constitué, suivant les circonstances, par des matières d'ordres différents pouvant intéresser l'hygiène et dont nous nous occuperons ultérieurement; des manches à vent servent à l'aération de la cale et des multiples compartiments ; de larges ouvertures mobiles pratiquées sur les flancs facilitent, avec les orifices des panneaux s'ouvrant sur le pont et correspondant aux divers étages, les opérations du chargement et du déchargement des marchandises.

L'hygiène est en général satisfaisante à bord des grands voiliers effectuant au delà des caps des traversées au long cours dépassant une durée de cent-vingt jours à la mer; Pétai-major et l'équipage sont l'objet d'un choix spécial de la part -des armateurs : chaque cabine contient deux couchettes superposées; chaque marin embarqué apporte à bord ses objets de literie, matelas et oreillers en varech préférée la laine, qui s'humidifie plus facilement, ainsi que ses couvertures. Tous ces objets, au débarquement, sont le plus souvent abandonnés par leurs propriétaires, sauf les couvertures: parfois cependant ils sont conservés lorsque l'inscrit renouvelle son embarquement ou lorsqu'ils sont encore susceptibles d'être utilisés, ce qui est rare après une campagne d'une certaine durée. 11 appartiendrait d'ailleurs aux commissions d'examen de s'assurer jusqu'à quel point cette utilisation pourrait, sans inconvénient, être autorisée: mais ces commissions ne fonctionnent guère à l'arrivée du navire en France.

En outre des couchettes en bois et qu'il serait préférable, à tous

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égards, de remplacer par des couchettes métalliques, la cabine reçoit les coffres contenant les effets des marins embarqués, coffres qui servent en même temps de bancs pour s'asseoir. Il serait utile que Ton acquît avant le départ la certitude que ces coffres sont munis des vêtements appropriés à la nature des campagnes : lorsqu'il s'agit de voyages au long cours pendant lesquels le navire traverse les zones de température très différentes, sous l'Equateur, au cap Horn ou au cap de Bonne-Espérance et dans les régions tempérées, cette précaution serait essentielle; recevant des avances de solde de trois mois, l'équipage pourrait en consacrer une partie à ces achats presque indispensables.

Les cabines s'ouvrent sur un poste chauffé par un poêle à charbon dans les parages froids ou humides. Lorsqu'il existe un roof sur le pont, il y est installé, près du poste et en dehors, une pendrille pour les vêtements mouillés; mais pareille disposition n'existe pas sur leb navires où l'équipage est logé sous le gaillard ou dans l'entrepont; c'est alors sur les coffres que sont déposés ces vêtements, contribuant de la sorte à entretenir une humidité qu'il serait facile d'éviter. Les cabines sont séparées par des cloisons en bois, mais les couchettes ne sont point protégées du contact immédiat de la paroi métallique du navire par un revêtement qui serait cependant fort utile, car la vapeur d'eau, en se condensant sur cette paroi métallique, entrelient une humidité constante. Le poêle, allumé d'ailleurs d'une façon intermittente dans le poste, ne suffit pas pour assécher et les cabines et les couchettes, et il y a là encore une défectuosité pouvant exercer une fâcheuse influence sur la santé et à laquelle il faudrait remédier.

Alimentation. — L'alimentation de l'équipage à bord est certainement équivalente à celle des marins de l'Etat et suffisamment variée. Au départ d'Europe, en outre des aliments plus spécialement réservés aux malades, le navire emporte quelques animaux vivants, porcs et moutons, et cinq à six douzaines de volailles. Cet approvisionnement est renouvelé à chacune des relâches, rares il est vrai. Lors du départ pour rentrer en France, en outre des animaux vivants, il est embarqué des œufs en assez grande quantité, et les vivres destinés aux malades sont complétés : lait concentré, thé, bouillon, chocolat. Les aliments sont convenablement préparés par un cuisinier-coq qui est en même temps boulanger: le pain est fabriqué à bord. Chaque dimanche et jeudi, parfois même le mardi, une distribution de 1 livre et demie par homme est faite au personnel embarqué; les officiers et. la maistrance ont seuls droit à une ration journalière de pain. En outre du pain, l'équipage reçoit du biscuit conservé dans des caisses zinguées soigneusement entretenues et préalablement flambées à l'alcool. Aux biscuits français, certaines grandes compagnies préfèrent le biscuit anglais, qui serait, paraît-il, moins dur, plus nourrissant et moins susceptible d'altération.

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Dans le régime alimentaire entrent : le lar<l salé délivré pour quatre repas par semaine, l'endaubage ou conserve de bœuf pour deux repas, la morue salée pour un repas ; les fayots sont donnés, pour ainsi dire, à discrétion; il en est de même du riz, peu apprécié du reste en général par les marins ; le fromage fait aussi partie de la ration.

Le vin embarqué est du vin du Midi de deux qualités et qui est conservé dans des fûts. Chaque homme reçoit journellement i centilitres de tafia à huit heures du matin; ce tafia est pris avec le café en même temps que le biscuit. En outre de cette distribution, il en est fait une autre de même quantité à la bordée de quart, vers cinq heures le matin. Cette bordée bénéficie par suite de deux rations d'alcool à intervalles très rapprochés; bien que ces rations soient accompagnées d'une délivrance de biscuit et ne soient pas absorbées absolument à jeun, il y aurait tout intérêt à remplacer la première par une infusion aromatique, telle que le thé, boisson chaude qui, tout en réchauffant cette bordée de quart, n'aurait pas les inconvénients de l'alcool, dont il y a toujours lieu de modérer l'usage.

Eau potable. — L'eau potable provientde diverses sources : au départ, et dans les relâches, il est fait un approvisionnement d'eau, logée dans deux caisses en tôle d'une contenance de 8 à 13 tonnes placées dans la cale ; mais, lorsque cette eau est épuisée ou que la quantité en devient insuffisante, il y est suppléé par l'adjonction d'eau distillée préparée à bord à l'aide d'une petite machine à une ou deux chaudières verticales. Cette machine rend de grands services : quand le temps est humide, les capitaines ont mission de la faire fonctionner dans le but de faire sécher les vêtements suspendus à proximité. Pouvant fournir de 250 à 300 litres d'eau par heure avec une dépense minime évaluée à celle de 1 tonne de charbon pour 3 tonnes d'eau obtenue, elle permet de distribuer fréquemment à l'équipage 5 à 600 litres d'eau chaude pour le lavage corporel et le lavage du linge.

A ces modes de conservation et de distribution de l'eau, il peut être adressé quelques reproches : l'approvisionnement opéré dans les ports et les relâches peut être suspect et contenir des matières organiques entrant en putréfaction et susceptibles de communiquer à l'eau, en outre d'un goût désagréable, des propriétés nocives; l'eau distillée logée dans les mêmes caisses, sans précautions préalables, peut n'être plus à l'abri de tout soupçon. Les caisses métalliques sont certes bien préférables aux caisses en bois, toujours employées à bord de certains navires, comme nous aurons souvent l'occasion de le dire: mais ces récipients donnent à l'eau une couleur de rouille et une saveur styptique déplaisante ; il serait facile de remédier à ces inconvénients en badigeonnant préalablement l'intérieur des parois avec un lait de ciment. Puisqu'il existe à bord un appareil distillatoire, l'eau distillée devrait être uniquement réservée comme eau potable, l'eau

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prise à terre ou provenant de la pluie et recueillie dans des barils devant être exclusivement réservée pour le lavage corporel et le lavage du linge.

Nous devons faire remarquer que, dans l'alimentation, les légumes frais font presque complètement défaut, et il ne saurait guère en être autrement. La petite quantité embarquée au départ et dans les relâches est bien vile consommée; il y aurait cependant avantage à y suppléer par la délivrance de quelques conserves, telles que celles de choux, très en honneur en particulier chez les Bretons. Nous ne saurions non plus nous élever trop énergiquement contre Temploi du charnier avec suçoirs exposant à de nombreuses contaminations et en particulier à des contagions de syphilis ou de tuberculose, s'il se trouve à bord un homme atteint de Tune ou l'autre de ces affections.

Propreté. — La question du lavage corporel intéresse au plus haut degré l'hygiéniste. Abord des navires de guerre, il y est soigneusement veillé; l'ancienne baille commune a presque complètement disparu, et les marins embarqués sur les bâtiments de l'Etat acquièrent peu à peu des habitudes de propreté, qu'ils finissent par apporter à la longue sur les bâtiments de commerce. Mais, actuellement, il y aurait sur ces derniers un courant à remonter, une véritable éducation à refaire, et il serait du devoir des capitaines d'y apporter tous leurs soins. Lorsqu'il est délivré à l'équipage une quantité d'eau douce suffisante, cette eau est bien employée par lui pour le lavage de son linge, mais pour son propre usage il préfère en général l'eau salée ; ce sont là de vieilles traditions contre lesquelles il faut énergiquement lutter.

Emploi du temps. — Le travail n'est pas excessif à bord des grands voiliers, et l'équipage peut jouir d'un temps de repos et de sommeil suffisant; le service s'y fait par quarts. Pendant ces longues traversées, le capitaine doit même s'ingénier pour occuper etdistraire ses hommes, et il y a toujours à bord suffisamment de menus travaux d'entretien pour que ce résultat puisse être aisément atteint; il serait utile néanmoins qu'une bibliothèque contenant des ouvrages de lecture facile et instructive, et aussi quelques jeux, fussent mis à la disposition des marins embarqués, comme cela se pratique à bord des navires de guerre.

Morbidité et mortalité. — Comme pour les paquebots et les autres catégories de navires que nous avons déjà passées en revue, nous nous trouvons dans l'impossibilité de fournir une statistique de la morbidité et de la mortalité. Cette morbidité paraît cependant minime, l'équipage ne comportant que des éléments sains, robustes, pour ainsi dire choisis ; il semblerait même que la santé des hommes se fortifie plutôt à bord, au cours de la campagne, et le fait s'explique facilement. Entre deux embarquements en effet, les marins ayant touché leurs

salaires en quittant vin navire et de nouvelles avances en s'engageant sur un autre se livrent volontiers à terre à des excès multiples, et il a été fréquemment constaté que des hommes arrivant un peu fatigués et ne présentant d'ailleurs aucune tare organique recouvraient en peu de temps leur embonpoint et leur vigueur.

Néanmoins, en dehors des accidents et des traumatismes, il survient sur ces voiliers des maladies accidentelles, pneumonie, bronchite, rhumatisme, insolation, etc., qui en l'absence de médecin sont traitées par le capitaine muni des instructions qui accompagnent le coffre à médicaments; des lièvres typhoïdes ont parfois été constatées, revêtant même un certain caractère épidémique. En raison des parages fréquentés, le paludisme, la dysenterie ont été observés. Par suite de l'altération des denrées alimentaires et de l'insouciance de certains capitaines qui, pour obéir trop strictement aux instructions des armateurs, ne se sont pas crus dans l'obligation de relâcher pour renouveler leurs approvisionnements, alors qu'ils avaient à bord un nombre relativement considérable de malades, il est même arrivé que de véritables épidémies se soient déclarées à bord; mais ce sont là des faits exceptionnels, et qui ne se produiraient pas si, comme autrefois, la présence d'un médecin était obligatoire à bord pour d aussi longs et lointains voyages. Dans la majorité des cas, les capitaines font certes tous leurs efforts pour sauvegarder la santé de leurs équipages et pour soigner de leur mieux les maladies en présence desquelles ils se trouvent placés ; mais il n'en best pas moins vrai que, en dépit de loute leur bonne volonté et souvent môme de leur dévoûment, des affections peuvent devenir graves et entraîner la mort, qui, rationnellement traitées, eussent suivi leur cours normal et régulier. Nous faisons surtout allusion à la fièvre typhoïde, qui nécessite, au point de vue de l'alimentation et des soins spéciaux, une surveillance dont les malades de l'espèce ne peuvent pas être toujours l'objet à bord et dont les capitaines ne sont pas à même de comprendre toute l'importance.

Lorsque, par hasard, une maladie pestilentielle sévit à bord, entraînant un certain nombre d'invalidités, une relâche s'impose, et le navire est alors soumis à toutes les exigences prévues par les règlements sanitaires.

Dans les descriptions qui précèdent, nous avons eu en vue les paquebots des grandes compagnies de navigation et les voiliers effectuant des voyages au delà des caps; à part quelques considérations de détail que nous avons mentionnées au passage, l'hygiène y est satisfaisante, Il n'en est pas toujours absolument ainsi pour les vapeurs et voiliers de plus petit tonnage, transportant accidentellement des passagers ou chargés uniquement de marchandises, et dont les séjours à la mer sont moins prolongés; l'engagement des marins n'y est pasr dans tous les cas, précédé d'un examen médical, et il

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n'est pas pris d'aussi minutieuses précautions pour l'alimentation, l'assèchement des cabines et des vêtements ; à bord des bâtiments où il n'est point installé d'appareils pour la manœuvre des voiles, l'équipage est exposé à de plus grandes fatigues ; néanmoins, la vie au grand air aidant, et en dépit des causes d'insalubrité plus multipliées et plus manifestes, l'état sanitaire de ces navires ne laisse guère à désirer. Là cependant sont déjà plus fréquents les cas de tuberculose évoluant insidieusement, sans qu'il soit possible d'affirmer que ces tuberculoses ont pris naissance à bord, vu l'ignorance des tares antérieures non médicalement constatées avant le départ.

Nous avons signalé les défectuosités existant à bord des navires effectuant les transports d'émigrants, les dangers provenant de la promiscuité qui y règne et de l'absence de toute mesure préservatrice. A bord des navires d'émigrants indiens, les Anglais se sont préoccupés de l'isolement et du traitement des tuberculeux, interdisant absolument de cracher à terre ou sur les murs ; multipliant les crachoirs en fer galvanisé avec liquide antiseptique, et dont le contenu doit être jeté une fois par jour par-dessus le bord ; ordonnant que les plats et ustensiles dont se sert un malade soient plongés dans l'eau bouillante, que les malades soient isolés sur le pont supérieur et que leurs logements soient lavés journellement avec une solution désinfectante : prescrivant même la désinfection des vêtements.

Il serait à souhaiter que des précautions du même ordre fussent prises sur nos transports d'émigrants. A l'époque où des médecins de la Marine étaient affectés à l'émigration, la tuberculose n'était pas à l'ordre du jour comme elle l'est actuellement; malgré le zèle apporté par eux agissant en qualité de médecins et en qualité de commissaires du Gouvernement, des épidémies de maladies transmissibles, comme le béribéri par exemple, ont parfois éclaté à bord. Aujourd'hui les traversées effectuées par les émigrants sont plus courtes, s'opèrent dans des conditions différentes : mais elles n'en méritent pas moins «l'attirer l'attention des hygiénistes et motivent une réglementation dont on ne semble pas jusqu'ici s'être spécialement préoccupé.

Sur les divers navires que nous venons d'examiner, le nombre des invalidités est certainement plus élevé dans le personnel mécanicien exposé à des risques professionnels plus multiples, notamment à des refroidissements et à des coups de chaleur, que dans celui des gabiers et matelots de pont, plutôt victimes des accidents provenant de la manœuvre des voiles, chutes de la mature et traumatismes variés : ce personnel mécanicien est d'ailleurs moins éprouvé que celui de la marine de guerre ; mais nous ne saurions, faute d'éléments précis, établir une proportionnalité.

5° Grandes pèches de la mer du Nord, de Terre-Neuve et d'Islande. — Bien que la pèche dans la mer du Nord rentre, à pn>

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prement parler, dans la catégorie des pêches côtières, les conditions dans lesquelles elle s'exerce étant à beaucoup d'égards similaires de celles des grandes pêches d'Islande et de Terre-Neuve, nous avons pensé qu'il serait préférable de faire un rapprochement qui peut nous épargner des redites.

L'industrie maritime dont il nous reste à nous occuper présente, au point de vue de l'hygiène, un puissant intérêt : des améliorations sont peu à peu apportées à la situation déplorable des pêcheurs qui s'y livrent, mais, comme il sera aisé de s'en convaincre, il y a encore beaucoup à faire pour arriver à la rendre, sinon moins pénible, du moins plus conforme aux règles les plus élémentaires de l'hygiène.

Depuis quelques années, l'attention publique, qui n'est peut-être pas toujours attirée suffisamment en France sur les choses de la mer, bien que nos côtes soient baignées par trois océans, s'est plus vivement intéressée, la littérature y aidant, au sort de ces malheureux, qui, en échange de maigres salaires, mènent une existence rude, exposée à mille périls. Le ministère de la Marine s'en préoccupe d'une façon constante, incite les armateurs à apporter des modifications à des routines presque séculaires et qui doivent forcément disparaître. Mais, si de plus grands progrès n'ont pas été réalisés, la faute ne doit pas en incomber uniquement aux armateurs eux-mêmes, qui se heurtent de la part des équipages à une résistance ou aune force d'inertie qui n'est certainement pas de nature à encourager leurs efforts.

Le marin n'aime guère à se plaindre : si ceux qui fréquentent les grands centres industriels et les grands ports, se trouvant ainsi plus mêlés à la population civile, font parfois entendre des réclamations et s'adressent aux pouvoirs publics, il n'en est pas de même de ceux qui, vivant sur les côtes, habitués depuis leur plus tendre enfance à une vie laborieuse et misérable dont leurs pères leur ont donné l'exemple, acceptent sans murmurer les conditions qui leur sont faites. Ceux-là admettent plutôt avec une méfiance marquée tout ce qui peut apporter un certain trouble dans leur vie journalière, et même, s'il survient quelque mécompte à bord,, ils sont plutôt disposés à incriminer les modifications apportées. Difficile est par suite le rôle des armateurs, plus difficile encore celui des capitaines, qui veulent, d'autorité, imposer des obligations nouvelles dont l'utilité n'est pas suffisamment comprise.

1° Pêche de la mer du Nord (1). — 1° Chalutiers. — Cette pèche tend actuellement à se transformer. Des essais de chalutiers à vapeur sont tentés depuis quelques années : si ces essais se généralisent, ces navires, munis d'un moteur spécial, feront constamment le va-et-vient entre les lieux de pêche et les ports ; les séjours à la mer se trouveront ainsi abrégés, et beaucoup des inconvénients actuels prendront

(1) Valence, Archives de médecine navale, 1892. — Bonain, Ibid,., 1895.

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fin par cela môme. Une trentaine de chalutiers a été armée à Dieppe et à Boulogne, effectuant la pêche au maquereau pendant les premiers mois de l'année et celle du hareng à partir du mois de juin; une dizaine de ces navires a même été envoyée en Islande. Après avoir rempli leurs soutes au bout de quelques jours, ces chalutiers se trouvaient en état de rentrer en France et de repartir pour une nouvelle campagne. Il semblerait que ces essais heureux dussent être de nature à encourager la persévérance dans cette voie. Mais la morue ainsi capturée à l'aide des engins employés est, parait-il, moins estimée, et ce motif empêchera peut-être, du moins pour la pêche en Islande, la substitution des vapeurs chalutiers aux voiliers, qui constituent la majeure partie de la flottille.

Les chalutiers (fig. 28) employés ont un tonnage de 100 mètres cubes, 40 mètres de longueur sur 7 mètres de largeur et 5 mètres de hauteur : l'équipage, composé de vingt-six à vingt-sept hommes, y est logé d'une façon assez sommaire à l'avant dans des cabines comportant chacune deux couchettes disposées comme à bord des voiliers; les mécaniciens sont au voisinage de la machine, à l'arrière, de même que le chef mécanicien et le capitaine ; le poste de l'équipage, quelquefois mais non toujours chauffé par un poêle, est un peu plus vaste que celui des voiliers, mais la propreté n'y est pas plus grande ; l'alimentation et les considérations générales de l'hygiène ne diffèrent pas de celles des voiliers. Le seul avantage de ce genre de navires est la courte durée des séjours à la mer. La bière est la boisson habituelle des marins embarqués, qui consomment fort peu d'eau; si minime que paraisse être cette consommation, même pour les soins de toilette, d'ailleurs fort négligés, ainsi que sur les voiliers, il y aurait tout avantage à n'user que d'eau distillée, que l'on obtiendrait à peu de frais par l'adjonction à la machine d'un appareil distillatoire n'occasionnant pas un grand encombrement.

2° Voiliers. — Le tonnage et les dimensions des voiliers sont à peu près les mêmes que ceux des chalutiers ; l'espace disponible n'y est pas plus considérable, la machine étant remplacée par les soutes à voiles et à piliers. Ce sont des bateaux de 50 à 70 tonneaux, munis de trois voiles et d'un foc, montés par une vingtaine d'hommes d'équipage ; de mai en novembre, chacun d'eux effectue de deux à cinq voyages avec relâches aussi courtes que possible, et remonte jusqu'en Ecosse et aux îles Shetland ; deux mousses de douze à dix-sept ans sont adjoints à l'équipage, prêtant l'un et l'autre leur concours pour la manœuvre des filets ; l'un d'eux est plus spécialement chargé de la cuisine et de la propreté des postes.

Aménagement. — A l'avant se trouve le poste de l'équipage, de 7 mètres de long sur 2 mètres de large et autant de hauteur, espace restreint de chaque côté duquel sont les cabines, pourvues chacune de deux couchettes superposées, si l'on peut appeler de ce

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nom les étagères en bois supportant des matelas constitués par des paillassons, parfois même de vieux filets, et très accidentellement confectionnés en varech. Ces cabines reçoivent aussi les caissons contenant les vêtements des hommes et s'ouvrent sur le poste, dans lequel se l'ait la cuisine sur un poêle disposé à cet effet. Une cloison sépare de la eale ce poste, uniquement aéré par le panneau de descente encombré par une massive échelle en bois.

J.-J. Rousseau a écrit, dans un de ses ouvrages, ces lignes qui méritent de fixer l'attention : « Les hommes ne sont point faits pour être entassés en fourmilières; plus ils se rassemblent, plus ils se

Fig. 28. — Chalutier type Estafette (longueur, 40 mètres; largeur, 7 mètres; tonnage 100 mètres cubes; machine, 450 chevaux.)

A, poste du capitaine et des principaux de l'équipage, sous la tengue. — B, magasin cambuse. — C, poste d'équipage éclairé et aéré par claire-voie et écoutilles. — D, chaulï'eries. — E, machine. — F, carré avec deux petites chambres. — G, soute. — H, soute. — I, coqueron d'abordage. — K, Chambie des cartes et passerelles.

corrompent. Les infirmités du corps ainsi que les vices de Târne sont L'infaillible effet de ce concours trop nombreux. L'haleine de l'homme est mortelle à ses semblables. » Nous trouvons ici réunies, avec l'entassement, toutes les conditions d'insalubrité, et nulle part, mieux que dans le milieu qui nous occupe, ne se trouve justifié le mot de Fonssagrives : « La navigation est un défi jeté à l'hygiène. »

Ce n'est pas seulement l'haleine, ce sont toutes les émanations diverses provenant de l'homme lui-même, de ses vêtements mouillés pendus au hasard, de la préparation des aliments, des détritus de poissons se putréfiant sur le parquet, qui contribuent à altérer l'atmosphère de ce local humide, nauséabond, servant de salle à manger, de fumoir, de chambre à coucher, milieu délétère où, par bonheur, les hommes ne passent que quelques heures par jour. C'est là, dans ce réduit malsain, que sont soignés à l'occasion les malades, cependant peu nombreux, ce .qui justifie jusqu'à un certain point l'incurie grâce à laquelle un pareil état de choses a pu subsister si longtemps sans soulever la moindre protestation.

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Il sérail cependant si facile d'y apporter quelques améliorations !

A maintes reprises, les médecins de la marine embarqués sur l'aviso chargé de la surveillance de la pêche ont signalé les défectuosités relatives au défaut d'aération et de lumière des postes de l'équipage des navires pêcheurs, à la malpropreté qui y règne, la nécessité de l'étanchéité du parquet; ils ont maintes fois réclamé la substitution d'une échelle en fer moinsencombranleà l'échelle en bois du panneau de descente; l'établissement sur le pont (rime claire-voie munie de hublots mobiles pouvant être ouverts par beau temps et permettant l'aération et la ventilation des postes, tout en leur procurant de la lumière, celui d'une manche à vent orientable et de hublots fixes disposés sur les flancs du navire et destinés à l'éclairage, hublots qui pourraient de même être disposés sur le pont: depuis de longues années aussi ils ont demandé avec instance que la cuisine fût installée hors du poste, qu'un local spécial fût prévu pour suspendre les vêtements cirés, mouillés parla mer et la pluie et recouverts d'écaillés de poissons, entretenant par suite l'humidité et de mauvaises odeurs, mais leurs doléances sont restées trop longtemps vaines et sans écho ! On commence maintenant à s'en occuper et à leur donner satisfaction.

Les logements de l'arrière présentent des dispositions moins insuffisantes au point de vue de l'hygiène, l'encombrement y élanl moindre, et les émanations de la cuisine ne viciant pas l'atmosphère; mais ils sont loin néanmoins d'être à l'abri de tout reproche. Devenu patron, le marin se déclare du reste satisfait du moment qu'il occupe un local un peu plus confortable et n'est point enclin à soulever des réclamations auxquelles les armateurs seraient d'ailleurs souvent disposés à accéder.

Le mode de couchage des hommes devrait être obligatoirement amélioré; nous avons indiqué en quoi il consiste : le matelas en varech est presque un luxe; le matelot s'étend tout habillé sur de mauvaises paillasses, qui deviennent rapidement humides et se putréfient. A ce mode essentiellement dé ectueux, il serait possible de substituer une literie offrant plus de garanties. Le kapok, matière fibreuse, végétale, de densité très réduite, douée d'une ilollabilité très grande, et par ailleurs offrant l'avantage d'être imputrescible, pourrait être utilement employé pour la confection des matelas et des oreillers. Il résulte des expériences qui ont été faites dans l'escadre du Nord qu'après vingt jours d'imbibition un matelas de couchette en kapok peut encore soutenir cinq à six hommes la tête hors de l'eau ; le seul reproche fait par la commission d'expériences à cette substance, qui conserve d'ailleurs fort longtemps sa souplesse, est sa grande inflammabilité ; mais, pour obvier à cet inconvénient, il suffirait de L'envelopper d'une toile rendue ignifuge. En raison des propriétés que nous venons d'énumérer, le kapok remplacerait avantageusement même le varech, et les matelas serviraient en même temps d'appareils

de sauvetage, lesquels se bornent, à bord des navires que nous éludions, à quelques bouées et à quelques embarcations notoirement insuffisantes.

Alimentation. — Bien que, d'après les rapports dc^ médecins embarqués sur l'aviso de la mer du Nord, les marins gagnent généralement en poids, malgré les durs travaux auxquels ils sont soumis, l'alimentation ne laisse pas que d'être défectueuse à plusieurs litres : d'abord, les heures de repas ne sont pas réglées et demeurent soumises aux exigences de la pèche; celui du matin a lieu entre neuf heures et deux heures de l'après-midi, se composant de soupe au poisson et accidentellement d'un ragoût; celui du soir est froid, constitué par les reliefs de celui du matin, auxquels chacun a la faculté de joindre ses conserves personnelles. L'alimentation est donc trop peu variée; quelques légumes pour la soupe, des pommes de terre, des conserves de bœuf sont emportés au départ, ainsi qu'un approvisionnement de pain pour huit jours et deux jours de viande fraîche; lorsque ces vivres sont consommés, le biscuit remplace le pain, et le lard salé fournit à lui seul les quatre repas de viande réglementaires de la semaine, l'endaubage étant le plus souvent embarqué en quantité insuffisante pour des séjours prolongés à la mer. La cuisine est préparée par un mousse inhabile, auquel devrait être substitué un coq de profession, comme cela a lieu sur tous les navires étrangers.

La boisson habituelle est la bière; exceptionnellement, à bord de quelques navires, il est distribué une ration journalière de 25 centilitres de vin. L'eau douce, peu employée dans l'alimentation et servant surtout pour la cuisine, est emmagasinée au départ dans quelques barriques en bois d'une contenance de 150 litres, qui servent à loger le poisson, lorsqu'elles sont vides, et elles sont même vidées intentionnellement à cet effet lorsque la pêche est fructueuse.

La ration journalière d'alcool est de 6 centilitres réglementairement : cette ration est prise le matin, mélangée au café sucré et accompagnée d'ingestion de biscuit. Cette mixture est désignée par les Boulonais sous le nom de « bistouille » ; c'est pour eux une sorte de boisson nationale. A la ration d'alcool que nous venons d'indiquer, il convient d'ajouter les distributions supplémentaires, qui sonl loin d'être rares, et les approvisionnements particuliers introduits par fraude en dépit de la surveillance exercée.

Propreté. — La propreté du navire ne s'effectue guère qu'entre les deux périodes de pêche du hareng et du maquereau, en février et mars, et en vue de l'obtention des primes; une fois l'inspection subie, il n'en est guère plus question. La propreté corporelle est encore plus négligée; comme nous avons déjà eu l'occasion de le dire, le matelot n'attache à ce détail aucune importance; il est harassé de fatigue, tient son poste soigneusement fermé pour lutter contre le froid, et n'éprouve aucunement le désir de se refroidir encore en se livrant, au lever, à

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des ablutions; de plus, la période réservée au sommeil étant relativement courte, il ne veut pas en perdre un seul instant pour le consacrer à des soins de toilette. En outre, des matelots proprement dits sont embarqués à bord des navires pour la saison de pèche des cultivateurs et des ouvriers, qui n'ont pas d'ailleurs plus qu'eux le souci de la propreté.

Morbidité et mortalité. — Les équipages des navires pêcheurs de la mer du Nord ne sont soumis à aucune visite médicale avant rembarquement. Bien que séjournant pendant un mois et demi ou deux mois au large, ces bâtiments restèrent longtemps à peu près dépourvus de toutes ressources pour panser un blessé ou donner les premiers soins à un malade. Ce fut seulement après l'épidémie de choléra qui sévit à Ostende, en 1866, et se propagea sur quelques navires, que les armateurs, de leur propre mouvement, délivrèrent à certains d'entre eux quelques médicaments.

Les médecins-majors de la station signalèrent énergiquement cette insuffisance de secours; actuellement, un coffre à médicaments et à pansements avec instruction médicale est obligatoirement embarqué sur chaque navire, et certaines améliorations, que nous étudierons ultérieurement, ont été apportées pour sauvegarder, dans la mesure du possible, la santé des inscrits qui prennent part à cette pèche. Hâtonsnous d'ajouter, d'ailleurs, que les rapports des médecins de la Marine, qui se préoccupent d'une façon constante des questions intéressant l'hygiène des navires pêcheurs que nous étudions actuellement, sont unanimes pour constater qu'à part les accidents résultant de la manœuvre et du maniement des engins de pêche les affections observées consistent le plus généralement en laryngites, bronchites ou rhumatismes n'affectant pas un haut caractère de gravité.

La composition du coffre à médicaments et à pansements à délivrer aux goélettes faisant la pêche dans la mer du Nord a été fixée par une dépêche ministérielle du *29 février 1896. Nous en donnons ci-contre le tableau (Voy. p. 293).

L'instruction médicale annexée au coffre à médicaments et à pansements contient des indications sur les secours à donner aux malades et aux blessés. Cette instruction, rédigée en un style facilement compris par les patrons des bâtiments de pêche, passe succinctement en revue les maladies le plus fréquemment constatées dans le personnel composant l'équipage, en relate les principaux symptômes et mentionne le traitement à mettre en usage : des figures jointes au texte facilitent la compréhension des enseignements formulés pour procéder aux divers pansements en cas de blessure ou d'accident. La question des secours aux noyés et celle du transport des blessés y sont traitées avec des développements suffisants pour que même des gens inexpérimentés puissent faire œuvre utile en recourant uniquement aux faibles moyens dont ils peuvent disposer. Des conseils

a. Médicaments pour Vusage interne.

Chlorate de potasse

Ipéca en poudre

I Laudanum de Sydenham. .

(dompte-gouttes. , Sulfate de soude

b. Médicaments pour l'usage externe.

Acide borique

Alcool camphre

Diachylon (sparadrap)

Sinapismes (moutarde en feuilles)

Solution glycérinée phéniquée (parties égales).

Vaseline boriquée à 10 p. 100.

c. Objets de pansement.

Compresses de ( Petites. . . .

gaze phéniquée. ) Moyennes.

Bandes de gaze souple de 1 centimètres de large....

Coton absorbant (dit hydrophile) phéniqué.

Bandage de corps

» 1 grand . .

Triangles variés. ] 2 moyens.

I 3 petits . .

Bande de caoutchouc de 3 m.

Gutta-percha laminée

Ciseaux forts (de lingerie)..

Cache-pot en treillis

Instruction médicale

Coffre

OTANTITKS.

12 grammes (en 3 paquets

5 grammes (en 10 paquets^

rrammes.

20 grammes.

60 grammes en 2 paquets;

250 grammes 1/2 rouleau.

1 boîte de 10 feuilles.

1 50 grammes

avec l'étiquette

poison.

120 grammes.

750 grammes

(en 6 paquets),

6 triangles.

1 2 mètre.

Faire dissoudre un paquet dans un verre d'eau tiède. — Contre angines, maux de gorge.

Pour faire vomir. — Prendre trois paquets à quelques minutes d'intervalle dans l'eau. Boire ensuite quelques verres d'eau tiède pour faciliter les vomissements. — Contre indigestions, empoisonnements.

Vingt gouttes clans un verre d'eau sucrée. — Contre toux, diarrhée, choléra.

Pour compter les gouttes de laudanum.

Pour purger. — Faire dissoudre un paquet dans un verre d'eau tiède, que l'on boit quand il est froid. — Contre embarras gastrique, constipation.

Faire dissoudre un paquet dans 1 litre d'eau. Cette eau boriquée sert à laver les plaies de la face, à laver les yeux en cas d'inflammation, à injecter dans l'oreille en cas de douleur (maux d'oreille).

En frictions sur la peau au moyen d'un morceau de laine, en cas de douleurs et pour réchauffer dans le choléra.

Coupé en petites bandelettes avec les ciseaux et chauffé légèrement ; sert à réunir les bords des plaies.

Tremper la feuille dans l'eau froide ou tiède et l'appliquer directement sur la peau ; la laisser quinze minutes.

C'est un poison et un caustique violent; avoir soin de n'en pas laisser tomber sur les mains. Sert à préparer la solution phéniquée dont on doit se servir en versant trois cuillerées dans 1 litre d'eau. C'est avec cette dernière solution qu'on lave les plaies, qu'on fait les pansements; elle sert aussi à faire des cataplasmes antiseptiques en y plongeant du coton que l'on applique ensuite sur les parties malades et en recouvrant le tout de gutta-percha. On en verse un verre dans les bains pour le pied et la main en cas d'abcès.

Appliquée sur les engelures, les brûlures.

Pour faire les pansements des plaies.

Id.

Pour maintenir les pansements.

Entre dans les pansements des plaies. En tampon, sert à laver les plaies. On s'en sert pour faire des cataplasmes antiseptiques. »

Pour fixer les pansements, surtout à la tête, maintenir les appareils à fractures; enfin, comme écharpe pour les bras blessés.

Pour arrêter les hémorragies.

Pour recouvrir le coton des pansements et les cataplasmes antiseptiques.

Peut être employé avec avantage fractures du bras et de la jambe.

pour

les

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d'hygiène relatifs à la composition de l'équipage, à l'alimentation, aux excès de fatigue et à la propreté du navire et des hommes complètent cette instruction, qui, môme sous ce dernier rapport, serait extrêmement précieuse s'il en était suffisamment tenu compte.

2° Pêches d'Islande et de Terre-Neuve (1). - - La pèche à la morue dans les parages d'Islande et de Terre-Neuve constitue une véritable industrie nationale à laquelle sont affectés 15000 pêcheurs embarqués sur des goélettes, armées dans les ports bretons et dans les ports du Nord. Quelques chalutiers à vapeur ont été expédiés en Islande; mais cette expérience, tentée par quelques armateurs du Nord, n'a pas encore donné des résultats assez bien établis pour que l'on soit en droit de prévoir, dès maintenant, l'avenir qui lui est réservé.

Alors que le nombre des pêcheurs de la mer du Nord est de 2 000 environ, celui des pêcheurs d'Islande atteint le chiffre de 4000 à 5000 et celui de Terre-Neuve de 10000. Ce total, comme l'ajustement fait ressortir un ancien médecin de la marine, le Dr du Bois Saint- Sévrin, dans une conférence faite à Saint-Brieuc le 29 avril 1903, est équivalent à l'effectif d'un corps d'armée.

Autour de cette flottille qui comprend les éléments les plus disparates, depuis le cotre de 30 tonneaux jusqu'au trois-mâts carré de 600 à 800 tonneaux, se groupent d'autres industries : celle des longs-courriers, dits chasseurs, apportant aux bâtiments pêcheurs des approvisionnements et des rechanges de matériel: celle des graviers, jeunes gens de treize à dix-huit ans, partis surtout des Côtes-du-Nord pour travailler, sur les grèves ou graves, dans les sécheries de morue établies à Terre-Neuve, et logés dans les cabanes appelées chauffauds construites à cet effet.

Tous ces pêcheurs, uniques soutiens de familles représentant dos centaines de mille d'habitants, exposés à des périls continuels et de tous genres moyennant un salaire qui ne dépasse guère 700 à 800 francs pour la durée de la campagne, sont assurément dignes du plus grand intérêt. Leur existence est certainement bien plus pénible que celle des mineurs, dont on s'est souvent préoccupé à juste titre, et l'on ne peut qu'applaudir aux efforts tentés depuis quelques aimées pour y apporter quelque amendement.

Sous certains rapports, les marins de Terre-Neuve et d'Islande sont mieux traités au point de vue de l'assistance médicale que ceux de la

(1) Rapports manuscrits des commandants de la division navale de Terre-Neuve et d'Islande pendant les dix dernières années : MM. les capitaines de vaisseau Reculoux, Parfait, Hennique, de Montferrand, Lacalloch de Kerilis. — Rapports médicaux des médecins majors : MM. Gazeau (1897), Chastang (1898), Glérant (1901\ Tite (1902), Fallier (1903), Bastier (1904), Deiressine (1904), Lucas (1904-1905), dont des extraits ont été insérés dans le Recueil des archives de médecine navale. — Barthélémy, Rapport général sur les navires pêcheurs. — Bonicafy, Assistance aux pêcheurs de Terre-Neuve, 1901.

mer du Nord, niais les absences sont aussi plus longues, les dangers plus grands, et le nombre des bateaux armés bien plus considérable.

Dans la conférence à laquelle nous avons fait allusion, notre ancien collègue du Bois Saint-Sévrin, qui a été longtemps embarqué sur le navire-hôpital des Œuvres de mer el sur les bâtiments de la division navale de Terre-Neuve el d'Islande, a produit d'intéressants renseignements sur la mortalité de la flottille de pêche : « C'est en 1897 seulement que fut relevée eetle mortalité; sur 14218 hommes ayant pris part à la pèche, on notait 35*2 morts pour une campagne ayant duré six mois, soit 25 p. 1000. En 1901, eu Islande, 12 navires se perdaient corps et biens, et sur 3 070 hommes embarqués, 1 89 mouraient, soit 00 p. 1000 en six mois; 1*20 de* disparus appartenaient à l'arrondissement de Saint-Brieuc, qui, de ce fait, atteignait une proportionnalité de 62 p. 1 000. En 1902, 9820 marins prenaient part à la pèche de Terre-Neuve, répartis sur 420 navires, dont 220 armés en France et 206 à Saint-Pierre-Miquelon : 205 hommes périrent, dont 17 dans un naufrage, 87 par suite d'accidents de mer et 101 par suite de blessures ou maladies, soit 26,8 p. 1 000. »

Établissant un rapprochement entre cette mortalité et celle des armées européennes qui, pour une période de six mois, oscille entre 2,66 p. 1 000 pour l'armée russe, 2,97 p. 1 000 pour Tannée française, 2,5 p. 1 000 pour la marine anglaise, 6 p. 1 000 pour l'escadre du Nord en France, il en arrive à conclure que seules les grandes guerres peuvent offrir une mortalité aussi considérable, les deux batailles de Magenta et de Solférino ayant amené pour Tannée française, d'après Morache, une mortalité de 23 p. 1 000.

Pendant cette même période de six mois, on relève, pour les mineurs dont le chiffre était de 4 700973 en 1901, une mortalité de 0,5 p. 1000.

Cette indication de la mortalité des marins pêcheurs revêt déjà, par elle-même, un caractère assez impressionnant pour qu'il ne soit pas utile d'y insister. Si Ton y ajoute encore, comme le dit du Bois Saint-Sévrin, le chiffre ignoré, car il échappe à la statistique, du nombre des estropiés et celui des décès causés par les fatigues de la campagne après le retour des marins dans leurs familles, on se rend compte du sentiment qui Ta inspiré lorsqu'il émet le vœu que les sociétés de secours des armées de terre consacrent une petite partie de leurs fonds pour venir en aide à ces rudes lutteurs, pépinière des marins de la flotte, contre les naufrages, accidents de mer, blessures et maladies.

Aux mois de février, mars et avril partent, des différents ports de France, Dunkerque, Gravelines, Fécamp, Paimpol, Binic et Saint- Brieuc, les goélettes de Terre-Neuve et d'Islande. Des équipages sont en outre transportés à Terre-Neuve pour y armer les goélettes saintpierraises et concourir à terre aux travaux nécessités par les homar-

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deries et les préparations à faire subir à la morue en vue de la vente.

Les conditions dans lesquelles s'exerce la pêche ne sont pas absolument les mêmesen Islande et à Terre-Neuve: dans la première région, les marins ne quittent pas le bord; dans la seconde, le pêcheur doit, pour placer ses lignes, embarquer dans des embarcations légères, doris ou waris, et se trouve ainsi exposé à de plus grands risques : coups de mer, abordages, courants et brumes l'éloignant de son navire ou ne lui permettant pas de le rejoindre; des sinistres sont survenus de la sorte ; des hommes ont disparu, sont morts d'inanition ou ont été retrouvés, après un séjour prolongé dans ces doris, atteints de gelures ou d'affections graves.

1° Transport des marins pêcheurs. — Avant de nous occuper de l'hygiène des navires pêcheurs, il nous paraît nécessaire d'indiquer comment s'effectue le transport des marins destinés à l'armement des goélettes saint-pierraises appartenant à des armateurs et séjournant constamment dans cette colonie. Il arrive parfois que des navires se rendant sur les lieux de pêche à Terre-Neuve embarquent quelques-uns de ces marins, mais le plus grand nombre prend passage sur des navires affrétés à cet effet. Dans la séance du 3 décembre 1904, M. Pelletan, alors ministre de la Marine, a caractérisé, par quelques paroles prononcées à la Chambre des députés, l'hygiène déplorable de ces navires transporteurs : « Sur les bateaux partant pour Terre-Neuve, a-t-il dit, des centaines d'hommes sont entassés à fond de cale, dans des réduits obscurs et sans air, couchés sur le fumier, sans lumière, réduits, pour s'éclairer, à allumer des chandelles. »

L'entassement est limité par les arrêtés ministériels que nous avons relatés et qui prescrivent le maximum de passagers que peut prendre le navire; depuis quelques années, une délégation du ministère de la Marine assistée d'un médecin de la Marine se rend dans les principaux ports d'armement avant le départ des pêcheurs, constate l'état des goélettes et s'assure que les prescriptions relatives au transport ne sont point éludées : il est même récemment arrivé à cette commission de suspendre le départ de l'un de ces transports, à bord duquel il avait été négligé d'embarquer un médecin réglementaire d'après le chiffre de son effectif.

Mais, en dépit de toutes ces mesures, il faut bien convenir que des modifications profondes doivent être apportées pour assurer, dans des conditions moins défectueuses, l'hygiène des marins passagers couchant sur des matelas disposés eux-mêmes sur les caissons et vivant dans une promiscuité fâcheuse.

Ainsi sont nées et se sont développées à bord de véritables épidémies de fièvre typhoïde dont les germes avaient été apportés par un homme déjà malade au moment du départ, propagation d'autant plus facile que les lieux d'aisances sont insuffisants, mal entretenus

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et qu'il n'est point procédé à des isolements et à des mesures prophylactiques de préservation indispensables qui devraient s'imposer en pareille circonstance.

Les fièvres typhoïdes se disséminent ensuite à terre ou à bord des navires sur lesquels sont embarqués ultérieurement ces passagers, de telle sorte que chaque année cette alïection revêt à Terre-Neuve un caractère endémique pendant la saison de pêche.

2° Goélettes de pêche. — Les dispositions des goélettes de pêche, qu'elles soient armées en France ou à Terre-Neuve, sont à peu près identiques : longues de 27 à 30 mètres, larges de 6m,50 à 7 mèlres, munies de deux ou trois mats, elles sont partagées en trois compartiments (fig. 29) : àl'avant, le poste de l'équipage: à l'arrière, les loge-

Fig. 29. — Goélette de pêche.

A, armoire. — B, carré du capitaine et des principaux de l'équipage. — C, panneau de descente. — D, D1( D2, D3, chambres et cabines avec couchettes superposées. — E, cambuse. — F, Fu soutes à biscuits et à vivres. — G, cale à sel et à poissons, divisée en trois compartiments. — H, cale à eau contenant le plus souvent des fûts, qui, vides, sont utilisés pour contenir l'huile de foie de morue. — I, poste de l'équipage avec cabanes I4j I2, I3, If, I5, I(i, contenant les caissons et les couchettes superposées. — K, panneau de descente. — L, réduit. — M, Mt, M2, mâts.

ments du capitaine et des officiers : au milieu, la cale comportant deux divisions, dont rime affectée au chargement de sel, et l'autre réservée pour y déposer la morue pêchée ; à l'avant du logement des officiers, un espace est ménagé pour la cambuse.

L'équipage comprend de 18 à 24 hommes, une dizaine seulement sur quelques sloops dunkerquois. 50 p. 100 des marins embarqués ont moins de trente ans, 23,10 p. 100 n'ont pas vingt et un ans ; un mousse âgé de douze à quatorze ans est là, comme sur les bateaux de pèche de la mer du Nord, chargé de la cuisine.

Avant l'engagement, il n'est procédé à aucune visite médicale. Or; s'il paraît être au premier abord de l'intérêt du capitaine et des armateurs de n'enrôler que des hommes sains et robustes, celle considération est trop souvent primée par d'autres motifs d'ordre purement commercial; en raison de sa valeur professionnelle, un homme de constitution médiocre est accepté de préfé-

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