SOUS-MARINS ET SUBMERSIBLES
resserré, même lorsqu'on dispose d'un mécanisme spécial et automatique réglant la distribution du gaz tenu en réserve.
Le second moyen consiste à décomposer un corps chimique qui dégage de l'oxygène, en même temps qu'on fait absorber l'acide carbonique en excès par des substances telles que la soude ou la chaux. C'est le moyen qui a servi de base aux expériences retentissantes du D1' Laborde, très satisfaisantes à certains égards, mais qui exigent des appareils beaucoup trop encombrants pour nos sousmarins.
Le troisième mode d'aération se réduit à une simple manœuvre d'émersion. C'est assurément le plus simple des trois, et même le plus rationnel, en dépit de l'objection militaire qu'on peut lui opposer de prime abord, — à savoir qu'il fait perdre au sous-marin sa qualité d'invisibilité, pendant le temps, si limité soit-il, du retour à la surface, il suffit, en effet, d'adapter au petit bâtiment un tube approprié, muni à sa base d'un ventilateur aspirant, pour, en faisant surgir ce tube d'une hauteur suffisante, emmagasiner rapidement la quantité d'air pur nécessaire à une rénovation atmosphérique. Mais comment se débarrasser en même temps de l'acide carbonique en excès joint aux émanations pulmonaires et cutanées qui ont pu créer le méphitisme intérieur? En accentuant un peu la manœuvre d'émersion, de façon à permettre l'entre-baillement du casque qui recouvre le kiosque, et laisser ainsi s'échapper abondamment l'air vicié.
Empressons-nous du reste de constater qu'au cours des plus longues immersions qu'ont affrontées nos sous-marins les hommes qui les montaient n'ont jamais été sérieusement incommodés par la viciation de l'air intérieur. Chimiquement parlant, il paraît bien établi qu'au bout de la douzième heure l'air de certains sous-marins doit être régénéré, et cependant aucun trouble physiologique important n'est ressenti à bord à la fin de cette période de temps, qui, en pratique, ne sera que très exceptionnellement dépassée.
D'ailleurs l'habitabilité d'un navire étant fonction de son tonnage, comme celui des bateaux sous-marins tend toujours à s'élever, sans qu'il soit nécessaire d'accroître proportionnellement le nombre d'hommes qu'ils utilisent, il est évident que la viciation de l'air intérieur pendant ses longues plongées deviendra de moins en moins redoutable.
Mais l'équipage d'un sous-marin peut être exposé à des effets nocifs inhérents à la nature des moteurs employés : nous voulons parler des dangers causés par la production des vapeurs de benzol, ou les émanations d'acide sulfurique provenant des accumulateurs en chargement. Xous signalons en passant cette question, qui fait l'objet d'études confidentielles, et nous ajouterons à l'actif des reproches hygiéniques imputables aux sous-marins le refroidissement, dont les hommes souffrent particulièrement l'hiver dans nos ports de l'Océan,
refroidissement qu'accentue encore l'immobilité à laquelle les condamne la plongée. On y remédie tant bien que mal en leur distribuant des chaufferettes électriques. Le petit fourneau électrique installé à bord, et sur lequel on peut délayer des potages en tablettes, ou faire chauffer des boissons, serait aussi occasionnellement d'un grand secours.
En revanche, dans nos ports de la Méditerranée, les sous-marins se défendent bien difficilement, à l'état de repos, contre la température ambiante, qui, pendant l'été, devient vite excessive. C'est en cours d'exécution des travaux minutieux nécessités par leur entretien que cette action de la chaleur solaire a été ressentie et s'est traduite par de fréquents malaises.
En résumé, un bateau sous-marin, quel qu'il soit, formera toujours, par sa constitution même, une véritable antithèse avec les règles fondamentales de l'hygiène. Mais, obligés de subir ses conditions d'habitabilité, nous pouvons du moins prendre certaines mesures préventives à l'égard de son équipage.
Les règlements de la Marine ont déjà fait preuve d'une louable prévoyance, en exigeant des hommes destinés au service des sousmarins des aptitudes physiques spéciales sévèrement contrôlées. A notre avis, l'intérêt de l'équipage comme celui du navire commanderaient davantage. 11 serait, croyons-nous, particulièrement avantageux, à ce double point de vue, de désigner pour chaque type de sous-marin un équipage de rechange au moins partiel entraîné à sa manœuvre et à sa surveillance. Cette mesure s'imposera en temps de guerre, si le sous-marin doit être astreint à un service de longue durée; elle ne serait pas moins profitable en temps de paix, si, comme l'affirment certains officiers, dont l'expérience nous paraît faire autorité, les travaux d'entretien de celte classe de navires conduisent facilement au surmenage, dans le milieu hygiéniquement défectueux où ils s'exécutent.
Si incomplet qu'il soit, cet aperçu des différents bâtiments composant actuellement la flotte française va nous permettre, en passant maintenant en revue les facteurs généraux de l'hygiène du bord, de les rapporter occasionnellement aux unités dont les types font l'objet des descriptions précédentes.