II. — ASSISTANCE DUE A L'INITIATIVE PRIVÉE
L'initiative privée s'efforce, de son côté, de procurer une assistance aux marins de haute mer. Nous avons vu que des établissements hospitaliers se sont élevés en Islande, grâce à l'intervention de la Société dunkerquoise, et, bien avant la création de la Caisse de prévoyance, dès 1887, la Compagnie des Messageries Maritimes et plus tard la Compagnie générale Transatlantique et d autres grandes compagnies de navigation avaient créé des caisses analogues ; des asiles de vieillards spécialement affectés aux marins fonctionnent au Havre, à Saint-Malo, à Rochefort.
1° Société des Œuvres de mer. — Par ailleurs, la Société des Œuvres de mer s'est préoccupée des secours à donner en pleine mer, en particulier aux pécheurs de Terre-Neuve et d'Islande; son origine remonte à 1895, et un décret du 7 décembre. 1898 a reconnu cette société comme faisant œuvre d'utilité publique.
Dès Tannée 1892 (1), le Dr Valence, médecin-major de la station de la mer du Nord, attirait l'attention sur le procédé employé par les Anglais pour réagir contre les abus se commettant dans ces parages, où le Dutch Coper affectant les allures d'un bateau de pêche, et sousle prétexte de procurer aux marins du tabac et des vêtements, n'était en réalité qu'un cabaret flottant, doublé d'unlupanar. La Société anglaise Mission to the deep sea fishevmen se donna comme mission de fournir aux pêcheurs, sans en tirer de bénéfice, les divers objets utiles et de leur assurer en même temps des soinsjmédiçaux et chirurgicaux.
(1) Valence, Archives de médecine navale, 1892.
326 DUCHATEAU. — MARINE MARCHANDE.
Ce n'est point le lieu de retracer ici l'historique fort intéressant de cette société, historique donné par notre collègue le Dr Bonain dans le recueil des Archives de médecine navale (1) ; qu'il nous suffise de dire que cette société dispose actuellement de 14 bâtiments répandus sur tous les lieux de pêche et jusqu'au Labrador. Sous le nom de Deutscher Samariten Verein, et s'inspirant de ses statuts, une société de même ordre s'est fondée en Allemagne, réalisant, sous l'impulsion du Dr Friedrich Esmarck des progrès que l'association anglaise a adoptés à son tour. Dans toutes les villes du littoral, en Angleterre, des cours sont organisés, cours essentiellement pratiques, dans lesquels sont enseignés les traitements à appliquer dans les cas d'accidents les plus fréquents à bord. Les navires appartenant à la Mission to the deep sea fisbermen sont montés chacun par 8 ou 10 hommes et un patron ayant suivi ces cours.
Sur ces navires fort bien éclairés et ventilés se trouve un hôpital contenant 8 couchettes et 2 cadres suspendus : il y est prévu une salle de bains, des magasins d'approvisionnements divers, des civières destinées au transport des blessés et malades, et le médecin embarqué, dont la cabine est voisine de l'hôpital, peut, à l'aide d'un judas pratiqué dans la cloison, surveiller ses malades.
La Société des Œuvres de mer est loin de posséder, en France, d'aussi grandes ressources; elle n'en est du reste qu'à ses débuts, qui ont été plutôt malheureux, puisque deux de ses navires se sont perdus l'un à Terre-Neuve, l'autre en Islande ; elle ne peut encore, comme les Anglais, détacher des bâtiments dans les diverses stations et les y laisser à demeure ; ceux dont elle dispose actuellement quittent la France en même temps que les pêcheurs et y rentrent avec eux; ils ne se rendent du reste qu'à Terre-Neuve et en Islande, en attendant que les legs et dons particuliers permettent l'armement de nouveaux bâtiments et l'extension d'une action actuellement très restreinte.
L'un des navires de îa Société des Œuvres de mer, le Saint-François d'Assise (2) est à vapeur ou plutôt mixte, en acier, jaugeant 500 à 600 tonneaux, ayant une longueur de 50 mètres sur 9m,20 de largeur et 4m,60 de creux, une machine de 300 chevaux; il est divisé en 5 compartiments étanches par des cloisons (fig. 37 et 38).
Sur ce navire, à bord duquel est prévu un poste pour les naufragés, est aménagé un hôpital de 14 lits, avec salle de bains et douches, water-closets et salle d'opérations, en outre d'une grande salle pouvant contenir 20 lits. A l'arrière sont disposés les logements de l'étatmajor avec le carré des officiers et un petit salon de consultations servant en même temps de bibliothèque: à l'avant, le poste de l'équi-
(1) Bonain, Société de l'hôpital Saint-Jean en Angleterre. Archives de médecine navale, 1895.
(2) La description détaillée se trouve dans le Cosmos du 1er avril 1901.