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ED. IMBEAUX ET E. ROLANT3. — HYGIÈNE RURALE

Les mangeoires étanches seront individuelles; les râteliers seront presque verticaux pour éviter la chute des poussières dans les yeux des animaux, comme cela arrive avec les râteliers fortement inclinés.

Les chevaux doivent être séparés les uns des autres par crainte d'accidents. Pour cela, on emploie les bat-flancs, planches fixées au mur par un crochet et suspendues à l'autre extrémité par une chaîne au plafond ou aux charpentes, auxquels on doit toutefois préférer lesséparations fixes.

Etables. — Les étables doivent être construites avec le plus grand soin, non seulement pour conserver aux animaux une bonne santér mais pour que le lait qu'ils produisent puisse être recueilli avec toutes ses qualités de saveur et de bonne conservation.

En effet, le lait, comme nous aurons l'occasion de le redire plus loin, est un liquide très altérable, et, de plus, il s'imprègne avec la plus grande facilité de toutes les odeurs. Ces considérations doivent toujours être la grande préoccupation de l'éleveur, et il ne peut prendre trop de précautions pour prévenir ces causes d'altérations malheureusement trop fréquentes dans la plupart des étables. Aussi la propreté doit-elle y régner en mai tresse, sans toutefois aller jusqu'à exiger des tapis, comme on le voit dans quelques étables de Hollande.

Suivant Nocard (1), pour chaque vache laitière, il faut lm,50 de largeur, 5m,50 de profondeur (allée comprise) et 2ra,50 à 3 mètres de hauteur. Une hauteur plus considérable n'est pas utile, car les gaz de la respiration, très chargés en acide carbonique, s'accumulent à la surface du sol ; une aération bien entendue est préférable, et nous recommandons la disposition donnée par Jonson (fig. 110). Cette aération sera conduite de façon à éviter les courants d'air pernicieux et à régulariser la température, qui sera aussi uniforme que possible aux environs de 16°.

L'éclairage des étables a fait l'objet de nombreuses discussions. Selon May, la production du lait serait, dans certaines limites, modérées, en raison inverse de l'intensité lumineuse. L'action des rayons lumineux varie suivant Baron (2) ; ainsi la lumière violette favorise la lactation, ce que ne fait pas la lumière orangée ; et il conclut que la lumière doit être douce et tamisée. Une lumière suffisante est indispensable ; par son action, les forces de l'animal augmentent. On a cru qu'une lumière trop intense augmentait les besoins en nourriture de l'animal: mais les recherches du Dr Backhaus ont montré que cette opinion n'est pas justifiée. La surface des ouvertures, calculée en p. 100 de surface du sol, doit être de 8 à 10 p. 100 pour les étables d'une largeur de 10 à 20 mètres (3).

(1) C. /?. des séances du Conseil d'hyyiène de la Seine, 18 février 1S97.

(2) Baiu>n et Deciiamdre, loc. cil.

(3) Jonson, loc. cil.

L'alimentation sera faite uniquement au moyen de mangeoires imperméables, et jamais par des râteliers, qui fatiguent inutilement les animaux. Les mangeoires, appelées crèches, seront situées de 0ni,50 à 0^,60 du sol, supportées par un contre-mur, enduit au ciment et ayant au moins 0m,"22 d'épaisseur.

Les litières, que nous avons passé sous silence pour les écuries, sont ici de grande importance, car elles doivent absorber toutes les déjections animales pour prévenir autant que possible les fermentations qui dégagent des odeurs désagréables pouvant se communiquer au lait môme dans la mamelle. Les meilleures litières sont faites avec les pailles de céréales, mais elles n'ont pas de propriétés absorbantes comparables à celles de la tourbe. Quoique certains auteurs (1) en déconseillent remploi, « car elle s'imprègne rapidement des déjections et fait avec les excréments une boue qui souille, en y adhérant fortement, le pis et les trayons », nous nous rangeons plutôt à l'avis de ceux qui la recommandent, mais recouverte de paille. Surtout si on emploie la paille, il est indispensable de renouveler souvent ces litières, trois fois par semaine, dit Nocard (2), et délaver le sol de l'étable avant de placer la nouvelle litière.

Nous étant mis, par une grande propreté et un renouvellement fréquent des litières, à l'abri des odeurs, il faut maintenant éviter l'infection du lait. Cette infection peut provenir de causes diverses, selon Alker (3) : maladies infectieuses des animaux, malpropreté du personnel et des ustensiles, poussières de l'air et insectes.

Parmi les maladies infectieuses des animaux, c'est la tuberculose mammaire qui est la plus à redouter, car elle peut passer inaperçue et créer ainsi de nombreuses contagions chez les enfants et les animaux qui absorberont le lait cru. 11 serait donc indispensable que toute vache produisant du lait fût indemne de tuberculose, et il est très facile de s'en assurer maintenant que nous avons un réactif certain de cette maladie, la tuberculine.

Le personnel peut contaminer plus ou moins gravement le lait. Il peut le faire par simple malpropreté, qui n'intéresse que la bonne conservation de cet aliment; quelques précautions peuvent y parer. Dans toute étable doit se trouver un lavabo ou au moins un grand bassin pour que le vacher puisse se laver les mains et les bras au savon et à la brosse. Mais, cela fait, il faut aussi que les mamelles et les trayons de la vache soient nettoyés avant la traite. Ce lavage sera fait à l'eau douce et tiède et, au besoin, au savon, suivi immédiatement d'un essuyage parfait avec un linge très propre. Il est bon aussi de fixer la queue avant la traite, car cet organe, agité pendant la traite, envoie des impuretés dans le seau à traire. Comme pendant

(1) E. Thierry, Les vaches laitières, 2e édit., Paris, 1906.

(2) Nocard, lac. cil.

(3) Alker, Bévue (jénérnle du lait, t. III, p. 550.

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les intervalles entre chaque traite, le canal des trayons s'est infecté,. il est indispensable de perdre les quatre ou cinq premiers jets de chaque tétine avant de recueillir le lait.

Mais la contamination peut être plus grave si le vacher est atteint d'une maladie contagieuse, la tuberculose pulmonaire en particulier. Cette cause d'infection a été relatée malheureusement trop souvent, et il faut que la personne chargée de la traite soit en parfait état de santé.

Le lait doit être recueilli dans des récipients métalliques, fer étamé, faciles à nettoyer el par suite d'une propreté irréprochable, qui aussitôt remplis seront transportés à la laiterie. La traite ne sera faite que longtemps après les distributions de fourrages secs ou après l'enlèvement des fumiers : il serait préférable qu'elle puisse se faire dans un local approprié, ce qui réduirait au minimum les dangers de contamination par l'air.

C'est surtout pour les étables et la laiterie (pie les toiles métalliques sont recommandables, pour intercepter aux portes et aux fenêtres le passage des mouches et autres insectes qui viennent tourmenter les animaux el infecter le lait.

Bergeries. — Bien que le mouton, grâce à son épaisse toison, puisse supporter facilement les intempéries sous notre climat, el bien que dans le midi il passe tonte la belle saison en plein air. il faut lui prévoir un logement. En effet, le parcage permanent n'est pas désirable, car, comme Kners Ta prouvé depuis longtemps, c*esl un régime mixte qui convient le mieux pour obtenir des rendements élevés en laine el en chair. Il en est de même des chèvres là où elles sont exploitées industriellement 1).

Les bergeries doivent être saines, aérées el sèches ; elles seront exposées au nord, car les bêtes ovines craignent le soleil. La superficie nécessaire pour chaque mouton est de deux tiers de mètre à un mètre carré.

Gomme les moutons émettent peu d'urine, les spécialistes semblent apporter peu d'importance à l'établissement du sol ; il suffit dune aire, en pente faible, en cailloutis, revêtue de béton. Il nous semble cependant que. si ce sol est suffisant, on devrait renouveler plus souvent les litières ; on ne le fait ordinairement que quatre ou cinq fois par an ; quiconque est entré dans une bergerie n'a pu supporter l'odeur ammoniacale intense qui s'en dégage. Il est vrai que partout l'aération est défectueuse ou n'existe pas; mais, si elle existait, il y aurait néanmoins une perte d'azote considérable, et nous ne savons pas si elle est compensée par l'économie de litière. Nous pensons qu'il y aurait intérêt, pour l'hygiène comme pour le rendement de l'exploitation, à traiter ces animaux comme les chevaux el les grands ruminants.

(1) Boucher, Hygiène des animaux domestiques. Encyclopédie vétérinaire Cadëac, Paris.

Los râteliers, mangeoires fixes et en bois, ne sont pas recommandâmes par le fait même de leur immuabilité et des matériaux qui les composent ; les râteliers circulaires mobiles et métalliques doivent leur être préférés, car ils tiennent proportionnellement moins de place et peuvent être facilement nettoyés et désinfectés. Les cuves n eau seront aussi métalliques.

La bergerie de Grignon (fig. 11 '2) peut être considérée comme type d'une installation économique bien comprise (1). Elle estformée par un long corps de bâtiment divisé en deux parties : Tune A, couvertepar un appentis formant cour ; l'autre B, fermée, communiquant par les portes P avec la première. Ce bâtiment, dont la figure

Mm,

Fig. 112. — Bergerie de Grignon (Danguy).

représente la section, est divisé tous les 6 ou 7 mètres environ par des râteliers accrochés aux charpentes, de manière à former des cases pouvant contenir de quatre-vingts à cent moutons. Les parcs extérieurs, protégés par un appentis couvert en tuiles, sont clos par des murs en maçonnerie C de lm, 15 de hauteur et de 0m,35 de largeur. La partie intérieure, qui est divisée de distance en distance par quelques gros murs B, est plafonnée et a 3m,50 de hauteur; elle communique avec le parc extérieur par des portes pleines, présentant une disposition permettant l'aération. Il y a deux portes de service, donnant sur la cour, par compartiment, et une porte de communication entre la partie intérieure et le pare.

Porcheries. — Il nVsl pas d'animaux pour lesquels on prenne moins de soins que les porcs, el pourtant il est reconnu depuis longtemps que (2) : « pour que le porc se porte bien el profite, il exige une habitation spacieuse, point humide, abritée du froid en hiver,

(1) Danguy, Constructions rurales. Encyclopédie agricole, Paris, 19o:>. [1) A. et II. Combesj Les paysans français, Paris, 1853, p. 112.

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ouverte au nord, fermée au midi durant les grandes chaleurs, exactement nettoyée et munie d'une litière fraîche ». Cependant partout la mauvaise installation et le manque d'entretien des porcheries les font rejeter bien loin de toute habitation, tellement leur odeur est repoussante.

Si les porcheries d'élevage sont assez rares, au contraire on ne peut rencontrer une exploitation agricole, si petite soit-elle, qui n'élève au moins un porc. C'est que cet animal s'engraisse des eaux ménagères et de tous les résidus qu'on n'oserait offrir aux autres animaux. Aussi son peu de délicatesse le fait reléguer dans de véritables tanières aérées par un petit losange de la porte, comme dans le Nord, ou sous des toits, comme dansle reste delà France. Ces

Fig. 113. — Porcherie de Grignon, coupe (Danguy).

toits consistent ordinairement en un appentis ayant au maximum 2 mètres de profondeur; un petit mur de l mètre de hauteur environ forme clôture du côté de la façade, et tous les im,5<) des séparations déterminent des loges, pourvues chacune d'une porte et d'une auge. Cette disposition suffira le plus souvent, lorsqu'on ne fait pas d'élevage, mais il faudra les entretenir -convenablement en renouvelant souvent la litière. De plus, comme le porc redoute l'humidité prolongée et froide, le sol sera imperméable et en pente suffisante pour l'écoulement des liquides, urine et breuvages répandus par ces animaux. Les figures 113, 11 A donnent la représentation de la porcherie de Grignon (1).

Comme le porc aime à se baigner et que cela contribue à son hygiène, il serait recommandable d'établir dans les parcs des bassins que l'on puisse vider facilement.

Clapiers. — Il n'est guère d'habitation rurale qui n'ait sous un appentis dans le jardin une ou plusieurs caisses dans lesquelles le

(1) Danguy, loc. cit.

paysan élève quelques lapins avec les herbes du jardin, les débris de légumes et les reliefs des repas. Cette disposition est très mauvaise, car Tanimal est perpétuellement dans une atmosphère humide et mal ventilée ; malgré cela, il prospère souvent. Mais il serait tout à fait préférable d'établir les cages avec un sol imperméable, incliné pour l'écoulement des urines et grillagées sur le devant. Un petit râtelier

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Fig. 114. — Porcherie de Grignon, plan (Danguy).

A, auge à volet mobile; C, couloir de service; D, loge; E, parcs; P, porte du couloir; pp, portes donnant accès aux loges.

compléterait heureusement l'aménagement, en évitant le gaspillage de la nourriture.

Poulaillers. — Les éleveurs ou les amateurs ont seuls des poulaillers installés convenablement : il n'en est pas de même dans toutes les fermes, où ils ne sont qu'une dépendance, quelquefois non séparée, de l'étable ou de l'écurie, et où tous les oiseaux s'entassent pêle-mêle, et on peut dire, en parodiant une phrase de Gayot(l) : «que le poulailler est une arche malpropre où Ton trouve une macédoine d'oiseaux les plus hétéroclites ».

L'habitation de la poule doit être distincte de celle de tous les autres oiseaux de basse-cour ; elle sera largement aérée, fraîche en été, chaude en hiver, inaccessible aux mammifères carnassiers et aux oiseaux rapaces.

Les murs, sans solution de continuité, seront crépis et enduits à la chaux. Le plancher, surélevé au-dessus du sol, sera horizontal et sans fissure; on le couvrira de sable ou de terre sèche, qu'on enlèvera fréquemment pour éviter les dégagements d'odeurs nauséabondes. La ventilation se fera par des ventouses à la partie inférieure et une cheminée, ces ouvertures étant grillagées. La porte sera assez grande

(1) Boucher, loc. cit.

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