‹ Traité d'hygiène (volume 4)Chapitre 26 sur 49 · XIII · texte numérisé non relu

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pour que le nettoyage du local et la récolte des œufs puissent se l'aire facilement.

Les logements des autres oiseaux de basse-cour seront établis dans lesmêmes conditions ; de même les pigeonniers, qui devront être très élevés. Tous ces logements devront être entretenus en grand état de propreté: l'enlèvement des excréments se fera très fréquemment, el le nettoyage complet, suivi du badigeonnage à la chaux, sera exécuté au moins deux fois Tan.

Il faut cependant ajouter qu'on ne peut trop s'élever eontre la coutume de laisser les canards barboter dans une eau fangeuse, souvent même dans le purin : une petite cuve suffirait à leurs ébats et permettrait d'en changer souvent Teau, pour quelle soit toujours propre el saine.

LAITERIE. — Nous désignons sous le nom de laiterie le local où se font les différentes manipulations du lait, soit pour être livré directement à la consommation, soit pour être transformé en beurre et fromage.

11 est indispensable que la laiterie soit protégée contre l'invasion de tout agent extérieur, odeur, température, poussières, ferments, insectes, etc. Aussi devra-t-elle être éloignée des bâtiments servant au logement des animaux, quels qu'ils soient, des fumiers, deségouts, des fosses d'aisances et de tout endroit où se trouvent des matières en décomposition. Dans toute ferme même de peu d'importance, on pourrait aménager au moins une petite salle en laiterie. On ne doit jamais conserverie lait dans une pièce habitée de jour ou de nuit, cuisine et chambre à coucher, ni dans une office contenant des salaisons, fruits, légumes, etc. En effet, le lait non seulement est éminemment altérable par une foule de ferments, mais encore s'imprègne facilement de toutes les odeurs : ces considérations vont nous guider pour rétablissement de la laiterie.

Depuis quelques années, les cultivateurs se sont associés pour former des laiteries coopératives, qui, pourvues d'un outillage moderne, peuvent fournir des produits plus scientifiquement préparés et par suite de qualité supérieure et plus constante. Le personnel de ces laiteries, mieux éduqué et n'ayant pas d'autres occupations, peut entretenir le bâtiment et les ustensiles dans un constant état d'une propreté indispensable. Cependant toute ferme devra comprendre un local destiné à conserver, dans les meilleures conditions, le produit des différentes traites avant le transport à la laiterie proprement dite.

Nous pourrions ici donner à nouveau toutes les précautions à prendre pour une bonne construction, terrain sec, surélevé, fondations protégées contre l'humidité, etc. : il faut y ajouter les dispositions pour l'éloignement rapide des eaux de lavage.

Les causes d'humidité à l'intérieur étant nombreuses par suite des

LA F Eli. Vil-:. 18 — 1.79

lavages abondants et journaliers, la laiterie devra être bien aérée. Cette aération sera établie en tenant compte des vents dominants qui pourraient amener des poussières provenant des fumiers même •assez éloignés. Elle peut se faire par des impostes s'ouvrant au-dessus des portes et fenêtres; mais ces ouvertures devront être protégées contre les mouches et les insectes par de fins" grillages en toiles métalliques.

Les ouvertures principales se trouveront au nord : celles pratiquées aux autres points cardinaux seront garanties du soleil par des persiennes ou des jalousies, de façon que la température intérieure soit la plus basse possible, de 10 à 15°. La ventilation de nuit permet d'obtenir un bon résultat. On peut aussi adosser le mur du midi à un autre bâtiment, ou le protéger par un rideau d'arbres à feuillage épais. Lorsque la laiterie fait partie d'un bâtiment, elle ne doit avoir aucune communication avec ce bâtiment.

Nous avons vu déjà que la lumière possédait un grand pouvoir bactéricide et qu'elle oblige à une plus grande propreté ; il est doncindispensable qu'il n'y ait dans la laiterie aucun coin sombre ; tout doit être éclairé de façon à voir rapidement s'il ne séjourne nulle part quelque impureté dangereuse.

Le sol doit être absolument imperméable et lisse, en pente bien réglée, pour qu'il n'y ait jamais de stagnation de liquide. Cette pente sera dirigée transversalement et longitudinalement vers une ou plusieurs rigoles non recouvertes, faciles à nettoyer. A la sortie^ la rigole sera avantageusement pourvue d'un siphon, surtout si elle se rend à un égout souterrain. Le ciment et les pierres calcaires étant sujets à être attaqués par le lait acide seront autant que possible écartés : de même les carreaux de terre cuite trop poreux. Le revêtement du sol sera meilleur s'il est constitué par de l'asphalte ou un carrelage céramique ou de grès bien noyé dans le ciment; il sera établi sur couche de béton.

Les murs, surtout à leur partie inférieure, sont sujets aux souillures ; aussi doivent-ils être revêtus d'un enduit imperméable, au moins déciment, ou mieux déciment recouvertde peinture vernissée ou de carreaux céramiques émaillés. Cet enduit imperméable sera établi sur au moins lm,50 de hauteur. Le reste du mur et le plafond pourront n'être recouverts que de mortier de plâtre: en ce cas, ils seront blanchis au lait de chaux fraîchement préparé, au moins deux fois par an. On peut remplacer la gélatine du badigeon par du petit lait, qui lui aussi empêche la couche de chaux de s'exfolier, li serait aussi préférable que tous les murs soient recouverts de peinture vernissée.

Dans les laiteries coopératives, tous les appareils seront bien indépendants les uns des autres et aménagés de telle sorte qu'il n'y ait pas d'allées et venues inutiles capables d'amener des fautes

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manœuvres. Tous ces appareils serontfaciles à démonter et, par suite, à nettoyer complètement aussitôL l'opération journalière terminée.

Les pots destinés à contenir le lait seront en tôle étamée : le fond sera de préférence embouti pour faciliter le nettoyage ; le couvercle est constitué par un tampon de tôle emboutie qui s'enfonce dans l'ouverture. Ils ne doivent plus être employés lorsqu'ils sont envahis par la rouille, car ils communiquent alors au lait un goût désagréable.

Le nettoyage des appareils, des pots, du sol et des murs ne peut se faire utilement qu'avec des solutions chaudes de carbonate de soude ou de potasse ; il sera suivi d'un rinçage abondant et prolongé à l'eau pure. L'eau doit donc se trouvera proximité et en abondance. Ce nettoyage ne donne de bons résultats que s'il est pratiqué avec la brosse, qui détache toutes les petites particules de caséine ou de beurre qui pourraient rester adhérentes aux appareils ou aux parois de la laiterie. Dans les laiteries coopératives, on fait suivre le nettoyage des appareils et des pots d'une stérilisation par un courant de vapeur, et cette pratique est excellente ; on ne doit jamais se contenter de la stérilisation à la vapeur sans nettoyage, car on n'obtiendrait pas ainsi une stérilisation efficace.

Une laiterie bien dirigée et surveillée n'est jamais infectée ; cependant si fortuitement cela arrivait, il faudrait agir immédiatement et énergiquement. Les murs, plafonds, sols, serontlavés à la brosse avec une solution alcaline bouillante, de même tous les ustensiles. Les murs seront de nouveau blanchis à la chaux fraîchement préparée. On a aussi recommandé la désinfection par l'acide sulfureux produit par la combustion du soufre: elle donne de bons résultats, surtout si les surfaces ont été humidifiées; mais elle a l'inconvénient d'attaquer un peu les appareils, attaque superficielle à laquelle on peut remédier par un bon nettoyage. On emploie en ce cas environ 50 grammes de soufre par mètre cube de salle, qu'on place dans des vases et qu'on fait brûler après avoir clos hermétiquement toutes les ouvertures. Au bout de vingt-quatre heures, on ventile énergiquement et on procède au nettoyage, comme nous l'avons dit plus haut.

Le cultivateur doit toujours se souvenir que la grande propreté garantit la bonne qualité du lait et par suite l'excellence des produits qui en dérivent. Ces produits seront plus estimés et pourront se vendre à un prix plus élevé.

LOGEMENT DES RÉCOLTES. — Nous ne comprenons ici que le logement des céréales et des fourrages, tels qu'ils arrivent au moment de la récolte ; les locaux nécessaires à la fabrication du vin, des cidres, des eaux-de-vie, de l'alcool, de la fécule, etc., sont du domaine de l'industrie agricole, il est vrai, mais sortent du cadre de cette partie du Traité d'hygiène.

Les bâtiments doivent être isolés pour éviter les propagations d'incendie qui peuvent y naître, soit spontanément, soit accidentelle-

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ment, soit enfin par malveillance. Aussi est-il peu recommandable d'utiliser pour cela les greniers, que Ton ménage presque toujours au-dessus des écuries et des étables. Cependant, dans les petites exploitations, on peut le faire, dans le but de réduire la dépense, mais à condition de prendre certaines précautions. Le grenier sera complètement indépendant de l'écurie ou de Tétable, isolé.de celles-ci par un plancher imperméable et incombustible ; la manutention se fera uniquement par l'extérieur, à l'exclusion de toute trappe intérieure, qui rendrait illusoires les précautions précédentes. Ce sont surtout des fourrages que contiendront ces greniers, et on sait combien ils sont capables de fermenter, soit par eux-mêmes, soit sous l'influence de l'humidité chaude qui se dégage des étables : le fourrage fermenté, outre le danger d'incendie, a l'inconvénient de ne plus fournir aux animaux qu'une alimentation inférieure ou mauvaise. De même doit-on s'abstenir d'établir dans ces greniers les logements des domestiques, à moins qu'ils soient complètement séparés des fourrages, comme nous l'avons montré pour les étables.

Les céréales, comme les fourrages, ne peuvent se conserver en parfait état que si on les met à l'abri de l'humidité. Les granges doivent donc avoir un sol imperméable ou bien drainé, des murs épais, être bien ventilées pour que la dessiccation soit continue et régulière, de façon à éviter les combustions spontanées, souvent produites par des fermentations engendrées par l'humidité.

ANNEXES DIVERSES. — Nous rangeons dans ces annexes les fours à cuire le pain ou à sécher certains fruits et les fosses à drêches; les fosses destinées à contenir les excréta humains ou animaux et le purin seront étudiées plus loin.

Tours à pain. — Les fours à cuire le pain, qui existaient dans toutes les fermes, tendent à disparaître; s'ils sont encore utilisés dans les grandes et moyennes exploitations rurales, ils sont surtout abandonnés par le petit cultivateur et par les ouvriers agricoles, qui trouvent, avec une assez faible augmentation de prix, il est vrai, chez le boulanger, un pain frais et souvent mieux fait que par les mains souvent inexpertes de la ménagère. Le four est ordinairement situé dans un bâtiment adjacent ou distinct de l'habitation; cependant, dans certaines contrées méridionales, il existe dans la cheminée monumentale dont nous avons parlé. Cette pratique est des plus mauvaises, car la plupart des gaz produits par les combustibles se rendent dans la maison et peuvent y incommoder les habitants.

Fosses à drêches. - Bien qu'on ait beaucoup médit des drêches de brasserie ou de distillerie, des pulpes de betteraves, leur emploi pour la nourriture des bestiaux est général, partout où ces résidus industriels peuvent se procurer facilement. Les drêches de brasserie et de distillerie sont constituées parles parties cellulosiques du grain imprégnées, surtout pour les dernières, de produits solubles émi-

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nemnient putrescibles. Comme elles ne peuvent être consommées aussitôt leur sortie de l'usine, elles sont conservées dans des fosses, où elles attendent leur utilisation. Il se produit dans ces fosses des fermentations nombreuses avec production d'une grande quantité d'acide carbonique, qui peut causer des accidents aux ouvriers qui y descendent lorsqu'elles sont profondes.

Selon Nocard (1), les fosses à drêches doivent être cimentées: les murs auront 0m,45 d'épaisseur; la profondeur maxima au-dessous du sol sera de lm,20, pour empêcher l'asphyxie par l'acide carbonique. On peut tolérer une margelle cimentée de 0m,25 d'épaisseur, en surélévation de 1 mètre au-dessus du sol, pourvu que chaque face soit munie dune barbacane de 25 centimètres de largeur, fermée par des volets en bois qui s'ouvrent quand la fosse est à moitié vide. Le radier sera en forme de cuvette, surmonté d'un plancher perforé, avec conduit déversant le suint de la drêche à un puisard é tanche. La fosse restera ouverte, protégée contre la pluie par un hangar à claire-voie et contre les poussières par des paillassons ou des toiles métalliques, de manière à assurer une aération permanente.

Silos. — Dans les régions du nord de la France, on conserve les pulpes de betteraves dans des silos, où elles sont emmagasinées pendant la fabrication du sucre. Ces silos sont soit en plein champ au bord de la route, soit à proximité de la ferme; ils sont généralement peu profonds et recouverts de terre. Dans ces pulpes conservées, la fermentation butyrique se produit aux dépens du sucre et donne ainsi une nourriture à odeur très désagréable, qui se perçoit à une grande distance à l'ouverture des silos. Il y a lieu d'éviter que les liquides qui s'en écoulent puissent venir contaminer les eaux potables. Ils ne peuvent évidemment renfermer aucun germe pathogène ; mais le goût cl l'odeur qu'ils possèdent rendraient impossible l'ingestion de l'eau.

L'évacuation des eaux et des résidus à la campagne doit tenir une grande place dans les préoccupations de l'hygiéniste, et pourtant il faut avouer qu'on a fait bien peu de choses pour améliorer l'étal actuel, qui est presque toujours déplorable.

Il est admis universellement que tous les déchets de la vie. soit solides, soit liquides, doivent être éloignés le plus tôt possible des habitations, car ils peuvent, parleur amoncellement, leur stagnation ou leur infiltration dans le sol, causer des nuisances et créer des foyers épidémiques. Ceci est facilement réalisé dans les grandes villes permettant le tout à Tégout et pourvues d'un service de voirie bien dirigé: mais, dans les communes rurales, il n'existe généralement

(li C. H. des séances du Conseil d'hygiène de la Seine, 19 février 1SPT.

aucun égout, et l'enlèvement des immondices est effectué par les habitants, ou plutôt abandonné à leur bon vouloir.

On sait aussi que l'homme et les animaux doivent restituer au sol, sous forme de résidus liquides ou solides de toute espèce, les matières organiques qu'ils ont empruntées aux végétaux pour leur alimentation. Ce principe est bien connu dès cultivateurs, qui emploient avec avantage les engrais animaux et souvent aussi les engrais humains pour fertiliser leurs champs; mais il est indispensable que cette restitution se fasse sans danger.

Le sol est un précieux auxiliaire d'assainissement, mais sa capacité épurative est bien différente d'un point à un autre, et, de plus, elle est limitée. Les matières sont retenues à sa surface et deviennent la proie de très nombreuses espèces de microorganismes qui les dégradent de plus en plus ; puis des ferments oxydants complètent la désintégration, en ne laissant comme résidu final que des composés salins. Toute cette suite de transformations s'effectue normalement dans un sol de composition convenable; les eaux qui le traversent sont encore chargées de ferments inoffensifs ou dangereux ; mais ceux-ci seront retenus si la fîltrationest parfaite, et seulement alors ces eaux devenues sans danger pourront se mélanger aux eaux des nappes souterraines. Si le travail d'épuration n'est pas parfait, ces eaux peuvent disséminer la contagion non seulement aux habitations proches, mais à toutes celles où l'on utilise l'eau de la nappe souterraine. Les exemples d'épidémies causées par l'eau sont trop nombreux pour qu'il soit utile de les rappeler.

On doit donc recommander au cultivateur de veiller le mieux possible à ne pas infecter par des infiltrations dangereuses les eaux d'alimentation; mais aussi, croyons-nous, on doit l'inviter à utiliser de la manière la plus avantageuse pour la culture toutes ces eaux et tous ces résidus, leur emploi rationnel intéressant autant le rendement de l'exploitation que les règles de l'hygiène.

Les eaux et immondices à évacuer à la campagne comprennent :

1° Les eaux pluviales;

2° Les excréta humains (urines et fèces) ;

3° Les excréta animaux (fumiers et purins) ;

4° Les eaux ménagères ;

5° Les eaux de lavoir ;

6° Les débris organiques ; ordures ménagères;

7° Les exsudats et produits pathologiques; les petits animaux morts.

EA UX PLUVIALES. — Nous avons vu quelle importance il fallait attacher aux précautions nécessaires pour que les eaux pluviales tombant sur les toits ne viennent pas entretenir une humidité malsaine dans les habitai ions, ni faire de flaques et mares au dehors. 11 suffi! pour cela de munir les toits de nochères et de gouttières

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et d'assurer une bonne évacuation de leurs produits. Il est avantageux, en bien des cas, de recueillir ces eaux, qui permettent soit de garder une réserve pour les animaux pendant les sécheresses, soit d'obtenir un lessivage plus facile du linge : on se sert pour cela soit de tonneaux, soit, ce qui est encore mieux, de citernes étanches, comme nous les avons décrites précédemment.

Quant aux pluies qui tombent aux abords des maisons, dans les rues des villages, nous avons vu aussi comment il convenait d'en assurer la prompte évacuation : la construction de caniveaux et au besoin de tronçons d'aqueducs suffira d'ordinaire, et on comprend que nous ne revenions pas sur ce sujet.

EXCRETA HUMAINS. — Une des causes les plus importantes de l'insalubrité à la campagne provient de l'indifférence du paysan vi>à- vis des dangers de la dissémination, de la dispersion partout autour de lui des produits excrémentitiels. Il ignore encore le plus souvent qu'un certain nombre de maladies peuvent se propager par les produits intestinaux. En etîet, ces produits peuvent contenir à l'état pathologique : les entérocoques, agents d'entérites de l'enfant ou de l'adulte, le bacille de la fièvre typhoïde, le bacille de la diarrhée verte infantile, le bacille de la dysenterie, le bacille pyocyanique, le bacille tuberculeux, le bacille du choléra, sans compter les hôtes normaux qui peuvent, comme le colibacille, acquérir, dans certaines conditions, une grande virulence. Les excréments peuvent aussi renfermer des œufs, larves ou parasites, si communs à la campagne, comme les vers intestinaux, l'ankylostome, etc.

On conçoit donc combien il peut être dangereux de répandre des produits au moins suspects. C'est pourtant une pratique presque générale de satisfaire aux besoins naturels là où on se trouve quand le besoin se fait sentir, et il existe de nombreuses communes où il serait impossible detrouverunseul cabinet d'aisances. En d'autres contrées, on se contente de creuser en terre un trou qui sert de fosse d'aisances, où les matières, plus ou moins diluées, vont infecter le sous-sol, souvent à proximité du puits d'eau potable, semant ainsi la contagion par l'eau de boisson, comme cela a été démontré par de nombreuses enquêtes.

Il est donc indispensable d'éloigner des habitations ces matières, et en cela les villes ont trouvé un moyen commode pour elles, c'est le système du « toutàl'égout ». Nécessitant une grande dépense d'eau, ce procédé ne pourra que rarement être employé dans les communes rurales. De plus, d'après l'avis des agronomes, ce système ne permet pas une utilisation facile et commode de ces matières.

« Dans les pays où l'agriculture est avancée, dit Garola (1), on considère les excréments humains, ajuste raison, comme un puissant

(1) Garola, Engrais, Encyclopédie agricole, 2e édit., 1906.

engrais, et Ton prend soin de les recueillir complètement. Rendre au sol ces excréments, c'est lui restituer une grande partie des matières que les récoltes antérieures lui ont enlevées. Hermstead et Schùbler ont démontré par l'expérience qu'un sol qui, sans engrais, rend trois fois la semence, donne avec l'urine humaine dix fois la semence, et avec les excréments solides douze fois cette dernière. L'efficacité n'est pas douteuse. Le raisonnement est ici absolument confirmé par l'expérience. Cependant, presque partout, dans notre beau pays de France, on laisse perdre, dans les villes et dans les campagnes, ces matières fécales dont la restitution au sol doit être considérée comme un impérieux devoir. »

En France, les excréments humains ne sont guère utilisés que dans le Var pour la culture des fleurs à parfum, et surtout dans le Nord, où ils font même l'objet d'un commerce suivi.

Garola (1) a calculé qu'en admettant une élimination moyenne par tête et par an de 3kg,488 d'azote et de lkg,947 de phosphate, et en tenant compte des pertes par fermentation, la valeur de ces excréta pouvait être évaluée à plus de 100 millions.

Il semble donc intéressant de rechercher si le principe absolu de l'éloignement rapide de ces produits, admis et indispensable pour les villes, ne pourrait pas être un peu amendé pour les campagnes, sans nuire à l'hygiène, et même, si possible, en apportant une aide efficace aux prescriptions hygiéniques.

Une première condition permet de concilier d'abord les intérêts de l'hygiène et de l'agriculture : c'est la récolte des excréta dans des récipients étanches placés dans un local approprié, latrines ou cabinets d'aisances, convenablement éloignés des habitations, quoique à suffisante proximité pour que l'accès en soit facile. Pour cela, on ne connaît que trois systèmes : les fosses ou tonnes mobiles, les fosses fixes et le earth System. Nous éliminons les tinettes filtrantes, qui exigent d'être reliées à un égout, n'existant que rarement dans les agglomérations rurales et jamais pour les maisons ou fermes isolées.

Les latrines, quand elles existent, se trouvent le plus souvent à une certaine distance de l'habitation, soit à proximité des étables, soit dans une petite cabane nettement séparée des bâtiments. C'est cette dernière disposition que nous préférons, car elle permet une aération et un éclairage directs. Le siège, ordinairement en bois, expose à des contaminations. Aussi serait-il préférable, là où on peut craindre la venue de gens malpropres ou contaminés, d'installer des sièges à la turque (fig. 115), qui, s'ils sont plus difficiles à tenir proprement et exigent des lavages plus fréquents, permettent d'éviter la contagion.

Fosses mobiles. — Les fosses mobiles [tonnes ou tinettes mobiles)

(1) Garola, loc. cit.

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sont des récipients de contenance telle qu'ils puissent rire facilement transportâmes; les vieux tonneaux souvent utilisés doivent être proscrits, vu leur manque détanchéité, et les récipients doivent toujours être métalliques, en tùle galvanisée par exemple, et se raccorder hermétiquement aux tuyaux de chute.

Dans les latrines, les récipients seront posés sur un sol étanehe pour prévoir le débordement possible : on a pour cela conseillé quelquefois l'adjonction d'un autre récipient dans lequel vient se déverser le tropplein du premier (fig. 116). On évite par ce système la vidange sur place et les émanations des matières en fermentation; mais la fréquence des opérations d'enlèvement et l'oubli de 1rs accomplir

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Fig. 116. — Tonne de Heidelbefg.

à temps voulu compensent et au delà cet avantage. De plus le fonctionnement de ce système, pour être régulier, doit être public et entraine rétablissement d'un dépotoir, car ces matières ne peuvent être utilisées à tout moment, et il faut attendre que les cultures permettent leur épandage. Enfin le transport incessant, et sans précautions le plus souvent, de matières qui peuvent être infectées, dans des récipients presque toujours mal entretenus, est une source de dangers. Il est aussi reconnu que ces matières, comme nous le verrons pour le fumier, doivent être fermentées avant leur emploi pour en obtenir une meilleure utilisation. Il y a donc bien peu de chances pour que leur emploi se généralise jamais.

Cependant, dans le but d'enrayer rapidement la marche d'une épidémie, ces tonnes mobiles peuvent rendre les plus grands services, comme l'a montré le Dr Mosny (1), dans les communes où les latrines n'existent pas. Il est indispensable d'obliger les propriétaires des maisons habitées, dépourvues de fosses d'aisances, d'avoir une tinette de 50 litres par quinze habitants ou fraction de quinze habitants. I n entrepreneur municipal fera la vidange des tinettes chaque jour, de

(1) G. R. du Comité consultatif d'hygiène de France. I. XXIV, p. 199.

EVACUATION DES EAUX ET RESIDUS.

qualrèà six heures du matin. Il est préférable que la tinette enlevée soit remplacée immédiatement par une autre tinette vide. Cela permet d'opérer plus facilement la désinfection du contenu avec un dixième du volume en lait de chaux.

Earth System. — On préconise beaucoup en Angleterre et en Allemagne un système de tinettes mobiles avec substances absorbantes, c'est le earth System (fig. il 7). Il se produit, par le mélange de terre sèche ou de tourbe aux matières fécales, une série de transformations, principalement d'origine microbienne, telles qu'au bout de quelques semaines on ne peut plus les distinguer de la terre. Il faut pour cela de la terre bien sèche et pulvérulente, dont on jette une certaine quantité sur les matières après chaque visite aux cabinets d'aisances ; cette quantité, environ 5 kilogrammes pour 1 kilogramme de matières excrémentitielles, doit être telle qu'à aucun moment le mélange ne soit liquide, sous peine de se retrouver dans le cas d'une tinette ordinaire? On obtient ainsi une poudrette très fertilisante, qui doit être enterrée à peu de profondeur pour que les matières organiques puissent être rapidement détruites ou utilisées. L'inconvénient de ce système est l'obligation de prévoir un local pour conserver, surtout dans les pays humides, une certaine provision de terre sèche en poudre, et les poudreltes produites avant leur utilisation. Nous y voyons un autre inconvénient dans la dissémination facile de germes infectieux manipulés peu de temps après leur sortie de l'organisme humain, et on sait que la dessiccation n'est pas un âge ni suffisant de destruction, au moins pour certains germes (bacille de la diarrhée verte, bacille fyphique, etc.).

Fosses fixes. — Les fosses /îxesdoivent posséder une qualité indispensable, c'est d'être absolument étanches. On ne doit pas se contenter

Garde-robe à terre (Jacob, Delafon etC1

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HYGIENE RURALE

de creuser en terre une fosse même bien formée par de l'argile compacte; on obtient ainsi une protection absolument illusoire contre les dangers d'infection des nappes souterraines par l'infiltration des liquides de ces fosses. Ces dangers ne deviennent apparents que lorsque les déjections d'un malade ont, par l'intermédiaire des fosses non étanches, contaminé les eaux et propagé la contagion à toutes les personnes qui en boivent; mais ils existent toujours et, dans bien des cas, cette pollution amène d'autres désordres organiques très graves, comme les entérites et la diarrhée verte des enfants. Les fosses fixes devront donc être absolument étanches ( 1 ) ; nous ne saurions trop le redire. Pour cela, elles seront construites en bonnes pierres

non poreuses ou en briques : elles seront revêtues à l'extérieur d'une forte couche d'argile compacte et à l'intérieur d'un bon enduit de ciment. On peut, à la partie inférieure, ménager une petite cuvette qui permettra d'en effectuer plus complètement la vidange. Dans le but de donner plus de résistance à l'enduit, il est recommandable de

Fier. 118.

Fosse d'aisance!

faire en sorte qu'elles ne possèdent aucun angle et d'adopter la disposition représentée schématiquement dans la figure 118. La fosse sera aussi pourvue d'un tuyau de chute des matières, d'un trou d'homme pour leur vidange et d'un tuyau d'échappement des gaz.

Lorsque des déjections de certains malades infectieux ont étéreçues dans une fosse, il est indispensable d'en opérer la désinfection- Il est maintenant reconnu qu'il est préférable de faire cette désinfection dans la chambre même du malade ; mais il est possible que cette prescription arrive trop tard et que la fosse soit déjà infectée. On a longtemps employé pour cela de la chaux à la dose de 5 p. 100 environ: cette pratique donne une stérilisation suffisante, mais a l'inconvénient de dégager de grandes quantités d'ammoniaque accompagnée d'autres odeurs désagréables: il faudra toujours y avoir

(1) A l'inverse de ce qui se passe dans les villes, où, pour le prix de la vidange et les ennuis q'uelle apporte, on n'est pas lâché qu'il se produisedes fissures, si les matières sont considérées comme fertilisantes, on aura donc intérêt à n'en rien perdre

EVACUATION DES EAUX ET RESIDUS.

recours lorsque Ton n'aura que la chaux, que Ton trouve partout à sa disposition. Le sulfate de cuivre, à la dose de 9 kilogrammes par mètre cube, donne, d'après Vincent (1), de meilleurs résultats sans avoir cet inconvénient, qui est important d'un autre côté, car il fait perdre aux excréments une grande partie de leurs principes fertilisants.

Fosse double. — D'après de nombreux expérimentateurs, la vitalité des germes de maladies est de courte durée dans les matières fécales, et le temps le plus long qui ait été relevé est trois mois. On

Fig. 119. — Fosse d'aisances double.

peut donc supposer qu'il suffirait de garder les matières pendant plus de trois mois pour être assuré de la disparition de ces germes ; de plus, même avant ce temps, ils ont perdu leur virulence. Ceci nous conduit à proposer l'établissement d'une fosse double, dont chaque partie pourrait contenir toutes les matières rejetées pendant trois à six mois. La première fosse (fig. 119) recevrait directement les matières; lorsqu'elle serait parvenue à un certain niveau, la partie liquide prise au milieu de la hauteur s'écoulerait par trop-plein dans la deuxième, qui serait seule vidangée le plus souvent, la première ne nécessitant de vidange que fort rarement; l'une et l'autre seront ventilées.

Le plus grave reproche que l'on fait aux fosses fixes est d'obliger à ces opérations de vidanges faites toujours malproprement. Le plus souvent de simples seaux attachés à une corde permettent d'extraire le contenu, que l'on verse dans un tonneau : mais il serait pourtant très simple d'avoir une petite pompe à bras, comme celle employée par les vignerons, qui puiserait le liquide pour le monter dans un

(1) Vincfist, Revue d'hygiène, 1895, p. 60.

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grand tonneau monté sur roues, lequel serait pourvu d'un appareil d'arrosage. La manipulation pourrait ainsi se faire 1res proprement, pourvu qu'on veuille bien prendre les précautions les plus élémentaires. Cette méthode est du reste déjà employée par certains fermiers pour les matières qu'ils viennent chercher dans les villes du nord de la France.

Les odeurs dégagées par les matières en fermentation, si désagréables souvent dans les villes, sont peu à craindre à la campagne, où les fosses sont et doivent être éloignées de l'habitation. On a proposé, pour la désodorisation,dy ajouter de la terre sèche, delà tourbe, des cendres et des produits chimiques, comme le chlorure de chaux et le crésyl, en même temps antiseptiques, et le sulfate de fer. Les matières pulvérulentes comme la terre rendent l'extraction difficile, et les antiseptiques peuvent nuire à la végétation; il n'est donc pas indiqué d'y recourir à la campagne.

EXCRETA ANIMAUX. — Les excréments animaux mélangés aux litières forment le fumier ; les urines et les liquides qui s'écoulent du fumier constituent le purin.

Autrefois le but principal de l'entretien du bétail dans l'exploitation agricole était la production du fumier; mais, avec les conditions économiques actuelles, les rôles sont renversés, et le fumier, tout en restant universellement utilisé comme engrais, ne peut plus être considéré que comme un résidu. « On peut, dit Boussingault, à première vue, lorsqu'on entre dans la cour d'une ferme, juger de l'industrie, du degré d'intelligence d'un cultivateur par les soins qu'il donne à son tas de fumier. » Et quelle mauvaise opinion on aura de la plupart de ces cultivateurs (si on consulte le rapport du Dv Widal (1) : « Dans la cour, une fosse à fumier, en général non étanche, qui est le tout à l'égout, à ciel ouvert, où se jettent les matières fécales et toutes les ordures de l'habitation. C'est au voisinage de cette fosse que se trouve en général le puits d'où se tire l'eau d'alimentation. Par le sous-sol,, les infiltrations se font à loisir entre la fosse à fumier et le puits, quand ce n'est pas avec les rivières du voisinage. C'est donc de l'eau de purin qu'absorbent en général les habitants des fermes et, de ce fait, on conçoit que, suivant les saisons, suivant le degré plus ou moins grand de l'infiltration souterraine, ils soient exposés aux infections et aux intoxications intestinales. »

Il s'ensuit que l'on peut croire que les fumiers ne sont dangereux que lorsqu'ils sont mal collectés et conservés et que les produits qui s'en écoulent viennent souiller les eaux d'alimentation. Il faut aussi rappeler qu'ils peuvent renfermer et qu'ils renferment souvent, même lorsqu'ils ne sont pas infectés de matières fécales humaine^, des germes de maladies dont le plus commun est le bacille du

(l) C. B. des travaux du Comité consultatif d'hyyiène de Fr\mce, t. XXXIII.

EVACUATION DES EAUX ET RESIDUS. 13-4-91

tétanos. Ce bacille existe normalement dans le sol, mais aussi souvent dans les excréments des animaux, qui peuvent impunément lui servir d'hôtes passagers, sans pour cela être malades. Sa présence est moins redoutée maintenant par suite du traitement préventif de la maladie possible par le sé/'iim antitétanique. Il n'est pas rare cependant qu'à la suite de traumatismes profonds ou d'opérations les hommes ou les animaux non traités contractent cette maladie souvent mortelle. Il en est de même du vibrion septique. Sans s'exagérer plus qu'il ne faut les dangers d'infection par ces microbes, qui étant anaérobies ne peuvent devenir virulents que dans certaines conditions, on doil cependant, pour toutes les raisons que nous venons d'énumérer, éviter toute souillure du sol et des habitations parle fumier et le purin.

Les prescriptions hygiéniques sont encore ici en complète concordance avec l'intérêt de l'agriculture. Un fumier éparpillé sans soin dans la cour de ferme, lavé pendant l'hiver par les pluies qui entraînent le purin soit au dehors, soit dans les couches profondes de la terre, desséché, par le soleil pendant Tété, perd tous ses principes utiles.

Le fumier a une valeur réelle : Petermann ( 1 ) a calculé qu'un fumier ayant coûté (prix des litières) 11 fr. 40 les 1000 kilogrammes avant une valeur théorique de 17 fr. 45, en ne tenant compte que de l'azote, de l'acide phosphorique et de la potasse et en négligeant les matières organiques: Garola (2) l'estime à 11 fr. 90 la tonne et le purin à 5 fr. 20 le mètre cube. Mais ces estimations ne tiennent aucun compte des matières humiques, difficiles à acquérir et indispensables au maintien de la fertilité (3). Un tel produit mérite donc que toute l'attention du cultivateur se porte à ce qu'il ne s'en perde rien.

Les fumiers doivent donc être recueillis dans des fumières convenablement installées,

c'est-à-dire sur un sol absolument étanche, „ ;**^*sm^^ " ^-.-^^^

avec une pente suffisante pour l'écoulement ' ig. LÎO. — Plate-forme à fumier, des liquides dans une

fosse à purin, également étanche. Ces fumières (4) peuvent être des plates-formes ou des fosses.

La plate-forme est une aire résistante et imperméable (fig. 120) établie en pente dirigée vers des rigoles R, collectant le purin qui s'écoule du tas de fumier A. Elle sera légèrement surélevée, de façon que les eaux pluviales ne viennent pas se mélangerai! purin.

^1) Petermann, Recherches de chimie et de physiologie appliquées à l'agriculture, 1886, t. I, p. 438.

(2) Garola, Engrais. Encyclopédie agricole, 2e édit., 1906, p. 131.

(3) Dehérain, Les engrais, Paris, 1895.

(W Danguy, Constructions rurales. Encyclopédie agricole, 190 4.

ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIENE RURALE.

Lorsque l'exploitation est assez importante, on divise la plate-forme

en deux ou en quatre parties (fig. 121) avec la fosse au purin P au milieu, en C s'il n'y a que deux tas, en D s'il y en a quatre.

De cette façon, un tas est en chargement, tandis que les autres sont en état de décomposition de plus en plus proche de celui de l'utilisation.

Les fosses sont des aires inclinées avec trois parois verticales (fig. 122); à la partie basse se trouve un orifice qui permet l'écoulement des liquides dans la fosse à purin A. Dans certaines contrées, très pluvieuses ou trop sèches, on est obligé d'abriter le fumier (fig. 123).

Fig. 121. — Plan d'une plate-forme à fumier.

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Fig. 1!

Fosse à fumier

Fig. 123. — Fosse à fumier couverte.

Pour se rendre compte de l'insalubrité que peut causer un dépôt

de fumier, il est nécessaire de connaître les soins qu'il exige pour sa meilleure utilisation. Le but à atteindre est différent suivant que le fumier est destiné à des terres légères ou à des terres fortes. Dans le premier cas, on doit pousser très loin la fermentation ; au contraire, pour les terres argileuses, on attache moins d'importance à la fermentation, car la paille non humifiée les rend plus légères.

Le fumier frais renferme beaucoup de carbonate d'ammoniaque, qui, parla dessiccation, peut se volatiliser, d'où une perte d'élément fertilisant. Il est donc nécessaire de maintenir une humidité convenable dans le fumier convenablement tassé, et pour cela on l'arrose avec le purin. Ces arrosages fréquents et réguliers hâtent la maturation du fumier ; en dissolvant l'acide carbonique produit par les fermentations, ils facilitent l'accès de l'air, dont l'oxygène active les combustions microbiennes. La paille se réduit peu à peu, se désagrège, forme une masse molle, facile à couper à la bêche et prend finalement l'aspect de l'humus. Il y a pendant ces longues transformations des pertes en azote, mais qui peuvent être considérablement réduites si le fumier est bien traité.

Le fumier est un engrais complet qui peut, à lui seul, maintenir la fertilité et conduire aux récoltes moyennes. Son emploi est avantageux, parce qu'il apporte des matières fertilisantes à meilleur compte qu'on ne pourrait les acquérir sur le marché ; il est nécessaire, parce qu'il fournit les matières humiques, diffîcilesà acquérir ailleurs, dont il a été parlé ci-dessus (1).

La fosse à purin ne doit pas être, comme cela existe souvent, une mare au milieu de la cour, dans laquelle viennentbarboter les canards ; cela est malpropre et dangereux pour les jeunes enfants, si cette mare est mal protégée. Elle doit être construite sur le même type et avec les mêmes précautions que nous avons données pour les fosses fixes (fig. 118). Elle devra donc être étanche. Elle sera munie d'une pompe pour la vidange et pour l'arrosage du fumier. C'est dans la fosse à purin que s'écoulent les liquides du fumier et qu'aboutissent les canalisations amenant les urines des étables et écuries, canalisations établies comme nous l'avons montré plus haut.

Il est une coutume assez répandue contre laquelle bien des agronomes semblent indifférents, c'est d'établir les fosses d'aisances sur la fosse à purin, ce qui est tout à fait condamnable. En effet, on se trouve ainsiàpeu prèsdans les mêmes conditions que si onrépandait des matières fécales sur le fumier, car il est recommandé d'arroser le fumier à intervalles voulus avec le purin dans le but de favoriser les fermentations. De plus, même avec une lumière bien installée, bien étanche, il sera difficile, au moment du chargement des fumiers pour leur transport aux champs de culture, de n'en pas semer un peu aux

(l) Voy. Dehékain, Les engrais.

Tuaité i>'hygiène. XIII. — 13

194 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIÈNE RURALE.

environs : les ouvriers en apportent partout avec leurs chaussures, diffusant ainsi la contagion, lorsque le purin aura reçu des matières fécales de typhiques. Il est donc indispensable de séparer complètetement les deux fosses. Pour les mêmes raisons, on ne doit pas y jeter les cadavres de petits animaux, qui s'y dissolvent, il est vrai, au bout d'un certain temps; mais les germes pathogènes qui les peuplent sont aussi disséminés et peuvent ainsi causer une épizootie désastreuse pour le fermier. Nous verrons plus loin comment il convient de les traiter.

Le fumier ne doit pas non plus servir de dépotoir pour toutes les ordures, surtout lorsque ces ordures peuvent avoir été infectées. On peut signaler à ce sujet l'épidémie de variole de Vinzier (Haute- Savoie) (1), causée parle rejet sur le fumier de la paillasse d'un malade mort de variole. Le fumier était à proximité de la cour d'une école, et dix-sept enfants furent atteints, dont plusieurs moururent.

En résumé, les fumiers ne doivent renfermer exclusivement que les litières et les excréta animaux ; ils doivent être soigneusement recueillis pour éviter d'abord une perte en éléments fertilisants d'une grande valeur, et ensuite la contamination des eaux utilisées pour l'alimentation.

Utilisation des engrais humains et animaux. — Nous avons vu que les agronomes s'accordent à proclamer que ces engrais bien fermentes sont les plus favorables pour toutes les cultures et ceux qui conviennent le mieux dans la généralité des sols. 11 est cependant reconnu maintenant que, pour les cultures à grand rendement, cette action des engrais naturels est renforcée par celle des engrais chimiques.

L'utilisation du fumier n'est cependant pas sans dangers, et il convient d'établir des règles pour y parer. Il faut prendre pour règle absolue de répandre le fumier aussitôt son arrivée au champ, puis de l'enfouir immédiatement. Le fumier enfoui ne perd plus grand chose ; les produits de la décomposition sont fixés parles particules terreuses et absorbés énergiquement (2). Il vaut même mieux qu'il reçoive trois labours avant les semailles et qu'il soit possible de le charrier de manière à l'enfouir déjà par le premier labour (3). On doit surtout se garder d'appliquer le fumier frais aux céréales, car les graines des mauvaises herbes et les œufs d'insectes qu'il renferme salissent étonnamment la terre et nuisent fort aux récolles. Les fumiers très fermentes n'ont pas cet inconvénient, car les œufs et les semences des mauvaises herbes ont péri pendant la putréfaction (4). Il ne faut pas non plus que le fumier soit enfoui trop profondé-

(1) Widal, Recueil du Comité consultatif d'hygiène de France, 1902. p. 142. (2\ Garola, loc. cit., p. 132.

(3) Opinion de Thaer, citée par Garola, loc. cit., p. 133.

(4) Garola, loc. cit., p 133.

ment : la profondeur varie avec les plantes à cultiver. Il n'est pas recommandable d'employer le fumier en couverture sur les récoltes en végétation, car aujourd'hui on possède des engrais pulvérulents très assimilables, qui peuvent, dans ce but, le remplacer avantageusement.

Nous trouvons aussi dans les prescriptions des agronomes tout ce que nous pourrions conseiller au point de vue hygiénique. En effet, ce fumier bien fermenté, qui ne contient plus d'œufs d'insectes, ni de folles semences, ne doit plus contenir non plus les germes pathogènes, qui s'y trouvent dans un milieu défavorable, en concurrence vitale avec un grand nombre de saprophytes et de ferments de putréfaction autrement résistants que ceux-ci. La dissémination et le mélange intime du fumier à la terre, qui en fixe aussitôt tous les principes, empêchent que les liquides et les germes qu'ils charrient soient entraînés dans les couches profondes et ne viennent souiller les nappes souterraines.

Les mêmes règles devront servir pour l'emploi du purin et des matières des fosses d'aisances; l'arrosage se fera avec avantage avec le tonneau à purin de Faul, qui est muni d'une pompe pour aspirer l'engrais dans la fosse ; il porte à l'arrière un robinet à brise-jet qui répand l'engrais liquide en nappe mince sur toute la largeur du véhicule. Cet arrosage ne se fera pas par les temps de grande sécheresse, pour éviter les pertes en ammoniaque, mais non plus par un temps de pluie, la pluie entraînant immédiatement l'engrais dans le sous-sol sans profit pour la culture et, au contraire, en polluant les nappes souterraines. Il est indispensable que l'engrais soit énergiquement fixé par la terre, car on ne peut jamais être assuré que les couches sous-jacentes pourront retenir les germes microbiens, qui, sans cela, sont entraînés dans les eaux profondes. Si cet arrosage se fait au point d'origine d'une nappe, ou à l'endroit d'une émergence, ces points n'étant protégés que par une très faible épaisseur de terre, la contamination sera certaine et deviendra, si les matières fécales contiennent des microbes infectieux, une cause d'épidémie, comme cela a été démontré par Brouardel et Thoinot pour l'épidémie de fièvre typhoïde du Havre en 1888 (1).

Les matières fécales ne doivent être épandues que sur les champs à grande culture. Malheureusement elles sont toujours employées poulies cultures maraîchères, malgré les nombreuses interdictions qui en ont été faites. Les expériences de Wurtz et Bourges (2) montrent en effet que les microorganismes infectieux peuvent persister quelque temps sur les plantes cultivées sur des terrains arrosés de liquides contenant ces germes. De plus, le développement de la végétation peut amener à l'air libre des germes situés à une certaine profon-

(1) Recueil du Comité consultatif d hygiène de France, 1889.

(2) Recueil du Comité consultatif d'hygiène de France, 1901.

196 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS.

HYGIENE RURALE

deur. Il faut sans doute faire une très large part à l'action bactéricide de la lumière solaire et au lavage par les eaux de pluie, quoique les fortes pluies d'orage fassent rejaillir de la terre délayée en boue sur les tiges et les feuilles des plantes à une hauteur très marquée ; mais il importe cependant de connaître le grave danger que Ton court en consommant crus des légumes ou des fruits récoltés dans de telles conditions. Ainsi, pour la France, doit-on toujours tenir en suspicion les salades, cresson, radis, céleris, oignons, aulx, concombres et les fraises. Il y a lieu d'y ajouter les fruits tombés des arbres et dévorés aussitôt par les enfants, qui contractent de ce fait souvent des diarrhées dangereuses. Il s'ensuit donc que l'épandage des matières fécales humaines doit être interdit pour ces cultures (1) et surveillé de très près pour toutes les autres cultures.

EAUX MÉNAGÈRES. — Les eaux ménagères comprennent les

eaux de cuisine et les eaux de lavage.

Les premières sont souvent utilisées dans .les fermes, grandes ou petites, pour l'alimentation des porcs; mais, là où cet élevage n'existe pas, il serait recommandable de les rejeter dans les fosses d'aisances.

Elles sonten général d'un très petit volume, et le contenu de ces fosses doit être très liquidepour l'épandage. Nous avons, dans ce but, prévu dans le plan de maison d'ouvrier rural que nous avons donné plus haut (fig. 103) une canalisation très courte de l'évier à la fosse d'aisances. Il est indispensable dans ce cas que ce conduit soit séparé de l'habitation parun évier ventilé (fig. 124) qui la mettraà l'abri des mauvaises odeurs. Le rejet de ces eaux, devant ou derrière la maison, toujours au même endroit par habitude, est une pratique très condamnable, car elle infecte le sous-sol et conséquemmentles nappes souterraines. Ilenestde même

Fig. 124. — Évier avec siphon ventilé.

(1) Arrêté du préfet du Rhône (30 mars 1905).

L'épandage des matières extraites des fosses d'aisances est interdit sur les cultures maraîchères dans tout le département du Rhône. Cet épandage ne pourra s'effectuer sur les autres cultures à une distance de moins de 100 mètres des maisons d'habitation ainsi que des puits ou sources d'eaux servant à l'alimentation.

des puits perdus ou boit-tout, qui doivent toujours être interdits, quelque liquide qu'on y conduise.

Les eaux de lavage, en général moins souillées, seront conduites par une canalisation au fossé qui reçoit les eaux pluviales lorsque celles-ci ne sont pas recueillies dans une citerne, et ainsi éloignées de l'habitation. On peut aussi les utiliser en irrigation, s'il se trouve à proximité une prairie, à condition que les animaux qui y paissent ne puissent venir s'en désaltérer dans les rigoles qui les reçoivent.

EAUX DE LAVOIR.— Il existe, en bien des communes de France, non situées sur le bord d'un cours d'eau, des lavoirs où les ménagères viennent laver leur linge à froid.

Les eaux qui s'écoulent de ces lavoirs peuvent, en cas d'épidémie, devenir très dangereuses. En effet, si le savon alcalin est assez antiseptique, son action est souvent de si courte durée qu'elle ne peut être efficace, et les germes infectieux souillant les linges sont répandus dans l'eau et transportés au loin. Il y a donc lieu de suspecter fortement toute eau issue d'un lavoir, et il faut veillera ce que cette eau ne puisse se mélanger aux eaux d'une source servant à l'alimentation et ne s'infiltre trop facilement dans le sous-sol, infectant ainsi les nappes aquifères.

En cas d'épidémie, il doit être interdit de laver dans un lavoir tout linge n'ayant pas séjourné au moins quelques heures dans un liquide antiseptique ou dans la lessive très alcaline. C'est une mesure analogue à celle qui a été préconisée à juste titre pour la désinfection des selles de typhiques avant le déversement dans les fosses d'aisances. Cette mesure aurait le double avantage d'éviter la contagion parmi les personnes employées au lavage et, déplus, d'empêcher la dissémination des germes pathogènes dans le sol et dans les eaux.

ORDURES MÉNAGÈRES (1). — Les ordures ménagères ne causent pas à la campagne, comme dans les villes, une gêne par suite de leur grande quantité; aussi elles ne sont jamais collectées. Il est vrai qu'on lesjette sur le- fumier quand il y en a un, ou on en fait un compost en le mélangeant avec le fumier de lapin, car il est rare de trouver une maison où on n'élève pas de lapin. Dans ce dernier cas, ce mélange est fait dans un trou creusé à même dans la terre près de la maison, c'est-à-dire à proximité du puits, et, si la fosse était étanche, il n'y aurait aucun mal ; mais, comme on se soucie peu de son étanchéité, les liquides qui imprègnent ces immondices s'infiltrent dans le sol pour atteindre la nappe d'eau souterraine.

Dans la ferme, il n'y a aucun mal à les incorporer au fumier, à condition, bien entendu, que ce fumier soit conservé, comme nous l'avons dit.

Il est aussi recommandable, s'il n'y a pas de fumier, de détruire toutes ces ordures par le feu, en les brûlant dans le loyer de lacui-

(1) Dr Berne, Revue pratique d'hygiène municipale, 1905, p. 529.

198 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIENE RURALE.

sine. Certains dispositifs, tels qu'une boîte placée contre le tuyau de fumée, permettent de les sécher, ce qui rend leur incinération plus facile. Toutes ces matières seraient ainsi brûlées ou désinfectées, et il ne resterait à enlever que les cendres ou les matières incombustibles, telles que les vieux métaux.

Lorsque l'habitation se trouve sur le bord d'un cours d'eau, toutes ces ordures y sont souvent déversées, malgré les interdictions, et, en s'y déposant plus ou moins loin de leur point de départ, suivant la vitesse du courant, vont créer des foyers d'infection par la fermentation de ces matières, dont les produits solubles souillent les eaux et les gaz, empuantissent l'atmosphère. Une autre coutume très fâcheuse est de faire servir les gouffres ou bétoires de dépotoirs de tous les immondices. Ces gouffres sont le plus souvent en communication directe avec les nappes d'eaux souterraines, et on obtient ainsi la pollution de l'eau qui sert à l'alimentation des villages plus ou moins proches (1).

Le paysan, qui semble faire si peu de cas de ces immondices, qui, bien fermentes, peuvent servir d'engrais, n'hésite pas cependant à acheter les gadoues des villes, qui, bien qu'elles peuvent avoir les mêmes qualités, ne doivent être manipulées qu'avec les plus grandes précautions.

Aussi est-il prescrit que le transport et le déchargement devra se faire autant que possible la nuit, que les dépôts dans les communes rurales seront toujours distants au moins de 200 mètres des habitations et de 100 mètres du bord des routes (2). Lorsque ces gadoues ne sont pas employées de suite, on doit les recouvrir de terre. Ces dépôts doivent être éloignés des cours d'eau, surtout si ceux-ci sont sujets à inonder les rives ; ils doivent aussi être établis sur un terrain aussi étanche que possible et dont la nappe souterraine soit bien protégée par des couches imperméables, car il a été démontré que le sol de ces dépôts est saturé de microbes jusqu'à une très grande profondeur (Kratz). Malgré toutes ces précautions .et par suite de la valeur pas bien grande de ces gadoues comme engrais, il serait à souhaiter que le cultivateur ne les achetât pas, ce qui conduirait les villes à adopter la solution la plus hygiénique, d'ailleurs établie en beaucoup de villes étrangères, qui est l'incinération (3).

PETITS ANIMAUX MORTS. PRODUITS PATHOLOGIQUES. — Les petits animaux morts de maladies ou d'accidents sont le plus souvent enterrés dans un coin du jardin ; c'est une très fâcheuse coutume, car ils peuvent être déterrés par les chiens, les rats et autres animaux, qui sont ainsi contaminés et portent partout la contagion ;ou

(1) Voy. Le Sol etl'Eau, fascicule IF du Traité d'hygiène de Brouardel, Chantemesse et Mosny.

('2) Ordonnance de police du département delà Seine, 24 décembre 1881.

(3) Voy. fascicule XV du Traité d'hygiène de Brouardel, Chantemesse et Mosny.

encore les microbes qu'ils portent peuvent être ramenés à la surface par les vers de terre, comme cela a été montré par Pasteur pour les prés maudits, oùla maladie charbonneuse sévissaità l'étatendémique.

Si l'animal est mort d'accident, d'épuisement ou d'une maladie bien reconnue non contagieuse, on peut l'utiliser pour la préparation d'engrais. Pour cela, il est dépouillé, puis découpé en quartiers et déposé dans une fosse étanche et recouvert de chaux vive. On recouvre de terre et d'un couvercle lourd pour empocher les animaux carnassiers de venir déterrer les chairs. Au bout de deux à trois mois, on sépare les os, et les débris sont additionnés de chaux éteinte et de terre ; on abandonne encore un mois, et on peut alors employer ce compost, qui n'a aucune odeur et peut fournir un très bon engrais.

Si l'animal est mort de maladie contagieuse, les précautions devront être plus grandes et la quantité de chaux vive ajoutée beaucoup plus importante ; dans ce cas surtout, il est indispensable que la fosse soit absolument étanche. Ces maladies doivent, du reste, être déclarées et, dans ce cas, les autorités prescrivent les mesures sanitaires qui peuvent être variables suivant la maladie. Il existe des petits fours crématoires (Kori, Bail, etc.) pour ces cas : il serait à désirer que chaque commune en possède un.

Nous avons ajouté à ce paragraphe les produits pathologiques, car nous voulons insister sur le danger de les répandre partout, comme cela se fait trop souvent. Ces produits, pus et exsudais, vomissements, crachats, selles, doivent être brûlés ou désinfectés avant d'être jetés dans les fosses d'aisances: cela éviterait bien des causes de contagion, si fréquentes à la campagne.

Toutes les prescriptions que nous venons d'exposer ont principalement pour but d'éviter la contamination des nappes souterraines qui alimentent en eau potable les communes rurales. Pour que ces prescriptions puissent être comprises et suivies parles paysans, il était ulile de les résumer dans un tableau clair et simple : c'est ce qu'a compris Marié Davy (1), en indiquant d'un côté ce qu'il ne faut pas faire et de l'autre ce qu'il faut faire ; nous croyons utile de reproduire le texte proposé par Marié Davy.

Fumiers.

Ce qu'il ne faut pas faire. Ce qu'il faut faire.

Le fumier ne doit pas être placé à J L'emplacement sur lequel est déposé

môme le sol, non loin du puits, contre les murs des bâtiments. Le purin ne doit pas s'écouler au ruisseau, ni surtout se répandre dans les cours.

Le sol même sur lequel repose le

le fumier doit être recouvert d'un revêtement imperméable.

Il doit être entouré d'un mur peu élevé.

Le sol doit en être légèrement

(1) Congrès international d'hygiène, Paris, 1900, et Congrès d'hygiène et de salubrité de l'habitation, Paris, n04.

ED. IMBEAUX ET E. ROLANÏS. — HYGIENE RURALE.

fumier, étant toujours en contact avec lui et avec les liquides qu'il contient, s'infecte alors graduellement, et cette infection gagne peu à peu les couches profondes et les nappes souterraines.

Les purins qui s'écoulent du fumier ruisselant de tous côtés pénètrent dans le sous-sol par toutes les crevasses et contaminent encore les nappes souterraines.

Ils forment dans les cours des flaques croupissantes et malsaines. Ils contaminent le sol des cours et, par suite, les habitations.

Parla pente du terrain, ils peuvent même atteindre l'orifice des puits et les contaminer directement.

Enfin, si les fumiers sont adossés au bâtiment, les fissures qui existent entre les terrains et les fondations offrent aux liquides une plus grande facilité pour atteindre le sous-sol.

incliné vers un trou à parois également imperméables, ou se réunissent les liquides qui s'écoulent du fumier et qui constituent la fosse à purin.

L'emplacement réservé au fumier doit être aussi éloigné que possible des puits.

Il ne doit pas être adossé aux murs des bâtiments; surtout des bâtiments d'habitation.

Il convient de couvrir le fumier soit d'une toiture de chaume laissant entre elle et le fumier un espace suffisant, ou même plus simplement avec une couche de terre placée directement à sa surface.

En opérant ainsi, le lumier et les purins ne sont plus une cause d'insalubrité, et toute leur valeur agricole leur est conservée. La terre placée comme couverture se transforme ellemême peu à peu en humus fertilisant.

Étables,

Ce qu'il ne faut pas faire.

Le sol des écuries, étables, etc., ne doit pas être en terre battue ou pavé sans jointoiement imperméable. Il ne doit pas être irrégulier et sans pente.

Les purins, en effet, y séjournent et, s'infiltrant dans le sol, atteignent les nappes souterraines ou bien ruissellent le long des murs ou dans lesruisseaux, où ils se perdent.

écuries.

Ce qu'il faut faire.

Le sol des écuries doit avoir une pente légère vers un caniveau continué à l'extérieur et rejoignant la fosse à purin.

Il doit être nivelé.

Il doit être imperméable.

Un procédé simple et peu coûteux consiste en un pavage recouvert de chaux hydraulique.

De -cette façon, les purins sont recueillis.

Ils ne sont plus une cause de contamination et viennent augmenter la valeur du fumier.

Excréments humains.

Ce qu'il ne faut pas faire.

Quand les urines et les matières fécales humaines sont recueillies dans des fosses, ces fosses ne doivent pas être creusées dans le sol sans aucun revêtement imperméable, sans souci des fissures qu'il renferme ou qui

Ce qu'il faut faire.

Lorsque la fosse est nécessaire, il convient d'en revêtir les parois d'un enduit imperméable suffisamment solide et de vérifier l'intégrité de cet enduit à chaque vidange.

Il est de beaucoup préférable, dans

peuvent s'y produire. Dans ces conditions, elles sont des foyers d'infection d'autant plus dangereux pour les nappes souterraines qu'elles sont plus profondément creusées.

Dans certains pays même, la nappe souterraine en temps de crue remonte dans les fosses, dont elle fait ainsi en quelque sorte la vidange, en s'infectant d'autant plus.

Les microbes contenus dans les excréments se répandent ainsi dans l'eau des puits et des sources, qui deviennent l'origine des maladies épidémiques.

En l'absence des fosses, les matières ne doivent pas être jetées telles quelles à la surface du fumier, surtout en cas de maladie.

Si le fumier est mal installé, ces matières augmentent les chances de contamination des sources.

Dans tous les cas, elles se dessèchent à la surface, et leurs poussières se répandent aux alentours, ainsi que les microbes qu'elles contiennent.

Quand les matières sont recueillies dans des récipients, on ne doit pas laisser ceux-ci se remplir trop complètement et en répandre ensuite dans la cave où ils sont placés ou sur le parcours.

Les récipients ne doivent pas être vidés dans des trous creusés dans le sol, non loin des habitations.

Les dangers d'infection sont alors les mêmes que pour les fosses fixes non étanches.

Les matières ne doivent pas non plus être répandues dans des jardins maraîchers en contact direct avec des plantes alimentaires.

les campagnes, de remplacer la fosse par un récipient mobile. Ce récipient est ensuite vidé dans les champs lorsqu'il est suffisamment rempli (.1).

Cet épandage doit se faire à la surface du champ et les matières mélangées avec la terre végétale, puis celleci ensemencée.

Lorsque la fosse fixe a été vidangée ou le récipient vidé, il est bon de les badigeonner avec un lait de chaux.

Eaux ménagères

Ce qu'il ne faut pas faire. Les eaux ménagères ne doivent pas

Ce qui! faut faire.

Les eaux ménagères doivent rire

(1) Nous avons fait des réserves à ce sujet page 185.

202 ED. IMBEAUX ET E. ROLAN'JS. — HYGIENE RURALE.

s'écouler directement au ruisseau ou à même le sol, ni surtout être recueillies dans un puisard.

Les dangers de contamination sont alors, en effet, les mêmes que pour les jus de fumier et pour les fosses fixes.

reçues dans un seau ou dans un autre récipient.

Elles peuvent être utilisées dans l'alimentation des porcs et des animaux de basse-cour.

Petits animaux morts, débris organiques.

Ce qu'il ne faut pas faire.

Les petits animaux morts de maladie, les déchets organiques (vomissements et autres produits de malades) ne doivent jamais être jetés tels quels sur le fumier.

Ils deviennent aussi une cause de plus de contamination et facilitent la propagation des maladies dont ils dérivent.

Abords des puits

Ce qu'il ne faut pas faire.

L'orifice des puits ne doit pas être entouré de margelles en pierre sèche.

Le sol qui les entoure ne doit pas être plat ou incliné vers le puits.

Ces dispositions facilitent en effet l'écoulement direct des liquides souillés dans le puits.

L'orifice des puits ne doit pas être ouvert, de telle sorte que les poussières et autres détritus puissent y tomber.

L'eau ne doit pas être puisée avec des récipients sales ou contaminés.

Ce qu'il faut faire.

Les petits animaux morts de maladies, les déchets organiques (vomissements et autres produits morbides), doivent être détruits parle feu, ébouillantés ou recouverts de chaux vive.

Ce qu'il faut faire.

Les margelles qui entourent ces puits doivent être en maçonnerie. Le sol qui les entoure à environ 1 mètre de distance doit être en pente légère, dirigée vers l'extérieur, et recouvert d'un pavage à joints cimentés.

L'orifice des puits doit être fermé par des volets.

Les mêmes recommandations s'appliquent aux puits, auxquels sont adaptées des pompes. L'eau sortie de l'orifice de la pompe doit avoir un écoulement assuré et ne pouvoir jamais refluer dans le puits.

Le récipient destiné à puiser de l'eau ne doit être employé qu'à cet usage et ne pas être contaminé par des objets ou des liquides impurs.

Ce qu'il ne faut pas faire.

Le bassin des sources ne doit pas être ouvert.

On ne doit pouvoir y plonger aucun objet

Sources.

Ce qu'il faut faire.

Le bassin des sources doit être fermé.

L'eau doit y être maintenue par un barrage maçonné qui ne l'en laisse

Aucun lavoir ne doit être installé j sortir que par un déversoir assurant

tout auprès de la source et au même niveau. On ne doit pas tolérer l'installation de fumiers à même le sol, de fosses fixes non étanches, etc., et, en général, de toutes installations pouvant contaminer le sous-sol en amont des sources et jusqu a une certaine distance.

une chute d'une hauteur suffisante pour prévenir le refiuement des eaux contaminées et faciliter les prises d'eau sans que les objets soient plongés dans la source même.

Les lavoirs" ne doivent être installés qu'en aval et à une certaine distance du réservoir.

Il doit être établi en amont des sources une zone de protection dans laquelle toute installation pouvant contaminer le sous-sol soit interdite.

L'étendue de cette zone est variable et ne peut être fixée qu'après un examen géologique du sol.

Considérations d'ordre économique.

Inconvénients des installations défectueuses.

Lorsque les fumiers sont placés à même le sol et les purins non recueillis, ceux-ci entraînent avec eux tous les éléments fertilisants liquides du fumier.

De grandes quantités d'azote, de potasse et d'acide phosphorique sont perdues pour la culture.

Dans les écuries, étables. etc., la perte est encore plus considérable, car les urines sont entièrement inutilisées et, de plus, elles entraînent, elles aussi, la majeure partie des substances contenues dans les matières fécales. La paille qui sert de litière et qui constitue ensuite le fumier ne contient plus^qu'une faible part de matières fertilisantes.

Enfin les déjections humaines représentent un engrais très riche en matières fertilisantes et sont le plus souvent inutilisées.

Les tableaux ci-après donneront une idée des pertes de matières fertilisantes causées par des installations défectueuses.

Avantages d'une installation salubre.

Lorsque les fumiers et les purins sont reçus dans des fosses imperméables et que les purins sont rejetés de temps en temps sur le fumier, celui-ci se concentre peu à peu; il n'y a aucune perte d'éléments utiles et, finalement, le fumier a acquis son maximum de valeur fertilisante.

Enfin, en recueillant les excréments humains dans des fosses mobiles et en les épandant dans les champs, on s'assurel'utilisation de leurs substances fertilisantes.

Les tableaux ci-dessous donneront une idée des gains obtenus par une installation rationnelle.

1° Fumiers.

1° 1 000 kilogrammes de fumier contiennent

3 kilos d'azote soluble, à 1 fr. 60, soit ifr,80

2ks,8 d'azote insoluble, à 1 fr. 60, soit 4f',50

204 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIÈNE RURALE.

L'azote soluble est entraîné entièrement parles jus du fumier.

En laissant ces jus se perdre, on a donc une perte d'azote (substance fertilisante) que l'on peut évaluer à 4 fr. 80 pour une valeur totale de 9 fr. 30, soit de la moitié de la valeur du fumier en azote.

2° Les différents animaux de ferme produisent en moyenne par an les quantités suivantes de fumier :

Bœuf 21,000 kilos.

Vache J5 000 —

Porc 3000 —

Mouton 660 —

Cheval 7 500 —

En laissant perdre les jus de fumier, on arrive donc, pour chacun de ces animaux, à une perte annuelle de :

Pour un bœuf 100 francs.

— une vache 72 —

— un porc 14fl\40

— un mouton 3fr,20

— un cheval 36 francs.

2° Écuries, étables, etc. — En laissant perdre les jus des étables, écuries, etc., on perd toutes les matières fertilisantes des urines et de ce qu'elles enlèvent aux excréments solides.

Si nous considérons seulement la perte des urines, nous arrivons aux chiffres suivants :

Cheval 2,61 p. 100 d'azote.

Vache 0,44 —

Mouton 1,31 —

Porc 0,23 —

Ce qui représente en moyenne des pertes d'azote que l'on peut estimer par an à :

Cheval 183 francs.

Vache 120 —

Bœuf 152 —

Porc 45 —

Mouton 15 —

3° Excréments humains. — Enfin les pertes de matières fertilisantes pour matières fécales et les urines humaines sont les suivantes :

Matières fécales 4,7 par 24 heures.

Urines 16,0 —

ce qui représente par an, pour l'azote seul, une perle de substance fertilisante d'une valeur de 9 francs par personne.

En appliquant ces chiffres à une petite exploitation comprenant :

1° Le fermier et sa femme;

1 2° Un garçon et une fille de ferme 3° Deux bœufs à labour ; 4° Deux vaches laitières ; Bestiaux.. { 5° Un cheval;

6o Six moutons ; '° Un porc.

nous trouvons que les pertes suivantes, résultant d'une organisation défectueuse, se répartissant ainsi :

lo Fumiers 413 francs.

2° Écuries, étables, etc 862 —

3° Excréments humains 36 —

Total 1 311 francs.

Dans ce calcul, il n'est tenu compte que de l'azote. Les chiffres seraient beaucoup plus élevés si l'on y joignait la potasse et l'acide phosphorique.

ÉPURATION DES EAUX RÉSIDUAIRES. - Nous avons vu comment on pouvait concilier les lois de l'hygiène avec les besoins de l'agriculture. Cependant, si l'utilisation de tous les déchets de la vie semble une règle naturelle, cette utilisation ne peut se faire sans présenter souvent des dangers, et il est des cas où il sera recommandable de n'y pas recourir et de n'avoir d'autre but que de rendre inoffensifs tous ces déchets.

Pour les agglomérations rurales où la plupart des habitants s'adonnent à un métier autre que la culture tel que le tissage et la mine dans le Nord, la serrurerie dans la Somme, l'horlogerie dans le Jura, etc., on pourrait proposer une organisation sanitaire plus parfaite. Il en serait de même pour les grands établissements, tels que pensionnats, sanatoria, etc.

Cette organisation sanitaire sera surtout à réaliser dans les communes rurales, à proximité des grandes villes et désirant attirer à elles l'exode des travailleurs urbains cherchant des conditions de vie moins onéreuses et plus saines.

On a vivement encouragé les petites communes rurales à établir des distributions d'eau potable, mais on a peu fait pour les égouts. Il serait cependant bien facile, croyons-nous, de créer un système même très rudimentaire d'égouts. En effet, dans l'immense majorité des cas, les villages se composent d'une simple rue, souvent grande route, de chaque côté de laquelle les maisons se trouvent plus ou moins rapprochées. Il n'y aurait donc jamais un très grand parcours à pourvoir d'un égout. Dans cet égout viendraient déboucher les canalisations d'évacuation de toutes les eaux usées des habitations; il pourrait même y être admis le tout à Tégout, pourvu que la quantité d'eau consommée par chaque habitant fût suffisante. Un lavoir placé à la partie la plus haute de l'égout y produirait périodiquement des chasses qui en entretiendraient le bon fonctionnement.

Il serait indispensable, dans ce cas, d'épurer toutes ces eaux avant leur rejet dans les cours d'eau (1) ou leur utilisation. On peut

(1) Des instructions ministérielles récentes (1PI' juin 1906) ont donné un modèle d'arrêté préfectoral contenant (art 12 l'interdiction de jeter, de déverser ou de laisser écouler, soit directement, soit indirectement, dans le lit des cours d'eau.

206 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIÈNE RURALE.

souvent le faire par épandage, irrigation des prairies, etc. Si cela n'est pas possible, l'épuration peut rester très simple et relativement peu coûteuse : on utilise pour cela les mêmes transformations effectuées parles mêmes agents que ceux qui pullulent dans la terre arable.

Épuration biologique. — Cette épuration, que Ton qualifie à juste titre d'épuration biologique, se produit en deux phases. Dans la première, les liquides sont accumulés dans une grande fosse dans laquelle des ferments, vivant de préférence à l'abri de l'air, décomposent les matières organiques en donnant des produits beaucoup plus simples et des gaz. Au sortir de ces fosses septiques, les eaux ne sont pas épurées, mais sont dans un état très favorable pour subir l'action d'autres ferments ne vivant qu'en présence de l'air qui oxyderont et minéraliseront toute la matière organique. Ces ferments pullulent très facilement sur les lits bactériens. Ces lits sont constitués d'amas de mâchefer ou scories, ou de toute autre matière présentant de nombreuses anfractuosités multipliant la surface. Si, sur ces lits bactériens, on déverse, à des intervalles plus ou moins réguliers, mais ayant au moins une certaine durée, des eaux effluant des fosses septiques, ces eaux en sortent claires, limpides et imputrescibles. Elles peuvent être rejetées impunément dans les cours d'eau, car elles ne peuvent nuire à la vie des poissons. De plus, comme elles contiennent des quantités appréciables de nitrates, indispensables à la vie des plantes, ces eaux épurées seront employées avec profit en irrigation dans les prairies, et cela sans danger, lorsque les circonstances locales permettront de le faire économiquement.

La surface demandée par une installation ainsi comprise n'est pas considérable : environ 2 mètres carrés par mètre cube d'eau traitée par jour.

Ainsi, pour une commune de 1 000 habitants rejetant environ 100 mètres cubes d'eaux résiduaires par jour, l'épuration biologique n'exigerait pas plus de 200 mètres carrés. Quant aux frais nécessités par cette installation, ils seraient très. peu importants, surtout si plusieurs communes se groupaient pour épurer les eaux résiduaires comme elles pourraient le faire avec avantage pour les distributions d'eaux potables.

Il n'est pas recommandable d'y mélanger les eaux des pluies, qui

des matières, des résidus, des liquides : 1° s'ils sont susceptibles d'occasionner des envasements ou de gêner l'écoulement des eaux ; 2° s'ils sont infects, nuisibles ou susceptibles de compromettre la salubrité publique ; 3° s'ils sont susceptibles, par leur température ou leur nature, de rendre les eaux impropres à l'alimentation des hommes et des animaux, à leur emploi aux usages domestiques, à leur utilisation pour l'agriculture ou l'industrie, ou à la conservation du poisson.

Une commission a été nommée en vue de fixer les conditions suivant lesquelles une commune pourra être autorisée à faire l'application du système du tout à l'égout.

EVACUATION DES EAUX ET RESIDUS. 13—207

amèneraient des perturbations dans la bonne marche de l'épuration, par suite d'afflux considérable d'eaux arrivant subitement et entraînant des graviers et de la terre. Ces eaux pourraient être recueillies dans des ruisseaux le long de la route, comme il en existe sur toutes les routes de grande communication. Ces eaux sont du reste très peu souillées, et il n'est nul besoin de tes épurer. Il suffirait, pour qu'elles le soient moins encore, de veiller à la propreté de la chaussée et à l'enlèvement aussi fréquent que possible des excréta abandonnés par les animaux et de tous les détritus.

De telles installations existent en Angleterre et y fonctionnent bien, lorsqu'elles ont été établies avec toutes les conditions nécessaires (1).

Il est aussi possible d'appliquer les mêmes principes à l'épuration des eauxusées des habitations isolées, bien que, dans ce cas, les dépenses d'installation relativement élevées ne les rendront applicables qu'aux habitations importantes, châteaux ou luxueuses villas.

Ces installations sont basées sur le principe du « tout à l'égout» et exigent que la consommation d'eau soit assez abondante. Elles utilisent comme fosse septique l'ancienne fosse Mouras, plus ou moins perfectionnée, dans laquelle se rendent toutes les eaux de la maison en même temps que celles des water-closets. Comme la construction d'une fosse en maçonnerie exige les plus grands soins, ce qui est difficile à obtenir, pour être étanche, on a beaucoup préconisé l'emploi du fer, qui donne toute garantie qu'aucune parcelle de liquide ne puisse s'infiltrer et polluer les eaux souterraines. Quoi qu'il en soit, le plus souvent ces fosses sont à deux compartiments communiquant soit par un tuyau en U renversé, comme dans la figure 1 19, soitpar une série d'ouvertures dans la cloison médiane. Le premier compartiment reçoit les matières et les eaux ; par les fermentations qui s'y établissent, les corps solides se dissolvent peu à peu, et le liquide qui en sort ne contient plus que des substances dissoutes plus ou moins dégradées, les matières azotées étant à un état voisin de l'ammoniaque. C'est ce qu'on a appelé le système diviseur, car il y a séparation de toutes les matières en suspension.

Les liquides qui sortent de ces fosses, très dilués d'ailleurs pour le bon fonctionnement du système, sont cependant encore très offensifs et putrescibles. Ce procédé est quelquefois accepté, faute de mieux, dans certaines villes comme Bordeaux, dont les égouts sont à faible pente et ne peuvent recevoir de matières solides, qui s'y accumuleraient, et qui possèdent une évacuation facile par un grand fleuve proche de la mer et d'un grand débit; mais il ne peut l'être dans

(1) Pour plus de détails sur la construction des fosses septiques et lits bactériens, voy. : Recherches sur l'épuration biologique et chimique des eaux dégoûts, par le Dr Calmette, avec la collaboration de E. Rolants, E. Boullanger, F. Constant et L. Massol, Paris, Masson, 1905 et 1907.

ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS.

HYGIENE RURALE

les communes rurales, là où les égouts n'existent pas et où l'évacuation est très difficile.

Aussi a-t-on pensé à l'épuration, qui ne peut être obtenue, pour un volume réduit et inconstant, que parl'épandage ou par les méthodes biologiques dont nous avons déjà parlé.

Cette épuration peut se faire par épandage, et J. Quinn(l) en donne

ga0MÛaM=c

oto*

Fig. 125. — Dispositif de tout à l'égout avec évacuation souterraine pour habitation isolée, d'après Quinn.

une description schématique (fig. 125). Le conduit E amène tous les liquidesdansla fosse A, dont le trop-plein passe par le tuyau F, qui se trouve à une certaine distance du fond et est muni, à sa partie inférieure, dune crépine, pour tomber dans le deuxième compartiment B. Ce compartiment est muni d'une valve C qui s'ouvre automatiquement lorsque le liquide atteint une certaine hauteur. Le liquide

(1) Sanitary Record, 29 juin 1905.

s'écoule alors dans des drains G placés un peu au-dessous du niveau du sol. Dans le deuxième compartiment se trouve une ouverture D laissant entrer Pair frais qui ventile les fosses et le conduit E qui est prolongé jusqu'au faîte de la maison (1). Il va sans dire que les water-closets, les éviers et les vidoirs sont séparés de ce conduit par des siphons. Bien que le drainage au-dessous du niveau du sol évite, s'il est suffisamment profond, la souillure directe des légumes ou des fruits qui sont cultivés sur les terrains irrigués, nous pensons qu'une telle installation n'est recommandableque sous des conditions bien déterminées. D'abord la quantité d'eau de dilution des matières fécales sera suffisante ; ensuite les afflux d'eaux ne seront pas considérables à certaines heures et surtout répétés trop fréquemment; par suite, le volume de la fosse sera suffisant. De plus, tous les sols ne peuvent se prêter à cette épandage ; il faut que ces sols soient suffisamment poreux et aérés, et, si cela est, combien la contamination des eaux souterraines est à craindre! Il est vrai qu'à ce dernier inconvénient on pourrait remédier par l'établissement d'un second drainage placé à une certaine distance au-dessous du premier. En résumé, ce système semble peu applicable dans la généralité des cas.

Au contraire, l'épuration, comprise comme nous l'avons indiqué sommairement plus haut, avec l'emploi de lits bactériens, pourrait, si on se met dans les conditions requises, donner de bons résultats. Pour cela, la fosse Mouras plus ou moins améliorée déversera les eaux dans un bassin d'attente permettant de régulariser autant que possible le débit de l'eau qui alimentera alors un bac avec siphon de chasse déversant par intermittence le contenu du bac sur les lits bactériens. Ces lits, formés de mâchefer ou d'une autre matière poreuse analogue, mesureront soit 1 mètre carré de surface avec 2 mètres de hauteur, soit 2 mètres carrés de surface sur 1 mètre de hauteur pour traiter 1 mètre cube d'eau.

Lorsque l'installation des divers appareils aura été bien comprise, l'eau en sortira imputrescible et chargée de nitrates. Elle sera alors avantageusement utilisée pour irriguer une petite prairie aux environs. Cette dernière filtration au travers du sol la dépouillera des microbes qui auront accompli toutes les transformations de désintégration et d'oxydation, et l'eau pourra impunément gagner les nappes profondes.

On ne devra pas y introduire les eaux pluviales, qui, parleur afflux considérable à certaines saisons, viendraient troubler les fermentations.

Epandage. Irrigation cnlturalc des eaux d'cgout. — Bien que l'épuration par le sol de masses d'eaux d'égouts considé-

(1) Une disposition analogue a été proposée par S. Périsse. Revue d'hygiène, 1906, p. 529.

Traité d'hygiène. XIII. — 14

210 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIENE RURALE.

râbles intéresse principalement l'assainissement des villes et que cette question soit étudiée à sa place dans ce traité, elle intéresse aussi au plus haut point l'hygiène des campagnes, et nous devons au moins en signaler les dangers (1).

Ces dangers sont les mêmes que ceux que nous avons signalés pour l'épandage des excretahumainsetanimaux, c'est-à-dire principalement la contamination des nappes souterraines et celle des légumes consommés crus qui ont été cultivés sur les terrains irrigués. En effet, sur les terrains argilo-calcaires, l'irrigation ménagée peut donner des résultats satisfaisants tant pour l'épuration que pour l'utilisation par les plantes des matières organiques de l'eau, mais il n'en est pas toujours ainsi. Un sol trop perméable se laisse traverser trop rapidement par l'eau d'égout, et celle-ci ne se purifie qu'insuffisamment; un autre, au contraire, est trop compact et reste humide et marécageux; il faut craindre les terrains calcaires semés de crevasses et de fissures par lesquelles l'eau d'égout non épurée s'échappe au loin.

Nous devons signaler aussi que les fermiers ne peuvent tirer un avantage de cette utilisation que si on les laisse libres de faire l'irrigation seulement quand les cultures le permettent, et pour certaines cultures seulement.

Ce danger des irrigations a été reconnu par Percy-Frankland, qui en était jadis un enthousiaste partisan, dans une conférence lue à la Société des Arts de Londres, le 13 mars 1884 ; « Il y a de fortes raisons de penser que ce procédé d'épuration n'offre aucune garantie, que les matières organiques nuisibles soient sûrement éliminées de l'effluent; à Stuttgard et à Wintherthur (Suisse), il a été prouvé que des épidémies de fièvre typhoïde ont été causées par la contamination des eaux alimentaires par l'effluent des champs d'irrigation. »

Il est du reste une preuve que l'irrigation des eaux d'égouts peut donner lieu à des accidents graves dans le fait que, dans ses domaines de Mery-Pierrelaye et de Carrières-Triel, la ville de Paris s'est vue obligée de fournir de l'eau potable aux nombreuses communes intéressées.

Nous passons sur l'objection tirée des odeurs que dégagent les terrains d'épandage: ces odeurs, quoique désagréables, ne jouent aucun rôle dans la propagation des maladies.

Il a été démontré que les insectes, qui pullulent l'été dans les canaux de distribution à ciel ouvert de l'eau d'égout, peuvent transporter à de grandes distances, avec leurs pattes, non seulement des germes infectieux, comme le bacille typhique, le bacille tuberculeux, le vibrion cholérique., etc, mais encore des œufs de trichocéphales, de taenias et d'oxyures.

(1) Dr Calmette, Épuration biologique et épandage agricole Revue, d'hygiène. 1906, p. 459. — Voy. fascicule XV du Traité d'hygiène de Brouardei,, ChakTemesse et Mosny.

EVACUATION DES EAUX ET RESIDUS. 13-211

Quant au danger de l'absorption à l'état cru des légumes cultivés dans l'eau d'égout, nous rappelons les expériences de Wurtz et Bourges, que nous avons citées plus haut et qui concluent que, « au point de vue pratique, bien que, dans les champs d'épandage, les eaux d'égout ne soient pas, théoriquement du moins, répandues en nappes à la surface des terres cultivées, mais les baignent en s'écoulant le long des canaux d'irrigation, il semble qu'il y a lieu de mettre en suspicion les végétaux qui doivent se consommer à l'état cru et d'en interdire la culture, car ils peuvent être contaminés par les eaux d'égout chargées de matières fécales contenant fréquemment des microbes pathogènes pour l'homme ».

Nous pouvons conclure que, dans toute commune rurale, l'administration municipale devra, avant d'autoriser l'irrigation des eaux d'égout des villes, se livrer à une étude sérieuse des terrains destinés à cette irrigation et interdire sur ces terrains la culture de légumes ou de fruits qui doivent être consommés à l'état cru.

Irrigation et épuration biologique des eaux résiduaires industrielles. — Toutes les industries agricoles, brasseries, distilleries, féculeries, amidonneries, sucreries et laiteries, figurent dans la liste des établissements classés à cause de la pollution que peut produire dans les cours d'eau le rejet de leurs eaux résiduaires. Ces eaux, contenant une assez grande quantité de matières organiques végétales, sont très rapidement peuplées par une foule de germes microbiens, qui y développent une infection désagréable par ses odeurs et nuisible par son action nocive sur les poissons. L'épuration de telles eaux peut se faire soit par l'irrigation, culturale ou non, soit parles procédés biologiques. Nous allons étudier pour chacune d'elles les avantages et inconvénients de chacune de ces méthodes, variables avec chaque industrie.

Distilleries agricoles. — Les distilleries agricoles fabriquent l'alcool par la fermentation du sucre des betteraves ou des mélasses, ou de l'amidon des céréales. Les distilleries de grains vendent facilement aux cultivateurs les drêches et vinasses de leur fabrication, qui, très nutritives, servent de base à l'alimentation du bétail : elles ne rejettent donc qu'un très petit volume d'eau de lavage de l'usine, volume si faible qu'il ne peut causer de dommage. Il en est de même des distilleries de mélasses pour une autre raison : dans ces usines, les vinasses, résidu de la distillation, sont évaporées et calcinées pour en extraire la potasse.

Seules les distilleries de betteraves (1) ont à rejeter leurs vinasses. Ces vinasses, résidu de la distillation des jus de betteraves fermentes, contiennent trop peu de matières nutritives pour être utilisées pour l'alimentation des bestiaux ; de plus, elles sont toujours fortement

(1) E. Rolants, Épuration biologique des vinasses de distilleries de betteraves. Bévue d'hygiène, mai 1906.

212 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIÈNE RURALE.

acidifiées par l'acide sulfurique et les acides organiques de la betterave. Cependant elles renferment des quantités appréciables d'azote, d'acide phosphorique et de potasse, qui leur donnent une valeur comme engrais.

Leur composition est très variable, suivant la qualité des betteraves traitées et le procédé de fabrication employé : aussi les nombres donnés par les auteurs sont-ils très différents. Ainsi elles contiennent par hectolitre :

D'après Hanicotte. D'après Ch. Girard.

Azote 36 grammes. 90 grammes.

Potasse 528 — 150 —

Acide phosphorique 130 — 20 —

Il est donc naturel que Ton ait pensé à utiliser ces vinasses pour l'irrigation, et c'est ce qui se pratique pour la plupart des distilleries.

Dans un rapport à M. le ministre de l'Agriculture, M. le D1 Calmette, président de la sixième section du Comité des études scientifiques, sur les procédés les plus recommandables pour l'utilisation des vinasses de distilleries de betteraves, conclut, après enquête auprès de tous les distillateurs de betteraves de France, de la façon suivante :

« Les vinasses résiduaires des distilleries de betteraves représentent un engrais d'une très grande richesse relative en azote, potasse et acide phosphorique, que la culture a le plus grand intérêt à utiliser en épandage, où elle peut le faire économiquement. L'irrigation doit être faite avec des vinasses diluées d'au moins deux parties d'eaux de lavage. Il est avantageux de laisser décanter et fermenter les vinasses diluées dans une fosse de décantation au moins quarante-huit heures avant d'en opérer le transfert aux champs de culture.

Dans la majorité des cas, il semble que les terres propices à l'épandage peuvent recevoir en cent jours, durée moyenne de chaque campagne de fabrication, environ 10 000 hectolitres par hectare. Mais il convient d'observer que ce chiffre ne représente qu'une approximation se rapportant aux terrains 1res perméables argilocalcaires ou terres franches. Sur les sols argileux ou silico-argileux, il ne peut guère s'élever au-dessus de 3 à 4 000 hectolitres par hectare.

La plupart des distilleries indiquent que l'utilisation des vinasses en irrigation permet à la culture d'économiser de 20 à 40000 kilogrammes de fumier de ferme par hectare et par an, suivant la nature des terrains. Les cultures qui s'accommodent le mieux de cet engrais sont, en premier lieu, les betteraves, puis les pommes de terre, le tabac et enfin le maïs fourrager et les prairies. Mais, quelle que soil la culture adoptée, il n'est jamais recommandable d'irriguer les mêmes sols deux années de suite. Le etour de la vinasse sur les

EVACUATION DES EAUX ET RESIDUS. 13—213

mêmes terres, malgré un assolement régulier, amène très vite soit la diminution des coefficients de pureté des jus de betteraves, soit la verse des céréales, soit le développement intense des plantes acides (rumex, oseille sauvage, etc.). On doit donc s'efforcer de n'irriguer sur un même champ que tous les trois ans environ. »

Ces conditions pour une bonne utilisation des vinasses peuvent être souvent facilement remplies par des distilleries agricoles situées à proximité des terres qui leur fournissent les betteraves ; mais, pour les distilleries industrielles, le problème est plus difficile à résoudre.

En effet, une usine d'une certaine importance, travaillant 2*25 tonnes de betteraves par jour, doit évacuer pendant le même temps environ 400 mètres cubes de vinasse. La durée de la campagne étant de quatre-vingts à cent jours, on a donc à pourvoir à l'évacuation de 32 000 >à 40 000 mètres cubes. L'irrigation ne devant se faire que tous les trois ans au plus et dans les meilleures conditions de terrains, à raison de 1 000 mètres cubes par hectare et par an, on [voit que cette irrigation nécessite de 96 à 120 hectares de terres, qui, pour éviter des frais assez considérables de canalisation, doivent se trouver à proximité de l'usine. Par suite de l'accroissement des agglomérations, les terres faciles à irriguer sont souvent difficiles à trouver; aussi certains distillateurs doivent-ils se résoudre à évacuer leurs vinasses soit dans des puits perdus, soit dans les cours d'eau. Le déversement dans les cours d'eau étant interdit, il y avait lieu de chercher les moyens propres à obtenir une épuration suffisante pour que l'interdiction soit levée.

Les vinasses de distilleries de betteraves renferment tous les produits plus ou moins solubles de la betterave, sauf le sucre qui a fermenté. Certaines de ces matières solubles sont coagulées pendant la fermentation ou pendant la distillation. De plus, il y a toujours, par tous les procédés d'extraction des jus de betteraves, entraînement de pulpes folles. Enfin les vinasses contiennent les levures qui ont opéré la fermentation. Il y a donc une proportion de matières en suspension assez importante, d'autant plus à considérer que ces matières se déposent assez difficilement et qu'après vingt-quatre heures elles occupent environ le cinquième du volume.

Pour réaliser l'épuration des vinasses, il faut séparer les matières en suspension et. éliminer la presque totalité des matières en solution.

La précipitation chimique résout bien la première partie du problème; mais, pour la seconde, elle est de peu d'efficacité. La chaux, précipitant le meilleur et le plus économique, ajoutée aux vinasses en léger excès, donne un liquide qui filtre limpide, mais qui est encore très putrescible, car l'alcalinité même a redissous une partie des composés azotés qui s'étaient précipités en solution acide pendant la distillation.

214 ED. IMBEAUX ET E. ROLANTS. — HYGIENE RURALE.

Il faut donc donner la préférence aux procédés biologiques, mais ici encore, si on veut traiter les vinasses aussitôt leur sortie de l'usine, il est indispensable d'en séparer toutes les matières en suspension, car ces matières ne tarderaient pas à colmater les litsbactériens et empêcheraient l'accès de l'air, qui doit fournir aux ferments l'oxygène dont ils ont besoin pour oxyder la matière organique.

La précipitation par la chaux est trop coûteuse et exige un matériel important. Il est préférable de laisser simplement décanter et fermenter ces vinasses dans de grandes fosses. Mais l'effluent de ces fosses est tellement chargé en matières organiques qu'il est indispensable de les diluer au moins de quatre fois leur volume d'eau de lavage. La dilution est alors déversée à intervalles réguliers sur des lits bactériens, où il se produit une oxydation et par suite une. épuration suffisante pour que l'effluent puisse être rejeté dans les cours d'eau (1).

Brasseries. — Les brasseries de campagne, étant en général peu importantes, ont un volume d'eaux résiduaires très faible à évacuer. Ces eaux résiduaires consistent en eaux de lavage des tonneaux et de l'établissement; elles sont en général acides et peuvent être irriguées à condition que le volume d'eau employé sera très minime par hectare. L'épuration biologique ne pourra se conduire comme pour les vinasses de distilleries de betteraves; car, si on conserve ces eaux chargées en hydrates de carbone et pauvres en matières azotées, elles subissent des fermentations acides, parmi lesquelles s'établit la fermentation butyrique, qui empêche complètement l'oxydation sur les lits bactériens. Il sera donc, dans ce cas, indispensable de neutraliser les eaux par la chaux et de les conduire aussitôt décantées sur les lits bactériens.

Féculeries. — Les eaux résiduaires de féculeries (2) sont de deux sortes :

1° Les eaux de lavage des tubercules. — Ces eaux ne contiennent que de la terre en suspension. Une bonne décantation les en débarrasse ; il n'est donc pas indispensable de les épurer ;

2° Les eaux de lavage de la pulpe et de la fécule. — Ces eaux, abandonnées à elles-mêmes, se colorent de plus en plus par suite de l'action des diastases oxydantes du tubercule sur la tyrosine qu'il renferme ; puis elles deviennent la proie de nombreux microorganismes, qui les rendent putrides en dégageant des odeurs nauséabondes. De telles eaux sont très nocives pour les poissons; auss1 est-il interdit de les rejeter dans les cours d'eau, sans leur avoir fait subir au préalable une épuration.

(1) Les détails d'installation sont décrits avec plan dans le travail cité.

(2) E. Rolants, Épuration biologique des eaux résiduaires de féculerie. Revue d'hygiène, février 1906.

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Ces eaux, contenant tous les principes solubles de la pomme de terre, sont un milieu d'élection pour les microbes, milieu qui a du reste été employé en bactériologie (milieu d'Elsner pour l'isolement des bacilles coli et typhique). Leur composition moyenne, rapportée à 100 kilogrammes de tubercules, est la suivante :

Saccharose ' lks,2

Matières azotées 1 ks,3

— non azotées 0ks,5

— minérales lks,4

On admet qu'on emploie environ en eau cinq fois le poids de tubercules travaillés : soit 1 mètre cube d'eau résiduaire pour 200 kilogrammes de pommes de terre, eau de lavage des pulpes et de la fécule seule.

L'utilisation agricole de ces eaux riches en matières azotées peut donner de 1 ons résultats, si on observe les règles qui ont été énumérées plus haut pour l'irrigation des vinasses de distillerie de betteraves.

L'épuration de ces eaux par les procédés biologiques peut être réalisée d'une façon très simple. Ces eaux, ne contenant que très peu de matières en suspension (par suite de la valeur que les drêches présentent pour le fabricant), peuvent être traitées directement sur lits bactériens aérobies. La fermentation anaérobie en fosse septique ne présente aucun avantage pour l'épuration aérobie subséquente, par suite de la facile décomposition de la matière organique, et elle a, en revanche, l'inconvénient grave de dégager des odeurs désagréables. Comme ces eaux sont très riches en matières organiques putrescibles, il est indispensable de les diluer. Cette dilution, d'après les expériences de l'un de nous, devra être de 1 partie d'eau résiduaire pour 3 parties d'eau de rivière ou de forage. Peut-être la pratique industrielle permettra-t-elle de diminuer le taux de cette dilution; mais il est recommandable de prendre, au début, ces indications pour base. Ces eaux diluées seront donc déversées par un distributeur sur des lits bactériens percolateurs établis avec 2 mètres de hauteur de mâchefer et d'une surface calculée de manière à traiter J mètre cube d'eau diluée par mètre carré de surface.

Sucreries. — Les eaux résiduaires de sucreries (1) se composent des eaux de lavage des betteraves, des transporteurs hydrauliques et des presses. Celles qui proviennent de ces dernières sont un mélange des eaux exprimées des cossettes épuisées, avec toutes les eaux sales produites à la diffusion (eaux de chasse, de la fosse à cossettes, etc.).

Les eaux des lavoirs et des transporteurs sont surtout chargées de

(1) Calmette, loc. cit., 1907, p. 235. Rolants, Épuration biologique des eaux résiduaires de sucrerie. Bévue d'hygiène, novembre 190 i.

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terre ; si l'on pouvait les rejeter immédiatement après décantation, il n'en résulterait aucun danger de contamination, car elles dissolvent très peu de matières organiques pendant l'emploi ; ce n'est que lorsque Ton travaille des betteraves avariées ou gelées que Ton y observe la présence du sucre en proportion notable. Malheureusement, le grand volume nécessaire oblige à les réemployer après décantation, lorsque l'usine est dans une région pauvre en eau. Alors les masses d'eau qui font, pendant toute une campagne, la navette entre l'usine et les bassins de décantation, se souillent de plus en plus par les produits solubles des fermentations des débris végétaux entraînés dans les boues : l'eau devient acide au bout de quelque temps, et l'analyse y décèle les acides butyrique et acétique. Cependant la concentration des eaux de lavage, même en tin de campagne, est loin d'atteindre celle des eaux de presses.

Ces dernières sont de véritables résidus inutilisables, que l'usine doit évacuer. Elles sont très chargées de matières organiques hydrocarbonées, dont le sucre forme à peu près la moitié, et de débris végétaux solides, pulpes folles et fragments de cellules. Les matières azotées en sont presque absentes ; les sels minéraux sont les mêmes que dans l'eau courante.

La composition est variable ; on trouve par litre :

Matières organiques dissoutes (par la perte au

rouge) 4 à 6 gr.

Matières minérales 1 à 2 —

Saccharose 2 à 3Sr,5

Azote total 0er,02 à 0sr,03

Azote ammoniacal 0Sr,OO2 à Off',007

Matières en suspension 5 à 20 gr. et plus.

Celte eau fraîche a une réaction neutre et l'odeur caractéristique de la betterave. Elle ne tarde pas à fermenter avec production d'acides acétique et butyrique faciles à déterminer à l'odeur; cette fermentation se déclare très rapidement dans tous les produits de diffusion par l'apport, par la betterave, des ferments butyriques de la terre, et même dans les rivières où ils sont déversés et dont ils polluent les eaux et rendent impossible la vie des poissons.

Les systèmes d'épuration basés sur l'emploi des réactifs chimiques, tels que la chaux, les sulfates ferreux ou ferrique, le sulfate d'alumine, etc., précipitent les matières pectiques et entraînent la plus grande partie des matières en suspension ; mais ils présentent tous le grave inconvénient de laisser intactes les substances organiques dissoutes, telles que le sucre, aux dépens desquelles les microbes pullulent avec rapidité et -rendent ces eaux aussi nuisibles qu'avant leur traitement.

L'irrigation agricole est d'une efficacité incontestablement plus parfaite, mais ne [peut être le plus souvent appliquée, soit que les terres suffisamment perméables font défaut, soit parce qu'elle

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nécessite des surfaces beaucoup plus considérables que celles dont on dispose d'ordinaire à proximité des fabriques de sucre. En effet, les terrains cultivés et même les sols en jachères ne peuvent guère absorber et épurer convenablement plus de 10 mètres cubes d'eaux de presses et de diffusion par hectare et par jour. Une usine de moyenne importance, produisant quotidiennement 500 mètres cubes d'eaux de presses et de diffusion, devra donc affecter 50 hectares à l'irrigation continue pendant toute la campagne, et il lui faudrait trouver, en outre, d'autres espaces pour décanter ses eaux de lavage de betteraves, dont le volume atteint environ 10000 mètres cubes par 1 000 tonnes de betteraves mises en œuvre. Il faut enfin ajouter que la culture ne peut retirer aucun profit de l'irrigation de ces eaux, qui ne contiennent aucun principe fertilisant.

Des essais d'épuration biologique de ces eaux ont été effectués en 1900 à Wendessen (Allemagne du Nord), sous la direction du professeur Dunbar et, de 1901 à 1903, à la sucrerie de Pont-d'Ardres (Pasde-Calais), sous celle du D1" Calmette. Les résultats ont été satisfaisants, et, sur la demande du syndicat des fabricants de sucre* E. Saillard, directeur du laboratoire du syndicat, adressé le plan et le mode de fonctionnement du système à adopter, que nous allons résumer brièvement (1).

Les eaux de presses (débarrassées des pulpes folles par des épulpeurs et les eaux de diffusion) sont mélangées à un volume égal d'eau décantée de lavage des betteraves. Cette dilution traverse des grilles qui arrêtent les dernières pulpes folles, afin d'éviter le colmatage rapide <les lits. Les eaux se rendent ensuite dans des bacs munis de siphons à amorçage lent et à décharge rapide. Elles sont distribuées sur le lit bactérien de 2 mètres de hauteur au moyen de rigoles creusées à même dans les scories ou même formées de pannes faîtières renversées mises bout à bout. Il faut environ 1 mètre carré de lit bactérien unique par mètre cube d'eau à traiter.

Bien que le procédé soit probablement susceptible de perfectionnements que l'usage montrera, tous ceux qui l'ont expérimenté reconnaissent qu'il donne, lorsqu'il marche normalement, des eaux suffisamment épurées pour pouvoir être écoulées dans les cours d'eau.

Amidonneries. — L'amidonnerie (2) était considérée autrefois comme une industrie très insalubre. Il est vrai que le procédé alors employé était très défectueux. On opérait la séparation de l'amidon en faisant fermenter le gluten, qui devenait la proie d'une foule d'organismes produisant d'abord des acides (acétique, lactique, butyrique, etc.), puis des gaz infects (hydrogène sulfuré, ammo-

(1) Pour les détails, se reporter à l'ouvrage du D1' Calmette déjà cité.

(2) E. Rolants, Épuration biologique des eaux résidu aires d'amidonnerie. llevuc d'hygiène, février 1905.

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niaque, etc.). Cette putréfaction, qui durait de vingt à trente jours, dégageait des odeurs telles que le décret de 1810 plaça les amidonneries dans la première classe des établissements insalubres. — Ce procédé, qui avait du reste le grave inconvénient de perdre la plus grande partie d'un composé éminemment nutritif, le gluten, a été remplacé par d'autres permettant une extraction mécanique rapide et inodore de l'amidon.

Les procédés modernes sont ou exclusivement mécaniques pour l'amidon de blé, permettant de récupérer le gluten d'une grande valeur commerciale, ou chimique pour les amidons de maïs et de riz, le gluten de ces derniers grains ne pouvant être séparé de l'amidon par action mécanique. Les fabriques d'amidon de blé ayant le pins grand intérêt à ne rien perdre des grains qu'elles travaillent n'évacuent en général que des eaux très peu polluées. Il n'en est pas de même des fabriques d'amidon de maïs, qui par ce fait sont placées dans la deuxième classe des établissements insalubres.

Pour retirer l'amidon du maïs, on fait tremper les grains dans une eau contenant soit de la soude, soit de l'acide sulfureux (souvent à l'état de bisulfite de soude), pendant un certain temps à une température convenable. Le grain écrasé entre deux cylindres laisse échapper l'amidon dont on le sépare par tamisage. L'amidon est lavé abondamment, mis à déposer, puis séché. Les drèches pressées servent à l'alimentation des bestiaux.

On doit donc évacuer de l'usine les eaux de trempage, de lavage et de pressage des drêches, soit quinze à vingt fois le poids du grain mis en œuvre. Ces eaux contiennent en suspension une très petite quantité d'amidon qui a échappé aux bacs de dépôt et un peu de drêches. Elles contiennent aussi en solution les substances solubles du grain ainsi que celles produites par l'action des produits chimiques employés sur les éléments du grain, et en particulier sur les éléments azotés. Tous ces composés solubles sont éminemment putrescibles et ne tardent pas à devenir la proie des ferments ; cependant, dans le procédé à l'acide sulfureux, la petite quantité -de cet acide qui reste encore dans les eaux (8 à 12 milligrammes par litre) est suffisante pour retarder la putréfaction qui ne s'effectue pas dans l'usine, mais s'opère dans les cours d'eau où elles sont déversées, immédiatement aussitôt que l'acidité est neutralisée. Le déversement de ces eaux peut causer de tels dommages dans les rivières poissonneuses qu'une usine installée sur le canal de Bourbourg (Nord) a dû arrêter son travail.

Le Conseil d'hygiène du Nord a été appelé à deux reprises à donner son avis sur les conditions à exiger des industriels demandant l'autorisation d'établir une amidonnerie. M. Meurein puis M. Delezenne demandèrent dans leurs rapports que les eaux soient reçues alternativement dans deux bassins, où elles seraient traitées par un lait

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de chaux, de façon qu'après mélange et repos suffisant les eaux s'écoulent limpides, inodores et légèrement alcalines. Les boues seraient enlevées aussi souvent que cela serait nécessaire, mises à égoutter et employées comme engrais.

L'épuration ainsi obtenue est déjà appréciable, mais elle n'est pas appliquée; au contraire, certains industriels additionnent même, paraît-il, les eaux d'acide dans le but de pouvoir les laisser reposer quelque temps dans leur usine sans putréfaction, de façon à en retirer les drêches entraînées qu'ils mélangent aux résidus de leur fabrication.

Ces eaux ont comme composition moyenne par litre :

Matières organiques (perte au rouge) .... 0sr,6415

Carbone organique en CO2 0sr,634

Ammoniaque 0sr,0025

Azote organique 0Sr,034

Elles sont donc riches en matières hydrocarbonées, c'est ce qui explique qu'elles subissent rapidement la fermentation butyrique. Elles contiennent aussi des drêches en quantité variable.

Il est évident a priori que ces eaux peuvent servir utilement à l'irrigation; mais les usines ont à évacuer un tel volume d'eau pendant toute l'année que ce procédé n'est pas possible pratiquement.

Les essais d'épuration biologique tentés par un de nous à Haubourdin (Nord) ont donné de bons résultats et précisé les conditions d'installation. Il est indispensable tout d'abord de retenir les drêches qui viendraient colmater la surface des lits bactériens; mais on ne peut songer à la décantation et à la solubilisation en fosse septique, caria fermentation butyrique qui s'y déclare rend impossible l'oxydation et par suite l'épuration. Le seul moyen pratique est de précipiter les eaux par la chaux en très petite quantité, 08r,20 environ par litre. Après décantation, qui se fait très rapidement, les eaux sont distribuées sur des lits bactériens construits comme nous l'avons indiqué plus haut. L'effluent de ces lits est limpide, inodore et imputrescible; il peut donc être rejeté sans danger dans les cours d'eau.

Laiteries. — L'évacuation des eaux de laiterie est peu à considérer pour les petites fermes, où elles vont se mélanger à toutes les eaux de lavage et les eaux ménagères. Il n'en est pas de même pour les laiteries coopératives, véritables industries qui ont à rejeter des volumes assez importants d'eaux de lavage de tous les appareils, et nous avons vu combien ce lavage était indispensable pour assurer la bonne conservation du beurre. En effet, quoique le lait soit complètement utilisé, beurre, caséine pour la fabrication des fromages ou son séchage seul, sérum pour la nourriture des porcs, on peut évaluer qu'une laiterie bien conduite produit environ, en eaux résiduaires,.

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un volume égal à celui du lait traité, et une laiterie de moyenne importance travaille 3 000 litres de lait par jour.

Ces eaux sont de composition assez variable suivant les soins donnés à la fabrication. Elles contiennent principalement du lait, du beurre et du carbonate de soude employé pour le lavage, avec les détritus enlevés des parquets. Elles sont très rapidement la proie des microorganismes et deviennent le siège de fermentations putrides à odeurs nauséabondes : aussi est-il indispensable de les éloigner le plus rapidement possible.

L'épuration de ces eaux peut se faire par les procédés chimiques, par Tirrigation et par les procédés biologiques.

Parmi les réactifs chimiques, la chaux ne pouvant être employée, car elle dégage des odeurs désagréables de triméthylamine, on a proposé la lessive de manganèse et le sulfate ferrique. Les précipités obtenus par l'emploi de ces composés entraînent la caséine et la matière grasse, mais ils laissent en solution la lactose et, de plus, ne se rendent pas toujours au fond des bassins, rendant ainsi la décantation assez difficile. Hamilton (1) préconise la fermentation rapide de la lactose, puis la neutralisation de l'acide lactique produit par la chaux et la précipitation par la chaux. Tous ces précipités peuvent être employés comme engrais.

L'irrigation a aussi été recommandée de façon à utiliser les matières azotées contenues dans ces eaux. Appliquée d'une façon rationnelle, elle peut donner de bons résultats ; mais cette application est difficile. La fabrication du beurre n'est pas, comme la plupart de celles que nous venons d'étudier, intermittente, limitée à quelques mois, pendant lesquels, du reste, les terres ne portent pas de cultures ; au contraire, elle dure toute Tannée, et, comme le taux d'irrigation par hectare doit être très faible par suite de la présence dans ces eaux de matières grasses, résistant longtemps à la destruction et colmatant la surface de la terre, il est souvent difficile ou trop coûteux de trouver les terrains suffisants toujours aptes à recevoir l'évacuation quotidienne.

L'épuration biologique a été expérimentée par Kattein et Schoofs (2) à l'Institut d'hygiène de Hambourg. Ces auteurs ont reconnu que l'oxydation produite dans des lits bactériens à percolation au taux de un tiers de mètre cube par mètre carré sur une hauteur de mâchefer de lm,20 est suffisante pour que les eaux qui ont traversé les lits s'en écoulent claires et imputrescibles. La matière grasse est presque complètement éliminée. Nous pensons qu'il serait possible d'obtenir de meilleurs résultats encore en opérant sur les liquides ayant séjourné en fosse septique, qui éliminerait la plus

(1) Hernie générale du lait, 1902-1903, t. II, p. 190.

(2) Milch. Zeitung, 1903, nos 7 et 8. — Schoofs, Revue générale du lait, 1901-1902, t. I, p. 313 et 344.

grande partie des matières grasses qu'il est indispensable de ne pas admettre sur les lits bactériens, car il est démontré qu'elles s'y oxydent très lentement (1) et, par suite, peuvent produire un colmatage tel que les ferments oxydants de la lactose et des matières azotées ne puissent y vivre.

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