BRIQUETERIES, FOURS A CHAUX, FOURS A PLATRE
La fabrication de la chaux, du plâtre H des briques donne lieu à des dégagements de gaz et vapeurs acides qui non seulement nuisent à la végétation, mais encore peuvent faire courir des dangers réels à la santé des habitants du voisinage; il faut y ajouter les craintes d'incendies (2). Nous n'envisageons ici que l'hygiène générale, les accidents ou affections professionnels étant traités avec l'hygiène industrielle (3).
Les fours à chaux et à plaire sont placés dans la deuxième classe lorsqu'ils sont permanents et dans la troisième classe lorsqu'ils ne fonctionnent qu'un mois par an. Ils doivent toujours être établis loin des habitations et des routes fréquentées, et les prescriptions imposées aux briquetiers dans le département du Nord leur seront appliquées. Cet éloignement des routes fréquentées aura aussi l'avantage de ne pas attirer l'hiver les chemineaux, qui s'y abritent pour se chauffer ; on évitera ainsi de nombreux accidents.
Les briqueteries sont placées uniformément dans la deuxième classe, qu'elles soient construites selon les données modernes avec fours à i'umivores, ou qu'elles soient encore établies d'une façon primitive. Ce sont surtout ces dernières qui sont dangereuses, et on ne doit en permettre l'établissement que suivant les conditions
(1 Cet arrêté n'a pas encore été édicté (juillet J 907).
(?) Art. 151 du Code forestier. — Aucun four à chaux ou à plâtre, soit temporaire, soit permanent, aucune briqueterie, tuilerie, ne pourront être établis dans l'intérieur et à moins de 1 kilomètre des forêts, sans l'autorisation du Gouvernement, à peine d'une amende de 100 à 500 francs, et de démolition des établissements.
(3) Voy. fascicule VII du Traité d'hygiène de Brouardel, Ch.v^tlmksse et Mosny.
imposées dans le département du Nord à la suite d'un rapport du Dr Thibaut (1). Ces conditions sont les suivantes :
1° Les fours des briqueteries flamandes seront installés à 10 mètres au moins de tout chemin, à 20 mètres au moins des cultures annuelles, à 50 mètres au moins des habitations isolées, des bois, taillis et plantations forestières, et à 100 mètres au moins des écoles, des agglomérations de maisons habitées, des terrains plantés d'arbres fruitiers et des serres et jardins potagers d'agrément;
2° Les fours devront être entourés de toiles ou paillassons, s'élevant à 2 mètres au moins au-dessus de leur sommet, afin de protéger le voisinage de l'action de la chaleur et des vapeurs sulfureuses provenant de la combustion de la houille ;
3° La cuisson devra être conduite de manière à éviter, autant que possible, la formation de gaz ou vapeurs nuisibles au voisinage ;
4° La mise en feu des fours ne pourra avoir lieu pendant la floraison des céréales et des arbres fruitiers, s'il existe de semblables cultures dans un rayon minimum de 100 mètres autour de la briqueterie ;
5° Des rigoles seront pratiquées sur le terrain de la briqueterie avec des pentes suffisantes pour faciliter l'écoulement des eaux ; elles seront toujours maintenues en bon état d'entretien, afin de prévenir les dépôts d'eaux stagnantes.
Dans les pays de vignobles, on devra ajouter à l'article 4 que l'interdiction de mise en feu sera aussi du 15 août jusqu'aux vendanges, car il se dépose à cette époque sur les raisins des matières empyreumatiques susceptibles de se dissoudre dans le vin pendant la fermentation et de lui communiquer un goût désagréable et par suite être cause d'une dépréciation importante de la qualité.
Les briquetiers peuvent, du reste, diminuer notablement les inconvénients des gaz qui s'échappent des fours flamands par une conduite intelligente de la cuisson et par l'emploi de coke mélangé de houilles fines demi-grasses, à l'exclusion des houilles sulfureuses, qui devraient être interdites. On peut aussi protéger les cultures de fleurs et de fruits par des rideaux d'arbres judicieusement établis ou par des dispositions spéciales prises aux abords des serres et des plantations.
L'article 5 met en garde contre les eaux stagnantes. C'est une condition très importante, car il n'est pas rare qu'éclatent dans les briqueteries des épidémies de fièvres intermittentes, de dysenterie, de fièvre typhoïde et d'ankylostomiase. Selon Berger (2), la morbidité est considérable parmi les briquetiers; elle dépasse celle que l'on observe dans les industries réputées les plus insalubres. Pour y remédier, il
<1) Rapport sur les travaux du Conseil central de salubrité du département du Nord, t. XLVII, 1888, p. 20.
(2) D1' Bkhgeh (d'Ostervald, Hanovre;, Conditions sanitaires des ouvriers. Revue d'hygiène, 1895, p.9i6.
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faut établir à proximité de chaque four un cabinet d'aisances qui pourra être pourvu d'une simple tinette mobile métallique, qu'il sera facile de désinfecter aussi souvent que le nombre des ouvriers l'exigera. A cette mesure il faudrait ajouter celle d'imposer aux ouvriers la propreté, l'obligation de se laver abondamment au moins les mains, toujours en contact avec la terre, avant chaque repas. Aux industriels il faudrait aussi imposer l'emploi de machines pour le malaxage de la terre et le moulage des briques ; ils obtiendraient ainsi et à meilleur compte des produits plus estimés.